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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 23:06

 

Le Songe de Jacob, où ce dernier rêve d’une échelle dressée vers le ciel. Peinture de Nicolas Dipre, début du XVI,  siècle.

Le Songe de Jacob, où ce dernier rêve d’une échelle dressée vers le ciel. Peinture de Nicolas Dipre, début du XVI, siècle.

Bien avant la « découverte » de l’inconscient par Freud, les auteurs de la Bible ont rapporté des rêves et tenté de les interpréter.

Quelle place les songes occupent-ils dans l’Ancien Testament ?

Plusieurs passages dans l’Ancien Testament rapportent des rêves. Parfois, ils sont faciles à déchiffrer, donnant des indications précieuses à celui qui les reçoit. Le roi Abimélec entend en songe qu’il « ne doit pas prendre Sarah car elle est mariée à Abraham » (Gn 20,3).

Rêvant d’« une échelle dressée entre terre et ciel » (Gn 28,12), ­Jacob comprend que « Dieu est avec lui et ne l’abandonnera pas ». Et son beau-père Laban est informé qu’il ne doit pas poursuivre Jacob qui s’est enfui de chez lui (Gn 31,24). C’est encore le cas pour le roi Salomon qui, lors d’une nuit à Gabaôn, entend Dieu lui dire : « Demande ce que je dois te donner » (1 R 3,5).

Plus souvent, ces rêves sont obscurs et doivent être interprétés par des devins. Le roi babylonien Nabuchodonosor, troublé par son rêve d’« une statue de bronze aux pieds d’argile » (Dn 2,34), commence par faire venir ses mages. Mais c’est finalement le Juif Daniel qui lui expliquera ce songe : « Il y a un Dieu dans le ciel qui révèle les mystères et qui fait connaître au roi ce qui doit arriver à la fin des jours » (Dn 2,28).

En effet, pour les auteurs de l’Ancien Testament, « Dieu parle tantôt d’une manière, tantôt d’une autre ; Il parle par des songes, par des visions nocturnes, quand les hommes sont livrés à un profond sommeil ; Il leur donne des avertissements pour les détourner du mal et les préserver de l’orgueil » (Jb 33, 14). Et lorsque Dieu parle par songe, celui qui s’avère capable d’en comprendre le message révèle qu’il a un destin particulier. Parce qu’il sait interpréter les rêves de l’échanson et du panetier du roi d’Égypte lorsqu’il est avec eux en prison (Gn 40,5), Joseph sera sollicité pour éclairer Pharaon à propos « des sept vaches grasses et des sept vaches maigres » (Gn 41,7-26), puis nommé premier ministre d’Égypte.

Et dans le Nouveau Testament ?

Les rêves indiquent souvent la conduite à tenir. C’est particulièrement vrai chez l’évangéliste Matthieu qui souligne comment l’homme fidèle, dont le désir est ajusté à Dieu, est guidé par Lui à travers des songes.

Ainsi Joseph, fiancé de ­Marie, à qui « un ange du Seigneur apparaît en songe » comprend qu’il ne doit pas répudier sa fiancée enceinte (Mt 1,20), puis est averti en songe que le danger est écarté et qu’il peut « rentrer d’Égypte en Galilée » (Mt 2,22).

C’est en rêve également que les trois rois mages découvrent les intentions criminelles du roi Hérode (Mt 2,12). Et après un rêve, la femme de Pilate conseille à son mari « pendant qu’il est au tribunal », de ne pas condamner « ce juste » (Mt 27,19). Après la résurrection du Christ, les songes et visions des apôtres leur apparaissent comme une action de l’Esprit Saint.

Ainsi, Pierre comprend, par un rêve, que Dieu fait bon accueil aux païens et qu’il peut donc accueillir et baptiser le centurion païen Corneille (Ac 10,17). De même, Paul qui, ayant vu un Macédonien en rêve, décide de « passer en Macédoine » (Ac 16,9).

Qui sont ceux qui reçoivent ces songes dans la Bible ?

Dans l’Ancien Testament, les sages et les prophètes étaient reconnus comme tels au fait qu’ils savaient interpréter les visions qui leur étaient rapportées. En écoutant discrètement le rêve d’un ennemi à propos d’« une galette d’orge qui roule et renverse une tente » (Jg 7,13), Gédéon est certain de la victoire des Hébreux sur les Madianites.

C’est aussi parce que Dieu leur parlait au travers de songes, que les prophètes se faisaient identifier par le peuple. « Lorsqu’il y aura parmi vous un prophète, c’est dans une vision que moi, l’Éternel, je me révélerai à lui, c’est dans un songe que je lui parlerai » (Nb 12,6). Par ses sombres visions de « quatre bêtes énormes » (Dn 7,2) puis d’« un bélier et d’un bouc » (Dn 8,3), Daniel comprend, avec l’aide de l’ange Gabriel, que ces visions annoncent les épreuves à venir pour le peuple d’Israël, alors sous le joug de l’empereur ­Darius.

Mais certains profitaient de la crédulité du peuple pour se prétendre prophètes à tort. D’où les mises en garde énoncées dans le code deutéronomique : « C’est Dieu que vous suivrez (…) ; si des faiseurs de songes prêchent la rébellion contre Dieu, il ne faut pas les écouter » (Dt 13,5). De même, le prophète ­Zacharie met en garde contre « les idoles qui prédisent la fausseté, les devins qui voient du mensonge et les songes qui débitent l’illusion » (Za 10,2). « J’ai entendu les prophètes qui prophétisent en mon nom le mensonge en disant :“J’ai eu un songe ! J’ai eu un songe !” Jusqu’à quand y aura-t-il des gens qui prophétisent le mensonge et annoncent l’imposture de leur cœur ? », s’insurge aussi Jérémie à propos de ces faux devins qui « s’ingénient à faire oublier Dieu au profit de Baal » (Jr 23,25) ou qui « égarent par leurs songes mensongers » (Jr 29,8).

Aujourd’hui, comment la psychanalyse comprend-elle ces songes dans la Bible ?

Certains peuvent facilement être interprétés selon la clé habituelle de la psychanalyse freudienne, à savoir comme « la réalisation d’un désir ou d’un souhait inconscient », selon la psychanalyste chrétienne Anne-Marie Saunal.

Ainsi peuvent se comprendre les deux songes du jeune Joseph, haï par ses onze demi-frères, qui raconte avoir vu dans son sommeil « onze gerbes des champs s’incliner devant (sa) gerbe » (Gn 37,5), puis « onze étoiles, le soleil et la lune se prosterner devant (lui) » (Gn 37,9). « Il s’agit là clairement de rêves de compensation narcissique », poursuit Anne-­Marie Saunal, en considérant que, pour Joseph, le soleil représente son père Jacob et la lune, sa belle-mère Léa.

En revanche, d’autres « rêves bibliques à contenu spirituel ou prophétique restent énigmatiques et ne peuvent être compris par la psychanalyse », souligne le psychanalyste Jacques Arènes. D’ailleurs, selon lui, si la psychanalyse s’est peu intéressée aux rêves bibliques, c’est sans doute parce que l’interprétation analytique se fait toujours dans un « tissage » entre le rêveur et l’interprète. Or, « dans la Bible, le rêveur n’est pas tellement partie prenante et se montre le plus souvent incapable de relier son rêve et son désir ».

 

Claire Lesegretain

La Croix

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