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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 08:37

 

Si l’on parle de baptême et d’eucharistie sans évoquer, à cette époque les  trois sacrements de l’initiation chrétienne, c’est parce que la confirmation, comme troisième sacrement, s’est détachée plus tard (dernière onction donnée par l’évêque à Rome et généralement en Occident) : à l’époque d’Augustin elle suit immédiatement l’immersion : la nuit de Pâques, les catéchumènes (il en a été un) reçoivent le baptême, avec ses onctions : onction sur tout le corps, onction sur la tête donnée par l’évêque :

 

« Quand il [le baptisé] sera remonté, il sera oint par le prêtre de l’huile de l’action de grâces avec ces mots : Je t’oins d’huile sainte au nom de Jésus Christ. Et ainsi chacun après s’être essuyé se rhabillera, et ensuite ils entreront dans l’église. L’évêque en leur imposant la main dira l’invocation : Seigneur Dieu, qui les as rendus dignes d’obtenir la rémission des péchés par le bain de la régénération, rends-les dignes d’être remplis de l’Esprit Saint et envoie sur eux ta grâce, afin qu’ils te servent suivant ta volonté… Ensuite, en répandant l’huile d’action de grâce de sa main et en posant (celle-ci) sur la tête, il dira : Je t’oins d’huile sainte en Dieu le Père tout-puissant et dans le Christ Jésus et dans l’Esprit Saint. Et après l’avoir signé au front, il lui donnera le baiser et dira : Le Seigneur soit avec toi. Et celui qui a été signé dira : Et avec ton Esprit… » (Tradition apostolique d’Hippolyte, 21, 3e siècle : Hippolyte (vers 170-235)).

 

Sacrements fondateurs de l’Eglise ; rappel :

 

« Des soldats vinrent donc et rompirent les jambes du premier et de l’autre qu’on avait crucifié avec lui. Et s’approchant de Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau » (Jn 19, 32, 34). L’Evangéliste s’est servi d’une expression choisie à dessein ; il ne dit pas : il frappa ou il blessa son côté, ou toute autre chose semblable ; mais : « Il ouvrit son côté », pour nous apprendre qu’il ouvrait ainsi la porte de la vie d’où sont sortis les sacrements de l’Eglise, sans lesquels on ne peut avoir d’accès à la véritable vie. Ce sang a été répandu pour la rémission des péchés ; cette eau vient se mêler pour nous au breuvage du salut ; elle est à la fois un bain qui purifie et une boisson rafraîchissante. Nous voyons une figure de ce mystère dans l’ordre donné à Noé d’ouvrir sur un des côtés de l’arche une porte par où pussent entrer les animaux qui devaient échapper au déluge et qui représentaient l’Eglise (Gn 6, 16). C’est en vue de ce même mystère que la première femme fut faite d’une des côtes d’Adam pendant son sommeil, et qu’elle fut appelée la vie et la mère des vivants. (Gn 2, 22). Elle était la figure d’un grand bien, avant le grand mal de la prévarication. Nous voyons ici le second Adam s’endormir sur la croix, après avoir incliné la tête, pour qu’une épouse aussi lui fût formée par ce sang et cette eau qui coulèrent de con côté après sa mort. O mort, qui devient pour les morts un principe de résurrection et de vie ! Quoi de plus pur que ce sang ? Quoi de plus salutaire que cette blessure ? » (Tr 120, 2).

 

Augustin s’adresse aux catéchumènes (Tr XI) à propos de « Nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit ne verra le Royaume de Dieu » (Jn 3, 3 ; Jn 3, 5) :

 

« Voici, en effet, le temps de vous exhorter, vous qui êtes encore catéchumènes et qui, malgré votre foi au Christ, portez encore le poids de vos péchés. Or nul ne verra le Royaume des cieux s’il est chargé de péchés, car ne régnera avec le Christ que celui dont les péchés auront été remis, mais ils ne peuvent être remis qu’à celui qui est rené de l’eau et de l’Esprit-Saint. Examinons avec attention le sens de toutes ces paroles, afin que ceux qui sont négligents y découvrent avec quelle sollicitude ils doivent se hâter de déposer leur fardeau. S’ils portaient quelque lourde charge de pierres, de bois ou même de quelque butin, s’ils portaient du blé, du vin, de l’argent, ils courraient pour déposer leurs fardeaux : ils portent une charge de péchés, et ils sont paresseux pour courir ! Il faut pourtant courir pour déposer cette charge : elle écrase et fait enfoncer dans l’abîme. » (Tr XI, 1, pp. 583-585)

 

Les enseignements de la rencontre avec Nicodème.

 

Augustin fait un long commentaire de l’annonce à Nicodème (Jn 3, 1-21) :

Jésus ne se fie pas à ceux qui ne croient en son nom qu’à cause de ses miracles et prodiges

Nécessité du baptême : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître de nouveau nul ne peut voir le Royaume de Dieu » (Jn 3, 3)

 

Augustin ici soutient une doctrine plus rigide que dans le De Baptismo où il soutient que l’on peut rencontrer des catéchumènes dotés d’une grâce supérieure à celle de baptisés peu ardents… mais cette grâce ne suffit pas.

 

« Tel est le cas de tous les catéchumènes. Eux-mêmes déjà croient dans le nom du Christ, mais Jésus ne se fie pas à eux. Que votre Charité se fasse attentive et comprenne. Si nous demandons à un catéchumène : Crois-tu dans le Christ ?, il répond : Je crois, et il se signe ; déjà il porte la croix du Christ sur le front, et il ne rougit pas de la croix de son Seigneur. Il a donc cru en son nom. Mais interrogeons-le encore : Manges-tu la chair du Fils de l’homme, et bois-tu le sang du Fils de l’homme ? Il ne sait pas ce que nous disons, parce que Jésus ne s’est pas fié à lui.

Comme Nicodème était de ce nombre, il vint donc trouver le Seigneur, mais il vint de nuit, et peut-être cette circonstance relève-t-elle directement de notre sujet. Il vint vers le Seigneur, et il vint de nuit ; il vint vers la Lumière, et il vint au milieu des ténèbres. Or que dit l’Apôtre à ceux qui sont renés de l’eau et de l’Esprit ? Naguère vous étiez ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur : marchez comme des fils de lumière [Eph. 5, 8] […] Ceux qui sont renés étaient donc de la nuit, et maintenant ils sont du jour ; ils étaient ténèbres, et ils sont lumière. Jésus maintenant se fie à eux, et ce n’est plus de nuit qu’ils viennent à Jésus comme Nicodème, ce n’est plus au milieu des ténèbres qu’ils cherchent le Jour. […]

Comme les catéchumènes portent la croix sur leur front, ils font déjà partie de la grande maison, mais de serviteurs il faut qu’ils deviennent fils. [suit : comparaison de la mer Rouge qui mène à la manne avec le baptême qui mène à l’eucharistie] Si la mer qui n’était qu’une figure, a opéré un tel effet, que produira donc le baptême, qui est la réalité ? Si ce qui est arrivé en image a conduit jusqu’à la manne le peuple qui avait traversé la mer, que donnera le Christ dans la réalité de son baptême à son peuple qui a fait la traversée par lui ? Par son baptême il fait traverser ceux qui croient, après avoir détruit tous leurs péchés comme si c’étaient des ennemis lancés à leur poursuite, de même que tous les Egyptiens périrent dans les eaux de la mer Rouge. Où les fait-il passer, mes frères ? Où les fait-il passer par son baptême, ce Jésus dont Moïse était la figure quand il faisait traverser la mer aux Juifs ? Où les fait-il passer ? Jusqu’à la manne. Qu’est-ce que la manne ? Je suis, dit-il, le pain vivant, descendu du ciel.

Les fidèles reçoivent la manne, une fois qu’ils ont traversé la mer Rouge. Pourquoi la mer Rouge ? La mer, nous savons déjà pourquoi, mais pourquoi était-elle rouge ? Cette mer Rouge était le symbole du baptême du Christ. D’où vient que le baptême du Christ est rouge, sinon du fait qu’il est consacré par le sang du Christ ? » (XI, 3-4, pp. 591-595).

 

Nicodème est choqué par l’annonce de la nécessité d’une nouvelle naissance : « Comment un homme peut-il naître alors qu’il est vieux ? ». Augustin rapproche ce passage de l’évocation de ceux qui partent scandalisés quand Jésus déclare : « Celui qui ne mange pas ma chair et ne boit pas mon sang n’aura pas la vie en lui » (Jn 6, 53).

 

La deuxième naissance, celle du baptême, comme la première naissance, est unique. Mais la première est charnelle, la deuxième est dans l’Esprit.

 

De fait il y a quatre catégories de baptisés, nés à partir de la femme libre ou de l’esclave, tous sont fils d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Augustin exploite les catégories logiques :

 

« Remarquez bien en effet, mes frères, ce qui arrive dans le monde chrétien : des bons naissent par des mauvais, ou des mauvais naissent par des bons, ou des bons par des bons, ou des mauvais par des mauvais. Vous ne pouvez pas découvrir plus que ces quatre catégories. Je vais les répéter, soyez attentifs, retenez-les, secouez vos cœurs, ne soyez pas indolents, comprenez, pour ne pas être pris, comment tous les chrétiens peuvent se ranger en quatre catégories : ou les bons naissent par des bons, ou des mauvais par des mauvais, ou des bons par des mauvais, ou des mauvais par des bons. Je pense que c’est clair. Des bons naissent par des bons, quand ceux qui baptisent sont bons et que ceux qui sont baptisés ont une foi droite et sont comptés à juste titre parmi les membres du Christ. Des mauvais naissent par des mauvais quand ceux qui s’approchent de Dieu avec un cœur double et ne gardent pas les mœurs que préconise l’Eglise pour qu’on ne soit pas en elle paille, mais froment. Qu’ils sont nombreux, en effet, votre Charité le sait. Des bons naissent par des mauvais : parfois celui qui baptise est un adultère, celui qui est baptisé est justifié. Des mauvais naissent par des bons : parfois ceux qui baptisent sont saints et ceux qui sont baptisés refusent de marcher dans la voie de Dieu. » (Tr XI, 8, pp. 605-607).

 

Augustin va donner quelques exemples pris dans l’Ecriture :

Bons qui naissent des bons : Ananie a baptisé Paul

Mauvais ou bons qui naissent de mauvais : l’Apôtre Paul parle de ceux qui ont l’habitude d’annoncer l’Evangile avec des intentions qui ne sont pas pures (Ph 1, 18) : si ces impurs baptisent, ils peuvent engendrer

des mauvais,

ou engendrer des bons.

Des bons peuvent aussi engendrer des mauvais (cf. Simon le magicien baptisé par St Philippe)

 

Et Augustin récapitule :

« Des bons naissent par des bons, quand des saints sont baptisés par des saints ; des mauvais par des mauvais, quand baptiseurs et baptisés vivent dans l’injustice et l’impiété ; des bons par des mauvais, quand ceux qui baptisent sont mauvais et que ceux qui sont baptisés sont bons ; des mauvais par des bons, quand ceux qui baptisent sont bons et que ceux qui sont baptisés sont mauvais. » (Tr.XI, 9, p. 609).

 

Après de nombreux exemples, Augustin va poursuivre son argumentation dans l’Homélie 12, sur l’unicité du baptême :

« … de même que pour la naissance charnelle, les entrailles de la femme ne peuvent enfanter le même homme qu’une fois, de même, quand il s’agit de la naissance spirituelle, les entrailles de l’Eglise ne peuvent assurer à chacun qu’un seul baptême. » (Tr. 12, 2, p. 631)

 

Augustin montre qu’on ne peut rebaptiser les hérétiques, et de la même façon il s’élève contre le deuxième baptême imposé par les donatistes. Il souligne que la véritable naissance des catéchumènes (ils sont d’abord simplement conçus pendant la durée de leur préparation) a lieu quand ils reçoivent le baptême et la nourriture de l’eucharistie (cf. unité des sacrements de l’initiation) :

 

« Que doivent-ils [les catéchumènes] faire pour que Jésus se fie à eux ? Qu’ils renaissent de l’eau et de l’Esprit ; que l’Eglise mette au monde ceux qu’elle porte en son sein. Ils sont conçus qu’ils apparaissent au jour ; ils trouveront des mamelles pour les allaiter ; qu’ils ne craignent pas d’être étouffés à leur naissance, qu’ils ne s’écartent pas du sein maternel. » (Tr. 12, 3, p. 635).

 

Cette naissance dans l’Esprit par la Parole et le sacrement est invisible, commente Augustin à propos de Jn 3, 8 : « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit. »

 

Nicodème ne comprend pas, lui qui est maître en Israël : c’est une invitation à l’humilité. Jésus veut que Nicodème naisse de l’Esprit et donc « Le Seigneur abaisse son orgueil pour qu’il puisse naître de l’Esprit, il s’en moque comme d’un ignorant sans vouloir pour autant paraître supérieur. » (Tr XII, 6, p. 643).

 

La différence entre les catéchumènes et les fidèles (à propos de l’Aveugle-Né)

 

De fait le baptême fait le partage parmi les chrétiens, entre les catéchumènes et les fidèles et Augustin reviendra sur cette question au Tr 44, 2, à propos de l’Aveugle-né. Si les « fidèles » sont de petits enfants encore « inconscients » il faut rappeler que dès qu’ils reçoivent le baptême celui-ci inscrit en eux des virtualités qui s’épanouiront normalement avec l’éveil de l’intelligence et de leur volonté : point essentiel pour affirmer l’efficacité du baptême.

 

A propos de l’Aveugle-Né Augustin reprend ce qu’il disait déjà à propos de Nicodème : le catéchumène croit dans le Christ, mais le Christ ne se confie pas à lui de la même manière qu’il se révèle et se confie à ceux qui acceptent de recevoir de Lui les sacrements de l’initiation chrétienne.

 

Augustin souligne le symbolisme du Christ qui donne la vue, qui illumine (cf. sacrement de l’illumination) celui qui est aveugle. C’est aussi une invitation aux catéchumènes à ne pas retarder indéfiniment leur baptême : « …qu’ils se hâtent vers le baptême s’ils cherchent la lumière » (Tr 44, 2).

 

Développement à propos de tous les symboles : principalement la nuit, la lumière, le jour… boire (nuit des impies, le Seigneur qui est la lumière venue en ce monde, travailler pour les œuvres de lumière – la charité, boire à la source de la lumière…) :

« Ce jour qui s’accomplit par la course du soleil n’a que quelques heures ; le jour de la présence du Christ s’étend jusqu’à la consommation des siècles. » (Tr 44, 6, p. 23)

 

Le catéchumène (l’Aveugle-Né) se trompe sur Dieu. Il dit de Jésus « C’est un prophète » et non pas encore « c’est le Fils de Dieu ». Augustin relève aussi dans les propos de l’Aveugle-Né « Dieu n’écoute pas les pécheurs », et il commente cette limite de la réponse de l’Aveugle, encore aveugle, c’est-à-dire la réponse de celui qui n’est pas encore « baptisé » : car Dieu exauce aussi les pécheurs (cf. la prière du publicain).

 

Alors que les pharisiens chassent l’Aveugle, le Seigneur l’accueille et « lave le visage de son cœur ». Augustin dépeint les « effets » du baptême  :

« De fait, le visage de son cœur lavé, sa conscience purifiée, reconnaissant maintenant qu’il était non pas seulement le Fils de l’homme, comme il l’avait cru auparavant, mais le Fils de Dieu qui avait pris une chair, il dit : je crois, Seigneur. C’est peu qu’il dise : Je crois, veux-tu savoir quel est celui en qui il croit ? Se prosternant, il l’adora. [Jn , 38] » (Tr 44, 15, p. 39).

 

Le baptême et le lavement des pieds

 

Augustin donne un enseignement sur le baptême également à propos du Lavement des pieds : A partir de « Jésus lui dit [à Pierre] : celui qui est baigné a besoin seulement de se laver les pieds, il est pur tout entier. » [Jn 13, 10], Augustin commente :

 

« Mais qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Quelle nécessité y a-t-il de le chercher ? Le Seigneur dit, la Vérité enseigne que même celui qui est baigné a besoin de se laver les pieds. Que pensez-vous, mes frères, que pensez-vous sinon que, dans le saint baptême, l’homme est sans doute lavé tout entier, sans excepter les pieds, absolument tout entier, mais que cependant, lorsque l’on vit ensuite au milieu des choses humaines, on foule évidemment de la terre ? Les dispositions de l’âme humaine sans lesquelles on ne vit pas dans cette mortalité sont comme les pieds où nous sommes affectés en raison des choses humaines, et nous sommes affectés de telle sorte que, si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous. [I Jn 1, 8] Chaque jour donc, celui qui intercède pour nous nous lave les pieds et, chaque jour, dans la prière même du Seigneur, nous confessons que nous avons besoin de laver nos pieds, c’est-à-dire de redresser le chemin de notre marche spirituelle […] C’est pourquoi l’Eglise que le Christ purifie par un bain d’eau dans la parole est sans tache ni ride [Eph. 5, 26-27] non seulement en ceux qui, aussitôt après le bain de la régénération, sont enlevés aux contaminations de cette vie et ne foulent pas la terre de façon à avoir besoin de se laver les pieds, mais également en ceux à qui le Seigneur a accordé cette miséricorde de sortir de ce siècle en ayant aussi les pieds lavés. Cependant, même si elle est pure en ceux qui demeurent ici parce qu’ils vivent justement, ils ont besoin néanmoins de laver leurs pieds puisqu’il ne sont pas évidemment sans péché. » (Tr LVI, 4-5, pp. 81-83)

 

De quelle manière l’Eglise peut-elle craindre de se salir les pieds « alors qu’elle est en marche vers le Christ et qu’elle les avait lavés par le baptême du Christ ? » (Tr LVII, 1, p. 89) : L’Eglise dit comme la bien-aimée du Cantique : « J’ai lavé mes pieds, comment les salirai-je ? » [Cant. 5, 3] :

 

« Elle dit cela en ceux qui, purifiés de toute souillure, peuvent dire : J’ai le désir de mourir et d’être avec le Christ, mais demeurer dans la chair est plus nécessaire à cause de vous [Ph. 1, 23-24] Elle dit cela en ceux qui prêchent le Christ et qui lui ouvrent la porte pour qu’il habite par la foi dans les cœurs des hommes [Eph. 3, 17]. Elle dit cela en eux quand ils se demandent s’ils se chargeront d’un ministère tel qu’ils se croient incapables de le remplir sans faute, craignant qu’en prêchant aux autres ils ne deviennent eux-mêmes rejetés [I Co 9, 27]. On est en effet plus en sûreté en écoutant la vérité qu’en la prêchant, parce que l’humilité est gardée quand on l’écoute, mais que quand on la prêche, il est difficile que ne se glisse pas en tout homme quelque petite vanité dans laquelle évidemment les pieds se salissent. » (Tr LVII, 2, p. 91-93).

 

Mais d’autres tentations, perpétuelles et inévitables guettent tous les croyants. Et Augustin prie :

« Lave nos pieds [Seigneur] qui ont été purifiés auparavant, mais qui se sont salis quand nous allons à travers la porte pour t’ouvrir.

Que ces paroles vous suffisent aujourd’hui, très chers. Si nous avons trébuché en disant peut-être quelque chose autrement qu’il n’aurait fallu ou si nous avons été exaltés par vos louanges plus immodérément qu’il n’aurait fallu, obtenez-nous la purification de nos pieds par vos prières qui plaisent à Dieu. » (Tr LVII, 6, p. 101)

 

Nécessité du baptême et de l’eucharistie pour la vie éternelle.

 

Augustin soutient avec vigueur la nécessité du baptême en raison de Jn 3 : « Nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit, ne verra le Royaume de Dieu ». Il récuse avec vigueur l’interprétation de Jn 14,2 « Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures », qui verrait dans ces demeures multiples le moyen de se passer du baptême et d’être malgré tout sauvé :

 

« C’est pourquoi un cœur chrétien doit rejeter ceux qui pensent qu’il a été parlé de demeures nombreuses parce que, en dehors du Royaume des cieux, il y aura quelque endroit où demeureront les bienheureux innocents qui sont sortis de cette vie sans avoir reçu le baptême… […] Allez-vous donc oser séparer du Royaume des cieux, non pas la maison de n’importe quel frère baptisé, mais la maison de Dieu le Père lui-même à qui nous disons tous, nous qui sommes frères : Notre Père qui es dans les cieux ou allez-vous oser la diviser de telle sorte que certaines de ses demeures se trouvent dans le Royaume des cieux et certaines en dehors du Royaume des cieux ? Loin de nous, loin de nous l’idée que ceux qui veulent habiter dans le Royaume des cieux veuillent habiter avec vous dans cette sottise ! Loin de nous, dis-je, l’idée que, alors que toute la maison des enfants du Royaume ne se trouve pas ailleurs que dans le Royaume, une partie quelconque de la maison royale elle-même ne se trouve pas dans le Royaume ! » (Tr LXVII, 3, pp. 225-227).

 

Il en est de même pour l’eucharistie : Augustin entend au sens absolu l’affirmation de Jésus (Jn 6, 53) : « Celui qui ne mange pas la chair [du Fils de l’Homme] et qui ne boit pas son sang n’a pas la vie en lui, la vie éternelle. » :

 

« Le sacrement de cette réalité qu’est l’unité du corps et du sang du Christ se trouve préparé sur la table du Seigneur et est pris à la table du Seigneur, en certains lieux, chaque jour et, en d’autres à certains intervalles de temps [voir ci-dessous] ; il mène certains à la vie et certains à la mort, mais la réalité même à quoi se réfère ce sacrement mène tout homme à la vie et ne mène personne à la mort, quels que soient ceux qui y participent.

Et de peur qu’on ne s’imagine que la vie éternelle est promise dans cette nourriture et cette boisson de telle sorte que ceux qui les prendraient ne mourraient plus corporellement, le Seigneur a daigné prévenir cette opinion, car, après avoir dit : Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, il a ajouté aussitôt : Et moi, je le ressusciterai au dernier jour [Jn 6, 54], de telle sorte que dans l’intervalle, il possède selon l’esprit la vie éternelle dans ce repos qui reçoit les esprits des saints ; quant à son corps, sa chair ne sera pas, elle non plus, privée de la vie éternelle, mais elle la possèdera à la résurrection des morts, au dernier jour.

Car, dit-il, ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment une boisson. [Jn 6, 55] En effet, puisque les hommes attendent de la nourriture et de la boisson de n’avoir plus faim et de n’avoir plus soif, ce résultat n’est produit véritablement que par cette nourriture et cette boisson qui rendront immortels et incorruptibles ceux qui les prennent, c’est-à-dire par cette société même des saints où règneront la paix et l’unité totale et parfaite. C’est pourquoi, comme des hommes de Dieu l’ont déjà compris avant nous, notre Seigneur Jésus Christ a présenté son corps et son sang sous des réalités dont l’unité provient d’éléments multiples, car il faut de multiples grains pour qu’il soit fait un seul pain, il faut de multiples grappes pour que coule un seul vin. » (Tr XXVI, 15-16, pp. 523-525)

 

Le symbolisme du pain et du vin

 

Augustin insiste dans les Tractatus sur le fait que le pain et le vin sont avant tout signes de l’unité : éléments multiples (grains, grappes) unis pour former un seul pain, un seul vin… Cette idée était déjà présente dans la Didachè, mais aussi chez Cyprien :

 

« Que les âmes chrétiennes soient unies entre elles par le lien ferme et indissoluble de la charité, c’est ce que montrent les sacrifices mêmes du Seigneur. En effet, quand le Seigneur appelle son corps le pain fait de la réunion d’un grand nombre de grains, il marque l’unité de notre peuple qu’il figurait. Et quand il appelle son sang le vin exprimé d’un grand nombre de grappes et de grains et formant une liqueur unique, il marque que notre troupeau est fait d’une multitude ramenée à l’unité. » (Epist. 69, 5, 2) [Citée vol. 72, note 64, p. 822]

 

Manger et boire, c’est demeurer dans le Christ et vivre pour le Christ :

 

« Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et je demeure en lui [Jn 6, 56]. Manger cette nourriture et boire cette boisson, c’est donc demeurer dans le Christ et avoir le Christ demeurant en soi. Il est par conséquent hors de doute que celui qui ne demeure pas dans le Christ et en qui le Christ ne demeure pas ne mange pas sa chair et ne boit pas song sang, alors même qu’il mange et boit pour sa condamnation [I Co 11, 29] le sacrement d’une si grande réalité.

[…] Nous vivons [aussi] pour lui en le mangeant, c’est-à-dire en le recevant, lui qui est la Vie éternelle, cette Vie que nous n’avions pas de par nous-mêmes… » (Tr, XXVI, 18-19, pp. 527-529) 

 

Insistant sur la valeur symbolique du pain et du vin, Augustin insiste pour que l’on ne confonde pas l’eucharistie avec un repas d’anthropophages et rappelle les tendances déjà à l’époque du Christ (scandale suscité par les paroles de Jésus devant des gens qui ne songent qu’à la chair dans sa réalité matérielle). L’argumentation d’Augustin repose sur :

il ne faut pas « juger selon la chair » (Rm 8,6) : fausse interprétation du mot chair (pas corps coupé en morceaux !)

le Christ a bien annoncé qu’il remonterait auprès du Père avec son corps d’homme et non pas privé de son corps : c’est d’ailleurs le gage que nous serons sauvés avec notre corps.

Rappel : c’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien (Jn 6, 63) : rôle de l’Esprit qui fait du corps du Christ qui est l’Eglise (les hommes vivifiés par la communion eucharistique) un corps vivant.

 

« La charité de Dieu […] a été répandue dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné [Ro 5, 5] C’est donc l’Esprit qui vivifie [Jn 6, 63], car c’est l’Esprit qui rend les membres vivants et l’Esprit ne rend vivants que les membres qu’il trouve dans le Corps que lui-même anime. En effet, l’esprit qui se trouve en toi, ô homme, et qui fait de toi un homme communique-t-il la vie à un membre qui se trouve séparé de ta chair ? En parlant de ton esprit, je veux parler de ton âme. Ton âme ne communique la vie qu’aux membres qui sont dans ta chair ; arraches-en un, il ne reçoit plus la vie qui vient de ton âme parce qu’il n’est plus lié à l’unité de ton corps. Ces paroles ont pour but de nous faire aimer l’Unité et craindre la séparation. Ce que le chrétien doit en effet redouter plus que tout, c’est d’être séparé du Corps du Christ, car s’il est séparé du Corps du Christ, il n’est plus membre du Christ et, s’il n’est plus membre du Christ, il n’est plus animé par son Esprit. Quiconque, dit l’Apôtre, n’a pas l’Esprit du Christ n’appartient pas au Christ [Rm 8, 9]. » (Tr. XXVII, 6, pp. 545-547)

 

A propos des rites (du baptême et de l’eucharistie)

 

Peu de chose dans les Tractatus. On notera toutefois qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre les « symbolismes » développés quand Augustin dit que l’Aveugle a été oint par le Christ qui met de la boue sur ses yeux ; ils ne renvoient pas à un « onction » des catéchumènes. On sait que le rite d’entrée en Eglise au temps d’Augustin comportait la signation et le rite du sel (cf. De catechizandis rudibus, 26, 50, par ex.)

 

A propos de la célébration eucharistique au temps d’Augustin, nous apprenons la variété des pratiques :

« Les uns communient chaque jour au corps et au sang du Seigneur, d’autres les reçoivent à certains jours ; en quelques lieux, il ne se passe pas de jour sans que soit offert le sacrifice eucharistique, en quelques autres il est offert seulement le samedi et le dimanche, en d’autres seulement le dimanche. » (Epist. 54, 2, 2)

 

Récapitulation et conclusion

 

Augustin a reçu le baptême à Pâques 387.

Question déjà évoquée à propos de l’Eglise : Augustin dénonce les donatistes qui prétendent rebaptiser ceux qui ont été, d’après eux, baptisés par des schismatiques et des hérétiques (chrétiens non-donatistes). Augustin montre qu’il n’y a qu’un baptême et que ce baptême est saint quel que soit l’état de celui qui accomplit les rites car Celui qui baptise, c’est le Christ.

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