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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 23:00

Notre Saint Père Nil naquit en 1433 au sein d'une famille noble de Moscou. D'abord employé comme secrétaire dans l'administration du grand-prince, il abandonna, encore jeune, la perspective d'une brillante carrière mondaine pour se retirer au Monastère de Saint-Cyrille du Lac-Blanc (cf. 9 juin). Mais la rigueur du Monastère avait faibli depuis le décès de son fondateur, et Nil constata avec dépit que les moines suivaient leurs volontés propres plutôt que les traditions des Saints Pères. Pour son profit spirituel, il quitta donc l'endroit et partit à la recherche des sources authentiques de la vie monastique, en compagnie de son ami spirituel et disciple Saint Innocent, futur fondateur du Monastère de Komel (cf. 19 mars). Ils visitèrent les Monastères de Constantinople et restèrent plusieurs années sur la Sainte Montagne de l'Athos pour y étudier, par l'expérience, les traditions des anciens Pères et le mode de vie hésychaste qui y florissait alors. Saint Nil y apprit le grec et put ainsi méditer en profondeur les écrits des Pères sur la garde de l'intellect et la prière du coeur.

Vers 1480, les deux ascètes retoumèrent au Monastère du LacBlanc, avec le projet d'y introduire le mode de vie des skites, alors inconnu en Russie où l'on ne trouvait que des grands et riches Monastères cénobitiques ou des ermites. Cette voie médiane, où les moines vivent seuls, dans des cellules séparées les unes des autres et se réunissent de temps à autre pour la célébration liturgique, fut à l'origine des glorieux centres monastiques d'Egypte et elle est louée par les Pères comme la meilleure (1).

St NilNil se construisit d'abord une cellule à proximité du Monastère, puis il s'éloigna à une quinzaine de kilomètres de là, dans un endroit sauvage, désert et lugubre, où la rivière Sora coule paresseusement et transforme le terrain en un marécage, qui n'offre aucun attrait pour les éventuels visiteurs. Il pouvait s'y adonner, dans l'hésychia, à la prière sans distraction et à l'étude des Saintes Ecritures, c'est-à-dire non seulement la Bible, mais aussi les écrits des Saints Pères et les vies des Saints. Ayant abandonné à Dieu, disait-il, toute son incapacité et son ignorance, il ne faisait rien sans en avoir trouvé un témoignage dans ces écrits inspirés dont il avait fait sa vie et sa respiration. A ce sujet, il écrivait à un moine : « Que vous soyez seul dans votre cellule d'ermite ou au Monastère parmi vos frères moines, fixez votre attention sur les Saintes Ecritures et marchez sur les pas des Saints Pères, car les Saintes Ecritures nous l'ordonnent. Ou bien, donnez-vous dans l'obéissance à quelqu'un qui se sera montré réellement spirituel en pensées, paroles et actions (..) Si vous ne pouvez trouver ce guide, alors donnez-vous dans l'obéissance directement à Dieu à travers les divines Ecritures » (2).

Il construisit d'abord une cellule de bois et une chapelle dédiée à la Sainte-Rencontre (Hypapante), mais refusait de recevoir les frères qui désiraient partager son mode de vie, prétextant qu'il était un homme pécheur et sans intelligence, malade de corps et d'esprit. Quelque-uns insistèrent pourtant et frappèrent continuellement à sa porte, sans lui laisser le moindre repos. Se soumettant alors à la volonté de Dieu, Nil les accepta, non comme disciples, mais comme compagnons d'ascèse et collaborateurs dans l'oeuvre de Dieu. Il avait l'habitude de les nommer : « mes seigneurs et mes frères ». Il leur permit de construire leurs propres cellules, à portée de voix, autour de l'église, et les laissa y mener leur combat spirituel, selon le témoignage de leur conscience. Les frères se réunissaient tous ensemble, deux fois par semaine, le samedi et le mercredi soir (3) pour célébrer dans l'église une Vigile de toute la nuit, conclue au matin par la célébration de la Liturgie et un repas commun. Cette Vigile était composée surtout de la récitation du Psautier, interrompue par des lectures des écrits ascétiques ou par de brèves conversations spirituelles entre les moines. On ne donnait qu'une très faible place au chant, considéré par les anciens Pères du désert comme hostile à la componction et réservé aux églises du monde. Les autres jours, chacun vivait à part, passant la plus grande partie de son temps en prière ou à méditer les Ecritures.

Dans le Typikon qu'il rédigea pour la skite, Saint Nil prescrit aux moines de vivre du travail de leurs mains, en évitant les lourds travaux agricoles, et de n'accepter les aumônes qu'en cas de maladie ou d'extrême nécessité, afin de pouvoir préserver leur liberté et leur hésychia. Il leur était interdit de quitter la skite, dont l'accès était prohibé aux femmes et aux enfants. Les moines devaient vivre dans la plus grande simplicité, en se contentant du strict nécessaire, conformément aux prescriptions de Saint Basile. La chapelle elle-même devait être pauvre, dépourvue de riches ornements et d'objets en métal précieux. Chaque moine n'avait d'autre préoccupation que de lutter jour et nuit contre les pensées passionnées, par le jeûne et la veille, en mettant surtout l'accent sur la prière ininterrompue de l'intellect dans le coeur.

Malgré cette retraite rigoureuse, la réputation de Nil parvint jusqu'aux grands centres de la Russie : Moscou et Novgorod. En 1490, il fut convoqué au concile réuni à Moscou pour statuer sur les hérétiques judaïsants. Grâce à l'influence de cet homme de Dieu le concile anathématisa les hérétiques et les condamna à l'exil, mais il refusa d'employer contre eux la peine de mort, déclarant que leur châtiment devait être laissé à Dieu qui est assez puissant pour les corriger.

En 1503, Nil est présent à un nouveau concile, au cours duquel il proposa de retirer aux grands Monastères cénobitiques la possession de villages et d'immenses propriétés, qui les transformaient en puissances féodales et impliquaient les moines dans de multiples soucis mondains sans rapport avec leur vocation. Ces excès dans les propriétés monastiques d'alors étaient la cause d'un déclin de la vie spirituelle et avait développé dans les Monastères russes la perverse idiorythmie. De nombreux moines du Monastère du Lac-Blanc et de la région de la transvolga se rangèrent à l'opinion de Saint Nil, mais Saint Joseph de Volokolamsk (cf. 9 septembre), appuyé par la hiérarchie, s'y opposa violemment, arguant que, grâce à leurs propriétés, les Monastères pouvaient faire l'aumône et contribuer à l'instauration d'une société fondée sur les principes évangéliques. Ce fut le début d'une longue querelle entre les "non-possesseurs" et les "Joséphites", qui divisa cruellement l'Eglise russe et fut la source de bien des maux dans les siècles suivants. Quant à lui, dès qu'il sentit une opposition, Saint Nil refusa de s'impliquer dans une controverse ecclésiastique. Il disait : «Il ne convient pas qu'un moine s'empêtre dans la discussion avec qui le prend à partie, il doit plutôt se retirer. » Il se retira donc dans l'hésychia de la skite de la Sora, et passa les demières années de sa vie dans la prière, occupé à la copie des manuscrits des Saints Pères.

Alors que son corps, chargé de jours, déclinait lentement, il rédigea son testament, dans lequel il recommande à ses compagnons d'ascèse de laisser son corps sans sépulture et de ne lui accorder aucun honneur. « Moi, indigne Nil, supplie mes supérieurs et les frères qui sont du même esprit que moi d'accomplir ma dernière volonté. Après ma mort, jetez mon corps dans le désert pour que les animaux et les oiseaux le dévorent, car il a si vilainement péché contre Dieu qu'il est indigne de sépulture. Et s'ils ne le font pas, alors creusez un trou à l'endroit où nous vivons et enterrez-moi sans aucun égard. J'ai toujours tâché, de toutes mes forces, de ne recevoir ni honneur ni louange dans ce Monastère durant ma vie; qu'il en soit ainsi après ma mort. »

Il envoya son disciple Saint Innocent fonder un Monastère cénobitique, et prescrivit que la skite de la Sora devait rester pauvre et que les moines continuent d'y vivre chacun séparément dans sa cellule. Puis il s'endormiten paix, le 7 mai 1508.

En 1569, le Tsar Ivan IV le Terrible visita la skite et décida d'y faire construire une église de pierre. Mais, peu après, Saint Nil lui apparut et lui interdit de faire aucune transformation dans l'église et dans les cellules des moines.

La victoire des partisans des possessions monastiques prépara la sécularisation de l'Eglise russe au XVIIeXVIIIe siècles (4) ; mais, malgré les persécutions, l'esprit ascétique de Saint Nil demeura, comme le feu qui couve sous la cendre, et ses écrits eurent une influence considérable pour préparer la renaissance spirituelle que connut l'Eglise russe au XIXe siècle, à partir de Saint Païssy Velitchkovsky (cf. 15 nov.) et des startsi d'Optino.

(1). Cf. S. Jean Climaque, Echelle 1, 45.
(2). Lettre 1III. Traduction des écrits de S. Nil dans la collection "Spiritualité Orientale n° 32", Abbaye de Bellefontaine.
(3). Les jours de grandes fêtes, ils remplaçaient la Vigile du mercredi par celle de la fête, de sorte qu'il y ait toujours deux Vigiles par semaine.
(4). En 1764, la plupart des Monastères de Russie furent fermés sur ordre de Catherine II.

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