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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 00:29

Quand nous disons que nous nous tenons devant Dieu, nous pensons toujours que nous sommes ici, et que Dieu est là, extérieur à nous. Si nous cherchons Dieu en haut, devant ou autour de nous, nous ne le trouverons pas. Saint Jean Chrysostome disait : « Trouvez la porte de la chambre secrète de votre âme, et vous découvrirez que c’est la porte du royaume des cieux. » Saint Ephraïm le Syrien dit que Dieu, quand il créa l’homme, mit au plus profond de lui tout le royaume, et que le problème de la vie humaine est de creuser assez profond pour aller jusqu’au trésor caché. C’est pourquoi, pour trouver Dieu, nous devons creuser, en quête de cette chambre secrète, de ce lieu où se trouve le royaume de Dieu au cœur même de notre être, où Dieu et nous pouvons nous rencontrer.

Le meilleur outil, celui qui percera tous les obstacles, c’est la prière. Le problème est de prier avec attention, simplement et dans la vérité, sans remplacer le vrai Dieu par un faux dieu quelconque, par une idole, par un produit de notre imagination, et sans chercher à vivre une expérience mystique. En nous concentrant sur ce que nous disons, certains que chaque mot que nous prononçons atteint Dieu, nous pouvons utiliser nos propres mots, ou les mots de ceux qui sont plus grands que nous pour exprimer, mieux que nous ne le pourrions, ce que nous éprouvons ou ressentons obscurément en nous. Ce n’est pas par la multiplicité des mots que nous serons entendus de Dieu, mais par leur véracité. Quand nous employons nos propres mots, nous devons parler à Dieu avec précision, sans chercher à faire long ou à faire court, mais à dire vrai.

Il est des moments où les prières sont spontanées et aisées, d’autres où il nous semble que la source s’est tarie. C’est alors qu’il est bon d’utiliser les prières d’autres qui expriment fondamentalement ce que nous croyons, toutes ces réalités qui ne sont pas en cet instant vivifiées par une réaction profonde de notre cœur. Nous devons alors prier dans un double acte de foi, non seulement en Dieu mais en nous-mêmes, confiants dans cette foi qui s’est obscurcie mais qui fait pourtant partie intégrante de notre être.

Il est des moments où nous n’avons nul besoin de mots, ni des nôtres ni de ceux d’autrui, et nous prions alors en silence. Ce silence parfait est la prière idéale, pourvu cependant que le silence soit réel et non un rêve éveillé. Nous avons très peu d’expérience de ce que signifie le profond silence du corps et de l’âme, quand une sérénité absolue comble l’âme, quand une paix totale emplit le corps, quand il n’y a aucune agitation d’aucune sorte et que nous nous tenons devant Dieu, totalement ouverts en un acte d’adoration. Il peut y avoir des moments où nous nous sentons bien physiquement, et mentalement détendus, fatigués des paroles parce que nous en avons déjà trop utilisé ; nous ne voulons pas nous agiter et nous nous sentons bien dans cet équilibre délicat ; nous sommes là au bord du rêve éveillé. Le silence intérieur est une absence de toute sorte d’agitation de la pensée ou de l’affectivité, mais c’est une totale vigilance, une ouverture à Dieu. Nous devons garder le silence absolu quand nous le pouvons, mais nous ne devons jamais le laisser dégénérer en simple plaisir. Pour éviter cela, les grands auteurs de l’orthodoxie nous avertissent de ne jamais abandonner complètement les formes normales de la prière, car même ceux qui avaient atteint ce silence de la contemplation jugeaient nécessaire, chaque fois qu’ils étaient en danger de relâchement spirituel, de réintroduire les paroles de la prière jusqu’à ce que la prière eût renouvelé le silence.

Les Pères grecs mettaient ce silence, qu’ils appelaient hesychia, à la fois au point de départ et au point d’aboutissement d’une vie de prière. Le silence est l’état dans lequel toutes les facultés de l’âme et du corps sont complètement en paix, tranquilles et recueillies, concentrées et parfaitement vigilantes, libres de toute agitation. Les Pères utilisent souvent dans leurs écrits l’image de l’étang : tant qu’il y a des rides à la surface, rien ne peut être correctement réfléchi, ni les arbres ni le ciel ; quand la surface est tout à fait calme, le ciel se reflète parfaitement, comme les arbres de la rive, et tout est aussi distinct que dans la réalité.

Une autre image du même genre utilisée par les Pères est celle de la vase qui, tant qu’elle ne repose pas au fond de l’étang, à l’abri de toute agitation, trouble la transparence de l’eau. Ces deux analogies s’appliquent à l’état du cœur humain. « Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). Aussi longtemps que la vase est agitée dans l’eau, il n’y a pas de vision claire possible, et aussi longtemps qu’il y a des rides sur la surface, les objets qui entourent l’étang ne peuvent s’y refléter sans déformation.

Aussi longtemps que l’âme n’est pas en repos, il ne peut y avoir de vision, mais quand la paix nous a permis de nous trouver en présence de Dieu, alors un autre genre de silence, beaucoup plus absolu, intervient : le silence d’une âme qui n’est pas seulement tranquille et recueillie, mais à qui la présence de Dieu impose respect et adoration ; un silence dans lequel, selon les termes de Julienne de Norwich, « la prière unit l’âme à Dieu. »

Extrait de : Antoine Bloom, 
Prière  vivante
, Cerf (FV 185), 1981.

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