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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 06:10
HOMÉLIE IV. CAR DIEU N'A POINT SOUMIS AUX ANGES LE MONDE FUTUR DONT NOUS PARLONS. OR QUELQU'UN A DIT DANS UN ENDROIT DE L'ÉCRITURE : QU'EST-CE QUE L'HOMME POUR MÉRITER VOTRE SOUVENIR? ET QU'EST-CE QUE LE FILS DE L'HOMME POUR ]ÊTRE HONORÉ DE VOTRE VISITE? VOUS L'AVEZ RENDU, POUR UN TEMPS, INFÉRIEUR AUX ANGES. (II, 5, JUSQU'A 15.)

 

Analyse.

 

1. Pourquoi Dieu n'a-t-il pas voulu nous faire connaître d'avance le jour de notre mort?

2. Le royaume de Dieu. — La gloire du Fils de l'homme. — Les fruits de la croix.

3. L'incarnation et la passion du Christ plus grandes que la création.

4. Le Christ a terrassé la mort et le démon. — Celui qui ne craint pas la mort est libre et grand.

5. Il ne faut pas, dans les funérailles, faire étalage de sa douleur. — Il ne faut pas payer des pleureuses à gages.

6. II faut se soumettre à l'Eglise. — II faut savoir supporter les réprimandes.

 

1. Je voudrais savoir positivement si quelques-uns d'entre vous écoutent comme il faut nos paroles, et si nous ne jetons pas la semence le long de la route. Votre attention nous donnerait plus d'ardeur à poursuivre cet enseignement. Quand personne ne devrait nous écouter, nous parlerons sans doute, parce que Nous craignons le Sauveur. Car il est dit: Rendez-nous témoignage devant ce peuple et, s'il ne vous écoute pas, vous n'en serez pas responsable. Mais si j'étais sûr de votre attention, ce n'est pas la crainte qui me ferait parler, mais ce serait avec plaisir que je remplirais (468)  ce devoir. Maintenant, en effet, quand votre inattention serait pour moi sans péril, puisque je fais mon devoir, je me livre à un travail ingrat. A quoi bon,.en effet,quand même on ne me reprocherait rien, poursuivre une oeuvre qui ne profite à personne ? Mais si nous devons trouver en vous des auditeurs attentifs, nous serons encore plus heureux d'obtenir votre attention que d'éviter le châtiment. Comment donc saurai-je que vous m'écoutez? j'observerai ceux d'entre vous qui rie sont pas, très-attentifs, je les prendrai à part, je les interrogerai, et si je vois qu'ils ont retenu quelques-unes de mes paroles (je ne dis pas toutes, ce qui n'est pastrès-facile, mais seulement quelques-unes), alors évidemment je serai sûr du reste de mon auditoire. J'aurais dû vous prendre à l'improviste, sans vous prévenir. Mais nous serons heureux, si l'épreuve, telle qu'elle est, nous réussit. Car, même de cette' manière, je puis encore vous surprendre. Je vous interrogerai , je vous en ai avertis, mais quand vous interrogerai-je? Là-dessus je ne m'explique pas. Peut-être sera-ce aujourd'hui, peut-être demain; peut-être sera-ce dans vingt jours, dans quarante jours, plus ou moins.

C'est ainsi que Dieu ne nous a pas révélé d'avance le jour de notre mort. Sera-ce aujourd'hui ?sera-ce demain? sera-ce dans une année entière? sera-ce dans plusieurs années? Là-dessus il nous a laissés dans l'incertitude, afin que, n'étant pas fixés sur ce point, nous restions toujours vertueux. Qu'on ne vienne pas me dire : Il y a quatre ou cinq semaines et plus que j'ai entendu ces paroles, et je ne puis les retenir. Celui qui m'écoute, je veux qu'il retienne fidèlement, mes paroles, qu'elles restent gravées dans sa mémoire et qu'elles n'en sortent pas. Je ne veux pas qu'il les accueille avec dédain. Je veux que vous reteniez mes discours, non pour que vous me les répétiez, mais pour qu'ils vous profitent. Voilà le but que je suis jaloux d'atteindre. Après ce préambule nécessaire, je dois poursuivre la tâche que j'ai commencée. De quoi s'agit-il aujourd'hui?

« Dieu », dit-il, « n'a point soumis aux anges le monde futur dont nous parlons ». Est-ce,qu'il parle d'un autre monde que le nôtre?Cela ne peut être. C'est bien de celui-ci qu'il parle. Aussi ajoute-t-il: dont nous parlons, pour que l'esprit de ses auditeurs ne s'égare pas et n'aille pas en chercher un autre. Mais pourquoi dit-il : Ce monde « futur? », par là même raison qu'il dit ailleurs : « Qui est la figure de celui qui doit venir ». (Rom. v,14.) C'est d'Adam et du Christ qu'il parle dans son épître aux Romains, où il appelle, en ayant égard aux temps, le Christ fait homme, un Adam « futur », car il n'était pas encore venu. De même , dans ce passage, après avoir dit: « Lorsqu'il eut introduit son premier-né dans le monde » pour qu'on n'aille pas croire qu'il s'agit d'un monde autre que celui où nous sommes, il montre que c'est bien celui-là qu'il désigne en divers endroits, et notamment ici par cette expression: le monde « futur »; car ce monde devait avoir un commencement; tandis que le Fils de Dieu a toujours existé. Donc ce monde qui allait commencer, il ne l'a pas soumis aux anges, mais au Christ. Que cela ait été dit au Fils, c'est chose certaine, et l'on ne saurait avancer que cela. ait été dit aux anges. Puis il apporte un nouveau témoignage de cette vérité, en disant,: « Or quelqu'un a dit dans un endroit de l'Écriture ». Et pourquoi donc ne pas nommer ici le témoin? Pourquoi cacher le nom du Prophète ? Nous répondrons que c'est sa méthode et qu'il l'emploie ailleurs, quand il à recours à tel ou tel témoignage. C'est ainsi qu'il dit : « Quand « il eut- envoyé son premier-né sur la terre, il parlé « ainsi : Que tous les anges de Dieu l'adorent». Et ailleurs : « Je serai son père. Et il dit aux anges : Celui qui se sert des esprits pour en faire ses anges. Et il a dit au Fils : Seigneur, vous avez créé la terre dès le commencement du monde». C'est toujours la même méthode qu'il suit, en disant : «Or quelqu'un a dit dans un passage de l'Écriture ». Quand il ne nomme pas, quand il passe sous silence le nom de son témoin, quand il lance ainsi dans la foule une citation, comme si elle était connue de tous, il s'adresse aux Hébreux comme à des hommes versés dans les saintes. Écritures : « Qu'est-ce que l'homme, pour que vous vous souveniez de lui ? — Qu'est-ce que le fils de l'homme, pour que vous laissiez tomber sur lui vos regards? Vous l'avez rabaissé un peu au-dessous des anges ; puis vous l'avez couronné  d'honneur et dé gloire : Vous lui avez donné l'empire sur les oeuvres de vos mains, et vous avez mis l'univers sous ses pieds.».

2. Ces paroles peuvent s'appliquer au commun des hommes; mais elles s'appliquent plus particulièrement, je crois, au Christ incarné. Car ces mots : « Vous avez mis l'univers sous ses pieds»; lui conviennent mieux qu'à nous. Le Fils de Dieu nous. a visités, nous qui ne sommes rien, il s'est revêtu dé notre humanité, et s'est élevé au-dessus de tous. « Car, en disant qu'il lui a assujetti toutes choses, Dieu n'a rien laissé qui ne lui soit assujetti; et cependant nous ne voyons pas encore que tout lui soit assujetti ». Voici le sens de ces paroles. Il avait dit : « Jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à vous servir de marchepied », et probablement les Hébreux étaient encore dans, l'affliction. Alors il leur adresse quelques paroles pour amener un témoignage qui vient confirmer le premier. Pour qu'ils ne pussent pas s'écrier: Comment se fait-il qu'il ait réduit ses ennemis à lui servir de marchepied, puisque nous sommes eh proie à tant de maux? Il avait déjà, dans le texte, précédent, réfutéimplicitement cette objection. Ce mot « jusqu'à ce que », en effet, annonçait une délivrance amenée par le temps, et non immédiate. Il revient maintenant encore sur ce point. Parce que tout ne lui est pas encore assujetti, ne. croyez pas, dit-il, que les choses resteront dans: cet état; car tout doit lui être assujetti : tel est le sens de la prophétie. « En disant qu'il lui a assujetti toutes choses, il n'a rien laissé qui ne lui soit assujetti ». Comment donc tout ne lui est-il pas assujetti? C'est que. tout doit l'être un jour. Si donc tout doit être assujetti au Christ et ne l'est pas encore, n'allez pas vous affliger et vous troubler pour cela. Si tout était fini, si tout était soumis et que vous fussiez toujours en proie aux (469) mêmes tourments, vous auriez raison de vous affliger. Mais tout n'est pas encore assujetti, nous le voyons : Le souverain n'a pas, encore pleinement établi son autorité. Pourquoi dont vous troubler, parce que vous souffrez? « La bonne nouvelle » ne triomphe pas encore partout; les temps ne sont pas encore accomplis. Autre consolation : Celui qui doit tout assujettir est mort lui-même, et a souffert mille tourments.

« Mais nous voyons que Jésus a été rendu, pour un peu de temps, inférieur aux anges, à. cause de la mort qu'il a soufferte ». Puis viennent ces belles paroles. « Couronné d'honneur et de gloire ». Voyez-vous comme tout cela s'applique à Jésus? Cette expression « pour un peu de temps » doit s'appliquer à celui qui né reste que trois jours aux enfers, bien plutôt qu'à nous, créatures éminemment périssables. De même les mots de « gloire et d'honneur » lui conviennent bien mieux qu'à nous. Ensuite il leur rappelle la croix, dans un double but, afin de leur montrer la sollicitude de Jésus pour l'humanité, afin aussi de les exhorter à tout supporter avec courage,: à l'exemple du maître. Si celui que les anges adorent, leur dit-il par là, a consenti pour vous a devenir pendant quelque temps inférieur aux anges, à plus forte raison vous qui êtes inférieurs aux anges, devez-vous tout supporter pour l'amour de lui. Alors il leur montré que c'est la croix qui est la gloire et l'honneur. Jésus lui-même ne l'appelle-t-il pas ainsi, quand il dit : Voici l'heure où le Fils de l'homme va être glorifié ? Si donc, à ses yeux, c'est une gloire de souffrir pour des esclaves, .combien doit-il être plus glorieux pour nous de souffrir pour notre maître !

Voyez-vous quels sont les fruits de la croix ? Ne la redoutez pas. Elle vous effraie, et pourtant elle produit de grands avantages. Il nous montre par là l'utilité de la tentation, puis il ajoute; « Afin que, par la grâce de Dieu, il goûtât la mort, pour le salut de tous les hommes ». — « Afin que, par la grâce de Dieu », dit-i1. Oui, s'il a tant souffert, c'est en vertu d'une grâce que Dieu a faite à tous les hommes. « Dieu », dit saint Paul, « n'a pas épargné son propre Fils, et l'a sacrifié pour nous tous». (Rom. VIII, 32.) Ce sacrifice, il ne nous le devait pas; c'est une grâce qu'il nous a faite. Et dans un autre passage de l'épître aux Romains, il nous dit : « La miséricorde et le don de Dieu se sont répandus avec bien plus d'abondance sur plusieurs, par la grâce d'un seul; homme qui est Jésus-Christ ». (Rom. V, 15.) « Pour que, par la grâce de Dieu, il goûtât la mort , pour le salut de tous ». Oui, pour tous les hommes, et non pas seulement pour, lés fidèles, car c'est pour tous qu'il est mort. Mais, si tous n'ont pas cru ? N'importe : il a rempli sa mission.: Cette expression il a « goûté » la mort, est, pleine de justesse. Il n'a pas dit: « Afin qu'il mourût » ; car il n'a fait que séjourner dans la mort, il n'a « fait que la goûter », et sa résurrection a été prompte. Mais ces mots « à cause de la mort qu'il à soufferte », expriment bien la mort véritable. Quant à ces mots « supérieur aux anges », ils font une allusion évidente à la résurrection. Le médecin n'a pas besoin de goûter les remèdes présentés au malade, et cependant, il commence par les goûter, dans sa sollicitude pour ce client qu'il veut déterminer à boire hardiment un breuvage salutaire. Eh bien! ainsi fait le Christ à l'égard de tous les hommes. Il craignaient la mort et, pour les enhardir contre elle, il la goûte, sans nécessité pour lui. Car, dit-il, « voici venir le prince de ce monde, quoiqu'il n'y ait rien en moi qui lui appartienne ». (Jean, XIV, 30.) Ainsi l'explication de ces mots « par une grâce de Dieu » et de ceux-ci «il goûtera la mort pour le salut de tous », se trouve dans ce verset: « Car il était bien digne de Celui pour lequel et par lequel toutes choses ont été faites, que voulant conduire à la gloire plusieurs de ses enfants, il perfectionnât par la souffrance l'auteur de leur salut».

3. C'est du Père qu'il parle ici. Voyez-vous comme ces mots «par lequel toutes choses ont été faites », s'appliquent bien à lai? Tel n'aurait pas été son langage s'il avait voulu exprimer des idées moins relevées, et s'il n'était ici question que du Fils. Voici le sens de ses paroles: Dieu a fait un acte digne de sa bonté pour nous, en revêtant son premier-né d'un éclat dont rien n'approche, et en l'offrant pour exemple au monde comme un athlète généreux et supérieur à tous. Voyez la différence: Il est le Fils de Dieu et nous aussi, nous sommes les enfants de Dieu; mais c'est lui qui nous sauve, et c'est nous qui sommes sauvés. Voyez comme tour à -tour il nous rassemble et nous sépare. « Voulant conduire à la gloire plusieurs, de ses enfants », dit-il, « il devait perfectionner » par la souffrance celui qui allait être l'auteur de notre salut. La souffrance est donc un moyen d'arriver à la perfection, et une source de salut. Voyez-vous quel n'est pas le partagé de ceux que Dieu a abandonnés?

Dieu a donc particulièrement honoré le Fils, en le faisant passer par la souffrance. Et en effet se revêtir de notre chair pour souffrir, est certes bien plus grand que de créer le monde et de le tirer du néant : ce dernier acte est un, bienfait; mais l'autre en est un bien plus grand encore. Et c'est à la grandeur de ce bienfait que Paul fait allusion, par ces mots : « Pour faire éclater, dans les siècles à venir, les richesses surabondantes de sa grâce, il nous a ressuscités avec lui, et nous a fait asseoir dans le ciel, en Jésus-Christ. Il fallait bien que Celui par qui et pour qui toutes « choses ont été faites et qui avait conduit à la gloire de si nombreux enfants, perfectionnât par la souffrance celui qui devait être l'auteur de notre salut ». Il fallait que celui qui a tant de sollicitude pour nous, et qui a fait toutes choses, livrât son Fils pour le salut de tous, un seul pour plusieurs. Mais tel n'est pas le langage de Paul : il a employé les mots : « Perfectionner par la souffrance », pour montrer que, lorsqu'on souffre pour autrui, non-seulement on lui est utile, mais on devient soi-même plus illustre et plus parfait. Il s'adresse à ses disciples pour les encourager. Oui, le Christ a été glorifié, lorsqu'il, a souffert, Mais quand je dis. qu'il a été glorifié, n'allez pas croire qu'il y ait eu là un accroissement de gloire (470) pour lui; car la gloire était dans sa nature et rien ne pouvait .l'augmenter.

« Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés, viennent tous d'un même Père. C'est pourquoi il ne rougit point de les appeler ses frères ». Ici l'apôtre honore et console tous ses auditeurs; de tous ces hommes il fait les frères du Christ, puisqu'ils ont le même Père que lui. Puis établissant bien et montrant clairement qu'il parle selon la. chair, il ajoute : « Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés ». Voyez quelle distance il y a du Christ à nous, c'est lui qui sanctifie, c'est nous qui sommes sanctifiés. Et plus haut, saint Paul l'appelle l'auteur de notre salut. « Il n'y a qu'un Dieu en effet, de qui , procèdent toutes choses; c'est pourquoi il ne rougit point de les appeler ses frères ». Voyez comme il fait ressortir ici la supériorité du Christ. Dire « il ne rougit point », cela signifie que ce n'est pas de sa part chose toute naturelle de nous donner un pareil nom, mais que c'est l'effet d'une bonté et d'une humilité extrême. Car, bien que nous ayons tous le même Père, toujours est-il que c'est lui qui sanctifie et Que c'est nous qui sommes sanctifiés. Quelle différence ! Et puis il procède du Père,'comme un Fils véritable et légitime qui participe à son essence; tandis que nous, c'est en qualité de créatures tirées du néant que nous reconnaissons, Dieu pour Père. La distance entre le Christ et nos est donc bien grande. Voilà pourquoi il dit: « Il ne rougit pas de les appeler ses frères », en disant : « J'annoncerai votre nom à mes frères ». Car en même temps que notre chair, il a revêtu cette fraternité, suite naturelle de l'incarnation; c'est là une conséquence toute simple. Mais que veulent dire ces mots: « Je mettrai en lui ma confiance? » car cette autre expression : « Me voici, et voici les enfants que Dieu m'a donnés », est remplie de justesse. Ici c'est. comme Père des hommes qu'il s'offre à nous; tout à l'heure c'était comme frère. « J'annoncerai », dit-il, « votre nom à mes frères ». Puis vient une nouvelle preuve de sa supériorité et de la différence qu'il y a entre lui et nous.

« Comme donc ses enfants sont d'une nature composée de chair et de sang, il a pris aussi« cette même nature ». La ressemblance, vous le voyez, est tirée de l'incarnation. Que les hérétiques rougissent tous, qu'ils se cachent de honte, ceux qui prétendent que la venue du Christ est une apparence et non une vérité. L'apôtre ne s'est pas en effet borné à dire: « Il s'est fait participant de cette nature », ce qui aurait pourtant suffi ; il a été plus loin et il a dit : « De cette même nature», pour montrer que ce n'est pas là une apparence, une image, mais une fraternité véritable. Autrement, que signifierait le mot « même ? » Puis il nous dit le motif de cette métamorphose providentielle. C'était « afin de détruire par sa mort celui qui était le prince de la mort, c'est-à-dire le démon ». Voilà où est le miracle ! C'est par la mort . que le démon a vaincu; c'est par elle qu'il a été vaincu. Cette arme terrible dont il se servait contre la terre, la mort, a été entre les mains du Christ l'instrument de sa perte, preuve éclatante de la puissance du vainqueur! Voyez-vous quel bien la mort a fait?

« Et afin de mettre en liberté ceux que la crainte de la mort tenait en servitude durant toute leur vie ». Pourquoi frémir, dit-il? Pourquoi redouter cette ennemie détruite à jamais? Elle n'est plus à craindre. La voilà foulée aux pieds; ce n'est plus qu'un objet digne de mépris, une chose vile et abjecte, ce n'est plus rien. Mais que veulent dire ces mots : « Ceux que la crainte de la mort tenait en servitude durant toute leur vie? » cela veut dire que redouter la mort, c'est être esclave et prêt à tout supporter pour ne pas mourir. Cela peut vouloir dire aussi que tous les hommes étaient esclaves de la mort et soumis à l'empire de ce monstre qui n'était pas encore détruit. Cela peut signifier aussi que les hommes vivaient dans des transes continuelles, s'attendant toujours à mourir et redoutant toujours la mort, ne pouvant goûter aucun plaisir, à cause de la terreur qui les assiégeait continuellement. Voilà, en effet, à quoi semblent faire allusion ces mots: « Durant leur vie entière ». Il fait voir ici que les affligés, les bannis, les hommes privés de leur patrie, de leur fortune, et de tous les biens, sont plus heureux et plus libres que ceux qui jadis vivaient dans les délices, que ceux qui n'avaient jamais souffert; que ceux à qui tout réussissait. Ces hommes d'autrefois, durant leur vie entière, étaient sujets à la crainte de la mort, ils étaient esclaves; les hommes d'aujourd'hui au contraire sont délivrés de ces terreurs et rient de ce fantôme qui faisait frémir leurs aïeux. Autrefois nous étions des prisonniers qui devaient être conduits à la mort et qui, en attendant le, moment fatal, s'engraissaient dans les délices : voilà ce que la mort faisait de nous.,

Aujourd'hui la mort n'est plus à craindre. Nous sommes des athlètes; nous avons à lutter contre les délices, et ce n'est plus à la mort, c'est à la royauté que nous marchons. Quel sort est préférable à vos yeux ? Voulez-vous être le prisonnier qui s'en, graisse dans son cachot en attendant chaque jour sa sentence, ou l’athlète qui brave la fatigue et la souffrance, pour ceindre enfin le diadème royal ? Voyez-vous comme il les ranime, comme il relève leur courage ? Il leur montre non-seulement la mort dont le règne est passé, mais notre ennemi implacable, et déclare le démon terrassé par la mort; car l'homme qui ne craint pas la mort est affranchi de la tyrannie du démon. Oui : l'homme qui pour conserver sa vie, donnerait les lambeaux de sa chair et tout au monde, une fois qu'il sera parvenu à mépriser la mort, que craindra-t-il désormais? Le voilà désormais exempt de crainte, au-dessus de tout, le plus libre de tous les êtres! Quand on méprise la vie, en effet, on méprise à plus forte raison tout le reste. Une âme de cette trempe est assurée contre toutes les attaques du démon. A quoi bon, je vous le demande, menacer un pareil homme de la ruine, de l'infamie, de l'exil ? Qu'est-ce que tout cela, dit saint Paul, pour celui qui ne tient pas même à la vie? Voyez-vous comme en nous affranchissant de la crainte de la mort, il a brisé la puissance du démon? Car l'homme qui pense sérieusement à la résurrection, comment craindrait-il la mort? Quel danger pourrait le faire frémir? Ne vous abandonnez donc pas (471) à la tristesse! Ne dites pas : Pourquoi tous ces maux que nous souffrons? Notre victoire n'en sera que plus brillante, et quel éclat aurait-elle, si la mort n'avait été vaincue par la mort? Le miracle, d'est d'avoir vaincu le démon avec les armes qui faisaient sa force, et voilà ce qui fait ressortir le génie fécond en ressources de son vainqueur ! « Car», dit-il, « ce n'est pas un esprit de faiblesse, c'est un esprit de force,. de charité et de sagesse que nous avons reçu ». (Rom. VIII, coll.; II Tim. I, 7.) Résistons donc généreusement et moquons-nous de la mort.

5. Mais il me prend envie de gémir, dans toute l'amertume de mon coeur, quand je compare le degré d'élévation auquel le Christ nous a fait parvenir, au degré d'abaissement auquel nous sommes descendus par notre faute. A l'aspect de cette foule qui se frappe la poitrine sur la place publique, qui gémit sur ceux qui sortent de la vie, à l'aspect de tous ces gens qui hurlent de douleur et se livrent à toutes ces lâches démonstrations, croyez-moi, je rougis devant ces grecs, ces juifs, ces hérétiques qui nous regardent, et dont toutes ces manifestations nous rendent la fable. Désormais toutes les méditations philosophiques que je puis faire sur la résurrection, sont en pure perte. Pourquoi? C'est que ce n'est pas à mes paroles que les grecs font attention, c'est à vos actes. Car ils disent aussitôt : Comment trouver un seul homme capable de mépriser la mort, parmi tous ces hommes qui  ne sauraient envisager un cadavre? Elles sont bien belles les paroles de saint Paul: oui, elles sont bien belles, elles sont dignes du ciel et de la bonté divine. Que dit-il, en effet? « Et il affranchira tous ceux que la crainte, de la mort tenait, durant toute leur vie, dans l'esclavage ». Mais vous empêchez les païens de croire à ces paroles par votre conduite qui est en contradiction avec elles. Et, pourtant Dieu nous a , prémunis contre cette faiblesse et contre ces mauvaises habitudes. Car, je vous le demande, que veulent dire ces lampes qui brillent? Ces morts; ne les accompagnons-nous pas, comme s'ils étaient. des athlètes victorieux? Que signifient ces hymnes? N'est-ce pas Dieu que. nous glorifions, que nous remercions d'avoir enfin couronné le lutteur sorti de la lice; de l'avoir affranchi de ses fatigues, de l'avoir reçu dans son sein, en bannissant toutes ses inquiétudes? N'est-ce pas là le sens de ces hymnes, de ces psaumes,? Ce sont là autant de manifestations joyeuses. « Quelqu'un est-il dans la joie, qu'il chante». (Jac. V; 13.) Mais les grecs ne pensent pas à tout cela. Ne nous parlez pas, disent-ils, de ces hommes qui font les sages, quand ils n'ont rien à souffrir; car il n'y a rien là de bien grand ni de bien merveilleux; montrez-nous un homme qui raisonne en philosophe, au sein même de la souffrance, et nous croirons alors à la résurrection. Que les femmes mondaines se conduisent ainsi, il n'y a rien là d'étonnant, bien qu'il y ait aussi du mal à cela. Car on leur demande aussi à elles, cette philosophie du chrétien, témoin cette parole de Paul : « Quant à ceux qui dorment dans le sein du Seigneur, je ne veux pas vous le laisser ignorer, mes frères, vous ne devez pas vous affliger, comme toutes ces personnes qui n'ont point d'espérance ». (I Thess. IV, 12.) Cela n'est pas écrit pour les religieuses, pour celles qui ont fait voeu de virginité, mais pour les femmes mondaines, pour les femmes mariées, pour les femmes du siècle.

Jusqu'ici pourtant, il n'y a pas grand mal. Mais quand on voit une femme ou un homme soi-disant mort pour le monde, s'arracher les cheveux, pousser de grands gémissements, qu'y a-t-il de plus honteux ? Croyez-moi : il faudrait, pour bien faire, interdire pour longtemps à ces gens-là le seuil de l'église. Ceux qui méritent d'être pleurés en effet, ce sont ceux qui craignent la mort, ceux qu'elle fait frémir et qui ne croient pas à la résurrection. Je crois à la résurrection, me direz-vous, mais .je veux suivre la coutume. Pourquoi donc, dites-moi, quand vous partez pour un long voyage, n'en faites-vous pas autant? — Alors aussi, dites-vous, je pleure, je me lamente et j'exprime mes regrets. Mais les larmes, des funérailles sont celles de l'habitude, les larmes du départ sont celles du désespoir. Réfléchissez donc aux paroles que vous chantez quand vous pleurez ainsi. « Tourne-toi, mon âme, vers ce port tranquille ; car Dieu a répandu sur toi ses bienfaits », et ailleurs : « Je braverai le malheur, car tu es avec moi», et ailleurs encore : « Tu es mon refuge au milieu des tribulations. qui m'environnent ». (Ps. CXIV, 7 ; XXII, 4 et XXXI, 9.) Réfléchissez au sens de ces paroles que vous chantez. Mais vous n'y faites pas attention; vous êtes ivre de douleur. Réfléchissez pourtant, réfléchissez avec soin, durant ces funérailles, afin d'être sauvé quand l'heure de vos funérailles à vous, viendra à sonner. « Tourne-toi, mon âme, vers le lieu du repos; car le Seigneur a répandu ses bienfaits sur toi ». Quoi donc! Voilà ce que vous dites et vous pleurez! N'est-ce pas là une scène de théâtre, n'est-ce pas là un rôle que vous jouez? Car enfin, si, vous êtes bien convaincu de ce que vous dites, votre douleur est gratuite. Si d'un autre côté, tout cela n'est qu'un jeu: d'enfant, un rôle que vous jouez, une fable, pourquoi chanter? pourquoi permettre à vos voisins de chanter? pourquoi ne pas les chasser? Mais, direz-vous, ce serait de la folie. Ah ! votre conduite en est une bien plus grande encore... Pour le moment, je me borne à vous avertir. Avec le temps, j'insisterai sur ce point , car j'ai bien peur que cette coutume ne devienne la plaie de . l'Eglise, Plus tard, je tâcherai de la déraciner. Pour aujourd'hui je me contente de la dénoncer, et je vous conjure, vous tous, riches et pauvres, femmes et enfants, de vous en défaire.

Puissiez-vous tous sortir de la vie, sans être entourés de tout cet appareil de deuil ! que, d'après la loi de la nature, les pères arrivés à la vieillesse soient conduits à leur dernière demeure par leurs fils; que parvenues à une vieillesse avancée et tranquille, les mères soient conduites par leurs filles, par leurs petits-fils et par leurs arrière-petits-fils, et que votre mort ne soit jamais prématurée. Puissiez-vous avoir ce bonheur! Je vous le souhaite et je le demande à Dieu pour vous. Je vous en prie, je vous y exhorte: priez Dieu les (472) uns pour les autres, et que mes voeux soient les vôtres à tous! Si, ce qu'à Dieu ne plaise, votre mort était cruelle (je dis cruelle, non que la mort soit cruelle en elle-même, puisque c'est un sommeil, mais enfin je dis cruelle, pour me mettre à votre point de vue), s'il en était ainsi, et si quelqu'un d'entre vous louait des pleureuses à gages, croyez-moi, car je parle sérieusement et j'y suis bien décidé, croyez-moi, et fâchez-vous , si vous voulez, j'interdirai pour longtemps l'église au coupable. Car si Paul traite les avares d'idolâtres, ils sont bien plus idolâtres encore ceux qui introduisent dans le séjour des fidèles les pratiques de l'idolâtrie. Pourquoi en effet, je vous le demande, appeler des prêtres et des chantres ? N'est-ce pas pour vous consoler vous-même, n'est-ce pas pour honorer celui qui est sorti de ce monde ? Pourquoi donc l'insulter ? Pourquoi le donner en spectacle ? Pourquoi ces pratiques théâtrales? Nous venons à vous pour méditer sur la résurrection, pour vous instruire tous, pour apprendre, par honneur pour l'apôtre, à ceux qui ne sont point encore frappés, le moyen de supporter avec courage les coups du sort, et vous nous amenez des personnes qui s'efforcent pour leur part, de détruire notre ouvrage ?

6. Quoi de plus odieux qu'une dérision aussi amère? Quoi de plus grave qu'une conduite aussi irrégulière? Rougissez et soyez couverts de confusion. Si vous ne voulez pas changer de conduite,.nous ne pouvons souffrir, nous, que ces pernicieuses: habitudes s'introduisent. dans l'Eglise. « Accusez », est-il dit, « les pécheurs devant tout le monde ». ( I Tim. V, 28.) Oui, nous défendons à ces malheureuses que vous amenez ici, d'assister aux funérailles des fidèles, sous peine do, se voir forcées à pleurer, avec des larmes véritables, non pas le malheur des autres, mais leurs propres infortunes. Un père qui aime son fils, quand ce fils se dérange, ne se borne, pas à lui interdire la société des méchants, il effraie les méchants. Je vous engage donc à ne pas appeler ces femmes, et je les engage à ne pas se présenter. Et fasse le ciel que nos paroles soient écoutées et que nos menaces ne soient pas vaines ! Si, ce qu'à Dieu ne plaise, on méprisait nos avis, nous serions forcé de joindre l'effet à  la menace, en vous traitant d'après les lois ecclésiastiques, et en traitant ces femmes, comme elles le méritent. Si quelqu'un accueillait nos paroles avec un mépris insolent, nous lui dirions d'écouter du moins ces paroles du. Christ: « Si votre frère a péché contre vous, allez lui représenter sa fauté en particulier entre vous et lui, s'il ne vous écoute point, prenez encore avec vous une ou deux personnes ; s'il ne les écoute pas non plus, dites-le à l'église; et s'il n'écoute pas l'église même, qu'il soit à votre égard comme un païen et un publicain ».. (Matth. XVIII,.15, 16, 17) Si je dais haïr ainsi celui qui se rend coupable de désobéissance envers moi, je vous laisse à penser la conduite que je dois tenir à l'égard de celui qui est coupable envers Dieu et envers lui-même, puisque vous condamnez la mollesse et l'indulgence dont nous usons envers vous. Si, vous méprisez .nos liens, que le Christ vous instruise en ces termes : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre, sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre, sera délié dans le ciel ». (Matth. XVIII, 18.) Malgré notre néant, et tout malheureux, tout digne de mépris que nous sommes, nous ne nous vengeons pas, nous ne vous rendons pas outrage pour outrage, mais noua veillons à votre salut.

Rougissez donc, je vous en supplié, et que votre visage se couvre de confusion; car si l'on souffre la véhémence d'un ami qui s'emporte contre nous, par égard pour le but qu'il se propose, et pour 1a bienveillance dénuée de hauteur qui lui dicte ses paroles, à combien plus forte raison ne devez-vous pas supporter les reproches d'un maître, surtout quand ce maître ne vous parle point en son nom, surtout quand il vous parle non comme un chef, mais comme un tuteur! Ici en effet nous n'avons pas pour but de faire acte d'autorité, puisque notre désir est que vous ne nous réduisiez pas à vous faire sentir notre pouvoir. Mais nous vous plaignons et nous pleurons sur vous. Pardonnez-nous et ne méprisez pas les liens de l'église; car ce n'est pas l'homme qui lie, c'est le Christ qui . nous a donné le pouvoir de lier et qui a voulu , que les hommes fussent honorés, de ce pouvoir: nous voudrions n'en faire usage que pour délier, que dis-je? nous voudrions que ce dernier acte, même ne fit pas nécessaire. Car nous ne voudrions pas qu'il y eût des prisonniers parmi vous ; nous ne sommes point assez infortuné et assez, misérable pour former, un pareil voeu, malgré notre néant. Mais si: vous nous imposez un triste devoir, pardonnez-nous. Ce n'est pas de bon coeur, ce n'est pas de plein gré, c'est en gémissant plus que ceux qui sont dans nos liens, que nous vous chargeons de chaînes. Et si vous méprisez nos liens, le jour du jugement viendra vous instruire. Je ne veux pas,vous en dire davantage, pour ne pas frapper vos âmes de terreur. Car avant tout, nous vous prions de ne pas nous réduire à une dure nécessité; mais, si vous nous y forcez, nous ferons notre devoir, nous vous chargerons des liens. Si vous les brisez, j'aurai fait,ce qui dépend de moi et je ne serai pas en faute. Mais il vous faudra compter avec celui qui m'a donné l'ordre de lier. Que sur l'ordre du roi, un de ses gardes reçoive l'ordre de lier un des assistants et , de le charger de chaînes, si le condamné repousse le garde, et non content de cela, brise ses fers, ce ne sera pas le satellite qui sera outragé, ce sera bien plutôt le roi de qui l'ordre émane. Si donc, selon Dieu même ; ce que l'on fait à ses fidèles, on le fait à Dieu, les outrages que vous adressez, à ceux qui ont reçu mission de vous instruire, remontent jusqu'à lui : n'est comme si vous l'outragiez lui-même.

Mais à Dieu ne plaise que l'un de ceux qui sont. dans cette assemblée en vienne à nette extrémité et nous réduise à le lier ! Car s'il est bon de ne pas pécher, il est utile de savoir supporter les réprimandes; sachons donc les supporter, étudions-nous à ne pas pécher ; mais si nous péchons, sachons supporter la réprimande. Il est bon d'éviter les blessures; mais; en cas de (473) blessure, il faut panser la plaie. Agissons de même ici. Ah! fasse le ciel que personne ici n'ait besoin des secours de la médecine ! « Car nous avons une meilleure opinion de vous et de votre salut, quoique nous parlions de la sorte ». (Hébr. VI, 9.) Si nous vous avons parlé avec quelque vivacité, avec quelque véhémence, c'est pour plus de sûreté. J'aime mieux en effet passera vos yeux pour un homme audacieux, cruel et fier, que de vous voir faire quelque chose qui pourrait déplaire .à Dieu. .Nous avons confiance en lui, et nous croyons que cette réprimande ne vous sera pas inutile; nous croyons que vous vous corrigerez et que, grâce à ces observations, vous finirez par mériter nos éloges. Puissions-nous vivre de manière à nous rendre agréables à Dieu, de manière à obtenir tous tant que nous sommes, les biens qu'il a promis à ceux qui l'aiment, par la grâce de Jésus-Christ, Notre-Seigneur....

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