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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 00:50


c) Défense de la foi, progrès dogmatique

33. 1. À l’intérieur de l’Église, la rencontre de la raison et de la foi a donné occasion à de nombreuses et longues controverses qui ont concerné les grands thèmes du dogme trinitaire, christologique, ecclésiologique anthropologique, eschatologique. En ces circonstances, les Pères, dans la défense des vérités qui touchent à l’essence elle-même de la foi, furent les auteurs d’un grand progrès dans l’intelligence des vérités dogmatiques, rendant un service valable au développement de la théologie.

Leur fonction apologétique, exercée avec une sollicitude pastorale consciente pour le bien spirituel des fidèles, a été un moyen providentiel pour la maturation du corps tout entier de l’Église. Comme le disait S. Augustin face à la multiplication des hérétiques : « Dieu a permis leur diffusion afin que notre nourriture ne soit pas seulement le lait (de la doctrine) et que nous n’en restions pas au stade de l’enfance rude » [41] ; en effet, « quand les hérétiques soulèvent avec une bouillante agitation de multiples questions relatives à la foi catholique, on les examine avec plus de soin en vue de les défendre, on les saisit avec plus de netteté, on les proclame avec plus de zèle ; le problème ainsi soulevé par l’adversaire devient une occasion de s’instruire » [42].

34. 2. Ainsi les Pères sont devenus les initiateurs du procédé rationnel appliqué aux données de la Révélation, les promoteurs éclairés de cet intellectus fidei, qui appartient à l’essence de toute théologie authentique. Ce fut leur tâche providentielle non seulement de défendre le christianisme, mais aussi de le repenser dans le milieu culturel gréco-romain ; de trouver des formules nouvelles pour exprimer une doctrine antique, des formules non bibliques pour une doctrine biblique ; en un mot, de présenter la foi sous la forme d’un discours humain, pleinement catholique et capable d’exprimer le contenu divin de la révélation, en en sauvegardant toujours l’identité et la transcendance. De nombreux concepts introduits par eux dans la théologie trinitaire et christologique (par ex. ousia, hypostasis, physis, agenesia, genesis, ekporeusis, etc.) ont joué un rôle déterminant dans l’histoire des Conciles et sont entrés dans les formules dogmatiques, devenant des composantes de notre terminologie théologique courante.

35. 3. Le progrès dogmatique, qui a été réalisé par les Pères non comme un projet abstrait purement intellectuel, mais dans la plupart des cas, dans les homélies, au milieu des activités liturgiques et pastorales, constitue un excellent exemple de renouvellement dans la continuité de la Tradition. Pour eux, la foi catholique provenant de la doctrine des apôtres et reçue à travers une série de successions était « à transmettre saine aux descendants » [43]. C’est pour cela qu’elle a été traitée par eux avec le maximum de respect, avec une pleine fidélité à son fondement biblique, et en même temps avec une juste ouverture d’esprit aux nouvelles nécessités et aux nouvelles circonstances culturelles : les deux caractéristiques propres de la tradition vivante de l’Église.

36. 4. Ces premières ébauches de théologie qui nous ont été transmises par les Pères mettent en évidence quelques-unes de leurs attitudes fondamentales typiques envers les données révélées, qui peuvent être considérées de valeur permanente et donc valables aussi pour l’Église d’aujourd’hui. Il s’agit d’une base posée une fois pour toutes, à laquelle chaque théologie postérieure doit faire référence et, en l’occurrence, revenir. Il s’agit d’un patrimoine qui n’est exclusif à aucune Église particulière, mais est très cher à tous les chrétiens. Il remonte en effet aux temps qui ont précédé la rupture entre l’Orient et l’Occident chrétien et il transmet des trésors communs de spiritualité et de doctrine ; une table riche autour de laquelle les théologiens des diverses confessions peuvent toujours se rencontrer. Les Pères sont en effet les Pères aussi bien de l’Orthodoxie Orientale que de la théologie latine catholique, ou de la théologie des protestants et des anglicans, objet commun d’étude et de vénération.

d) Sens du mystère, expérience du divin

37. 1. Si les Pères ont donné en tant d’occasions la preuve de leur responsabilité de penseurs et de chercheurs par rapport à la Révélation, en suivant, peut-on dire, le programme du credo ut intelligam et de l’intelligo ut credam, ils l’ont toujours fait en authentiques hommes d’Église vraiment croyants, sans compromettre aucunement la pureté ou, comme s’exprime Saint Augustin, « la virginité » [44] de la foi. En effet, en tant que théologiens, ils ne s’appuyaient pas exclusivement sur les ressources de la raison, mais aussi sur celles, en réalité plus religieuses, qu’offrait la connaissance de caractère affectif et existentiel, ancrée sur l’union intime avec le Christ, alimentée à la prière et soutenue par la grâce et les dons de l’Esprit Saint. Dans leurs attitudes de théologiens et de pasteurs se manifestaient à un très haut degré le sens profond du mystère et l’expérience du divin, qui les protégeaient des tentations toujours renaissantes d’un rationalisme trop poussé aussi bien que d’un fidéisme plat et résigné.

38. 2. La première chose qui frappe dans leur théologie est le sens vif de la transcendance de la Vérité divine contenue dans la Révélation. À la différence de beaucoup d’autres penseurs anciens et modernes, ils font preuve de grande humilité face au mystère de Dieu, contenu dans les Saintes Écritures, desquelles, dans leur modestie, ils préfèrent être de simples commentateurs, attentifs à ne rien y ajouter qui puisse en altérer l’authenticité. On peut dire que cette attitude de respect et d’humilité n’est autre que la vive conscience des limites infranchissables que l’intelligence humaine éprouve face à la transcendance divine. Qu’il suffise ici de rappeler, outre les homélies de Saint Jean Chrysostome sur l’incompréhensibilité de Dieu, ce qu’écrit textuellement Saint Cyrille évêque de Jérusalem, à l’adresse des catéchumènes : « Quand il s’agit de Dieu, c’est une grande science que de confesser l’ignorance » [45] ; de même après lui, l’évêque d’Hippone Saint Augustin dira de façon sentencieuse à son peuple : « Est préférable une ignorance fidèle à une science téméraire » [46]. Avant eux, Saint Irénée avait affirmé que la génération du Verbe est inénarrable, et que ceux qui prétendent l’expliquer « ont perdu l’usage de la raison » [47].

39. 3. Étant donné ce vif sens spirituel, l’image que les Pères nous offrent d’eux-mêmes est celle d’hommes qui non seulement apprennent, mais aussi, et par-dessus tout, expérimentent les choses divines, comme disait Denis le Pseudo-Aréopagite de son maître ’Hierotheos’ : non solum discens sed et patiens divina [48]. Ils sont dans la plupart des cas des spécialistes de la vie surnaturelle, qui communiquent ce qu’ils ont vu et goûté dans leur contemplation des choses divines ; ce qu’ils ont connu par la voie de l’amour, per quandam connaturalitatem, comme aurait dit Saint Thomas d’Aquin [49]. Dans leur manière de s’exprimer, est souvent perceptible l’accent savoureux des mystiques, qui laisse transparaître une grande familiarité avec Dieu, une expérience vécue du mystère du Christ et de l’Église et un contact constant avec toutes les sources authentiques de la vie théologale considérée par eux comme la situation fondamentale de la vie chrétienne. On peut dire que dans la ligne augustinienne de l’intellectum valde ama [50], les Pères apprécient certainement l’utilité de la spéculation, mais ils savent qu’elle ne suffit pas. Dans l’effort intellectuel lui-même pour comprendre leur foi, ils pratiquent l’amour qui, en rendant le connaissant ami avec le connu [51], devient, de par sa nature même, source de nouvelle intelligence. En effet, « aucun bien n’est parfaitement connu s’il n’est parfaitement aimé » [52].

40. 4. Ces principes méthodologiques, suivis et vécus pratiquement avant d’être expressément énoncés, ont été aussi objet de réflexions explicites des Pères. Il suffit de se référer, à ce propos, à Saint Grégoire de Nazianze qui dans le premier de ses cinq célèbres discours théologiques, consacrés à la manière de faire la théologie, traite de la nécessité de la modération, de l’humilité, de la purification intérieure, de la prière. De même fait Saint Augustin qui, rappelant la place de la foi dans la vie de l’Église et, parlant de la fonction qu’y accomplissent les théologiens, écrit qu’ils doivent être « pieusement doctes et vraiment spirituels » [53]. II en donne lui-même l’exemple quand il écrit le De Trinitate, directement pour répondre « aux raisonneurs jacassants », qui, « dépréciant les humbles commencements de la foi, se laissent égarer par un amour immature et pervers de la raison » [54].

Pour les raisons alléguées, on peut dire que l’activité théologique des Pères est pour nous toujours actuelle. Ils restent des maîtres pour les théologiens, comme représentants d’un moment important, décisif et qu’on ne peut éliminer de la théologie de l’Église, comme modèles pour la manière dont ils ont accompli leur activité théologique, comme sources autorisées et témoins irremplaçables pour les contenus qu’ils ont su tirer par leur réflexion et leur méditation sur le donné révélé.

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Enseignement spirituel

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