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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 03:54

A la lumière de tout ce qui a été dit, essayons maintenant de répondre aux questions des auteurs du programme du Préconcile et à leur proposition de départager tous les textes symboliques de l'Eglise orthodoxe en trois catégories :
 a) textes faisant autorité ;
 b) textes ayant une autorité relative ;
 c) textes ayant une autorité auxiliaire.
 Il nous semble, tout d'abord, qu'il y a dans une telle classification à trois degrés distinguant une autorité « relative » et une autorité « auxiliaire » quelque chose de scolastique, de trop systématisé, un désir de tout classer par paragraphes et catégories. Nous ne croyons pas que, du point de vue orthodoxe, une application rigoureuse et détaillée d'un tel principe au domaine de la théologie soit possible ni même souhaitable. D'ailleurs la question de l'autorité elle-même est très complexe dans l'Orthodoxie et s'y pose tout autrement que dans le catholicisme-romain ou dans le protestantisme. Nous ne l'approfondirons pas cependant ; cela nous conduirait trop loin du sujet immédiat de notre article... Il nous semble incontestable qu'il y a dans l'Eglise Orthodoxe des textes ayant une autorité indiscutable et une signification impérissable. C'est évidemment la Sainte Ecriture de l'Ancien et du Nouveau Testament, même si là aussi on peut voir une certaine différence au point de vue autorité entre l'Ancien et le Nouveau Testament d'une part et les livres canoniques et les autres livres de l'Ancien Testament, d'autre part. Ce sont les décisions dogmatiques des sept Conciles Œcuméniques et le Symbole de la Foi de Nicée-Constantinople qui y fut confirmé. Il serait difficile, cependant, de partager l'avis du professeur Karmiris qui les considère comme « égales en autorité et en honneur à la Sainte Ecriture », « car elles contiennent en elles la sainte Tradition qui forme, avec la Sainte Ecriture, deux sources de la foi orthodoxe ayant une autorité égale et une place égale ( ίσοστασίους ) ». Ceci non que nous souhaiterions diminuer en quoi que ce soit l'importance du Symbole de la foi ou des décisions des Conciles Œcuméniques, mais parce que nous voyons ici une comparaison et une identification en dignité entre deux aspects d'un même phénomène primordial de la Révélation divine, c'est-à-dire entre sa manifestation et sa fixation dans l'Ecriture et les monuments dogmatiques de l'Eglise qui, par la puissance de l'Esprit Saint, interprètent théologiquement cette Révélation et nous donnent une clef pour entendre l'Ecriture. D'ailleurs, la doctrine catholique-romaine sur les « deux sources de la foi », l'Ecriture et la Tradition, ne nous est guère acceptable ; elle représente un triste héritage du Concile de Trente dont la théologie catholique romaine actuelle s'efforce, elle-même, de se libérer. Ainsi que le dit bien dans son Catéchisme le métropolite Philarète, la Tradition n'est pas une source, mais le moyen primordial de propager la Révélation, moyen gardant son importance jusqu'à nos jours « pour nous diriger vers une compréhension juste de la Sainte Ecriture, l'accomplissement correct des Sacrements et la préservation des rites sacrés dans la pureté de leur institution originelle ». Enfin, sans oublier tout ce que les décisions des Conciles Œcuméniques ont d'immuable et d'obligatoire en tant que voix de l'Eglise exprimant sa foi et sa conscience, les circonstances historiques et l'intérêt de l'Eglise peuvent poser la question de la possibilité d'une explication ultérieure, voire même d'une formulation différente de certaines questions dogmatiques résolues aux Conciles Œcuméniques, comme nous le voyons dans nos pourparlers actuels avec ceux qu'on appelle « monophysites ». Ce ne serait, certes, pas un renoncement aux décisions d'autrefois. Tout ceci, d'ailleurs, relève entièrement de la compétence du Concile Œcuménique à venir. On pourrait également faire une certaine distinction, du point de vue d'achèvement théologique et d'immutabilité ecclésiastique, entre la décision du Concile de Chalcédoine sur les deux natures en Christ et la possibilité d'ajouter le Filioque au Symbole de la Foi. Il n'y a, en effet, aucune décision conciliaire spécifiant que l'horos de Chalcédoine est définitif et n'admet plus aucun développement ni commentaire.
 Et nous voyons effectivement les Cinquième et Sixième Conciles Œcuméniques donner une suite et commenter la décision chalcédonienne. 
Par contre, le texte du Symbole de la Foi fut reconnu comme définitif et toute addition à ce texte fut déclarée inadmissible à deux conciles: au troisième Concile Œcuménique, celui d'Ephèse, et au Huitième Concile Œcuménique, celui de Constantinople en 879-880 qui peut être considéré comme tel. Voici donc pourquoi une entente avec les « monophysites » semble, humainement parlant, plus facile à atteindre au Concile Œcuménique à venir qu'une entente avec les catholiques-romains.
Du point de vue de leur autorité, on ne saurait mettre au même rang que le Symbole de Foi de Nicée-Constantinople et les décisions dogmatiques des Conciles Œcuméniques (y compris les décisions des conciles locaux entérinées par le Concile Quinisexte, in Trullo) que les décisions du Concile de Constantinople de 879-880 qui devra être proclamé Huitième Concile Œcuménique par le Concile Œcuménique à venir qui ainsi sera lui-même le Neuvième. Celui-ci devrait placer au même rang que ces décisions celles des conciles de Constantinople des années 1341-1351 sur l'essence divine et ses énergies, sur le caractère incréé de la grâce et la vision de la lumière divine. C'est la Confession de Foi de saint Grégoire Palamas présentée au concile de 1351 qui a une importance toute particulière parmi les documents théologiques dont se servirent ces conciles : elle exprime, en effet, la foi de l'Eglise d'une façon brève, claire, exacte et profonde non seulement dans les questions étudiées spécialement par ce concile, mais dans toutes les questions théologiques fondamentales, y compris celle de la procession de l'Esprit Saint. Le même caractère panecclésial doit être reconnu à la Confession de foi de saint Marc d'Ephèse au pseudo-concile de Ferrare-Florence, où la bouche de saint Marc fut celle de toute la Sainte Eglise, celle de l'Orthodoxie elle-même. On peut aussi y ajouter la décision du Concile constantinopolitain de 1156-1157 sur l'Eucharistie non seulement mémorial, mais sacrifice que le Christ, selon Son humanité, offre à la Sainte Trinité.
C'est à tout cela que se bornent à peu près les textes faisant autorité dans l'Eglise Orthodoxe. On ne saurait leur adjoindre le Symbole dit des Apôtres puisqu'il a une origine locale, occidentale, et fut ignoré des Conciles Œcuméniques, insuffisant quant à son contenu. On ne saurait non plus attribuer une autorité au Symbole de saint Grégoire de Néocésarée qui est un monument historique important, certes, mais purement individuel et non ecclésiastique. Le Symbole de Nicée-Constantinople dépasse tous ces symboles par sa forme et son contenu et aucun autre symbole ne doit contester son caractère unique dans l'Eglise. Le Symbole pseudo-athanasien pourrait encore moins être considéré comme un texte symbolique revêtu d'autorité, inconnu qu'il était à l'Eglise ancienne, reflétant une triadologie augustinienne et contenant dans son original latin (quoique peut-être pas depuis le début) la doctrine de la procession du Saint Esprit a Patre et Filio. Il devrait être exclu des livres ecclésiastiques.
Les Confessions de foi et les décisions dogmatiques des conciles locaux, les messages patriarcaux et les professions des personnalités ecclésiastiques, depuis le XVe siècle et jusqu'à nos jours, ne peuvent être considérés comme des documents symboliques obligatoires revêtus d'autorité et placés au même rang que les décisions des Conciles Œcuméniques, puisque, du fait même de leur origine, ils ne sont pas revêtus d'un caractère ecclésial général, que le niveau de la pensée théologique y est généralement peu élevé, qu'ils se détachent souvent de la Tradition patristique et liturgique et qu'ils sont marqués par l'influence de la théologie catholique-romaine dans leur forme et parfois même dans leur sens. Ils n'ont d'importance qu'en tant que témoignages historiques de la conscience ecclésiastique et théologique et de sa constance dans l'essentiel tout au long de l'histoire de l'Eglise. C'est à ce point de vue qu'ils méritent d'être respectés et étudiés. Ceci d'autant plus que dans l'essentiel ils furent toujours fidèles à la foi orthodoxe, la même s'ils revêtaient maladroitement de vêtements hétérodoxes. C'est pourquoi leur autorité est secondaire et auxiliaire selon les termes du programme du Préconcile.Ce qui vient d'être dit s'applique tout particulièrement aux deux monuments symboliques du XVIIe siècle qui acquirent une grande renommée dans l'Eglise orthodoxe russe : la Confession de Pierre Moghila et la Confession de foi du patriarche Dosithée (ce qu'on appelle le Message des quatre patriarches). La Confession de foi de Mitrophane Critopoulos leur est supérieure au point de vue niveau théologique, quoiqu'elle ne soit pas un document conciliaire et qu'elle ait ses défauts. Le troisième « livre symbolique » de certains théologiens russes, le Catéchisme de Philarète, leurs est supérieur également. Toutefois, même avec ses très nombreuses qualités il n'est pas sans défauts non plus et d'ailleurs, les conditions historiques ont voulu qu'il ne soit connu que de la seule Eglise russe. Il n'y a pas de raisons suffisantes pour lui conférer l'autorité d'un texte symbolique obligatoire pour tous.
On peut ajouter aux monuments symboliques les décisions du Grand Concile de Moscou de 1666-1667, prises avec la participation des patriarches Païsios d'Alexandrie et Macaire d'Antioche, sur l'impossibilité de représenter Dieu le Père sur les icônes, etc..., ainsi que la décision du concile constantinopolitain de 1872 qui condamna le phylétisme en tant qu'hérésie contre l'unité de l'Eglise.
 Nous ne parlons de l'un et l'autre de ces conciles que pour leur partie dogmatique, indépendamment de la condamnation des « vieux-ritualistes » et des Bulgares, condamnations qui n'avaient qu'une importance historique. Il y a aussi toute une série de monuments ecclésiastiques tels que les Confessions de foi épiscopales faites au moment de la chirotonie, les formules de renoncements aux fausses doctrines et les confessions de foi lors de la réception dans l'Orthodoxie des hérétiques et des hétérodoxes. Toutes ces formules et confessions ont souvent subi des changements dans l'histoire de l'Eglise et il n'existe pas d'unité de pratique parmi les églises locales, ce qui crée également des difficultés. Toutes ces questions exigent d'être étudiées avec attention. Au Concile Œcuménique à venir l'Eglise fera une appréciation équitable de toutes ces décisions et confessions; elle adoptera ou rejettera ce qu'il faudra et se prononcera sur leur autorité ecclésiastique.
 Cependant, en tant que monuments historiques de la tradition ecclésiastique et de la pensée théologique, ils ont, de nos jours également, leur prix et leur importance.
Π ne faut pas oublier que la doctrine orthodoxe ne s'exprime pas seulement dans des documents officiels, des symboles de foi, des confessions et des décisions conciliaires ; elle s'exprime aussi dans l'office ecclésiastique, avant tout dans la Divine Liturgie, puis dans les hymnes ecclésiastiques liturgiques. On peut dire, sans exagérer, que l'anaphore des Liturgies de saint Basile le Grand et de saint Jean Chrysostome ne le cède en rien, quant à l'autorité théologique et dogmatique aux décisions dogmatiques des Conciles Œcuméniques. Ceci s'applique tout particulièrement à l'anaphore de saint Basile le Grand où tout l'essentiel de la doctrine chrétienne - la création, la chute, l'incarnation, la résurrection, le salut, les destinées finales de l'homme - est exprimé de façon si complète, si profonde, si incisive. D'ailleurs, la théologie trinitaire y est manifestée avec la même force. Or, toute cette théologie est un fruit et une expression de la prière eucharistique catholique, source et racine de notre foi. Les hymnes liturgiques choisis par l'Eglise dans les écrits des Saints Pères, sont aussi un fruit et une expression dé la prière de l'Eglise tout entière, monuments de la foi de grand prix. On peut dire qu'ils reflètent la doctrine orthodoxe bien plus authentiquement et profondément que les confessions de foi scolastiques du XVIIe siècle.
Il faut toujours garder présent à notre conscience le fait que notre foi est exprimée, commentée et formulée dans l'ensemble des œuvres des Saints Pères. Ce n'est qu'en nous appuyant sur leurs œuvres que nous pouvons comprendre dans leur vraie lumière les décisions des Conciles Œcuméniques qui en découlent et qui s'expliquent par elles. Certes, l'Eglise n'a jamais dogmatisé les œuvres des Saints Pères, ni suivi leurs opinions théologiques particulières, ni limité à eux le développement de la pensée théologique. Néanmoins, les Conciles Œcuméniques commençaient leurs décisions dogmatiques par les mots : « Suivant les Saints Pères » ; par là, ils exprimaient leur conviction que la fidélité à l'esprit des Saints Pères est le signe distinctif essentiel de la théologie orthodoxe. 
C'est à la lumière de la tradition patristique, dans la fidélité non à sa lettre, mais à son esprit que nous devons juger tous les documents et textes symboliques de l'époque après les Conciles Œcuméniques et définir le degré de leur autorité. Mais il est évident qu'aucun critère absolu n'est ici possible, ni d'ailleurs nécessaire.

Archevêque de Bruxelles et de Belgique BASILE (Krivochéine)

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