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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 05:06

LETTRE XLIII. A BASSIANA.

 

Cucuse, 405.

 

Vous avez trop longtemps gardé le silence. Car le vénérable et pieux diacre Théodote pouvait vous dire quels étaient ceux qui venaient ici. Nous n'en concluons point cependant que votre affection pour nous se soit affaiblie. Nous la connaissons trop bien; nous savons combien elle est vive, sincère, inébranlable. Aussi, que vous nous écriviez ou que vous gardiez le silence, nos dispositions à votre égard restent les mêmes, et nous ne pouvons douter de la sincérité de votre bienveillance. Toutefois, écrivez-nous souvent pour nous donner de vos nouvelles et des nouvelles de toute votre maison. Puissent-elles nous apprendre ce que nous désirons savoir. Votre société, vous en êtes persuadée, nous esttrès-chère. Ainsi donc, très-pieuse et très-noble dame, accordez-nous cette faveur. Vous le pouvez facilement; ce n'est pas trop exiger de voies, et, dans le désert où nous sommes, nous éprouverons une grande consolation.

 

 

LETTRE XLIV. AU DIACRE THÉODOSE.

 

Cucuse, 405.

 

Je sais bien que vous ne nous écririez pas, si vous pouviez venir vous-même. Mais vous mettriez tout de côté pour venir ici , sans la mauvaise saison, la triste situation des affaires, et. la solitude de jour en jour plus affreuse qui règne en ces lieux. Je n'ai pas besoin que vous me le disiez. L'amour que vous avez pour moi m'en est un sûr garant. Quand même vous ne m'en auriez pas fait souvenir, j'aurais écrit à tout le monde. Nous n'en avons pas moins admiré votre affection, qui vous a porté à nous donner ce conseil dans votre dernière lettre. C'est le conseil d'une âme vivement inquiète à notre sujet et toute pleine d'une affection sincère. Aussi n'ai-je oublié personne; j'avais écrit la veille à la pieuseCartérie, et j'ai appris qu'elle n'était plus chez elle; mais qu'elle venait d'entreprendre un long voyage. Si nos lettres peuvent lui être transmises, je m'en remets sur vous de ce soin; si c'est chose impossible, allez du moins trouver le noble et vénéré Marcellien, et dites-lui de m'excuser auprès d'elle , s'il lui écrit. Qu'elle sache bien que mon silence ne vient point de la négligence, mais de son absence prolongée; que cette absence seule m'a empêché de lui écrire fréquemment.

 

 

LETTRE XLV. AU PRÊTRE SYMMAQUE.

 

De 404 à 407.

 

Est-il étonnant d'être accablé de douleurs, quand on marche dans la voie étroite? La vertu de sa nature amène les fatigues, les sueurs, les embûches et les périls. Voilà ce que l'on rencontre sur le chemin ; mais viennent ensuite lescouronnes , les palmes , les biens mystérieux de l'éternité. Consolez-vous par cette pensée ; ici-bas les biens et les maux s'écoulent avec la vie, ils finissent avec elle. Ne vous laissez donc ni enfler par les uns, ni abattre par les autres. Un habile pilote ne se néglige point, quand la mer est calme , il ne se trouble point non plus au fort de la tempête. Ce sont là vos sentiments, trouvez-y de quoi vous consoler , et vous soutenir dans votre affliction; et donnez-nous de bonnes nouvelles de votre santé. Car si nous sommes loin l'un de l'autre , et depuis si longtemps, la charité nous rassemble. Elle nous suivra partout, toujours énergique; car telle est la nature de cette affection.

 

LETTRE XLVI. A RUFFIN.

 

De 404 è 407.

 

J'aurais voulu vous écrire plus souvent, très-pieux et très-vénéré seigneur, parce que je vous aime d'un bien vif amour; vous le savez bien. Il dépend de nous de vous aimer, il ne dépend pas de nous de vous écrire. Oui, nous sommes libre de vous aimer; nous ne (458) sommes pas libre de vous écrire, tant à cause des chemins si difficiles, qu'à cause de la saison où nous sommes. Nous ne ,cessons~de vous aimer, il ne nous est pas toujours permis de vous écrire. Que dis-je? mais nous vous écrivons sans cesse, non pas, il est vrai , avec de l'encre et du papier, mais par notre volonté et notre coeur; c'est le propre du véritable amour.

 

 

 

LETTRE. XLVII. A NAMOEA.

 

Cucuse, 405.

 

Pourquoi chercher une excuse dans un acte que nous aimons à louer et à célébrer? Nous vous savons gré de nous avoir écrit; mais nous pourrions vous reprocher de l'avoir fait un peu tard. Si vous croyez avoir fait preuve de hardiesse en nous écrivant, oubliez ce mérite, et songez à vous disculper du retard que vous y avez mis. Car plus vous nous ,direz que vous nous aimez, loin de nous comme près de nous, plus votre faute sera grave. Si vous nous aimiez, comme tant d'autres nous aiment, votre silence ne nous eût point surpris. Mais quand vous protestez de la sincérité et de la vivacité de votre affection, quand vous mous dites que le mauvais état des chemins, que la crainte des brigands ne vous eût pas empêché de venir nous voir, que la maladie seule,s'y est opposée, vous n'avez plus qu'un moyen de nous satisfaire, c'est de nous écrire un millier de lettres pour expier votre faute; faites-le donc, et nous ne vous demanderons plus rien. Cette lettre si tardive que nous venons de recevoir, par la vive affection qu'elle respirait, a payé la dette du passé. Que les autres n'imitent point la lenteur de celle-ci. Nous serons convaincu que ce n'est point la paresse, mais une crainte sans fondement, comme vous le dites, qui l'a retardée, si les autres nous arrivent promptement et fréquemment.

 

 

LETTRE XLVIII. A ARABIUS.

 

Je sais quelle est votre affection; pour moi, combien elle est sincère, vive et persévérante; je sais que ni les embarras, ni les soucis, ni l'adversité, ni le temps, ni la distance ne pourront l'affaiblir. C'est pourquoi je désire recevoir souvent de vos lettres et apprendre que vous vous portez bien. Si vous voyez dans ces paroles quelque reproche, ne croyez pas que nous vous accusions de négligence; nous demandons seulement que vous nous écriviez souvent des lettres semblables à la précédente. Faites-nous ce plaisir, très-noble et très-vénéré seigneur. Rien de plus aisé pour vous; rien ne peut nous être plus agréable dans le désert où nous sommes.

 

 

LETTRE XLIX. A ALPHIUS.

 

Probablement 405.

 

J'aurais voulu vous écrire plus souvent; mais le manque de messagers ne m'a point permis de réaliser ce désir. La solitude de ce lieu, la crainte des Isauriens, la rigueur de l'hiver n'engagent guère à venir souvent dans ce pays. Néanmoins, soit que nous vous écrivions, soit que nous gardions le silence, nos dispositions envers vous ne changent point; oui, nous savons quel est votre zèle pour les intérêts de votre âme, quel est votre empressement pour tous ceux qui vivent dans la piété, avec quelle ardeur vous vous acquittez de cette noble tâche. Donnez-nous donc souvent, noble et vénéré seigneur, des nouvelles de votre santé, et de la santé de toute votre maison. Ainsi, même dans ce désert, vous nous ferez éprouver une vive joie.

 

 

LETTRE L. A DIOGÈNE.

 

Cucuse, 403.

 

Nous savions la sincérité de l'affection que vous nous portez; elle nous est encore mieux connue aujourd'hui que, au sein d'une si violente tempête, vous vous êtes montré plus empressé, plus affectueux que jamais. Nous vous admirons donc, et nous ne cessons de vous bénir. Sans doute vous recevrez une ineffable (459) récompense de ce Dieu qui rend au centuple tout le bien que l'on fait par ses actions ou par ses paroles. Nous aussi, nous vous récompensons comme nous pouvons, en vous admirant, en vous louant, en vous félicitant sans cesse, en vous aimant, en vous vénérant, en vous portant continuellement dans notre pensée, en nous tenant uni à vous par le lien si fort de l'affection. Que noirs soyons du nombre de ceux qui vous aiment le plus vivement, vous n'en doutez pas, très-pieux et très-vénéré seigneur; aussi ne soyez pas mécontent de nous, à l'occasion de ces présents que vous nous avez envoyés. Nous en avons exprimé, nous en avons recueilli tout l'honneur qu'ils contenaient, et nous vous les avons renvoyés, non par mépris ni par défiance, mais parce que nous n'en avons aucun besoin. Nous avons tenu la même conduite à J'égard de beaucoup d'autres. Beaucoup d'autres, en effet, non moins nobles que vous, non moins remplis d'amour à notre égard, comme vous pouvez le savoir, nous ont fuit parvenir aussi quel(lti(s présents, et aulx+ès d'eux, il nous a suffi des excuses que nous vous présentons en ce moment. Si nous nous trouvions dans le besoin, c'est avec la plus grande liberté que nous vous demanderions quelque secours, comme si vos biens étaient les nôtres. Reprenez donc aujourd'hui vos présents, gardez-les avec soin, afin que, dans l'occasion, nous puissions vous les redemander en toute liberté.

 

 

LETTRE LI. AU MÊME.

 

Cucuse, 406.

 

Après vous avoir écrit une première lettre, j'ai vu le vénérable et pieux Aphraate , qui nous est si étroitement uni. Il ne voulait point nous quitter, il nous menaçait même de ne vouloir pas recevoir nos lettres , si nous ne consentions à accepter vos présents. Nous avons mis à cette affaire un sceau qui vous réjouira, nous n'en doutons point, et que vous agréerez certainement. Quand il vous aura fait part de mon dessein, chargez-le lui-même de le mettre à exécution. Vous n'ignorez pas tout l'avantage que la Phénicie retirera de sa présence et de votre libéralité. Vous serez doublement récompensé, et pour vous être montré si généreux à l'égard de ceux qui évangélisent les gentils de ce pays, et pour leur avoir envoyé untel homme en vue de les consoler; maintenant surtout, qu'ils sont en face de tant, de difficultés et en butte à tant d'attaques. Considérez la grandeur de celte action, n'apportez pas de délai à son départ; qu'il se mette en route immédiatement. C'est ainsi, très-vénéré seigneur, c'est par ce noble empressement, que vous vous ménagerez de grandes récompenses auprès du Dieu miséricordieux.

 

 

LETTRE LII. A ADOLIE.

 

Ecrite, à ce que l'on pense, à Cucuse, 404.

 

Nous avons appris que vous avez fait une fort dangereuse maladie, et que vous avez été sur le point de mourir, mais nous savons aussi que vous allez mieux, et que désormais hors de danger, vous êtes en voie de recouvrer la santé. Votre lettre n'en parle pas; c'est par d'autres que je l'ai su; j'aurais voulu l'apprendre de vous-même. Il suffit d'ailleurs, pour nous consoler, que vous ayez échappé à cette maladie. Toutefois, nous ne sommes pas content de votre long silence. Nous voudrions, vous le savez bien, vous voir ici de nos yeux. Sans la maladie, rien ne s'y opposait; car l'hiver de ce pays ressemble assez à un doux printemps, et l'Arménie n'est pas inquiétée par les Isauriens. Cependant nous ne voulons pas vous contraindre, vous forcer à venir ici- malgré vous. Mais ni la crainte des Isauriens, ni la rigueur de l'hiver, ni la difficulté des chemins, ne peuvent vous empêcher de nous écrire, et c'est ce que nous vous demandons. Vous nous portez une vive, une sincère affection; écrivez-nous donc bien souvent. Si vous nous informez souvent de votre santé, de la joie de votre âme, ce sera pour nous une grande consolation. Puisque vous savez tout le plaisir que vous nous causerez, n'hésitez donc pas -à nous écrire souvent. Vous savez combien nous vous chérissons, et quel intérêt vous nous avez toujours inspiré.

 

 

LETTRE LIII. AU PRÊTRE NICOLAS.

 

Cucuse, 404.

 

Vous nous avez rendu le courage et nous avez rempli de joie, en nous mandant que vous vous occupez beaucoup de la Phénicie, malgré la distance qui vous en sépare, et que par vos lettres vous exhortez à la piété ceux de ce pays. C'est un zèle vraiment apostolique que vous avez déployé. Aussi rie cessons-nous de vous admirer et de vous féliciter, d'y avoir envoyé des moines, et de ne les avoir pas rappelés, malgré les difficultés de leur situation, bien mieux, de les avoir obligés à y demeurer. Ainsi, vous avez rempli le devoir d'un bon pilote et d'un bon médecin. Plus les flots se soulèvent, plus le pilote montre d'activité; plus la fièvre brûle le malade, plus le médecin déploie de science et d'habileté. Vous aussi, noble et pieux seigneur, vous avez agi comme il convenait à votre vertu. Quand vous avez vil l'état des affaires empirer, le trouble s'élever partout, vous n'avez pas permis à ceux que vous avez envoyés, d'abandonner leur poste, vous leur avez enjoint d'y rester, et d'y remplir leur mission. Ne vous lassez point d'en agir de la sorte, et dès qu'il sera guéri, et que la santé lui sera rendue, envoyez-y, je vous prie, le vénérable prêtre Géronce. Nous souhaitons beaucoup de le voir ici, près de nous : cependant, comme les affaires de ce pays demandent de la promptitude et une grande vigilance, il ne faut point consacrer trop de temps au voyage, il faut faire en sorte que l'hiver ne le surprenne point et ne retarde pas son arrivée en Phénicie. C'est pourquoi, dès qu'il sera guéri, il faut le presser de se mettre en route. Donnez-lui pour compagnon de voyage le prêtre Jean, cet homme si doux et qui m'est si cher. Vous le savez, les affaires de la Phénicie ont d'autant plus besoin qu'on s'en occupe, que le mal s'y est accru davantage. Songez à tout cela, songez à l'importance du salut éternel, songez aux heureux résultats que vous avez obtenus par votre zèle et votre vigilance, et soit par vous-même, soit par d'autres que vous pourrez trouver, assurez la durée des réformes accomplies, faites en de plus belles encore. Vous ne nous avez pas fait moins de plaisir que ceux qui sont venus nous visiter; vous y êtes venu par l'intention et par la volonté. Bien que loin de vous par le corps, nous vous voyons chaque jour par les yeux de la charité, et vous êtes partout présent à notre pensée. Peut-être pourrons-nous un jour nous voir, si les circonstances le permettent. Car, dans l'était où sont les affaires, malgré notre vif désir de vous voir et de vous serrer dans nos bras, nous vous croyons nécessaire où vous êtes. Nous sommes sûr que vous rie négligerez rien pour remplir la Phénicie d'hommes généreux, pour exciter de plus en plus ceux qui s'y trouvent, à ne pas abandonner ce qu'ils ont entrepris; cherchez d'autres auxiliaires autour de vous, et hâtez-vous de les envoyer. Procurez ainsi les plus grands avantages, et à ceux qui vivent près de vous, et à ceux qui sont loin de vous; imitez en cela les parfums qui répandent leur odeur non-seulement dans le lieu qu'ils occupent, mais qui embaument au loin les airs.

 

 

LETTRE LIV. AU PRÊTRE GÉRONCE.

 

Cucuse, 405.

 

Je vous ai déjà adressé une lettre, vous croyant en Phénicie. Je vous écris aujourd'hui ce que je vous écrivais alors. Il ne vous faut rien négliger, il vous faut tout endurer pour ne pas laisser stérile ce champ que vous cultivez, pour ne pas laisser périr le bien que vous avez fait. Voyez les bergers : quand un animal menace le troupeau, ils redoublent de zèle et de vigilance; ils s'arment dune fronde, ils mettent. tout en oeuvre pour l'éloigner. Jacob, chargé de garder un troupeau de brebis, passa quatorze ans à souffrir le chaud et le froid, à veiller des nuits entières, et il s'acquittait des devoirs d'un vil mercenaire : que ne doivent donc pas faire et souffrir ceux qui sont préposés à la garde de ces brebis douées de raison, pour empêcher qu'une seule ne se perde? Je vous en conjure donc : plus la tempête a de violence, plus le mal s'accroît, plus les obstacles s'amoncellent, plus les ennemis sont nombreux, plus aussi vous devez montrer de vigilance et exhorter les autres à partager ce soin avec vous et à presser leur départ pour la (461) Phénicie. Vous serez magnifiquement récompensé pour avoir entrepris un tel voyage; à plus forte raison, vos oeuvres et votre ardeur vous mériteront de glorieuses récompenses. Oui, il vaut mieux pour vous, il vous est plus avantageux de vous exiler ainsi, que de rester dans votre pays. En Phénicie, vous trouverez ce que vous avez maintenant, le jeûne, les veilles et les autres exercices de la piété chrétienne. Mais dans votre pays, vous ne pouvez trouver les mêmes avantages que dans la Phénicie, c'est-à-dire le salut de tant d'âmes, la récompense que méritent de nombreux dangers, et le zèle ardent de l'Apôtre. A la pensée des couronnes que vous allez conquérir, ne différez point, ne remettez point; au contraire, dès que vous serez guéri , hâtez-vous de partir, sans vous inquiéter de ce qui vous sera nécessaire. J'ai chargé le pieux et vénéré prêtreConstantius de ne rien épargner pour vous, de vous fournir, avec plus d'abondance même que par le passé, tout ce dont vous aurez besoin pour vos maisons et pour venir en aide à vos frères. Puisque vous pouvez compter sur de telles ressources, et que vous ferez une chose si agréable à Dieu, bannissez toute hésitation, partez au plus vite, et écrivez-nous de la Phénicie : ce sera pour nous dans ce désert une grande consolation. Si en effet nous apprenons que vous êtes parti avec ces dispositions, prêt à faire et à souffrir toutes choses pour le salut des âmes, nous en éprouverons tant. de joie, que nous ne croirons plus habiter un désert. Nous souhaitons vivement de vous voir ici; mais votre présence en Phénicie est plus nécessaire qu'ici, et il serait à craindre que l'hiver ne vous empêchât d'y arriver. C'est pourquoi nous vous pressons, nous vous conjurons de partir sur-le-champ.

 

 

LETTRE LV. AUX PRÊTRES SIMÉON ET MARIS, ET AUX MOINES D'APAMÉE.

 

Cucuse, 405.

 

Nous sommes bien loin de vous, nous vivons dans un affreux désert : cependant votre vertu, votre sagesse qui éclaire de ses lumières tous ceux qui vous approchent, nous ont rempli d'affection pour vous. La rigueur de l'hiver, la longueur du chemin, ne nous permettent point de jouir de votre présence; et c'est pourquoi nous nous empressons d'aller vous trouver par nos lettres, vous demandant d'adresser à Dieu de ferventes prières pour obtenir de lui la fin des maux qui remplissent l'univers. Excitez aussi les autres à prier avec une sainte ardeur, et donnez-nous le plus souvent que vous pourrez des nouvelles de votre santé. Même loin de vous, relégué aux extrémités du monde, ce sera pour nous une grande joie que d'apprendre. que vous vous portez bien. Nous avons été très-heureux de savoir que le prêtre Jean, cet homme si doux et qui nous est si cher, se soit résolu, dans des circonstances si difficiles, à partir pour la Phénicie. Je vous en conjure, pénétrez-vous bien de la grandeur d'une telle action; et si vous trouvez des hommes généreux, qui veulent bien lui prêter leur concours pour de si grandes choses, empressez-vous de les envoyer, et songez aux magnifiques récompenses que vous leur ménagerez.

 

 

LETTRE LVI. AUX MOINES ROMULUS ET BYZUS.

 

Cucuse, 405.

 

Je voudrais que vous vinssiez ici, je voudrais vous voir de mes yeux. Ce que j'ai entendu dire de votre piété m'a rempli d'amour pour vous, et je vous contemple parles yeux de la charité. Puisque la distance, la rigueur de la saison, la crainte des Isauriens vous empêchent de venir, j'ai hâte de vous entretenir par une lettre et de vous faire connaître mes dispositions à votre égard : on peut aimer ceux même qui sont éloignés et que l'on n'a jamais vus. Telle est, en effet, la puissance de la charité : ni la distance ne peut la détruire, ni le temps ne peut l'affaiblir, ni l'épreuve n'en peut triompher; c'est elle au contraire qui triomphe de tout cela, en s'élevant à des hauteurs vraiment sublimes. Aussi nos bonnes dispositions envers vous ne permettent pas à notre affection de se refroidir; mais nous vous écrivons et nous vous prions de nous donner des nouvelles de votre santé. Ainsi, même dans le désert où nous vivons, nous ressentirons une grande joie, en apprenant que vous vous portez bien, vous qui êtes entrés dans la voie étroite et resserrée.

 

 

LETTRE LVII. A ADOLIE.

 

Cucuse, 401.

 

Bien que vous nous écriviez rarement, nous ne cesserons cependant pas de vous écrire, chaque fois que nous rencontrerons des voyageurs qui se rendent dans votre pays. Nous voudrions vous voir ici de nos yeux, nous le désirons vivement. Mais il vous semble impossible de venir, bien qu'il n'y ait. plus lieu de redouter les Isauriens ; et c'est pourquoi nous ne cessons de nous donner cette consolation de vous écrire, consolation pour nous toujours si grande... Oui, chaque fois que nous rencontrons un messager, nous éprouvons une vive joie de vous adresser une lettre. Vous en êtes bien persuadée, dame très-pieuse et très-vénérée ; empressez-vous donc, vous aussi, de nous écrire souvent, pour nous informer de votre santé, et du calme dont vous jouissez. Nous ne vous blâmons point de n'être pas venue : ce voyage vous a paru si difficile à réaliser ! mais nous vous reprochons d'avoir si longtemps gardé le silence, car nous désirons vivement savoir comment vous vous portez, vous et toute votre famille.

 

 

LETTRE LVIII. AU DUC THÉODOSE.

 

De 404 à 407.

 

Vos lettres ont la douceur du miel; que dis-je? elles sont plus douces que le miel. Le miel, pour ceux qui, y sont habitués, perd de sa douceur : la satiété l'empêche d'être aussi agréable. Mais quand vous nous donnez de bonnes nouvelles de votre santé, vos lettres, loin de produire cet effet, augmentent au contraire la joie causée par les précédentes. Vous avez couvert notre, lettre de vos baisers, dites-vous; pour moi, c'est vous-même, vous, l'auteur de cette lettre, que j'ai embrassé, c'est à votre cou que je nie suis suspendu, c'est votre tête chérie que j'ai inondée de mes baisers. Que de joie j'ai éprouvée! lime semblait, non pas lire votre lettre, mais vous voir et converser avec voua. Telle a été la puissance de cette lettre que vous m'avez adressée. C'est là en effet la nature de la véritable affection : elle s'épanche dans une lettre, et il semble que la source même de la lettre est présente sous les yeux; c'est ce que nous avons éprouvé. Ni le temps, ni la distance, ni les circonstances difficiles, rien en un mot, n'a pu nous priver de ce bon heur. Ainsi donc, seigneur très-vénéré, informez-nous souvent de votre santé, de celle de votre maison, du contentement de votre âme. Vous savez quel intérêt nous prenons à tout cela.

 

 

LETTRE LIX. AU DIACRE THÉODOTE.

 

Cucuse, 405.

 

Vous nous avez oublié bien vite, et à ce chagrin que nous a causé votre départ, vous en ajoutez un autre par votre silence prolongé. Vous ne pouvez prétexter que vous êtes parti. depuis trop peu de temps : il y a bien assez longtemps en effet, pour qu'un voyageur ait pu venir jusqu'ici. Nous ne voulons pas non plus que vous alléguiez la crainte des Isauriens nous vous aimons trop pour vous supposer un pareil prétexte. Depuis que vous êtes parti, en effet, que de gens sont venus clans ce pays ! Quelle est donc la cause de votre silence? C'est la négligence et la paresse. Nous voulons cependant bien vous pardonner, pourvu qu'à l'avenir vous répariez votre faute en nous écrivant fréquemment. Vous savez combien vous nous ferez plaisir en nous disant souvent que vous vous portez bien.

 

 

LETTRE LX. A CHALCIDIE ET A ASYNCRITIE.

 

Cucuse, 404.

 

Je ne l'ignore pas, ces épreuves qui sont venues fondre successivement sur ce prêtre si pieux et si vénéré, ont porté le trouble dans votre âme. Ne vous troublez point cependant. Quand on souffre pour Dieu, plus on souffre, plus aussi on remporte de couronnes. Consolez-vous donc, supportez avec générosité tous ces revers; rendez grâces à Dieu, et louez-le dans (463) cette circonstance. Ainsi partagerez-vous les récompenses et les couronnes qui lui sont réservées si vous savez souffrir vous-mêmes avec générosité et avec résignation. Vous le savez, la vie présente est un chemin : tout y est éphémère, la joie comme la douleur, et c'est par les tribulations que nous entrerons un jour dans le royaume des cieux ; elle est étroite, elle est resserrée, la voie qui conduit à la vie. Cette pensée et la présence du saint prêtre devront vous consoler; vous dissiperez ce nuage de tristesse, et vous vous réjouirez de toutes ses souffrances. Il en retirera une récompense ineffable et sans aucun mélange d'amertume.

 

 

LETTRE LXI. A L'EX-CONSULAIRE THÉODOTE.

 

406.

 

Un père doit non-seulement ne pas craindre de voir son fils pratiquer la véritable sagesse, il doit encore l'en féliciter et ne rien négliger pour qu'il en atteigne la perfection. Non-seulement il ne doit point s'affliger de le savoir loin de sa patrie, de sa maison, de ses yeux, mais le croire d'autant plus près de lui qu'il fait de plus rapides progrès dans la vertu. C'est pourquoi nous vous remercions, nous vous admirons de nous avoir fait un si beau présent en nous donnant votre fils, sans parler des autres présents par lesquels vous avez daigné nous honorer. Pour nous, tout eu acceptant l'honneur qui nous revient de ces dons, nous vous renvoyons les objets que vous nous adressez. Ce n'est point par mépris; vous nous portez trop d'affection. Mais ces objets sont pour nous un superflu dont nous pouvons aisément nous passer. Sans doute nous aurions vivement désiré garder près de nous cet excellent lecteur,. votre fils Théodote; mais ici on n'entend parler que de meurtres, de troubles, de sang répandu et d'incendies. Les Isauriens mettent tout à feu et à sang, et nous changeons de lieu tous les jours. Nuits avons donc cru nécessaire de le renvoyer, en recommandant à notre pieux seigneur, le diacre Théodote, de prendre bien soin de lui, et de l'entourer de toute sa sollicitude. Travaillez de votre côté à procurer cette attention à votre fils; vous nous louerez de ce conseil, et vous nous saurez gré de vous l'avoir donné.

 

 

LETTRE LXII. AUX PRÊTRES D'ANTIOCHE, CASTUS, DIOPHANTE, VALÉRIUS ET CYRIAQUE.

 

Cucuse, 405.

 

Je regrette vivement que mon pieux et vénéré seigneur, le prêtre Constantius m'ait quitté, mais aussi je me réjouis qu'il soit retourné près de vous; et cette joie est d'autant plus vives que j'éprouve plus de chagrin de ne l'avoir plus auprès de moi. Il abordera, je le sais, à un port sans orage, au port de votre charité. Les vents mugiraient-ils autour de vous, les flots se soulèveraient-ils avec violence, que votre courage, votre charité, votre affection toujours invariable vous feraient demeurer calmes au sein de la tempête. Quand vous le posséderez, ne le laissez manquer de rien, je vous en prie. Vous n'ignorez pas quelle récompense vous mériterez par vos bons offices, envers un homme si injustement maltraité. Ce que nous vous demandons, c'est qu'il ne soit pas iniquement tourmenté, traîné sans raison çà et là, cité devant les tribunaux pour des actes dignes d'être célébrés et récompensés. Voilà ce que nous demandons pour lui; maintenant nous vous demandons pour nous, que vous nous écriviez fréquemment, et que vous nous informiez de l'état de votre santé. Si une longue distance nous sépare, cependant vous êtes sans cesse présents à notre pensée, nous sommes sans cesse au milieu de vous. La charité produit cet effet chez ceux qui savent aimer véritablement. Vous n'en cloutez pas, vous qui nous aimez d'une affection si sincère.

 

 

LETTRE LXIII. A TRANQUILLINUS.

 

De 404 à 407.

 

Le temps emporte toutes choses; tout s'use et vieillit, les corps, les maisons, les prairies, les jardins; tout ce que produit la terre. La charité seule ne vieillit pas; le temps ne peut la flétrir, ni la mort l'interrompre. Et c'est pourquoi, bien que nous soyons loin de vous depuis si longtemps, nous continuons à vous aimer d'une si vive affection. Aujourd'hui nous vous la témoignons par nos paroles; mais elle règne toujours dans notre coeur. C'est la raison qui nous porte à vous écrire si souvent. Mais nous voudrions aussi que vous nous donniez des nouvelles de votre santé vous savez combien nous nous y intéressons. Si donc vous le pouvez , si vous trouvez un messager qui puisse nous apporter une lettre , écrivez-nous, comme c'est votre devoir; le porteur de cette lettre dira à votre charité si ardente, si sincère, ce que nous faisons, ce qui se passe en Arménie et en Thrace.

 

 

LETTRE LXIV. A L'ÉVÊQUE CYRIAQUE.

 

Sopater, préfet de cette Arménie où nous sommes confiné, l'administre comme un père, et nous rend plus de services qu'on ne pourrait en exiger d'un père. Désireux de lui témoigner ma reconnaissance, je crois avoir trouvé pour cela le meilleur moyen, votre coeur lui-même, par l'entremise duquel je veux lui rendre grâces. Comment cela? Son fils est chez vous depuis longtemps déjà : il y est allé pour des renseignements. Si vous vous empressez de le voir, si vous l'entourez de votre affection, si vous voulez lui accorder quelque bienfait, nous nous serons pleinement acquitté envers son père. Faites-le donc, et mettez-le en relation avec les magistrats, avec vos amis, avec ceux qui peuvent lui rendre le séjour en pays étranger plus agréable même que le séjour de la patrie. Ainsi vous lui ferez plaisir, et à moi et à vous-même; vous aiderez, dans la personne de son fils, un homme de bien, un homme miséricordieux et plein de charité pour les pauvres.

 

 

LETTRE LXV. A MARCIEN ET MARCELLIN.

 

Cucuse, probablement 404.

 

Vous êtes plongés dans un profond chagrin, me dites-vous; mais vous avez pour vous consoler la sagesse et l'élévation de votre âme, l'invariable fermeté de votre affection. L'homme qui vit dans le luxe et la mollesse, ne peut trouver le calme même au sein du bonheur; au contraire, l'homme ferme, énergique, plein de vigilance, loin d'être ébranlé par la tempête, n'en est rendu que plus admirable et plus illustre. L'épreuve n'a-t-elle pas, en effet, le privilège de mériter de grandes récompenses, de brillantes couronnes, à celui qui sait la supporter avec courage? Vous le savez, nobles et vénérés seigneurs, et c'est pour vous, dans le malheur, une source inépuisable de consolations. Ne vous laissez donc point troubler par les maux qui surviennent, et écrivez-nous souvent. Nous voudrions vous voir et vous embrasser. Mais puisque nous ne le pouvons, et que tant d'obstacles s'y opposent, écrivez-nous de fréquentes lettres et donnez-nous des nouvelles de votre santé. Vous savez que vous nous serez agréables et que vous nous comblerez de joie.

 

 

 

LETTRE LXVI. AUX PRÊTRES D'ANTIOCHE, CASTUS, VALÉRIUS, DIOPHANTE ET CYRIAQUE.

 

Vous avez rarement reçu de mes lettres; et j'ai souvent, bien souvent eu la volonté de vous écrire. Ne comptez donc pas seulement les lettres que nous vous avons écrites sur le papier et avec de l'encre, mais aussi celles que nous aurions voulu vous écrire. Si telle est votre manière de compter, vous aurez reçu une infinité de lettres. Si nous ne trouvons point de messagers, ce n'est pas notre faute, mais celle des circonstances. Ainsi donc, soit que nous vous écrivions, soit que nous gardions le silence, ayez toujours la même opinion de notre affection pour vous. Pour nous, quelque part que nous soyons, nous portons votre souvenir profondément gravé dans notre âme. Et maintenant nous vous savons beaucoup de gré d'avoir fait si bon accueil à cet excellent moine et d'avoir apaisé ceux qui voulaient l'inquiéter si mal à propos. Ce n'était donc point sans motif, ni pour vous flatter, que je vous disais quand même les flots se soulèveraient de toute part contre vous, vos âmes demeureraient tranquilles. Puisque vous préservez les autres du naufrage, il faut que vous soyez vous-mêmes bien loin des tempêtes. Donnez-nous bien souvent des nouvelles de votre santé. Vous savez quel est notre désir d'en recevoir. Quand nous apprenons que vous êtes bien (465) portants, au milieu de nos tribulations, de tant de guerres et de troubles, de tant de menaces de mort, nous tressaillons d'allégresse et nous sommes inondé de consolation. Le véritable amour possède, en effet, la vertu de réjouir et de rendre heureux ceux dont les corps sont séparés par une grande distance.

 

 

 

LETTRE LXVII. AU DIACRE THÉODOTE.

 

Arabisse, en 406, à ce que l'on croit.

 

Pour vous du moins, très-pieux et très-vénéré seigneur, vous êtes à l'abri des maux qui accablent l'Arménie; nous, sans parler de ces troubles, de ces meurtres journaliers dont nous sommes témoin, nous souffrons beaucoup d'être séparé d'un homme si doux et qui nous porte une affection si vive et si sincère. Ce qui met le comble à notre chagrin, c'est votre silence prolongé. Depuis votre départ, en effet, vous ne nous avez écrit que deux fois seulement Ce n'est point pour vous le reprocher que je le rappelle; c'est à cause du chagrin que j'éprouve. Tout le monde sait bien que ces chemins sont fermés aux voyageurs. C'est une excuse pour vous, mais ce ne saurait être pour nous une consolation; au contraire, notre peine redouble, quand nous nous voyons privé de l'unique chose qui pouvait nous consoler de votre départ et de votre absence. C'est un embarras d'où il nous est impossible de sortir pour le moment; chaque jour le danger s'accroît. Cherchez donc à diminuer cette tristesse que votre long silence a produite dans mon âme, en ne cessant de vous souvenir de moi, en m'écrivant de plus longues lettres, quand vous le pourrez, en me donnant beaucoup de détails sur votre santé, sur la tranquillité et la sécurité de votre âme. Ainsi vous pourrez suppléer au nombre des lettres par leur étendue.

 

 

LETTRE LXVIII.

 

Arabisse, 406.

 

Vous nous avez témoigné toute l'ardeur , toute la vivacité de votre amour. Après avoir lu votre première lettre, nous avons reçu la seconde, toutes les deux le même jour, et nous en avons éprouvé beaucoup de joie. La seconde avait quelque chose de plus que la première

ce n'était pas seulement votre parole, c'était votre écriture. Pour nous, quel surcroît de bonheur! nous y avons trouvé non-seulement l'image de votre âme, mais encore celle de votre main. Faites souvent de même, et donnez-nous souvent cette consolation, que vous vous êtes plu à nous donner alors. Nous n'osons plus vous presser de venir ici : l'Arménie est tellement désolée ! une autre tempête vient de s'élever dans son sein. Quelque part que l'on aille, on y voit des torrents de sang, des monceaux de cadavres, des maisons en ruine, des villes saccagées. Pour nous, qui semblons être à l'abri du danger, renfermé que nous sommes dans ce château, comme dans une horrible prison, cependant, la crainte où nous vivons perpétuellement, ces nouvelles qui nous apprennent chaque jour de nouveaux meurtres, cette continuelle attente de l'invasion des Isauriens, enfin la faiblesse de notre corps, faiblesse qui ne cesse de nous faire souffrir, nous empêchent d'être tranquille et sans inquiétudes. Cependant, même au milieu de ces calamités, c'est pour nous une grande consolation de recevoir des lettres qui nous informent du bon état de votre santé.

 

 

 

LETTRE LXIX. AU PRÊTRE NICOLAS.

 

Arabisse, 406.

 

C'est la preuve d'une ardente et sincère affection, que cette préoccupation au sujet de notre santé, malgré la distance qui nous sépare. Dernièrement, au milieu même de l'hiver, nous changions à chaque instant de demeure, et nous habitions tour à tour des villes, des vallées sauvages et des forêts; c'étaient les Isauriens qui nous chassaient ainsi de pays en pays. Enfin leurs ravages ont cessé, et voici qu'abandonnant le désert, nous nous sommes réfugié à Arabisse. Nous trouvons plus de sûreté dans la forteresse de cette ville que partout ailleurs : nous ne restons pas dans la ville même, mais bien dans le château; c'est un logement plus affreux qu'une prison. Non-seulement en effet, nous avons pour ainsi dire, (466) chaque jour la mort à nos portes, car les Isauriens portent partout le ravage, mettent tout à feu et à sang, et renversent les édifices; mais encore le peu d'étendue de cette contrée, et la multitude de ceux qui se retirent dans Arabissenous font craindre une famine. De plus l'hiver et ces courses perpétuelles nous ont rendu malade, et si la violence de la maladie a cédé, nous en avons cependant encore les restes. Ce qui nous console au milieu de tant de maux et d'ennuis, c'est la sincère et vive affection que vous nous portez. Puisque vos lettres ont tant de charme pour nous, daignez donc nous écrire le plus souvent que vous le pourrez. Nous sommes bien loin de vous, il est vrai; mais la charité nous unit étroitement. Nous vous savons beaucoup de gré de vous être occupé des affaires de la Phénicie, malgré les troubles au sein desquels vous êtes. S'il vous vient des nouvelles de ce pays, n'hésitez pas à nous les transmettre. Personne n'ose venir jusqu'ici, parce que tous les chemins qui y conduisent. sont fermés. Si donc il est difficile de nous adresser des lettres, faites-le du moins aussi souvent qu'il vous sera possible. Dites-nous ce qui se passe en Phénicie, et donnez-nous des nouvelles de votre santé. Elle nous préoccupe vivement.

 

 

 

LETTRE LXX. AUX PRÊTRES MOINES APHTHONIUS, THÉODOTE ET CHÉRÉAS.

 

Arabisse, 406.

 

Je voudrais vous voir ici : mais puisque tant d'obstacles s'y opposent, j'ose vous demander, vous supplier de me prêter le secours de vos prières, toujours si efficaces. C'est un secours que le temps ne peut affaiblir, que la distance ne. peutempêcher; partout où se trouve un homme qui, comme vous, soit plein de confiance en Dieu, il lui est possible devenir puissamment en aide à ceux qui vivent loin de lui. Ne vous contentez pas de prier pour nous, donnez-nous aussi fréquemment des nouvelles de votre santé. Les flots sont de toute part soulevés contre nous, nous habitons un désert, nous sommes comme perpétuellement assiégé, sans cesse exposé aux coups des Isauriens , sans cesse menacé de mort : oui, chaque jour la mort nous menace, renfermé que nous sommes dans une forteresse semblable à une prison et épuisé de faiblesse : toutefois, malgré tant de circonstances pénibles, nous sommes consolé par votre ardente affection. Nous n'avons, il est vrai, vécu que peu de temps avec vous, mais assez pour apprécier la sincérité, la vivacité, la douceur, la fermeté, la solidité de cette affection que vous nous témoignez de loin comme de près. Aussi, bien qu'éloigné de vous et en proie à une telle affliction, nous nous reposons dans le souvenir de votre charité, comme dans un port à l'abri des orages. Votre affection, nous la regardons comme un précieux trésor. Depuis que l'hiver est passé, et que le printemps a reparu, la violence de la maladie a cessé; mais nous en avons encore les restes, qu'augmentent les troubles excités par les Isauriens. Instruits de tout cela, pensez souvent à nous, et quand vous le pourrez, écrivez-nous pour nous apprendre que vous vous portez bien.

 

 

LETTRE LXXI. A MALCHUS.

 

De 404 à 407.

 

Ne vous laissez pas abattre, et n'imputez pas à vos péchés le décès de votre bienheureuse fille. Elle vient d'aborder à un port calme et sûr, elle vient d'entrer dans cette vie qui n'aura pas de fin; arrachée aux flots de la vie présente, la voilà désormais debout sur le roc, et tous les biens qu'elle a recueillis, sont comme renfermés dans un trésor à l'abri de tout danger. Réjouissez-vous donc, tressaillez d'allégresse, soyez heureux , d'avoir offert au souverain Maître du monde l'âme de votre fille, comme un laboureur, un fruit bien mûr. Tel est le remède que vous devez employer, vous et votre vénérable épouse, sa mère, pour accroître la récompense que vous avez déjà mérité. L'excellente éducation que vous lui avez donnée, la résignation avec laquelle vous avez supporté sa mort , si belle et si touchante , vous obtiendront les plus magnifiques récompenses.

 

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