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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 01:35

L'icône ne peut être rangée avec les oeuvres picturales, dans le sens habituel de ce terme. Elles ne sont pas des peintures. Les peintures, de par leurs lignes et leurs couleurs décrivent les personnages et racontent les événements de la réalité quotidienne. Depuis la Renaissance, la vie et la nature sont figurées par la reproduction en trois dimensions sur une surface plane des paysages, du monde des choses, des hommes, des animaux. Et même si les sujets sont tirés de la mythologie, ils sont traduits dans le langage des images terrestres. 
La peinture expressionniste et la peinture abstraite, appelées à traduire les émotions du peintre et sa perception du monde, brisent la concordance des couleurs, les proportions des événements et des objets, les déformant au point de les rendre méconnaissables ou bien se passent totalement de représentations figuratives. Pourtant, même dans ce cas extrême, les différentes expériences sur les couleurs et les lignes ne permettent pas à celui qui regarde de pénétrer dans un monde qui serait autre par sa nature, dans une autre dimension spatiale et temporelle, d'atteindre d'autres valeurs. 
Le Christ Tout-Puissant. Sinai, VIe siècleC'est justement à l'icône qu'a été dévolu ce rôle. Les icônes ne représentent pas, elles font apparaоtre un autre monde. Elles le manifestent au moyen de différents artifices picturaux, fruits d'une expérience multi-séculaire. 
Dans l'icône la couleur joue un rôle particulier, celui de langage symbolique exprimant non la couleur des objets mais leur lumière et celle des visages humains, lumière dont la source se trouve hors de notre monde physique. Les traits dorés des icônes donnent un visage à la lumière tandis que le fond doré symbolise l'espace « qui n'est pas de ce monde ». L'icône ne comporte aucune ombre, de même que le Royaume des cieux est pénétré de lumière. 
L'icône ne peut être regardée comme une image ordinaire. Elle est non seulement dépourvue de l'espace habituel mais est aussi étrangère au déroulemement logique des évenements de cause à effet. L'icône est fenêtre sur un monde de toute autre nature que le notre, mais cette fenêtre n'est ouverte qu'à celui qui porte sur elle un regarde spirituel. 
Pour approcher le sens de l'icône, il est nécessaire en effet de la regarder avec les yeux du croyant, pour qui Dieu est une réalité indubitable, une réalité partout présente, présidant invisiblement à chaque événement, témoin invisible et juge du souffle duquel il est impossible de jamais se cacher nulle part. 
Les principes et les règles de l'écriture de l'icône se sont formés au cours des siècles, bien avant que l'Ancienne Russie ne les reзoive de Byzance à la fin du Xe siècle. 
L'art de Byzance à cette époque était marqué par un caractère fortement religieux et obéissait à des règles très strictes. La codification de l'art de l'icône fut le résultat de longues discussions et d'вpres luttes, liées à l'iconoclasme. L'une des origines principales de l'iconoclasme est à rechercher dans l'influence de l'Islam où l'interdit sur l'adoration des idoles -au nombre desquelles les musulmans rangent aussi bien la croix que les icônes- fait figure d'absolu.
En 730 l'empereur byzantin Léon III interdit le culte des icônes. Avant son avénement au trône, il avait longtemps servit dans les provinces orientales de l'Empire et se trouvait sous l'influence des évêques d'Asie Mineure, qui sous la pression de l'Islam aspiraient à épurer le christianisme de tout élément matériel, sensible, non spirituel. Bien des icônes, freques et mosaпques furent ainsi détruites. Le culte des icônes ne disparut pourtant point et se poursuivit malgré les violentes persécutions mises en place par ses opposants. Il fut momentanément remit à l'honneur au VIIe Concile Oecuménique et définit sous sa forme définitive en 843. 
L'un des défenseurs du culte des icônes fut saint Jean Damascène (env. 675-env. 750), dont les conclusions furent déterminantes au VIIe Concile. Selon Jean Damascène l'interdit biblique sur la représentation de Dieu n'a qu'un caractère temporaire : « Autrefois, on ne représentait pas Dieu. Mais depuis qu'il est apparu dans la chair et a vécu parmi les hommes nous représentons le Dieu visible. Je ne représente pas le Dieu invisible, ce que je représente, c'est la chair de Dieu que nous avonc vue. » Dieu, insiste Jean Damascène, est venu chez les hommes dans son Fils le Christ Jésus. Il est apparu au monde des hommes et a revétu un corps humain, « car nous avons besoin de ce qui nous est familier. » 
Le visible ne transmet rien de l'essence du Dieu inaccessible. Mais de même que le corps a une ombre, de même tout original a une copie et « l'icône en est un rappel. » De même encore que l'Ecriture sainte est la représentation en mots, l'image de l'histoire sacrée, de même, l'icône en forment la représentation en couleurs et en lignes. 
C'est pourquoi l'icône - l'image - n'est pas une copie de celui qui est représenté mais un symbole par lequel nous pouvons nous élever jusqu'à atteindre la divinité. L'icône joue le rôle d'intermédiaire mystique entre le monde terrestre et le monde céleste. 
Le VIIe Concile oecuménique exige de l'iconographe qu'il respecte scrupuleusement les canons. Les canons iconographiques réglementent en effet à la fois le caractère et les moyens de la représentation des scènes religieuses et des images des saints : l'icône est en effet porteuse et gardienne de la tradition ecclésiale et toute violation des canons iconographiques apparaоtra comme déviance par rapport à la tradition, adhésion à l'hérésie.

La Mère de Dieu en orante. Mosaïque. Cathédrale sainte Sophie, Kiev. XIIe siècleLes icônes sont faites de symboles, comme des lettres avec lesquelles on pourrait écrire un texte sacré. Et seul celui qui possède les clés de cet alphabet peut lire et comprendre ce texte. 
Réunir toutes les icônes canoniques équivaut à manifester toute la plénitude de la doctrine orthodoxe. « Si un paien vient à toi et te demande : montre-moi ta foi, mène-le à l'église et montre-lui les saintes images. » 
L'icône est l'exposé imagé de la Sainte Tradition. Afin qu'elle reste inchangée se sont formés et transmis de génération en génération des modèles iconographiques. Repréntés sous forme d'icônes, les visages des saints canonisés perdent leurs traits individuels et deviennent symboles, signe de leur transfiguration spirituelle. 
Les résolutions du VIIe Concile oecuménique s'adressait au monde chrétien dans son ensemble. Cependant, conséquence logique de l'opposition latente entre Orient et Occident, le roi des francs Charles, futur Charlemagne, concurrent de l'empereur bysantin refusa de prendre en compte ces décisions. A son initiative furent composés les livres carloviens, qui expliquent que l'objet de l'adoration ne peut être que Dieu et en aucun cas l'icône. Les icônes ne peuvent être utilisées que comme élément décoratif et dans un but catéchétique. Ainsi le schéma iconographique est-il absent de l'Église d'Occident et les peintres d'Europe Occidentale purent-ils donner leur propre interprétation des sujets vétéro et novotestamentaires. Peu à peu la peinture religieuse d'Occident s'éloigna tout à fait de l'icône et apparut ce qu'il est convenu d'appeler la peinture à sujet religieux. La portée de cette évolution est immense. La création artistique est toujours une recherche. Et cette recherche a porté ses fruits : on découvrit ainsi la perspective, le moyen d'exprimer le mouvement, de rendre les caractères de l'espace aérien.Les paroissiens, entrant dans l'église et s'intéressant à ce que nous aurions appelé « icônes » prenaient insensiblement connaissance de ces découvertes et les intégraient, les étudiaient. Le mot étudier est ici à prendre dans son sens pleinier à une époque où les sciences et l'art ne faisaient encore qu'un et où bien des découvertes dans le domaine de la peinture découlèrent des découvertes scientifiques.
A Byzance et dans les autres pays orthodoxes, la situation de l'art figuratif était tout à fait autre. L'iconographie canonique et les dogmes de la foi orthodoxe formèrent un système de codes indiquant à l'homme le chemin véritable sur l'océan de cette vie. Et l'iconographe n'avait pas besoin de rechercher de nouveaux modes de représentation : une technique permettant de représenter des images en accord avec la foi orthodoxe existait déjà. 
Au début du second millénaire, les routes de l'Orient et de l'Occident se séparèrent aussi bien en matière d'art et de culture qu'en matière de sciences. 
L'ensemble des canons iconographiques forme l'art de l'icône orthodoxe, dont les chefs d'oeuvre affermissenent et purifient la foi. C'est sous cette forme fortement codifiée que l'art de l'icône fut transmis par Byzance aux peuples de l'Ancienne Russie. 
En Russie, cet art trouva une seconde patrie. Les iconographes russes ne se sont pas contentés de reproduire cet art mais l'ont considérablement enrichi. Ils lui insuflèrent l'esthétique et le tempérament d'un peuple jeune, à peine entré dans l'arène de l'histoire mondiale. A la différence des icônes byzantines, lourdes et statiques, les icônes russes se distinguent par la vivacité et la vibration des couleurs, par la finesse, la force et le mouvement des lignes. 
La majorité des iconographes russes médiévaux nous sont restés inconnus. L'icône comme la prière est le fruit d'une création commune, elle est soigneusement retravaillée de génération en génération. L'iconographe ne fait que reproduire un prototype. Cependant les maоtres les plus talentueux parviennent à exprimer quelque chose d'eux-mêmes par d'infimes nuances. Semblable icône-prière apparaоt alors comme une véritable adresse au Seigneur, rendant toute signature d'autant plus inutile. Des plus belles icônes russes se dégage un sens spirituel très profond et malgré l'identité des sujets et des formes, elles sont étonnement variées, aussi différentes les unes des autres que l'étaient leurs auteurs. 
La codification des canons iconographiques a joué un double rôle : elle a limité la liberté créatrice de l'iconographe, en même temps qu'elle a révélé la riche expérience de l'iconographie, fruit des efforts intellectuels et spirituels des générations passées. L'iconographie est donc une création commune et chaque iconographe apposait sa pierre à cette construction séculaire. 
Le Christ non fait de main d'homme. XIIe siècleL'art de l'église ne peut être regardé que de l'intérieur de la vie ecclésiale, il est impossible de le comprendre sans connaоtre la foi orthodoxe. Le seul point de vue esthétique ne permet pas de comprendre en plénitude l'art de l'icône et le chant sacré. Ils diffèrent de l'art, ce qui expliquent que l'Église Orthodoxe Russe demande la restitution des icônes conservées dans les musées. Dans un musée, l'icône cesse d'être une icône ; elle ne le redevient que dans la plénitude de la vie écclésiale : il lui faut l'église, la liturgie, une place bien précise parmi les autres icônes et surtout les yeux des croyants pour lesquels elle est fenêtre sur une autre réalité, celle du monde divin.

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Enseignement spirituel

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