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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 04:45

INTRODUCTION

Vie de sainte Catherine de Gênes

Catherine naquit à Gênes, vers la fin de l’année 1447, de l’illustre famille guelfe¹ (¹ nom donné en Italie aux familles qui soutenaient le Pape) des Fieschi, qui a donné à l’Église plusieurs cardinaux et deu x papes, Innocent IV et Adrien V. Son père fut vice-roi de Naples sous Louis d’Anjou. Elle était la dernière de cinq enfants.
Son enfance fut pieuse ; déjà elle pratiquait une rigoureuse pénitence, bien qu’elle fût délicate de santé. A treize ans, elle essaya d’entrer au monastère de Notre-Dame des Grâces, dans sa ville natale, mais elle fut trouvée trop jeune et refusée. Son père étant mort en 1461, une intrigue politique se noua presque aussitôt autour d’elle et aboutit, au début de 1463, à son mariage avec Giulano Adorno, dont la famille gibeline² (² nom donné aux familles du parti de l’empereur) avait donné six doges à Gênes. En unissant les Fieschi guelfes et les Adorno gibelins, on espérait pouvoir chasser les Fregosi qui s’étaient emparés du pouvoir.
Pendant les dix premières années de son mariage, Catherine eut beaucoup à souffrir de son mari à cause de son caractère et de ses infidélités. Elle essaya de se consoler d’abord dans la solitude, puis dans une vie sagement mondaine ; mais en vain ; elle était malheureuse et très découragée.
Or le 20 mars 1478, sa sœur l’ayant décidée à aller se confesser, à peine fut-elle à genoux dans le saint tribunal, qu’elle se sentit envahie d’une grande lumière qui lui montrait la voie à suivre, et en même temps d’un amour ardent, et elle s’écria : « Plus de monde, plus de péché ! » C’était le signal d’un changement complet en sa vie qui désormais tendit à la plus haute perfection. Son mari ne tarda pas à être frappé des nouveaux sentiments de Catherine, il revint à de meilleurs comportements, et même il se convertit tout à fait. Ils convinrent tous deux de mener une vie parfaite ; ils firent beaucoup d’aumônes et allaient à l’hôpital de la ville soigner les malades. Catherine y multiplia les actes les plus héroïques de charité. Ils finirent par s’y installer en 1479, pour se donner complètement aux soins des malheureux. Catherine fut même nommée, en 1490, directrice de l’hôpital, office dont elle s’occupa pendant six ans. Giulano mourut en 1497.
Catherine montra toujours une extrême dévotion à l’Eucharistie et à la sainte Vierge. Ses pénitences étaient extraordinaires : elle se meurtrissait de disciplines, portait de rudes cilices, couchait sur des épines. En 1485, le jour de l’Annonciation, Notre-Seigneur lui demanda « de faire le carême avec lui au désert. Sur l’heure elle commença à ne plus pouvoir manger, de sorte qu’elle demeura jusqu’à Pâques sans user d’aucune nourriture corporelle. Elle buvait seulement, de loin en loin, un verre d’eau mêlée de sel et de vinaigre » (Vie). Elle passa ainsi vingt-trois Avents et vingt-trois Carêmes. Le fait est attesté par de nombreux témoignages dont on ne pourrait contester l’authenticité ni la sincérité. A noter surtout que durant ces jeûnes étonnants elle menait une vie fort active, travaillait davantage et jouissait d’une bonne santé.
A partir de 1500 jusqu’à sa mort, en 1510, il y eut beaucoup de phénomènes extraordinaires dans sa vie, de nombreuses visions, des extases au cours desquelles elle exprimait à haute voix ce qu’elle voyait et entendait. Ses disciples prenaient des notes avec soin et ont ainsi composé les ouvrages qui nous restent de sainte Catherine de Gênes. Aucun de ces ouvrages n’est de la main de la Sainte ; mais ils expriment fidèlement sa pensée. La « Vie et Doctrine » fut publiée à Gênes en 1551 par Jacobo Genuti. La Vie est l’œuvre de son confesseur Catanea Marabotto et d’Ettore Vernazza. Les « Dialogues » sont la plus importante de ces œuvres.

Chapitre 1
L’état des âmes dans le purgatoire

Sainte Catherine de Gênes, étant encore dans la prison de la chair, fut placée dans le purgatoire du brûlant amour de Dieu, dont les flammes la purifièrent tellement qu’au sortir de cette vie, elle se trouva prête à paraître en la présence de son très doux amour.
Par comparaison avec le feu divin qu’elle ressentait au-dedans d’elle-même, elle comprit ce qu’était le purgatoire, et pourquoi les âmes s’y trouvent à la fois souffrantes et contentes.
Par le moyen de ce brûlant amour, il lui fut donné de comprendre la condition des âmes des fidèles au Purgatoire où elles sont purifiées de la rouille et des taches du péché non encore effacées durant cette vie. Et comme dans cette flamme elle était si étroitement unie à l’amour et parfaitement satisfaite de ce qui s’accomplissait en elle, elle put comprendre, par expérience, l’état des âmes détenues et le décrire ainsi :
« Les âmes du purgatoire, à ce que je crois comprendre, ne peuvent désirer autre chose que de demeurer en ce lieu puisque telle est la volonté de Dieu qui, dans sa justice, l’a ainsi décidé. Elles ne peuvent pas revenir sur elles-mêmes en disant : “j’ai fait tels péchés et c’est à cause d’eux que je mérite de me trouver ici”, ou encore : “je voudrais ne pas avoir fait tels péchés, parce qu’ainsi je serais maintenant en paradis”. Elles ne peuvent pas dire davantage : “celui-ci sortira d’ici avant moi”, ou : “j’en sortirai avant lui”.
Elles ne peuvent se souvenir de quoi que ce soit, en bien ou en mal, les concernant ou regardant le prochain, qui augmenterait leur souffrance. Elles ont, au contraire, un tel contentement d’être établies dans la condition voulue par Dieu, et que Dieu accomplisse en elles tout ce qu’il veut, comme il veut, qu’elles ne peuvent plus penser à elles-mêmes ni en ressentir quelque accroissement de peine. Elles ne voient qu’une chose : la bonté divine qui travaille en elles, cette miséricorde qui les ramène à Dieu, en sorte qu’elles ne peuvent penser ni à leur profit personnel, ni à leurs souffrances. Si ces âmes pouvaient en prendre conscience, elles ne seraient plus dans la charité parfaite. Par conséquent, elles ne voient pas qu’elles sont dans ces peines à cause de leurs péchés et cette idée ne peut même pas entrer dans leur esprit. Ce serait en effet, une imperfection en acte, chose qui ne peut exister en ce lieu où il est impossible de commettre un péché. A l’instant où elles quittent la terre, elles voient ce pourquoi elles sont en purgatoire, mais il ne leur est donné de le voir qu’une seule fois, au moment où elles quittent cette vie, et par la suite elles ne le voient plus jamais. Autrement, ce regard serait un retour sur soi., ce qui ne peut avoir lieu au purgatoire. Étant établies en charité, elles ne peuvent plus s’en écarter par aucun défaut, elles ne peuvent vouloir ni rien désirer hormis le pur vouloir du parfait amour, parce qu’elles sont incapables de commettre un péché, comme aussi de faire un acte méritoire en évitant le péché.

CHAPITRE 2
La joie des âmes du purgatoire.

Aucune paix n’est comparable à celle des âmes du purgatoire, excepté celle des saints dans le ciel, et cette paix s’accroît sans cesse par l’écoulement de Dieu dans ces âmes, à mesure que les empêchements disparaissent.
La rouille du péché est l’obstacle et le feu le consume sans trêve, de sorte que l’âme, en cet état, s’ouvre aussi continuellement pour recevoir la divine communication.
De même qu’un miroir recouvert ne peut jamais refléter le soleil, non par aucun défaut de cet astre, mais simplement, à cause de la résistance du couvercle, de sorte que, si le couvercle était graduellement déplacé, la surface du miroir serait peu à peu accessible aux rayons du soleil, ainsi en est-il de la rouille qui recouvre l’âme. Dans le purgatoire, les flammes la consument constamment, et quand cette rouille disparaît, l’âme reflète de plus en plus parfaitement le vrai soleil qui est Dieu.
Son bonheur augmente à mesure que cette rouille diminue, et l’âme, étant alors exposée aux divins rayons en est éclairée dans la mesure où elle est purifiée, et cela, jusqu’à ce que la purification soit parfaite. Cependant, quoique le temps s’abrège, la peine ne diminue jamais ; pourtant, comme la volonté de ces âmes est si complètement unie à celle de Dieu par la charité parfaite, et qu’elles se trouvent si heureuses d’être placées sous sa divine dépendance, on ne peut pas dire que leur peine soit une souffrance.

D’autre part, il est également vrai de dire qu’elles endurent des tourments qu’aucune langue ne peut décrire, ni aucune intelligence comprendre, à moins qu’ils ne soient révélés par une grâce spéciale, comme celle que Dieu a daigné me faire, mais que je suis incapable d’expliquer. Cette vision n’est jamais sortie de ma mémoire ; je la décrirai donc dans la mesure qu’il me sera possible, et ceux auxquels le Seigneur daignera ouvrir l’intelligence me comprendront.

CHAPITRE 3
La séparation de Dieu est la plus grande peine du purgatoire

La source de toute souffrance est le péché : soit originel, soit actuel. Dieu a créé l’âme pure, simple, libre de souillure et avec une certaine aspiration béatifique vers Lui.
Elle s’en est éloignée par le péché originel et, quand le péché actuel s’est ajouté, elle s’en est détournée encore davantage. Et au fur et à mesure qu’elle se trouve plus loin de Dieu, ses fautes augmentent, parce que ses rapports avec le Créateur deviennent toujours plus ténus.
Et parce que tout bien vient de Dieu, qui se communique aux créatures sans raison, comme il le veut, selon ses divins décrets, en les conservant ou non, il en agit autrement avec l’âme raisonnable. Il se découvre à celle-ci en proportion qu’il la trouve plus ou moins libre des entraves du péché. Il s’ensuit que lorsqu’il trouve une âme s’efforçant de revenir à la pureté et à la simplicité dans laquelle elle a été créée, Il accroît en elle l’aspiration béatifique et allume dans son cœur un feu de charité si puissant et si ardent, qu’il devient insupportable à cette âme de trouver un obstacle entre elle et sa fin ; et plus la vision est claire, plus la peine est grande. Puisque les âmes du purgatoire sont libérées de la culpabilité du péché, il n’y a de barrière entre elles et Dieu que les peines qu’elles souffrent, car elles retardent la satisfaction de leur désir. Or, quand elle voient combien sérieux est le moindre empêchement obligeant la justice divine à les repousser, il s’allume en elles une flamme aussi véhémente que celle de l’enfer.
Elles ne ressentent pourtant aucune culpabilité ; celle-ci est cause de la volonté perverse des damnés, auxquels Dieu ne communique pas sa bonté, de sorte qu’ils demeurent dans le désespoir, avec une volonté perverse, à tout jamais opposée à celle de Dieu.

CHAPITRE 4
La différence entre l’état des damnés et celui des âmes du purgatoire.

Il est évident que la révolte de la .volonté de l’homme contre celle de Dieu constitue le péché, et, tant que la révolte subsiste, la culpabilité demeure. C’est pourquoi les damnés ayant passé de cette vie avec une volonté perverse, le péché n’est pas remis et ne peut l’être, puisqu’ils ne sont plus capables de changement.
Au terme de sa vie, l’âme demeure à jamais confirmée dans le bien ou dans le mal qu’elle a choisi, selon qu’il est écrit : “Où je te trouverai”, c’est-à-dire : à l’heure de la mort, avec la volonté ou fixée dans le péché ou repentante, “là je te jugerai”. A ce jugement-là il n’y a pas d’appel, car après la mort, la liberté de la volonté ne peut jamais revenir, cette liberté étant confirmée dans l’état où elle a été trouvée. Les damnés l’ayant été dans la volonté du péché portent avec eux la culpabilité et le châtiment, et quoique ce châtiment ne soit pas aussi grand qu’ils l’ont mérité, cependant il est éternel. Les âmes du purgatoire, de leur côté, ne souffrent que de la peine, car leur culpabilité a été effacée à la mort qui les a trouvées dans la haine du péché et regrettant d’avoir offensé la divine bonté. Cette peine doit finir et le terme s’en approche de plus en plus.
O misère au-delà de toute misère ! et la plus grande de toutes, car l’aveuglement de l’homme l’empêche de la voir ! Il est vrai que le châtiment du damné n’est pas infini, car la tout aimable bonté de Dieu brille même en enfer. Celui, en effet, qui meurt en état de péché mortel mériterait un châtiment infini ; mais la miséricorde divine n’a fait d’infini que la durée et a mitigé l’intensité de la peine. En toute justice, il aurait pu infliger de plus grandes peines qu’il ne l’a fait.
Oh ! quel péril est attaché à la faute volontairement commise, car il est si difficile à un pécheur de faire pénitence ! et sans pénitence la faute demeure et demeurera tant que la volonté ne sera pas changée et établie dans la résolution de ne pas commettre le péché, ou de ne plus avoir l’intention de le commettre.

CHAPITRE 5
Sur la paix et la joie que l’on trouve en purgatoire.

Les âmes du purgatoire sont en conformité parfaite avec la volonté de Dieu. Dès lors elles correspondent à sa bonté, sont contentes de tout ce qu’il ordonne et sont entièrement purifiées de la culpabilité du péché. Elles sont pures de tout péché parce qu’en cette vie elles l’ont détesté et confessé avec une vraie contrition ; c’est pour cette raison que Dieu remet la faute et que, seules, les taches du péché demeurent, car elles doivent être dévorées par le feu. Ainsi libérées de la culpabilité et unies à la volonté de Dieu, elles le voient clairement, selon la lumière qui leur est octroyée, et comprennent combien est grande la jouissance de ce Dieu pour lequel toutes les âmes sont créées. En outre, elles ont une si étroite conformité de leur volonté à celle de Dieu et sont si puissamment attirées vers Lui, en raison de l’attraction naturelle entre Dieu et l’âme, qu’aucune comparaison ne pourrait faire comprendre cette impétuosité de la manière que mon esprit la conçoit par un sens intérieur. Néanmoins je me servirai de celle qui me vient à l’esprit.

CHAPITRE 6
Image de la violence d’amour des âmes du purgatoire.

Supposé que, dans le monde entier, il n’y eût qu’un seul pain pour apaiser la faim de chaque créature et que sa seule vue pût les satisfaire. L’homme en santé a, par nature, l’instinct de la nourriture ; mais si nous pouvons le supposer capable de s’en abstenir sans mourir, et sans perdre forces et santé, sa faim croîtrait cependant de plus en plus. Or, s’il savait que ce pain seulement pût le satisfaire et que, jusqu’à ce qu’il l’ait atteint, cette faim ne pourrait être apaisée, il souffrirait des peines intolérables, qui augmenteraient dans la mesure où il se trouverait plus éloigné de ce pain. Et, s’il était certain de ne jamais le voir, son enfer serait aussi complet que celui des damnés qui, affamés de Dieu, n’ont aucun espoir de voir jamais le pain de vie. Mais les âmes du purgatoire ont l’espoir certain de le voir et d’être entièrement rassasiées ; c’est pourquoi elles endurent la faim et souffrent toutes les peines, jusqu’au moment où elles entreront en l’éternelle possession de ce Pain de vie, qui est Jésus-Christ, notre amour.

CHAPITRE 7
Le purgatoire et l’enfer, œuvre de la Sagesse de Dieu.

Comme l’esprit ne trouve de repos qu’en Dieu, pour qui il fut créé, ainsi l’âme en état de péché ne peut rester nulle part ailleurs qu’en enfer, car, en raison de ses fautes, l’enfer est devenu sa fin. C’est pourquoi, à l’instant même où l’âme se sépare du corps, elle va au lieu qui lui est assigné, n’ayant besoin d’autre guide que la nature du péché lui-même, si elle a quitté le corps en état de péché mortel. Et si l’âme était empêchée d’obéir à ce décret (procédant de la justice de Dieu), elle se trouverait dans un enfer plus profond encore, car elle serait en dehors de l’ordre divin, dans lequel la miséricorde trouve toujours place et tempère la peine complète que l’âme a méritée. C’est pourquoi, ne trouvant pas de lieu mieux approprié, ni dans lequel la peine serait moindre, elle se précipite d’elle-même dans celui qui l’attend. Ceci est également vrai du purgatoire : l’âme quittant le corps et ne trouvant pas en elle cette pureté dans laquelle elle a été créée, voyant aussi les empêchements qui retardent son union à Dieu, comprenant que le purgatoire peut seul les enlever, s’y jette d’elle-même, promptement et volontairement. Et si elle n’y trouvait pas les moyens nécessaires à sa purification, elle créerait instantanément pour elle-même un enfer pire que le purgatoire, comprenant qu’en raison de ses fautes non expiées, elle ne peut approcher de sa fin, qui est Dieu, ce qu’elle considère comme un si grand mal, qu’en comparaison elle estime comme rien le purgatoire. En vérité, cependant, je l’ai dit, les souffrances du purgatoire peuvent être comparables à celles de l’enfer; mais acceptées pour l’amour de Dieu, elles ne sont rien.

CHAPITRE 8
De la nécessité du purgatoire et de son épouvantable nature.

Je dirai plus : en ce qui concerne Dieu, je vois que le paradis n’a pas de portes et que peut y entrer qui veut, car Dieu est toute miséricorde et ses bras sont toujours ouverts pour nous recevoir dans la gloire ; mais la divine Essence est si pure — infiniment plus pure que l’imagination ne peut la concevoir — que l’âme, trouvant en elle-même la plus légère imperfection, se jetterait d’elle-même dans un millier d’enfers plutôt que de paraître souillée en la présence de la divine Majesté. Sachant alors que le purgatoire est institué pour la purifier, elle s’y précipite d’elle-même et voit cette grande miséricorde dans ce moyen de la destruction de ses fautes. L’esprit ne peut concevoir ni aucune langue ne peut rendre la grande importance du purgatoire. Je constate seulement que ses peines sont aussi grandes que celles de l’enfer, mais je vois aussi qu’une âme, souillée de la plus légère faute, recevant cette miséricorde, compte pour rien ses peines comme un délai nécessaire de la jouissance de son amour. Et je sais que la plus grande souffrance de ces âmes est de voir en elles ce qui déplaît à Dieu et de découvrir que, malgré sa bonté, elles ont consenti à ce mal. Il en est ainsi, parce qu’étant en état de grâce, elles voient la réalité et l’importance des empêchements qui ne leur permettent pas d’approcher de Lui.

CHAPITRE 9
Comment Dieu et l’âme se regardent en purgatoire.

Tout ce que j’ai dit, comparé à ce qui m’a été représenté (autant que j’ai été capable de le comprendre en cette vie) est de telle importance qu’aucune idée, aucune parole, aucun sentiment ne peut l’exprimer et que toute la justesse et la vérité qui peuvent en donner une idée, semblent fausses et indignes, de sorte que je demeure confondue, ne pouvant trouver aucune expression capable de rendre ce que je sens.
J’ai vu et contemplé une si grande conformité entre Dieu et l’âme que, lorsqu’il la trouve pure, dans l’état d’innocence où sa divine Majesté l’a créée, il lui donne une telle force attractive d’amour divin qu’elle en serait anéantie si elle n’était pas immortelle. Il la transforme de telle sorte en lui-même qu’elle ne voit plus que lui ; il continue à l’attirer de plus en plus, l’enflammant de son amour, ne la laissant, qu’il ne l’ait ramenée à l’état d’où elle est venue, c’est-à-dire la parfaite pureté dans laquelle elle a été créée.
Quand l’âme contemple en elle-même la flamme amoureuse par laquelle elle est attirée vers son doux Maître et son Dieu, l’ardeur brûlante de l’amour la terrasse et la fait fondre. Alors, dans cette divine lumière, elle voit comment Dieu, par son grand amour et sa constante Providence, ne cesse jamais de l’attirer à sa dernière perfection, ce qu’il fait uniquement par amour. Elle voit aussi qu’elle-même, liée par le péché, ne peut suivre cette attraction vers Dieu, c’est-à-dire soutenir ce regard réconciliant qui l’attire à Lui. En outre, comprenant ce qu’est cette grande misère d’être empêchée de contempler la lumière divine, l’âme éprouve un désir instinctif d’être libre afin de pouvoir accéder à cette flamme unifiante. Je le répète, c’est la vue de toutes ces choses qui cause la peine des âmes du purgatoire, non qu’elles estiment ces souffrances — si cruelles qu’elles soient — aussi épouvantables ; mais elles comptent comme pire l’opposition qu’elles trouvent en elles-mêmes à la volonté de ce Dieu, car elles voient maintenant de quel amour si pur et si ardent Dieu brûle pour elles.
Cet amour, avec son regard unifiant, les attire toujours comme s’il n’avait pas autre chose à faire ; et quand l’âme considère cela, si elle pouvait trouver un purgatoire plus pénible, dans lequel elle puisse être plus vite purifiée, elle s’y plongerait aussitôt, contrainte par le brûlant amour réciproque entre elle et Dieu.

CHAPITRE 10
Comment Dieu se sert du purgatoire pour achever la purification de l’âme.

De cette fournaise de divin amour je vois des rayons de feu, dardant sur l’âme comme des lampes ardentes, et ils sont si puissants et violents que l’âme et le corps en seraient complètement détruits, si cela était possible. Ces rayons accomplissent un double office : ils purifient et ils consument. Considérez l’or : plus il contient d’alliage, plus il doit être purifié ; il est fondu par le feu qui détruit toutes ses scories ; c’est, du reste, l’effet du feu sur tous les métaux.
L’âme, cependant, ne peut être annihilée en Dieu, mais elle peut l’être en elle-même, et plus la purification dure, plus parfaitement elle meurt, jusqu’à ce qu’enfin elle soit toute purifiée et passée en Dieu. Quand l’or est complètement débarrassé d’impuretés, aucun feu, si ardent soit-il, n’a plus d’action sur lui, car ses impuretés seules peuvent être consumées.
Ainsi en est-il du feu divin dans l’âme. Dieu la retient dans les flammes jusqu’à ce que chaque tache soit dévorée. Elle atteint alors la plus haute perfection dont elle soit capable : chaque âme selon son degré. Quand ceci est accompli, elle se repose complètement en Dieu ; rien d’elle-même ne demeure et Dieu est alors son être parfait. Quand il l’a ainsi conduite à Lui et entièrement purifiée, elle ne peut plus souffrir, car il ne reste plus rien à consumer, de sorte que, si elle s’approchait du feu, elle n’en ressentirait aucune douleur, car il deviendrait pour elle celui du divin amour, qui est la vie éternelle et sur lequel la souffrance n’a plus de prise.

CHAPITRE 11
Du désir des âmes du purgatoire d’être parfaitement purifiées

En même temps que la création, l’âme reçut les moyens d’atteindre à la perfection dont elle était capable ; en sorte qu’elle pût se conformer à la divine volonté et s’abstenir de péché. Mais, étant directement contaminée par le péché originel, elle perd ses dons et ses grâces et même la vie.
Elle ne peut être régénérée qu’avec l’aide de Dieu, car, même après le baptême, ses inclinations au mal demeurent et, si elle n’y résiste pas, ces mauvaises dispositions la conduisent au péché mortel qui la fait mourir de nouveau. Dieu la relève encore par une grâce spéciale ; mais elle reste si souillée et courbée sur elle-même que, pour la rendre à sa première innocence, toutes les divines opérations que j’ai décrites deviennent nécessaires et, sans elles, l’âme ne pourrait jamais être purifiée.
Quand l’âme a repris le sentier qui doit la conduire à son premier état, elle est enflammée d’un si brûlant désir d’être transformée en Dieu qu’elle y trouve son purgatoire ; non, à la vérité, qu’elle le regarde comme tel ; mais ce désir, si ardent et si puissamment entravé, devient son purgatoire. Cet acte final d’amour accomplit son œuvre à lui seul, trouvant l’âme avec tant d’imperfections cachées que leur simple vue, si elles lui étaient dévoilées, suffirait à la faire tomber dans le désespoir. Cette dernière opération cependant les consume toutes, et, quand elles sont détruites, Dieu le fait connaître à l’âme pour lui faire comprendre l’action divine qui lui a rendu sa pureté.

CHAPITRE 12
Comment la joie et la souffrance sont unies en purgatoire.

Ce que l’homme juge parfait est défectueux aux yeux de Dieu; car toutes les actions humaines : pensées, sentiments, paroles et actions qui semblent bonnes, sont corrompues et coupables si elles ne sont faites en vue de plaire à Dieu. Car, pour la perfection de nos œuvres, il est nécessaire qu’elles soient accomplies en nous, mais non de nous. Dans les œuvres de Dieu, c’est Lui qui est le premier moteur, et non l’homme. Ces œuvres, que Dieu opère seul et par lui-même dans l’âme, sont les dernières opérations du simple et pur amour, dans lequel nous n’avons pas de mérite. Elles la transpercent et enflamment de telle sorte que le corps qui l’enveloppe semble cacher un feu ; ou encore, l’âme se trouve dans une fournaise où elle ne peut trouver de repos que par la mort. Malgré tout, il est vrai de dire que l’amour divin, en subjuguant cette âme, lui confère une paix inimaginable, quoique celle-ci ne diminue en rien ses souffrances, puisque c’est l’amour entravé qui les occasionne, et elles sont d’autant plus grandes que Dieu l’a faite plus capable de son amour.
Ainsi les âmes du purgatoire ont à la fois grande joie et grande peine, l’une ne diminuant pas l’autre.

CHAPITRE 13
Les âmes du purgatoire ne peuvent plus mériter.

Si, par le repentir, les âmes du purgatoire pouvaient se purifier elles-mêmes, un moment suffirait pour solder leur propre dette, si puissante serait la force de la contrition produite par la claire vision de l’importance de chaque obstacle qui les retient loin de Dieu, leur unique amour et leur dernière fin. Elles savent aussi que pas une obole ne leur sera remise ; c’est le décret de la divine justice, ce que Dieu veut. Mais, d’autre part, ces âmes, n’ayant plus de volonté que celle de Dieu, ne peuvent ni voir, ni désirer autre chose que l’accomplissement de cette volonté.
Et si de pieux suffrages sont offerts en leur faveur par des personnes de ce monde, elles ne peuvent, maintenant, le constater elles-mêmes avec satisfaction, à moins d’en référer à la volonté de Dieu et à la balance de sa justice, lui laissant la disposition du tout, et il se paie alors comme il lui plaît dans son infinie bonté. S’il leur était possible de considérer ces aumônes en dehors de la volonté divine, en ce qui les concerne, ce serait un retour sur elles-mêmes, qui leur cacherait la volonté de Dieu, ce qui leur serait un supplice d’enfer. C’est pourquoi elles sont indifférentes à ce que Dieu leur donne : plaisir ou peine, car elles ne peuvent plus avoir aucun retour sur elles-mêmes.

CHAPITRE 14
De la soumission des âmes du purgatoire à la volonté divine.

Les âmes du Purgatoire sont si cachées et transformées en Dieu, qu’elles sont toujours satisfaites de son adorable volonté. Et si une âme, avec la plus légère tache, se sentait approcher de Dieu par la vision béatifîque, elle en ressentirait une plus terrible injure et une plus grande souffrance qu’en restant dans le purgatoire.
Dieu lui-même, bonté parfaite et justice suprême, ne pourrait endurer sa présence. Elle ne serait pas à sa place, et la vue de Dieu dont la justice ne serait pas encore entièrement satisfaite (elle ne le peut être aussi longtemps que la purification n’est pas accomplie), lui serait intolérable. Elle se jetterait plutôt dans le plus profond enfer que de se tenir devant lui tant qu’elle n’est pas purifiée.

CHAPITRE 15
Reproches des âmes du purgatoire aux personnes de ce monde.

L’âme, tout illuminée par les divins rayons, parlerait ainsi : « Que ne puis-je m’écrier, dans un langage assez fort pour être entendu de tous les hommes : O misérables créatures, pourquoi êtes-vous si aveuglées par les choses passagères ? Pourquoi n’agissez-vous pas, comme vous le feriez à l’heure de la mort, pour la grande nécessité en laquelle vous vous trouverez alors ? Vous vous abritez sous l’espoir de la grande miséricorde divine, que vous exaltez sans cesse, ne voyant pas que votre résistance à cette souveraine bonté sera votre condamnation ? Sa bonté devrait vous incliner à faire sa volonté, et non vous encourager à persévérer dans la vôtre. Puisque sa justice ne peut céder, elle doit nécessairement user de moyens pour être satisfaite. N’avez-vous pas la hardiesse de dire : “Je me confesserai, je gagnerai une indulgence plénière et ainsi je serai sauvée” ? Souvenez-vous que l’entière confession et la parfaite contrition requises pour gagner l’indulgence plénière ne s’obtiennent pas si facilement. Si vous saviez combien il est difficile de la gagner, vous trembleriez de crainte et seriez plus sûre de la perdre que de l’obtenir ».

CHAPITRE 16
Les souffrances du purgatoire n’empêchent ni la paix ni la joie

Je vois, dans les âmes du purgatoire, une double opération : la première est celle de la miséricorde de Dieu, car, pendant qu’elles souffrent volontiers leur tourment, elles constatent que Dieu a été très bon pour elles, considérant ce qu’elles ont mérité et combien sont grandes leurs offenses à ses yeux. Car si sa bonté ne tempérait pas toujours la justice avec la miséricorde ( la satisfaisant avec le précieux sang de Jésus), un seul péché mériterait un millier d’enfers. Elles souffrent leurs peines si volontiers qu’elles ne voudraient pas les alléger le moins du monde, sachant combien justement elles les ont méritées ; elles ne résistent pas plus à la volonté de Dieu que si déjà elles étaient en possession du ciel.
La seconde opération est la satisfaction qu’elles éprouvent en contemplant combien aimables et miséricordieux ont été les divins décrets en ce qui les concerne. Dieu imprime instantanément ces deux choses en leur esprit et, comme elles sont en grâce avec Lui, elles le comprennent, chacune selon sa capacité. Elles en éprouvent une grande satisfaction, qui non seulement ne décroît jamais ; mais, au contraire, croît de plus en plus, à mesure qu’elles se rapprochent de Dieu. Elles voient toutes ces choses, non en elles-mêmes, ni par elles-mêmes ; mais en Dieu, sur qui leur attention se porte avec plus d’intensité que sur leurs souffrances, car la moindre vue qu’elles peuvent avoir de Lui surpasse infiniment toutes les peines et toutes les joies qui peuvent être imaginées. Cependant leur joie en Dieu ne leur enlève en aucune façon leur souffrance.

CHAPITRE 17
Conclusion par une comparaison entre l’état des âmes du purgatoire et la vie spirituelle

Cette sorte de purification que je vois appliquée aux âmes du purgatoire, je l’expérimente en moi-même depuis ces deux dernières années, et chaque jour je le vois et je le sens de plus en plus clairement. Mon âme semble vivre en mon corps comme dans un purgatoire qui ressemble, à la vérité, au vrai purgatoire, avec la seule différence que mon âme n’est sujette à autant de souffrances que le corps peut endurer sans mourir. mais ces souffrances s’accroîtront graduellement et continuellement jusqu’à ce que le corps en meure. Je sens mon esprit étranger à toutes choses (même aux spirituelles) qui puissent lui offrir une nourriture ou lui donner du réconfort. Je n’ai de désir ni pour les biens temporels, ni pour les biens spirituels par la volonté, l’intelligence ou la mémoire, et je ne peux pas dire qu’une chose me donne plus de satisfaction qu’une autre.
J’ai été si assaillie intérieurement que tout ce qui m’était un allégement corporel ou spirituel m’a été enlevé graduellement, et ce n’était que lorsque j’en étais privée que j’apprenais que ces choses m’étaient auparavant des sources de consolation et de réconfort. Cependant, aussitôt qu’elles étaient découvertes par l’esprit, elles me devenaient sans goût et haïssables, de sorte que je ne songeais pas à les retenir, et cela, parce qu’instinctivement l’esprit s’efforce de se débarrasser de ce qui gêne sa perfection (son union à Dieu). Et, résolument, il irait plutôt en enfer qu’il abandonnerait son dessein d’être uni à Dieu. C’est pourquoi il persévère en rejetant toutes les choses par lesquelles l’homme intérieur pourrait se nourrir et, il garde si jalousement son dessein, que la plus petite imperfection ne peut s’attacher à lui, sans être immédiatement poursuivie et expulsée.
Quant à l’homme extérieur, pour la raison que l’esprit n’a pas de correspondance avec lui, il est si opprimé que rien de terrestre ne peut lui donner de satisfaction ; il ne trouve de consolation qu’en Dieu, qui, avec grand amour et miséricorde, accomplit cette œuvre pour la satisfaction de sa justice. J’aperçois tout ceci et j’en reçois grande paix et satisfaction ; mais cette satisfaction ne diminue en rien mon oppression et ma peine.
D’autre part il ne pourrait tomber sur moi aucune calamité capable de me détacher de l’ordonnance divine, ou de me faire quitter ma prison, ni désirer la quitter, jusqu’à ce que Dieu soit satisfait, pas plus que je ne pourrais être atteinte par une douleur capable de me faire échapper aux décrets divins, tant je les trouve justes et miséricordieux.
Je vois clairement ces choses, mais les paroles me manquent pour les décrire comme je le voudrais. Ce que j’ai expliqué m’est venu à l’esprit et je l’ai dit tel quel. La prison qui me retient, c’est le monde ; mes chaînes, le corps ; l’âme illuminée par la grâce comprend combien grande est la misère de ne pouvoir atteindre sa fin, et elle souffre d’autant plus qu’elle est plus délicate. Elle reçoit de Dieu, par grâce, une certaine dignité qui l’assimile à Lui ; bien plus, qui la rend une même chose avec Lui, par la participation de sa bonté. Et, comme il est impossible à Dieu de souffrir une peine quelconque, ainsi en est-il pour les âmes heureuses qui se rapprochent de Lui, et, plus elles s’en approchent étroitement, plus pleinement elles participent à sa perfection.
Alors, le plus léger délai cause à l’âme une peine intolérable. La peine et le délai empêchent l’action complète de ce qui lui appartient par nature et qui lui a été révélé par grâce et, comme elle n’est pas encore capable de posséder, tout en étant essentiellement capable de possession, sa souffrance est en proportion de son désir de Dieu. Plus parfaitement elle le connaît, plus ardent est son désir et plus purifiée elle demeure. L’empêchement qui la retient d’aller à Lui devient d’autant plus terrible qu’elle est plus attirée, et quand l’obstacle n’existe plus, elle le voit enfin tel qu’il est.
De même qu’un homme souffrant la mort plutôt que d’offenser Dieu ne devient pas insensible aux peines de la mort, mais est si illuminé par Dieu, que son zèle pour l’honneur divin lui est plus cher que la vie, ainsi l’âme, connaissant la volonté de Dieu, l’estime au-dessus de tous les tourments, intérieurs et extérieurs, si pénibles soient-ils. La raison en est que Dieu, pour qui et par qui l’œuvre est accomplie, est infiniment plus désirable que tout ce que nous pouvons connaître ou comprendre ; d’autant plus que, gardant l’âme absorbée en lui-même et en sa Majesté, elle ne peut alors donner la plus légère importance à quoi que ce soit et dans le moindre degré. Elle se perd si complètement en Dieu qu’elle ne peut ni voir les peines qu’elle souffre, ni en parler, ni en avoir conscience ; tout cela lui a été montré, comme je l’ai dit, au moment où l’âme quitte le corps.
Finalement, pour tout conclure, comprenez bien que tout ce qui est humain est entièrement transformé par notre Dieu tout-puissant et miséricordieux et que c’est là l’œuvre essentielle du purgatoire.

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Enseignement spirituel

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