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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 05:49
 par Michel Quenot

Icône de Saint Luc, Iconographe
Saint Luc, Iconographe
(Détail d'une icône de Pskov, Russie, XVIe siècle)

Exapostilaire des Matines de la Fête 
du saint Apôtre et Évangéliste Luc

Saint Luc, bienheureux apôtre du Christ, 
initié aux ineffables mystères et docteur des Gentils, 
avec le divin Paul et la pure Mère de Dieu, 
dont tu as peint la sainte icône avec amour, 
intercède pour nous qui vénérons 
et disons bienheureuse ta sainte dormition.

Tropaire de Saint Luc

Saint Apôtre et Évangéliste Luc, 
intercède auprès du Dieu de miséricorde 

pour qu'il accorde à nos âmes le pardon de nos péchés.

Tropaire de notre Père André Roublëv

Tout rayonnant de la divine clarté, 
tu as vu dans le Christ la Sagesse et Puissance de Dieu, 
vénérable André, et par l'icône de la sainte Trinité
tu as prêché au monde entier 
qu'au sein de la Triade sainte règne l'Unité ; 
quant à nous, avec admiration et allégresse nous te chantons : 
grâce au crédit que tu possèdes auprès de la très-sainte Trinité, 
prie-la de répandre sur nos âmes sa clarté.

L'Icône : Et le Verbe s'est fait chair (Jean 1, 14)

Comment faire une image de l'Invisible ? Comment représenter les traits de ce qui n'est à nul autre pareil ? Comment représenter ce qui n'a ni quantité, ni grandeur, ni limites ? Si tu as compris que l'Incorporel s'est fait homme pour toi, alors c'est évident, tu peux exécuter son image humaine. Puisque l'Invisible est devenu visible en prenant chair, tu peux exécuter l'image de celui qu'on a vu. Puisqu'il s'est réduit à la quantité et à la qualité et s'est revêtu des traits humains, grave donc sur le bois et présente à la contemplation celui qui a voulu devenir visible.

Saint Jean Damascène,
La défense des icônes.

Au lieu d'être d'abord le fruit d'une intuition, l'icône est le fruit d'une TRADITION : avant même d'être peinte, elle est une oeuvre longuement méditée, patiemment élaborée par des générations de peintre. Aussi l'Icône d'un maître est comme sous-tendue par une structure qui la conditionne et dans laquelle chaque élément trouve sa place.

Egon Sendler

Les icônes font partie intégrante de la Tradition orthodoxe : Foi, Liturgie, théologie, vie spirituelle... Si les icônes demeurent des éléments naturels et essentiels de la foi orthodoxe, c'est à prix de sang que les orthodoxes ont sauvegardé la représentation iconographique du Christ, de la Mère de Dieu et des saints et la vénération des icônes : car entre 726 et 843 la crise iconoclaste ébranlait l'empire byzantin, poussé par des théologiens et des empereurs qui visaient l'élimination de toute représentation figurative et image de la foi chrétienne. De grands défenseurs des icônes, notamment saint Jean Damascène et saint Théodore  Studite ont défini la théologie de l'icône, non seulement par rapport à la tradition des Pères, mais en rapport surtout à l'Incarnation de Verbe de Dieu en la personne du Christ, vrai Dieu et vrai Homme : l'Incarnation est le clé de la compréhension de la théologie de l'icône. Même si le septième Concile oecuménique de Constantinople en 787 a décrété l'orthodoxie des icônes et a défini le sens de leur vénération - l'honneur rendue aux icônes remontent au prototype représenté sur l'icône - , ce n'est qu'en 843 que la crise iconoclaste a définitivement pris fin, ce qu'on appelle la « triomphe de l'Orthodoxie », commémorée chaque année au premier dimanche du Grand Carême.

Nous présentons des documents sur la théologie de l'icône, ainsi que des références sur différents aspects de l'icônes et de l'iconographie. Comme introduction générale aux icônes, nous recommandons en particulier le livre de Michel Quenot, L'Icône : Fenêtre sur l'Absolu (Cerf/Fides, coll. Bref, 1987). C'est un petit livre, avec un bon choix de reproductions, qui présente l'essentiel sur les icônes : fondements bibliques et dogmatiques, théologie, histoire, rôle dans l'Église orthodoxe, commentaires sur quelques icônes importantes, notions de l'iconographie.

Nous reproduisons ici-bas une introduction à l'icône par Michel Quenot. Léonide Ouspensky, grand théologien de l'icône, approfondit pour nous la théologie de l'icône dans son essai Le sens de l'icône. Nos autres pages contiennent une bibliographie et une indication de ressources internet sur l'icônes et l'iconographie, un index de reproduction d'icônes russes, un répertoire des ressources iconographique au Québec, et un inventaire d'ateliers d'enseignement iconographique au Québec et en Europe d'expression française.

Nous présentons deux ateliers d'iconographie : l'Atelier d'art sacré Saint-Jean-Damascène et l'Atelier d'Iconographie Sainte-Catherine.

La Parole devenue Visage

par Michel Quenot

« Fais-moi voir ta Gloire ! » Cette imploration de Moïse résume bien le désir des hommes à travers les siècles: voir la face de Dieu. Mais comment penser l’Illimité, l’Intemporel, en un mot l’Invisible, sans en faire une caricature et tomber dans l’idolâtrie? D’où l’interdiction formelle, omniprésente dans l’Ancienne Alliance: « Tu ne te feras pas d’images. »

Et le Verbe s'est fait chair. La Parole prend Visage ! Celui que les prophètes ont annoncé et qui s’est manifesté à maintes reprises dans l’histoire humaine se laisse circonscrire dans un corps, se soumet à l’espace et au temps, unit sans mélange et sans confusion sa divinité à notre humanité. En Jésus-Christ, le Père se révèle aux hommes de tous les temps, donne à voir le Visage de la Deuxième personne de la Tri-Unité sainte.

Cette incarnation de Dieu dans l’histoire permet dès lors de circonscrire son image divino-humaine par la forme et les couleurs sur une planche de bois et sur tout support matériel approprié. Il revient à cette image mystérique de témoigner de l’hominisation de l’Emmanuel : Dieu avec nous. L’icône est née!

Mais il ne suffit pas de naître, encore faut-il grandir et atteindre la maturité. L’icône s’élabore au fil des siècles marqués par de sanglants affrontements entre partisans et détracteurs, qui y perçoivent des enjeux vitaux pour la vie des chrétiens. La victoire de ses défenseurs en 843 est à marquer d’une pierre blanche: triomphe de l’orthodoxie, c’est-à-dire de la foi juste, cette victoire est commémorée chaque année par les fidèles orthodoxes le 1er dimanche de carême.

Elaborée dans l’Eglise indivise, l’icône a poursuivi son développement dans l’Eglise orthodoxe qui en est ainsi la gardienne. Expression la plus vraie de sa liturgie, de sa vision cosmique marquée par la présence du Ressuscité, l’icône en est l’image liturgique. Elle en réfléchit la foi, écho des textes sacrés utilisés dans les divers offices au cours de l’année. C’est assez dire que peindre une telle image ne s’improvise pas. L’iconographe digne de ce nom a pour vocation de vivre en symbiose avec ce vécu liturgique, faute d’en trahir le message. Dans les visages tracés sur la planche, chaque trait doit tendre à exprimer l’Indicible dans le respect de la Tradition qui puise son dynamisme dans une Pentecôte toujours renouvelée: pour représenter le Feu sans se brûler, il faut y communier intensément !

Icône par excellence, l’icône du Christ interpelle, remémore, s’adresse au cœur plus qu’à l’esprit; purifié, celui-ci peut descendre dans le cœur pour que l’Eternel y dresse sa tente. L’icône ne se raconte pas, elle se vit comme se vit toute rencontre authentique avec le Christ qui réchauffe le cœur par sa présence, comme autrefois sur le chemin d’Emmaüs. L’icône parle de la création qui fournit sa matière et les matériaux servant à sa réalisation. Son rapport au temps est paradoxal. D’un côté, elle extrait du temps, introduit dans le Royaume mystériquement présent. De l’autre, elle permet une rentrée dans le temps qui, réinventé, ouvre au regard une dimension nouvelle de la création pénétrée des énergies divines, laisse percevoir en chaque homme créé à l’image de Dieu une invitation à ressembler au Christ, à devenir icône.

Témoignage de l’Incarnation et de la présence cosmique du Christ depuis le matin de Pâques, l’icône anticipe déjà son retour dans le face à Face qu’elle instaure. Elle manifeste aussi à nos yeux de chair le monde invisible des puissances célestes et la nuée des élus de tous les temps, hommes et femmes transfigurés par leur pleine participation à la divino-humanité du Ressuscité. Le visage du Christ récapitule en lui tous les visages appelés à lui ressembler !

La Mère de Celui que les chrétiens confessent «vrai Dieu et vrai homme» est appelée Theotokos: celle qui a enfanté Dieu. Jamais représentée isolément dans l’icône, elle présente le plus souvent le Sauveur du monde. Première de cordée dans la grande famille humaine, c’est le corps de son âme que le Maître de la Vie vient recueillir dans l’icône de la Dormition (fête le 15 août), image de ce qui attend chaque serviteur fidèle au terme de son périple terrestre.

Théologie en couleur, image liturgique de l’Eglise orthodoxe, l’icône est intemporelle parce qu’elle représente l’Intemporel. Transparence, lumière, chaleur, douloureuse joie sont ses attributs. Présence silencieuse dont le hiératisme extérieur cache une dynamique interne, elle est un seuil qu’il revient à chacun de franchir pour que s’établisse la relation à Dieu. Elle est enfin un appel à la conversion par laquelle l’œil du cœur purifié s’ouvre à une vision seconde: c’est le monde transfiguré.

 Michel Quenot

Orthodoxe, professeur de langues modernes au gymnase de Bulle (Suisse), Michel Quenot est l’auteur de plusieurs livres sur les icône, L’icône, fenêtre sur l’Absolu (Cerf-Fides, 1991) et de La Résurrection et l’Icône, Mame, 1992, traduits en plusieurs langues.


ICÔNE ET SAINTETÉ

L’icône représente non la chair corruptible destinée à la décomposition, mais la chair transfigurée, illuminée par la grâce, la chair du siècle à venir (voir 1 Co 15, 35-46). Elle transmet par des moyens matériels, visibles aux yeux charnels, la beauté et la gloire divine. C’est pour cela que les Pères disent que l’icône est vénérable et sainte précisément parce qu’elle transmet l’état déifié de son prototype et porte son nom, c’est pour cela que la grâce, propre à son prototype, s’y trouve présente. Autrement dit, c’est la grâce de l’Esprit-Saint qui suscite la sainteté tant de la personne représentée que de son icône, et c’est en elle que s’opère la relation entre le fidèle et le saint par l’intermédiaire de l’icône de celui-ci. L’icône participe, pour ainsi dire, à la sainteté de son prototype et par l’icône, nous participons, à notre tour, à cette sainteté dans notre prière.

Léonide Ouspensky, La théologie de l’icône 
dans l’Église orthodoxe
. Cerf, 1980-2003.

 

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