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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 03:36

Dominique Fonlupt 

Six familles, une paroisse. Des parents adoptifs, une mère divorcée, un foyer recomposé, un jeune couple redécouvrant la foi, un élève de terminale heureux de ses racines portugaises, des grands-parents qui cultivent les liens à distance : ils se croisent à la messe du dimanche ou dans les équipes pastorales autour d’Emmanuel Pic, curé de la paroisse Saint-Pierre, à Dijon. En cette année où l’Église de France lance une grande réflexion sur la famille, ils racontent leur parcours singulier et parlent de leur place dans la communauté chrétienne.

© Brenda Inderson

© Brenda Inderson

 

Les catholiques d’aujourd’hui sont comme tout le monde. À de rares exceptions près, ils habitent ensemble avant de se marier, certains divorcent, refont leur vie. Leurs enfants commencent par conclure un pacs prudent et c’est souvent en préparant le baptême d’un bébé que leur vient le désir d’une alliance. Face à la stérilité, beaucoup ont recours aux procréations médicalement assistées avant de se tourner vers l’adoption. Même les milieux les plus fermement attachés aux valeurs dites traditionnelles n’ont pas été épargnés au cours des dernières années par le « démariage », une remise en cause collective de l’idéal de fidélité et de chasteté vécue comme un engagement à vie. Alors comment assumer l’écart entre la doctrine et la vie tout en évitant les écueils de l’intransigeance et du relativisme ? Comment l’Église peut-elle accueillir les familles dans leur diversité tout en continuant à affirmer ce qu’elle dit depuis toujours ?

Les évêques de France s’emparent cette année de ces questions et lancent une grande réflexion sur la façon dont l’Église peut mieux accompagner les réalités familiales : Familles 2011. Le pluriel est tout un programme et affiche déjà un point de vue : la famille n’est pas une entité abstraite, elle s’incarne dans la singularité des parcours. Rappelons-le, les exigences du magistère pour les catholiques en matière de morale sexuelle et de vie familiale n’ont pas changé. Pas de relations sexuelles hors mariage, pas de remariage à l’église après un divorce, pas de recours à la procréation médicalement assistée. Tout cela au nom de la conviction que le couple est porteur d’une alliance fondatrice. Mais si l’idéal proposé n’est pas irréalisable, il est forcément soumis aux contingences de la vie, bousculé par les choix vertigineux qu’ouvrent depuis 30 ans le droit et les techniques médicales.

Cet écart, personne ne le nie. Surtout pas André Vingt-Trois dans son livre la Famille, un bonheur à construire (éd. Parole et Silence). Trois couples posent au cardinal archevêque de Paris toutes les questions qui fâchent : « Pourquoi l’Église insiste tant sur ce qui touche à la vie privée ? Est-elle légitime sur ces questions ? » « Les textes officiels que produit le magistère ne sont-ils pas trop éloignés de la réalité ? » « Jusqu’à quel point peut-on continuer à se dire catholique quand les circonstances amènent à s’écarter du mode de vie préconisé par l’Église ? » André Vingt-Trois répond méthodiquement à toutes les questions en exposant clairement et fermement la doctrine actuelle. Mais il précise : « Une Église qui n’accueillerait que des chrétiens parfaits n’a plus qu’à mettre la clef sous la porte. Jésus est venu ouvrir un chemin de changement, de progrès et d’amélioration. L’Église ne condamne personne, mais indique un chemin. Une des règles de l’accompagnement pastoral est de prendre les gens tels qu’ils sont à la condition qu’ils aient l’intention de ne pas en rester là. »

La plupart des évêques, des responsables de pastorale familiale, et des théologiens s’accordent en effet à promouvoir l’accueil quelle que soit la situation. « C’est déjà une avancée, admet Guy de Lachaux, prêtre du diocèse d’Évry, auteur de nombreux livres sur l’accompagnement des divorcés. Mais est-ce une réalité ? De fait, il existe des groupes, des sessions organisées par des mouvements et des communautés. Mais vu le nombre de chrétiens concernés, il en faudrait dans chaque paroisse ! Ce n’est pas d’abord l’accès aux sacrements que demandent les gens qui souffrent, mais une écoute profonde de ce qu’ils traversent. » De fait, pousser la porte d’un presbytère quand on n’est pas tout à fait dans les clous comporte un risque. Celui de voir les visages se fermer face à une situation que certains pasteurs et laïcs ne savent pas gérer.

Tout le monde peut raconter une histoire désastreuse. Comme ce couple de divorcés, membre d’un groupe de recherche biblique qui décide de se rendre en Terre sainte. Ils s’inscrivent. « Dans votre situation, votre présence n’est pas souhaitable », leur signifie le prêtre animateur. Ou comme ces deux sœurs dont le père a obtenu la déclaration de nullité de son mariage catholique après des années vécues avec leur mère. Il va pouvoir épouser sa nouvelle femme à l’église tandis qu’elles se demandent si elles aussi sont déclarées nulles… Tous les responsables de communautés catholiques ont-ils pris la mesure des changements qui bouleversent la vie intime des personnes depuis 30 ans ? Manifestement, un énorme travail d’éclaircissement auprès des pasteurs et de leurs équipes mérite d’être mené.
« Le décalage entre les normes et la vie des personnes est une question qui a traversé toute l’histoire de l’Église, rappelle Laurent Lemoine, dominicain, qui enseigne l’éthique familiale et sexuelle à l’université catholique d’Angers. Que peut faire un chrétien pris dans cette tension ? Du “bricolage”, au sens où il dispose d’une boîte à outils, avec les repères proposés par l’Église : normes, règlements, vertus qui ne doivent pas être envisagés comme une barre placée très haut car, dans la vie morale, atteindre le but ne se fait pas forcément du premier coup : il y a parfois place pour des esquisses. La morale sexuelle et familiale n’est pas de la chirurgie orthopédique, c’est un schéma d’humanisation inscrit dans l’histoire. »

Laurent Lemoine plaide pour un accompagnement de proximité. « Sur ces sujets, nous pensons spontanément : que disent le pape, les évêques ? Demandons-nous aussi : que disent le curé de ma paroisse, mon accompagnateur spirituel ? L’Église n’est pas d’abord une structure hiérarchique, mais une communion, un peuple. Elle ne peut pas se comporter comme un système de pouvoir. Sinon la morale sexuelle et familiale risque de dériver vers une certaine “normopathie”. On serait d’autant plus saint qu’on est en règle avec la loi. Rappelons-nous que la loi évangélique est une loi d’amour. On peut être en règle avec la loi, jamais avec l’amour. »

Une vaste réflexion sur la famille

- La Conférence des évêques de France lance une réflexion sur les réalités et les enjeux de la famille d’aujourd’hui à travers des rencontres et par le biais d’un blog que chacun peut enrichir. Parmi les nombreuses manifestations prévues, signalons un colloque sur le rôle social de la famille (le 26 mars, à Lille), sur sa mission éducative (les 14 et 15 mai, à Strasbourg). Un rassemblement national des familles est attendu à Lourdes du 28 au 30 octobre. www.blogfamilles2011.fr

- Le diocèse de Dijon inaugurera les Ires Universités de la famille du 21 au 27 mars. Un colloque sur la famille, « invention humaine ou dessein divin » viendra clore l’événement. http://catholique-dijon.cef.fr

- La session annuelle de formation du Ceras (Centre de recherche et d’action sociale, jésuite) propose du 14 au 17 février, un riche programme intitulé Famille cherche société. www.ceras-projet.org

- Les conférences de carême à Notre-Dame de Paris, à partir du 13 mars, auront pour thème la famille : héritage ou avenir. www.paris.catholique.fr

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Actualités

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