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22 janvier 2024 1 22 /01 /janvier /2024 00:16

Ces deux livres de biblistes viennent corriger la vision que l’on a souvent d’un Paul misogyne alors qu’il a su rompre avec le conformisme patriarcal de son temps. Mais sur ce plan, il n’a pas été suivi par ses disciples.

 

 

 

Les Femmes de saint Paul

de Chantal Reynier

Cerf, 272 p., 22 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul et les femmes. Ce qu’il a écrit, ce qu’on lui a fait dire

de Michel Quesnel

Médiaspaul, 142 p., 13 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saint Paul est, à la suite du Christ, le libérateur des femmes en les traitant d’égale à égal avec les hommes et en leur reconnaissant pleinement leur dignité d’enfants de Dieu.

Cette affirmation surprend, compte tenu des accusations de misogynie qui pèsent sur lui. Dans Les Femmes de saint Paul, l’exégète Chantal Reynier tire de l’obscurité les visages d’une vingtaine de femmes, collaboratrices de saint Paul.

Où les a-t-elle rencontrées ? Dans les destinataires et les salutations adressées par saint Paul dans ses lettres ; et dans les Actes des Apôtres.

Leurs profils sont divers : elles sont juives ou païennes, souvent femmes d’affaires (import-export, marchande de pourpre) et sont amenées à se déplacer souvent pour des motifs professionnels.

Pour Paul, elles ont le double atout d’assurer, via leurs réseaux, de la remontée d’informations sur les jeunes communautés. Et ce sont elles qui offrent l’hospitalité de leur maison à Paul et à ses disciples.

À Rome, c’est Phoibè qui visite les maisonnées pour commenter et expliquer la Lettre de Paul aux Romains.

Prisca, la marchande de pourpre, se voit confier la tâche d’enseigner la foi au Christ ressuscité à Apollos, un intellectuel de haute volée venu d’Alexandrie.

Paul honore ces femmes qui ont « combattu pour l’Évangile », au risque parfois de leur vie.

Certaines sont appelées « apôtre » (Junia) d’autres diakonos (Phoibè, au sens propre de « serveur » et non de diacre).

On ne mesure pas combien ce rôle, attribué par Paul, est en totale opposition avec la société patriarcale de l’époque.

Chez les Gréco-Romains, les femmes sont cantonnées à l’éducation des enfants et aux travaux domestiques.

Elles sont interdites de parole en public et exclues des cultes. Dans le judaïsme, la femme reste aussi à la maison, elle ne participe pas aux pèlerinages et n’assume aucune fonction synagogale.

Dans sa pratique, Paul les libère en leur confiant des charges réservées aux hommes, comme guider la prière de la communauté.

Sa façon de considérer les femmes découle de sa foi dans le Christ ressuscité. Dans la Lettre aux Galates (3,26-28), il affirme : « Tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi.

En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. »

Comment expliquer alors le contenu des lettres qui restreignent le rôle des femmes ? À la mort de Paul, les us et coutumes patriarcales reprennent le dessus.

Le rôle des femmes est minoré par de subtils procédés utilisés par les copistes et les traducteurs : masculinisation des prénoms féminins, inversion des salutations (Paul, à plusieurs reprises, salue en premier la femme du couple, ce qui est inimaginable à l’époque).

Dans Paul et les femmes. Ce qu’il a écrit, ce qu’on lui fait dire, Michel Quesnel, spécialiste du Nouveau Testament, passe en revue les lettres authentiques de Paul et celles qui ont été rédigées par ses disciples sous son nom, une pratique courante à l’époque nommée « pseudépigraphie ».

On découvre ainsi que six épîtres de Paul sur treize ont été rédigées par ses disciples. Elles sont échelonnées sur une trentaine d’années.

Si les plus récentes (Colossiens et Éphésiens) comportent encore des innovations (le mari doit aimer la femme d’un amour de dilection, agapè), les épîtres plus tardives sont marquées un retour au « conformisme » de l’époque.

Qu’en tirer pour aujourd’hui ? « On doit reconnaître, conclut Michel Quesnel, que de plus grandes responsabilités pourraient être accordées aux femmes dans l’Église catholique si l’on tenait davantage compte des textes de Paul. »

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Published by Unis dans l'Amour de Dieu - dans Théologie

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