Le patriarcat œcuménique de Constantinople (en grec : Oικουμενικό Πατριαρχείο Kωνσταντινουπόλεως, en turc Fener Rum Ortodoks Patrikhanesi, patriarcat des Romains orthodoxes du Phanar) est la première juridiction autocéphale de l'Église orthodoxe. Cette situation est liée au statut de capitale de l'Empire romain d'Orient dont jouissait autrefois Constantinople, l'actuelle Istanbul. Le patriarcat est un titre et une fonction de présidence attachée à un siège épiscopal, l'archevêché orthodoxe de Constantinople. Les orthodoxes considèrent que le patriarche de Constantinople n'a qu'une prééminence honorifique sur les autres Églises autocéphales orthodoxes, comme les papes d'avant le schisme de 1054. Sa titulature complète est « archevêque de Constantinople, nouvelle Rome et patriarche œcuménique », avec résidence au Phanar (en turc : Fener), ancien quartier grec d'Istanbul. Le titulaire actuel est Bartholomée I .
Le patriarcat œcuménique de Constantinople est également connu sous d'autres noms : Église orthodoxe grecque de Constantinople (dénomination surtout usitée par les catholiques) ;
Église romaine de Constantinople (dénomination surtout usitée par les autres orthodoxes, en référence à l'Empire romain d'orient dont le nom officiel était Ρωμανία (« Romania »).
Au contraire des quatre autres sièges patriarcaux la Pentarchie (Jérusalem, Rome, Antioche et Alexandrie) le siège de Constantinople n'est pas apostolique, bien que la tradition lui attribue une fondation par André. Cependant, à la suite de la refondation de la ville comme « Nouvelle Rome » par Constantin, le premier concile de Constantinople, en 381, lui reconnaît une « prééminence d'honneur après l'évêque de Rome, car Constantinople est la Nouvelle Rome ».
Cette décision est confirmée dans le canon 28 du concile de Chalcédoine en 451, mais avant même cette époque, les patriarches de Constantinople prirent le tire de « patriarche œcuménique », sans préciser ce que cela recouvre précisément en termes de juridiction. Les papes Léon I et Grégoire I, revendiquant pour leur siège la juridiction sur l'ensemble des Églises, refusèrent de cautionner cet usage.
Le maintien de la partie orientale de l'Empire romain fait que le patriarche resta sous la tutelle du pouvoir impérial, dans un système de partage des pouvoirs qui a pu varier avec les époques. L'accusation de césaropapisme, souvent formulée par les Occidentaux, est infondée car aucun empereur d'Orient n'a réussi à imposer à l'Église la moindre décision doctrinale, et ce n'est pas faute d'avoir essayé de le faire. Plus encore que le schisme de 1054, c'est la chute de Constantinople, d'abord aux mains des Croisés en 1204, puis des Turcs en 1453, qui affaiblit considérablement l'autorité du patriarche, encore diminuée ensuite par l'érection de Moscou en patriarcat autocéphale en1589, puis par la multiplication des Églises orthodoxes nationales (autocéphalie) pendant le XIX siècle.
Cependant, les sultans de l'Empire ottoman lui accordaient encore une certaine autorité sur les chrétiens orthodoxes de l'empire, dans le cadre du système des milliyets. En 1923, avec la République turque, le système des milliyets étant aboli, cette fonction cessa complètement, et les autorités turques mirent en place une Église orthodoxe turque, non canonique.
Organisation
Sur le territoire turc, seule l'Église orthodoxe turque, non canonique, est reconnue par les autorités en dehors de l'archevêché de Constantinople lui-même et de ses quatre métropoles de Dercon (àBüyükdere), de Chalcédoine (à Kadiköy), des îles des Princes (îles Kızıl en mer de Marmara) et des îles d'Imbros et Ténédos (Gökceada et Bozcaada en mer Égée), qui ne représentent pas plus de 9 000 fidèles. En Grèce en revanche, le patriarcat de Constantinople conserve son autorité sur les territoires ottomans jusqu'en 1913 (nord du pays, îles de l'Égée et Crète) ou italiens jusqu'en 1946 (Dodécanèse). Cela représente des dizaines de milliers de paroisses et 3,1 millions de fidèles : c'est sa principale source de revenus.
Structure territoriale
Les juridictions ecclésiastiques du patriarcat de Constantinople en Turquie et en Grèce.
En Turquie
Archevêché orthodoxe de Constantinople (une partie de la partie européenne d'Istanbul)
Métropole de Chalcédoine (Kadiköy dans la partie asiatique d'Istanbul)
Métropole d'Imbros et de Ténédos (Gökceada et Bozcaada en mer Égée)
Métropole du Principonèse (Îles des Princes, Kiziladalar, en mer de Marmara)
Métropole de Dercos (Büyükdere, dans la partie européenne d'Istanbul)
L'ensemble de ces juridictions de Turquie groupe moins de 9 000 fidèles.
En Grèce
Crète (Église de Crète, semi-autonome, neuf métropoles ; siège à Héraklion) :
Archevêché de Crète (siège à Héraklion)
Métropole de Gortyna et Arkadia (siège à Moirai)
Métropole de Réthymnon et Avlopotamos
Métropole de Kydonia et Apokoronos (siège à La Canée)
Métropole de Lambi, Syvritos et Sfakia
Métropole de Ierapytna et Siteia (siège à Ierapetra)
Métropole de Pétra et Cherronissos (siège à Néapoli)
Métropole de Kisamos et Selinos
Métropole d'Arkalochorion, Kastéllion et Viànnos
Etat monastique autonome de la Sainte-Montagne (20 monastères du Mont Athos, capitale à Karyès)
Exarchat patriarcal de Patmos (Patmos, Lipsos, Aghathonisi, Arki)
Métropole de Léros, Kalymnos et Astypaléa
Métropole de Karpathos et Kassos
Métropole de Simi
Terres Neuves » (ces territoires, ottomans jusqu'en 1913, grecs depuis, relèvent nominalement toujours du patriarcat de Constantinople, mais leurs évêques, à la suite d'un accord entre les deux Églises, participent pour l'instant aux synodes de l'Église de Grèce) :
Métropole de Langada
Métropole de Polyani et Kilkis
Métropole de Philippes, Néapolis et Thasos
Métropole de Néa Krini et Kalamaria
Métropole de Maronia et Komotini
Métropole de Paramythia, Filiatès, Géromère et Parga
Métropole de Chio, Psara et Inoussès
Métropole de Nikopolis et Preveza
Métropole d'Iérissos, de la Sainte-Montagne et d'Ardaméri
Métropole de Mithymna (siège à Kaloni, Lesvos)
Métropole de Kitros, Katérini et Platamon
Métropole de Didymotique, Orestias et Soufli
Métropole de Mytilène, Éressos et Plomarion
Métropole de Lemnos et Saint-Eustrate
Métropole de Goumenissa, Axiopolis et Polykastron
Métropole de Veria et Naoussa
Métropole de Dryïnoupolis, Pogoniani et Konitsa
Métropole de Florina, des lacs Prespa et d'Éordaia
Métropole de Serrès et Nigriti
Métropole de Zichna et Nevrokopi
Métropole d'Alexandroupolis, Trajanoupolis et Samothrace
Métropole de Néapolis et Stavroupolis
Métropole de Sisanion et Siatista
L'ensemble de ces juridictions de Grèce groupe environ 3,1 millions de fidèles.
En Amérique
Archevêché orthodoxe grec d'Amérique (siège à New York)
Métropole de Chicago
Métropole du New-Jersey
Métropole d'Atlanta
Métropole de Denver
Métropole de Pittsburgh
Métropole de Boston
Métropole de Détroit
Métropole de San Francisco
Métropole du Canada (siège à Toronto)
Archevêché de Buenos Aires et d'Amérique du Sud (siège à Buenos Aires)
Métropole de Panamá, d'Amérique centrale et des Caraïbes (siège à Mexico)
Église orthodoxe carpato-ruthène américaine
Église orthodoxe ukrainienne des USA
Église orthodoxe ukrainienne du Canada
Évêché orthodoxe albanais d'Amérique
L'ensemble de ces juridictions d'outre-Atlantique groupe environ 350 000 fidèles.
En Europe occidentale
Archevêché orthodoxe grec de Thyatire et de Grande-Bretagne (siège à Londres)
Archevêché orthodoxe grec d'Italie (siège à Venise)
Archevêché orthodoxe russe en Europe occidentale (siège à Paris)
Métropole de France (siège à Paris)
Métropole d'Allemagne et exarchat d'Europe centrale (siège à Bonn)
Métropole d'Autriche et de Hongrie (siège à Vienne)
Métropole de Belgique et exarchat des Pays-Bas et du Luxembourg (siège à Bruxelles)
Métropole de Suède et de toute la Scandinavie (siège à Stockholm)
Métropole de Suisse (siège à Genève-Chambésy)
Métropole d'Espagne et du Portugal (siège à Madrid)
L'ensemble de ces juridictions d'Europe hors Grèce groupe environ 120 000 fidèles.
En Asie
En Océanie
Archevêché orthodoxe grec d'Australie (siège à Sydney)
Métropole de Nouvelle-Zélande (siège à Wellington)
L'ensemble de ces juridictions d'Asie et d'Océanie groupe environ 50 000 fidèles.
Relations avec les autres Églises orthodoxes
Le patriarche de Constantinople exerce une primauté d'honneur (« premier parmi ses égaux ») parmi les chefs des Églises orthodoxes. Il est en quelque sorte le garant des valeurs de l'orthodoxie.
Relations avec l'Église catholique romaine
Article détaillé : Dialogue entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe.
Le contentieux millénaire datant du schisme de 1054, principale source du mishellénisme occidental, a fait l'objet, au XV siècle et dans les années 1960 et 1970, de plusieurs tentatives d'apaisement dont les étapes essentielles sont :
1437-1442 : concile de Florence et projet d'Union des Églises ;
1964 : rencontre entre le patriarche œcuménique Athénagoras I et le pape Paul VI ;
1965 : le patriarche œcuménique et le pape lèvent les excommunications mutuelles de 1054.
Ces tentatives ont abouti à des résultats partiels, les plus importants étant la reconnaissance mutuelle des sacrements administrés par les deux Églises, mais ils ont été partiellement remis en question depuis la fin du XX siècle, sinon au niveau du Vatican et du patriarcat œcuménique, du moins au niveau de beaucoup d'évêchés catholiques et d'Églises autocéphales orthodoxes.
Relations avec d'autres Églises
Dialogue entre l'Église orthodoxe et les Églises orthodoxes orientales
Dialogue entre l'Église orthodoxe et la Communion anglicane
Dialogue entre l'Église orthodoxe et les Églises luthériennes
Dialogue entre l'Église orthodoxe et les Églises réformées
Dialogue entre l'Église orthodoxe et l'Église vieille-catholique
Relations avec la Turquie
La Turquie en tant qu'État ne reconnaît pas le caractère œcuménique du patriarcat. Elle rejette également le terme de Constantinople pour celui d'Istanbul. En 1922, le gouvernement turc a soutenu la création d'un patriarcat turc orthodoxe comme moyen de pression pour obtenir la démission d'un patriarche œcuménique jugé trop pro-héllenique, mais cette nouvelle institution n'a pas séduit les fidèles et ne compte plus de membres aujourd'hui, à part la famille élargie de son fondateur, soit une quarantaine de personnes. Les autorités turques tolèrent donc le patriarcat œcuménique en tant qu'évêché des orthodoxes d'Istanbul, Büyükdere, Kadiköy, Kızıladalar, Gökceada et Bozcaada, mais limitent sa capacité d'initiative et d'action, en imposant au patriarche des gardes du corps turcs qui ne le lâchent pas d'une semelle, et en empêchant le renouvellement des cadres, leur recrutement étant ouvert uniquement aux citoyens turcs nés en Turquie, alors que le séminaire de Halki (Heybeli) dans les Îles des Princes a été fermé sine die sans explication. L'amélioration du sort de l'Église orthodoxe de Constantinople est un des enjeux de l'adhésion éventuelle de la Turquie à l'Union européenne.
source : https://www.facebook.com/pages/Radio-Online-Bizantina/609174122491978