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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 07:22

HOMÉLIE X. LORSQU'UNE TERRE, SOUVENT ARROSÉE PAR LA PLUIE, PRODUIT DES HERBAGES UTILES A CEUX QUI LA CULTIVENT, ELLE REÇOIT LA BÉNÉDICTION DE DIEU; MAIS QUAND ELLE NE JETTE QUE DES ÉPINES ET DES RONCES, C'EST UNE TERRE RÉPROUVÉE QUI EST MENACÉE DE LA MALÉDICTION DU SEIGNEUR, ET A LAQUELLE IL FINIT PAR METTRE LE FEU. (VI, 7, 8, JUSQU'À-12.)

 

Analyse.

 

1. La terre dont il est question dans le septième et dans le huitième verset du chapitre VI, c'est l'âme humaine; la pluie, c'est 1a doctrine céleste. — La crainte du Seigneur ne doit pas abandonner nos âmes.

2. En méditant les paroles du verset 8, on voit que Dieu laisse jusqu'à la fin la porte du salut ouverte au repentir, et que lest à la persistance dans le mal qu'il réserve ses terribles châtiments.

3. Paul, en parlant aux Hébreux, sait mêler, dans de justes proportions, l'éloge et le blâme. Il rappelle aux Hébreux leur passé; il leur cite l'exemple d'Abraham.

4. La charité du chrétien ne doit avoir rien de mesquin ni d'étroit. — Elle doit s'étendre aux laïques comme aux religieux, au païens comme aux fidèles. — Il serait honteux pour lui de rester, en fait de charité, au-dessous du bon samaritain.

 

1. Ecoutons avec crainte la parole de Dieu ; écoutons-la avec crainte et avec une crainte profonde. « Servez Dieu avec crainte », dit le Psalmiste, « et réjouissez-vous devant lui avec terreur ». (Ps. II, 11.) Or, si notre joie et notre allégresse doivent être mêlées de terreur, que sera-ce donc quand nous entendrons des paroles, comme celles de ce chapitre, et quel châtiment ne méritons-nous pas si nous écoutons ces paroles sans émotion ? Après avoir dit que l'homme devenu pécheur après le baptême, ne peut en recevoir un second et obtenir, par ce second baptême, la,rémission de ses péchés, l'apôtre ajoute aussitôt : « Lorsqu'une terre, souvent arrosée par la pluie produit des herbages utiles à ceux qui la cultivent; elle reçoit la bénédiction de Dieu. Mais, quand elle ne jette que des épines et des ronces, c'est une  terre réprouvée qui est menacée de la malédiction du Seigneur, et à laquelle il finit par mettre le feu »: Tremblez donc, ô mes chers frères. Ces paroles menaçantes ne. sont ni celles de saint Paul, ni celles d'un homme; ce sont celles de l'Esprit-Saint, ce sont celles du Christ qui emprunte la voix de l'apôtre., Où trouver ces âmes qui ressemblent à des champs sans épines? Quand nous serions tout à fait purs, il ne faudrait pas encore avoir, trop de confiance. Nous devrions toujours craindre, nous devrions toujours trembler de sentir les épines germer dans nos âmes. Mais, quand nous sommes au dedans tout hérissés d'épines, et de ronces, d'où nous vient tant de confiance, je vous le demande ? Pourquoi tant de paresse et tant de lenteur? Quand on est debout, on doit craindre de tomber. « Que celui qui est debout prenne garde de tomber, dit saint Paul ». (I Cor. X, 12.) A plus forte raison, quand on est tombé, on doit avoir peur de ne plus pouvoir se relever. Si Paul, ce prédicateur de la foi, cet homme juste craint d'être réprouvé (I Cor. IX, 27); nous qui sommes- des réprouvés en effet, quel pardon pouvons-nous attendre, quand nous né craignons pas Dieu, quand nous remplissons nos devoirs de chrétiens par routine et à la légère ? Tremblons donc, ô mes chers frères « car Dieu manifeste sa colère du haut des cieux ». (Rom. I, 18.) Cette colère éclate non-seulement contre l'impiété, mais contre toute iniquité grande et petite.

Puis saint Paul fait allusion à la bonté de Dieu et à sa clémence. Cette pluie dont il nous-parle, c'est la doctrine céleste. Par ce seul mot , il rappelle ce, qu'il a dit plus haut : « Vous devriez déjà être des maîtres ». Dans maints passages de l'Ecriture on rencontre cette comparaison de la doctrine céleste avec une pluie féconde. « J'ordonnerai aux nuages », dit le Seigneur, « de ne pas laisser tomber la pluie sur cette vigne ». (Isaïe, V, 6.) (497) Ailleurs l'amour de la doctrine chrétienne est comparé à la faim et à la soif. (Amos, LV, 11 .) Et dans un autre endroit, il est dit encore :  « Le fleuve de Dieu coule à pleins bords ». (Ps. LXIV, 10.) Ces mots « une terre souvent arrosée par la pluie », montrent que les Hébreux ont entendu la parole de Dieu, mais que cette parole a arrosé leurs âmes sans les féconder. Paul semble dire à ses auditeurs: Si vos âmes n'avaient pas été cultivées et arrosées, votre malheur ne serait pas si grand. « Si je n'étais pas venu », est-il dit, « si je ne leur avais pas parlé, il n'y aurait pas eu péché de leur part ». (Jean, XV, 22.)          Mais, puisque vous avez reçu en abondance la parole de Dieu, pourquoi ces mauvaises herbes qui ont remplacé les fruits? « J'attendais des raisins et je trouve des épines ». (lsaïe, VI, 2.) Vous voyez que dans l'Ecriture, les épines représentent toujours les péchés : « Je me suis tourné et retourné dans mon malheur, et les épines se sont enfoncées dans ma chair ». (Ps. XXXI, 4.) C'est que l'épine n'entre pas seulement dans l'âme, elle s'y enfonce. C'est qu'il en est du péché comme de l'épine ; si nous ne l'arrachons en, entier de notre âme, le peu qui reste, nous fait souffrir. Que dis-je ? le péché une fois arraché tout entier de notre âme, y laisse de douloureuses cicatrices. Il faut bien des remèdes, il faut un traitement assidu pour opérer la guérison pleine et entière de cette âme blessée et endolorie par le péché. Il ne suffit pas d'extirper le péché, il faut panser. et soigner la plaie qu'il a faite. Mais j'ai bien peur que plus encore que les juifs, nous ne devions nous appliquer les paroles de l'apôtre: « Une terre souvent arrosée ». Cette parole de Dieu en effet descend sur nous sans cesse, elle imprègne sans cesse nos âmes. Mais, au premier rayon de soleil, toute cette pluie s'évapore, et voilà pourquoi nous ne produisons que des épines. Ces épines quelles sont-elles? Ecoutons-le Christ; il nous dira que ce sont les préoccupations mondaines et les trompeuses richesses de cette terre qui étouffent la doctrine de Dieu et qui la rendent stérile. (Luc, VIII, 14.) Notre âme, sans cela, serait « une terre fréquemment arrosée et produisant des plantes utiles ».

2. Il n'y a rien d'aussi utile que la pureté de la vie, rien qui offre un ensemble aussi harmonieux que la vie parfaite, rien qui convienne autant à l'homme que la vertu. « Produisant », est-il dit, « des herbages utiles à ceux qui la cultivent, elle reçoit la bénédiction de Dieu ». Il rapporte ici tout à Dieu, en attaquant indirectement les gentils qui attribuaient la production des fruits à la fertilité de la terre. Ce n'est pas la main du laboureur, dit-il, c'est l'ordre de Dieu qui lui fait porter ces fruits. « Elle reçoit la bénédiction de Dieu ». Et voyez comment il s'exprime en parlant des épines. Il ne dit pas « produisant », mot qui entraîne une idée d'utilité ; il dit: « Jetant » des épines. « Est une terre réprouvée », dit-il, â et menacée dé la malédiction du Seigneur». Ah ! combien ces paroles sont consolantes. Elle est menacée d'être maudite ; mais elle ne l'est pas encore. Or, quand on n'est pas encore maudit, quand on n'est encore que menacé, la malédiction peut être loin. Autre consolation: il n'a pas dit: C'est une terre à laquelle il mettra le feu, mais à laquelle il « finit » par mettre le feu. Ce châtiment est réservé à la terre qui continue jusqu'à la tin à être une mauvaise terre. Si donc nous chassons avec le fer et le feules épines de notre cœur, nous pourrons jouir d'avantages sans nombre, nous pourrons être au nombre des bons,et participer à la bénédiction de Dieu. C'est avec raison qu'il compare les péchés à des ronces ; le péché en effet, annoncé partout son contact par des lésions, par des déchirements; son aspect même est hideux et repoussant. Après les avoir frappés, épouvantés et piqués au vif, il met un baume sur les plaies qu'il leur a faites, pour qu'ils ne soient pas trop abattus ; car des coups trop violents changent la lenteur en apathie. Il ne les flatte pas trop, pour ne pas leur donner trop de confiance, il ne les frappe pas trop, de peur de les abrutir; mais il mêle, dans de justes proportions, les coups qu'il porte et les remèdes, pour arriver à ses fins. Voici son langage : En vous parlant ainsi, nous n'avons pas pour but de vous condamner, nous ne vous regardons pas comme des natures hérissées d'épines, nous ne craignons même pas que vous soyez jamais ainsi, mais nous aimons mieux vous imposer une crainte salutaire que de vous voir souffrir un jour. Voilà comment saint Paul sait s'y prendre. Il n'a pas dit : Nous pensons, nous conjecturons, nous espérons que vous serez sauvés; il a dit : « Nous avons confiance en vous », nous attendons de vous une conduite meilleure et plus en rapport avec votre salut. Il écrivait aux Galates J'espère de la bonté du Seigneur que vous n'aurez pas d'autres sentiments que les miens. (Galates, V, 10.) Il parle ainsi pour l'avenir; car il avait réprimandé les Galates; et leur conduite; pour le moment, ne méritait pas ses éloges. Mais dans cette épître aux Hébreux, il parle du présent . « Nous avons confiance, nous augurons ».

Mais n'ayant pas grand'chose de bon à dire de l'état des juifs, à l'époque où il parle, il cherche dans leur passé des motifs de consolation qu'il leur présente en ces termes : « Dieu n'est pas injuste pour oublier vos bonnes oeuvres et la charité que vous avez témoignée par l'assistance que vous avez rendue en son nom et que vous rendez encore aux saints (10) ». Ah! comme il sait bien ranimer, raffermir leurs âmes, en leur rappelant le passé, en leur rappelant que Dieu n'a rien oublié ! Le moyen d'éviter le péché en effet, si l'on ne croit pas fermement à la justice des jugements de Dieu, si l'on ne croit pas fermement qu'il, récompensera chacun selon ses oeuvres? Sans cette conviction, comment peut-on croire à la justice de Dieu? Il force donc les Hébreux à tourner leurs regards vers l'avenir. Car l'homme que le présent décourage et désespère, peut encore puiser dans la contemplation de l'avenir une certaine confiance. Voilà pourquoi il écrivait aux Galates : « Vous couriez si bien autrefois. Qui donc est venu enchaîner votre ardeur? » Puis : « Avez-vous donc souffert en vain tant d'épreuves, si toutefois vous les avez souffertes en vain? » Dans cette épître aux Hébreux ne leur dit-il pas, d'un ton de reproche qui renferme (498) aussi un éloge. Depuis le temps que vous apprenez, vous devriez être des maîtres ? Eh bien ! Il dit aussi aux Galates : « Je m'étonne que vous ayez changé si vite ». Cet étonnement implique un éloge; car lorsqu'on a fait de grandes choses et qu'on ne les fait plus, nous nous étonnons. Voyez-vous maintenant comme, sous l'accusation et la réprimande, l'apôtre s'entend bien à cacher un éloge? Et il ne parle pas en son nom ; il parle au nom de tout le monde. Il ne dit pas : J'ai confiance, mais : « Nous avons confiance en vous. « Nous augurons mieux de votre salut » : c'est-à-dire de votre conduite à l'avenir ou de la rémunération qui vous attend. S'il, a parlé plus haut de cette terre réprouvée qui est menacée de la malédiction et du feu, il prévient toute application que les Hébreux pourraient se faire à eux-mêmes de ces paroles, et il se hâte d'ajouter : « Dieu n'est point injuste pour, oublier vos oeuvres et votre charité », leur montrant par là que ce qu'il a dit plus haut ne s'applique pas directement à eux. Mais si ces menaces ne s'appliquent pas à nous, pourraient objecter ses auditeurs, pourquoi ces paroles qui semblent nous reprocher notre paresse? Pourquoi nous rappeler cette terre qui jette des épines et dés ronces? «Nous désirons », dit l'apôtre , « que chacun de vous fasse paraître jusqu'à la fin le même zèle, afin que votre espérance soit. accomplie et que vous ne soyez point paresseux, mais que vous vous rendiez les imitateurs de ceux qui, par leur foi et par leur « patience, sont devenus les héritiers des promesses (11, 12) ».

3. Nous désirons, dit-il, et notre désir est bien réel. Mais que désirez-vous, ô saint apôtre ? Nous désirons que vous persévériez dans la vertu, non parce que nous condamnons votre passé, mais parce que nous craignons pour l'avenir. Il n'a pas dit : Ce n'est pas votre passé que je condamne, c'est le présent, c'est votre dissolution, c'est la paresse dans laquelle vous êtes tombés. Non , le reproche, il le leur adresse avec douceur et à, mots couverts; il ne les frappe pas brutalement. Que dit-il en effet? Il dit : « Nous désirons que chacun de vous fasse paraître jusqu'à la fin le même zèle ». Paul, en cette circonstance, fait preuve d'un tact admirable. Il ne leur met pas sous tes yeux leur tiédeur. « Nous souhaitons que chacun de vous fasse paraître jusqu'à la fiai le même zèle », leur dit-il; c'est-à-dire : Je fais des voeux pour que votre ardeur ne se refroidisse pas, pour que vous soyez maintenant et toujours tels qu'on vous a vus d'abord. Ces ménagements ôtent l'amertume du reproche qui de cette manière est accepté facilement. Et encore ne dit-il pas : Je veux; ce n'est pas un maître qui commande; c'est un père, bienveillant qui exprime un souhait. « Nous désirons »; c'est comme s'il s'excusait d'avoir quelque chose de pénible à leur dire. « Nous désirons que chacun de vous fasse paraître jusqu'à la fin le même zèle, afin que votre espérance soit accomplie». Quel est le sens de ces mots? L'espérance, dit-il, vous soutient et vous ranime. Ne vous laissez point abattre,ne vous désespérez pas; vos espérances ne seront point vaines. Quand on fait bien, on doit avoir bon espoir, on ne doit jamais désespérer. « Afin que vous ne deveniez point paresseux ». Il leur a dit plus haut : « Vous êtes devenus inattentifs ». Mais, en parlant ainsi, il ne s'en prend qu'à leur inattention du moment, maintenant ses paroles ont un autre sens. Il était sur le point de leur dire : Ne persistez pas dans votre tiédeur, mais il leur dit :.Gardez-vous de tomber dans la paresse. II parle pour l'avenir, et ses paroles n'ont rien de compromettant; car on ne peut condamner l'avenir qui n'existe pas encore. Dire à un homme négligent: Maintenant faites diligence et montrez-vous vigilant, c'est peut-être le moyen de le rendre plus négligent et plus paresseux. Mais, quand on dit : « A l'avenir », il n'en est pas ainsi. « Nous désirons;», dit-il, « que chacun de vous fasse paraître le même zèle ». C'est un langage plein de bienveillance; il s'occupe des grands et des petits; il les connaît tous, il ne méprise personne ; tous ses auditeurs ont également part à- sa sollicitude et à sa considération. C'est ainsi qu'il leur faisait accepter sa parole, quelque sévère, quelque amère qu'elle fût. « Il ne faut pas que vous deveniez paresseux », dit-il, car, si la paresse altère les forces physiques, elle rend l'âme moins ardente pour le bien, elle l'énerve, elle l'affaiblit.

« Imitez », dit-il, « ceux qui par leur foi et par leur patience sont devenus les héritiers des promesses ». Et ceux-là quels sont-ils? Il vous le dit plus bas. Marchez sur les traces de votre passé. Et, pour qu'ils ne l'interrogent plus à ce sujet, il remonte jusqu'à Abraham le patriarche, il leur. montre le beau côté de leur propre histoire, il leur offre, pour affermir leurs âmes, l'exemple du saint patriarche. Il ne veut pas qu'ils se regardent comme une race dédaignée, comme une race sans valeur et abandonnée de Dieu. Il faut qu'ils se pénètrent de cette vérité, qu'il appartient aux âmes nobles et courageuses de traverser les épreuves, et que Dieu s'est -servi des grands hommes, pour offrir cet exemple au monde. Il faut, dit-il, tout supporter avec patience ; cette patience est encore de la foi.. Car si. celui qui vous, fait une promesse (accomplit à l'instant même, quelle occasion avez-vous eue de prouver votre confiance en lui? Le mérite n'est plus de votre côté; il est du mien. C'est moi qui ai prouvé tout d'abord ma fidélité il tenir ma parole. Mais si je vous dis : Voilà un don que je vous promets et si je ne vous fais ce don. que dans cent ans, sans que, pour cela, vous ne cessiez de compter sur moi, oh! alors, c'est que vous avez confiance en moi, c'est que vous avez de moi l'opinion que. je mérite. Vous voyez que l'incrédulité prend souvent sa source, non-seulement. dans le désespoir, mais encore dans la faiblesse, dans l'impatience; vous voyez qu'elle ne vient pas de celui qui promet. « Dieu n'est pas injuste», dit l'apôtre, «pour oublier la tendre sollicitude que vous avez témoignée par les assistances que vous avez rendues en son nom et que vous rendez encore aux saints ». Voyez comme il les ménage et comme il insiste sur ce point, Cette tendre sollicitude, ce n'est pas seulement aux, saints, c'est à Dieu même que vous l'avez (499) témoignée. Tel est le sens de ces trois mots : « En son nom », c'est comme s'il disait: C'est pour la gloire de son nom que vous avez tout fait, et celui auquel vous avez témoigné cette tendre sollicitude ne vous dédaignera jamais et ne vous oubliera pas.

4. Soyons attentifs à ces paroles, et prêtons aux saints notre assistance, car tous les fidèles sont des saints tant qu'ils restent fidèles. Qu'ils soient laïques et séculiers, peu importe. L'apôtre ne dit-il pas:  « Le mari infidèle est sanctifié par une épouse fidèle, et l'épouse infidèle par un mari fidèle? » Voyez comme la foi sanctifie. Si donc nous voyons un laïque dans le malheur, tendons-lui la main Que les solitaires qui se sont retirés sur la montagne ne soient pas les seuls objets de notre sympathie. Ils sont saints en même temps par leur vie et par leur foi : Mais, outre ces hommes, il en est d'autres qui sont saints par leur foi, et beaucoup d'autres parleur vie. Entrons dans le cachot du moine; mais pénétrons aussi dans celui du laïque. Le laïque aussi est un saint; le laïque aussi est notre frère. Mais si c'est un pécheur souillé de crimes? Eh bien! n'entendez-vous pas la voix du Christ qui vous dit : Ne lugez pas les autres, pour n'être pas jugés vous-mêmes? (Matth. VII, 1.) Faites cela pour Dieu. Mais que dis-je? Quand cet infortuné serait un païen, il faudrait encore le secourir. Il faut secourir en un mot tous les malheureux, mais surtout les laïques, quand ce sont des fidèles. Ecoutez cette parole de Paul : «Faites du bien à tout le monde », mais surtout « aux fidèles qui servent, comme vous, le Seigneur ». (Gal. VI, 10.) Je ne sais où nous avons pris cette; habitude qui s'est introduite chez nous. Mais rechercher exclusivement, pour répandre sur eux ses bienfaits, les hommes voués à la vie monastique, entrer dans mille détails minutieux et dire : Si ce n'est pas un digne homme, si ce n'est pas un juste, s'il ne fait pas de miracles, je ne lui tends pas la main, c'est rapetisser la charité, c'est, même l'anéantir avec le temps. Oui telle est la nature de la charité, qu'il faut la faire même aux pécheurs, même aux coupables. Etre charitable; c'est avoir pitié non-seulement des bons, mais des pécheurs.

Pour vous en convaincre, écoutez cette parabole du Christ : « Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho, tomba entre les mains des voleurs ». (Luc, X, 30, etc.) Ils le maltraitèrent et s'en allèrent, le laissant sur la route blessé et demi-mort. Survint un lévite qui aperçut le blessé et qui passa son chemin. Un prêtre en fit autant ; il vit ce malheureux et passa outre. Mais un Samaritain étant venu à l'endroit où était cet homme, en prit le plus grand soin. Il pansa ses blessures, y versa de l'huile, et l'ayant mis sur un âne, il le conduisit à une hôtellerie, et le recommanda à l'hôte. Et voyez la générosité de ce Samaritain : Je vous rembourserai de tous vos frais, dit-il à l'hôte. Eh bien! dit Jésus à un docteur de la loi, quel est du lévite, du prêtre ou du Samaritain, celui qui s'est montré le prochain de cet homme ?» Le docteur lui répondit : « C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui ». « Allez donc », lui dit Jésus , « et faites de même ». Comprenez-vous le sens de cette parole? Il n'y est pas fait mention de la reconnaissance du juif pour le Samaritain, mais de la conduite généreuse de ce dernier. La morale de cette parabole, c'est que notre charité doit être universelle, qu'elle ne doit pas s'étendre uniquement aux fidèles qui servent le Seigneur comme nous. Vous aussi faites comme le Samaritain. Si vous voyez un malheureux, n'en demandez pas davantage ; son malheur est un titre qui lui donne droit à votre assistance. Si vous secourez un âne qui va périr, sans demander à qui il appartient, vous devez à plus forte raison secourir un homme, sans vous demander' s'il appartient à Dieu, s'il est juif ou païen. Si c'est un infidèle, c'est une raison de plus pour venir à son secours. S'il vous était permis d'examiner qui il est, et de le juger, toutes vos réflexions pourraient être raisonnables; mais son malheur vous ôte le droit de l'examiner. Car, s'il ne faut pas s'enquérir curieusement de ceux qui sont dans un état florissant, s'il ne faut pas se mêler des affaires des autres, la curiosité est encore bien plus condamnable, quand elle s'exerce aux dépens d'un malheureux. Mais vous, que faites-vous? Lorsque vous traitez cet homme de méchant et de pervers, est-il dans la prospérité, est-il tout brillant de gloire et de renommée? Non : cet homme est malheureux. Eh bien ! respect au malheur; ne traitez pas un infortuné de méchant et de pervers. C'est à celui que l'éclat environne qu'il faut adresser de semblables épithètes. Mais, quand un homme est dans le malheur, quand il a besoin de secours, il y aurait de la cruauté, il y aurait de l'inhumanité à l'appeler méchant et pervers.

Quoi de plus injuste que les juifs? Cependant, tout en les punissant, comme ils le méritaient, Dieu a jeté un regard favorable sur ceux qui avaient pitié d'eux, et il a puni à leur tour ceux qui insultaient et qui applaudissaient à leur malheur. « Ils n'étaient pas touchés », est-il dit, « de la contrition de joseph ». (Amos, VI, 6.) Et il est dit- encore : « Rachetez les captifs que l'on est en train d'immoler; pour les racheter, n'épargnez pas vos richesses ». (Prov. XXIV, 31.) Le livre ne dit pas: Examinez bien cet homme et sachez qui il est: car il est vrai de dire que ces esclaves ont pour la plupart bien des défauts. Mais le livre dit simplement: «Rachetez-les»,quels qu'ils soient. Voilà surtout ce qui constitue la charité. Faire du bien à un ami, en effet, ce n'est pas agir en vue de Dieu ; mais faire du bien à un inconnu, voilà ce qui s'appelle faire le bien pour Dieu, dans toute la pureté, dans toute la sincérité de son âme. L'Ecriture dit : N'épargnez pas vos richesses ;s'il tant donner tout l'or que vous possédez, donnez-le. Et nous, à l'aspect de nos frères qui périssent, qui se lamentent, qui souffrent, injustement parfois, des tourments mille fois plus cruels que la mort, c'est notre argent, ce ne sont pas nos frères que nous épargnons. Nous ménageons ce qui n'a point d'âme, sans nous inquiéter des êtres animés. Cependant Paul nous dit : « Il faut reprendre avec douceur ceux qui résistent à la vérité, dans l'espérance que Dieu pourra leur donner un jour (500) l'esprit de pénitence, pour la leur faire connaître, et qu'ainsi ils sortiront des piéges du démon qui les tient captifs, pour en faire ce qu'il lui plaît». ( II Timothée,  II, 25, 26.) « Dans l'espoir ». Quelle patience sublime exprimée parce seul mot ! Faisons donc ainsi et ne désespérons de personne. Les pécheurs jettent souvent leurs filets à la mer, sans rien prendre; mais s'ils persévèrent, ils finissent par faire une bonne pêche. C'est pourquoi nous aussi nous ne désespérons pas et nous attendons que nos instructions portent leurs fruits et que ces

fruits mûrissent dans vos âmes. Quand le laboureur a semé, il attend un jour, deux jours, bien des jours encore; puis tout à coup il voit de toutes parts germer la moisson. Cette moisson, nous l'attendons comme lui et nous la recueillerons dans vos âmes, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, auquel conjointement avec le Père et le Saint-Esprit, gloire, honneur et puissance, maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Traduit par M. BAISSEY

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