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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 08:54

 

HOMÉLIE XXXIEFFORCEZ-VOUS D'AVOIR LA PAIX AVEC TOUT LE MONDE, COMME AUSSI LA SAINTETÉ, SANS LAQUELLE PERSONNE NE VERRA DIEU. (CHAP. XII, 14-17.)

 

Analyse.

 

1-3. L'amour du prochain, vrai caractère du christianisme. — Jésus-Christ est mort pour tous et polir chacun de nous. — Le péché est une véritable amertume, sans compensation ni douceur. — La gourmandise d'Esaü lui fait sacrifier son droit d'aînesse : tout esclave du ventre- l'imite et s'avilit. — L'inutile pénitence d'Esaü doit faire trembler les justes, mais ne doit pas décourager les pécheurs. — Double langage de l'apôtre à ce sujet.

3 et 4. Vraie et fausse pénitence, prouvée par la conduite subséquente de saint Pierre et de David, d'une part ; et de Judas, d'Esaü, de Cam, d'autre part. — La vraie pénitence se reconnaît aussi dans le souvenir continuel du péché qu'on a une fois commis - La pénitence se prouve par la confession à Dieu et au juge. — Par le souvenir et l'aveu de nos péchés, nous obtenons l'oubli et l'amnistie de Dieu, qui, autrement, manifestera publiquement nos fautes. — Tableau saisissant de cette manifestation solennelle du jugement dernier.

 

1. Le vrai christianisme se reconnaît à plusieurs caractères; mais plus que tout autre, mieux qu'aucun, la paix entre nous, l'amour réciproque le révèle évidemment. Aussi Jésus-Christ a-t-il dit : « Je vous donne ma paix » ; et encore : «Tout le monde reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres ». (Jean, XIV, 27 ; XIII, 35.) C'est là ce qui fait dire à saint Paul : « Efforcez-vous d'avoir la paix avec tout le monde, et la sainteté », c'est-à-dire l'honnêteté, « sans laquelle personne ne verra Dieu ».

« Veillant à ce que personne ne manque à la grâce de Dieu (15) ». Pareils aux voyageurs qui cheminent en grande caravane pour une route très-longue, veillez, dit-il, à ce que personne ne reste en arrière. Je ne vous demande pas seulement que vous marchiez vous-même, mais encore que vous ayez l'oeil sur les autres pour qu'aucun ne manque à la grâce de Dieu. Il appelle grâce de Dieu les biens à venir, la foi à l'Évangile, la vie chrétienne et parfaite : car tout cela est un don de la divine grâce. Et ne me dites pas, continue-t-il, qu'après tout c'est un seul homme qui périt : pour ce seul homme même, Jésus-Christ est mort; et vous ne tiendriez pas compte de celui qui a coûté la vie à votre Sauveur? « Veillant », c'est le mot de l'apôtre; entendez : examinant avec scrupule, considérant, cherchant à savoir, comme on aime à s'enquérir des santés faibles, et vous observant en tout et toujours « de peur que quelque racine amère poussant en haut ses rejetons, n'empêche » la bonne semence. C'est une citation du Deutéronome (XXIX, 18), empruntée d'ailleurs par métaphore au règne végétal. Gardez-vous, dit-il, de toute racine d'amertume, dans le même sens qu'il écrit ailleurs : « Un peu de levain aigrit toute la pâte ». (I Cor. V, 6.) Je ne réprouve pas seulement le péché même, mais aussi la ruine spirituelle qui en dérive. Ainsi, supposé qu'il se montre semblable racine, ne permettez pas qu'elle pousse un seul rejeton; tranchez au vif, pour l'empêcher de produire ses fruits, et d'infecter, de souiller le prochain.

« Gardez donc », dit-il, « qu'aucune racine d'amertume poussant en haut ses rejetons, n'empêche » la bonne semence, « et ne souille » l'âme de « plusieurs ». Qu'il a raison d'appeler le péché une amertume ! Rien de plus amer, en effet, que le péché. Ils le savent ceux qui, après l'avoir commis, sèchent et se consument cle remords, et ressentent une amertume affreuse, si affreuse même qu'elle pervertit en eux le jugement et l'intelligence. Car c'est la nature de l'amertume de vous ôter tout autre sentiment. Racine d'amertume est une expression aussi très-exacte : il ne dit pas, en effet, racine amère, mais d'amertume. En effet, il se peut qu'une racine amère porte des fruits suaves, tandis que jamais on n'en recueillera sur une racine d'amertume, sur ce qui est le principe, la base même de l'amertume. Ici, tout est nécessairement amer, sans douceur aucune; tout porte avec soi une sensation désagréable et repoussante, tout est odieux et abominable. — « Et ne souille l'âme de plusieurs », c'est-à-dire, prévenez le mal, retranchez de votre société les gens sans pudeur.

« Qu'il ne se trouve aucun fornicateur, ou aucun profane, comme Esaü, qui vendit son droit d'aînesse pour un seul repas (46) ». Esaü fut-il donc jamais fornicateur? Il ne le fut pas positivement; cette expression est placée ici par opposition à ce mot précédent : « Tendez à la sainteté ». Quant à la qualification de profane, elle semble bien atteindre Esaü. Que nul donc ne soit, comme lui, un profane, c'est-à-dire un esclave du ventre et de l'appétit, un être charnel, capable de vendre les biens spirituels, « puisqu'il vendit», en effet, « son droit d'aînesse pour un seul repas » ; sacrifiant ainsi bassement cet honneur qu'il tenait de Dieu, et livrant en échange d'un plaisir misérable l'honneur et la gloire la plus insigne.

Pareille honte doit peser sur tous les hommes qui sont ainsi abominables, ainsi grossiers et impurs. Le débauché n'est donc pas le seul impur au monde ; l'être glouton et esclave du ventre ne l'est pas moins. Lui aussi subit l'esclavage de sa passion; lui aussi, pour y satisfaire, s'assujettit à l'avarice, au vol, à mille actions basses et (584) déshonorantes; abaissé sous la tyrannie de ce vice, souvent il blasphème, et ne tient aucun compte de son droit d'aînesse, puisque tout entier à son bonheur charnel, il sacrifie jusqu'à ce .droit sublime.

Concluez que le droit d'aînesse nous appartient, et non plus aux Juifs. Cette comparaison, d'ailleurs, se rapporte, dans la pensée de l'apôtre, à l'épreuve qu'ont subie ces chers Hébreux. Il leur fait entendre que le premier est devenu le dernier, et que le second a gagné le premier rang. L'un est monté par sa fermeté et sa patience : l'autre est descendu par sa lâche sensualité.

2. « Car sachez que désirant, mais trop tard, son héritage de bénédiction, il fut réprouvé. Il ne trouva pas, en effet, lieu au repentir, bien qu'ayant demandé avec larmes à être bénit (17) ». Que signifie ce texte ? Faut-il y voir la pénitente même réprouvée ? Non, sans doute. Mais alors, comment Esaü ne trouva-t-il point place au repentir ? Comment cette place ne s'est-elle point trouvée pour lui, s'il s'est condamné lui-même, s'il a poussé d'amers sanglots ? C'est que toutes ces démonstrations n'étaient point la pénitence, pas plus que ne le fut cette douleur de Caïn, évidemment démentie par son fratricide ; ainsi les cris d'Esaü n'étaient pas ceux du repentir, comme ses idées de meurtre en donnèrent la preuve. Lui aussi, dans son coeur du moins, fut l'assassin de Jacob. « Le temps de la mort de mon père viendra », disait-il, « et je tuerai mon frère Jacob ». (Gen. XXVII, 14.) Ses larmes ne purent donc pas lui donner un vrai repentir. L'apôtre ne dit pas absolument qu'il n'obtint rien par sa pénitence, mais qu'avec ses larmes mêmes, il ne trouva point place à la pénitence. Pourquoi ? C'est qu'il ne fit pas pénitence selon les conditions essentielles à un vrai repentir. La pénitence est là tout entière, en effet; il ne s'est point repenti comme il l'aurait fallu. Les paroles de l'apôtre ne peuvent autrement s'expliquer. En effet, (si la pénitence est inutile), pourquoi exhorter à la conversion les Hébreux attiédis ? Comment les réveiller, dès qu'ils étaient devenus chancelants, languissants, découragés ? Car tous ces symptômes annonçaient une. chute commencée.

L'apôtre me paraît faire allusion ici à certains fornicateurs qui auraient existé parmi les Hébreux, bien que pour le moment il ne veuille pas les désigner et les reprendre; il feint même de ne rien savoir, afin qu'eux-mêmes se corrigent. Car il faut d'abord feindre d'ignorer le mal, et n'apporter la réprimande que plus tard et s'ils y persévèrent, de façon à ne pas leur ôter la pudeur du crime. C'est la conduite que tint Moise à l'égard de Zambri et de Chasbitis.

« Il ne trouva point place à la pénitence » ; il ne trouva pas la pénitence. Est-ce parce qu'il commit de ces péchés qui sont trop énormes pour qu'on on fasse pénitence? Est-ce plutôt parce qu'il ne fit pas une digne pénitence ? Il est donc , en effet, quelques péchés trop grands pour qu'un en puisse faire pénitence. C'est ce que l'apôtre dit ailleurs: Ne tombons point par une chute incurable. Tant que notre malheur se borne à une marche boiteuse, le boiteux facilement se redresse mais si nous sommes renversés complètement, quelle ressource nous est laissée? — Ainsi parle l'apôtre avec ceux qui ne sont pas encore tombés; il les épouvante avant la chute, et affirme que celui qui est tombé n'a plus de consolation à attendre. Mais à ceux qui sont tombés toutefois, il tient un langage tout contraire, de peur qu'ils ne se précipitent dans le désespoir : « Mes chers petits enfants », leur crie-t-il, « vous que j'enfante de nouveau avec douleur, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous ! » Et ailleurs: « Vous qui cherchez votre justification dans la loi (de Moïse), vous êtes déchus de la grâce ». (Gal. IV, 19; V 4:) Voilà qu'il atteste leur entière déchéance. — C’est qu'en effet le fidèle qui est debout, dès qu'il entend proclamer que le pardon est impossible à celui qui tombe, devient plus ardent au bien, plus ferme, plus stable dans sa résolution. Mais si vous tenez un langage aussi énergique à l'égard de l'homme tombé, jamais il ne se relèvera. Que peut-il espérer, en se convertissant?

« Esaü », ajoute l'apôtre, « non-seulement pleura, mais il chercha la pénitence ». Ainsi la pénitence n'est pas réprouvée dans le texte où il dit qu'il n'a pas trouvé place au repentir. II veut seulement les prémunir, les rendre fermes et stables, pour qu'ils ne tombent jamais. Maintenant, que ceux qui ne croient pas à l'enfer, se souviennent de ce trait; que ceux qui n'ont pas foi à la punition du péché, réfléchissent ici et se demandent pourquoi Esaü n'obtint pas son pardon? C'est qu'il ne fit point pénitence comme il l'aurait fallu.

3. Voulez-vous un exemple de pénitence parfaite ? Ecoutez celle de Pierre après son reniement. L'évangéliste nous raconte sa conduite par un seul trait : « Il sortit,», dit-il, « et pleura amères ment ». Un péché aussi énorme lui fut donc remis, parce qu'il fit pénitence comme il le devait. Et pourtant le sacrifice sanglant n'avait pas encore été offert ; la victime n'avait pas encore été immolée ; le péché n'avait pas encore été détruit, et continuait à exercer son règne et sa tyrannie. Mais il faut que vous sachiez que ce reniement fut l'effet moins de sa lâcheté que de l'abandon de Dieu, qui voulut le dresser à connaître la juste mesure des forces humaines, à ne jamais résister aux paroles que lui adressait son maître, à ne jamais s'élever au-dessus des autres; à savoir que sans Dieu nous ne pouvons rien faire, et « Que si le Seigneur ne bâtit point la maison, en vain travaillent ceux qui la construisent ». (Ps. CXXVI,1.) Ecoutez donc comment Jésus-Christ l'avertit spécialement ,l'admoneste      nommément et seul

« Simon, Simon, Satan a demandé de te cribler, comme on crible le froment; mais moi j'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille point (1) ». (Luc, XXII, 31, 32.) Car, comme très-probablement Pierre se complaisait en lui-même et s'élevait en

 

1 En lisant ce passage tout entier, on en tirera la conclusion toute contraire à celle qu'y a cherchée le Jansénisme. On dira, avec saint. Augustin, parlant du Dieu juste et bon : Non deseritnïsi deseratur. Et la prière spéciale de Jésus-Christ pour Simon prouvera encore que  cet abandon de Dieu n'est certes point un refus de la grâce.

 

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son coeur, parce qu'il avait la conscience d'avoir plus que ses frères l'amour pour Jésus-Christ; pour cette raison, Dieu permet qu'il pèche et renie son Maître. Mais aussi, pour ce fait, il pleure amèrement; et la conduite qu'il tient ensuite, se conforme à ses pleurs amers. Car que n'a-t-il pas fait en ce sens? Il s'est jeté dans des périls sans nombre, et a donné mille preuves de sa force d'âme et de la solidité de son courage.

Judas aussi a fait pénitence, mais d'une façon déplorable, puisqu'il a fini par une strangulation volontaire. Esaü aussi a fait pénitence, comme je l'ai dit; ou plutôt il n'a point fait pénitence, puisqu'il a versé des larmes d'orgueil et de fureur plutôt que de repentir, comme sa conduite subséquente l'a trop prouvé. Le bienheureux David a fait pénitence, et ses paroles nous le déclarent : « Je laverai chaque nuit mon lit de mes pleurs; j'arroserai ma couche de mes larmes » (Ps. VI, 7) et le péché ancien qu'il avait une seule fois commis, il le pleurait après tant d'années, après tant de générations, comme si son malheur avait été d'hier.

C'est qu'en effet le vrai pénitent ne doit point se livrer à la colère, à la fureur, mais garder l'attitude brisée d'un condamné de la veille, qui n'a plus le droit d'ouvrir la bouche, dont la sentence est prononcée, que la miséricorde seule peut sauver encore, qui reconnaît son ingratitude publique envers le souverain bienfaiteur, et s'avoue enfin un réprouvé digne de tous les supplices imaginables. Rempli de ces pensées, il n'éprouvera ni colère, ni indignation ; mais il s'épanchera en pleurs, en gémissements, en sanglots et le jour et la nuit.

Le vrai pénitent, encore, ne devra jamais oublier son péché, mais prier Dieu de vouloir bien ne plus se souvenir de cette faute, dont il gardera, lui, toujours la mémoire. Ici, en effet, si nous nous souvenons, Dieu oubliera; sachons, oui, nous accuser franchement et nous punir sévère.. ment, et nous apaiserons notre Juge. Le péché que vous aurez confessé, déjà s'atténue; il s'aggrave au contraire, si vous n'en faites l'aveu.

Que le péché se double, en effet, d'ingratitude et d'effronterie, dès lors ses progrès sont irrésistibles car comment pourrait-on veiller à ne point faire de chute nouvelle, si l'on ignore même qu'on ait péché dans une première occasion? Ainsi, je vous en prie, gardons-nous de nier nos péchés; évitons pareille impudence , de peur de la payer à regret et bien chèrement un jour. Caïn entendit cette parole de Dieu : « Où est ton frère Abel ? » Il y répondit : « Je ne sais ; suis-je donc le gardien de mon frère ? » (Gen. IV, 9.) Voyez-vous comme il aggrava son crime? Ainsi n'avait pas agi son malheureux père, qui, interrogé par le Seigneur en ces termes : Adam, où es-tu ? avait répondu en tremblant : « J'ai entendu votre voix, et j'ai craint parce que je suis nu, et je me suis caché », (Gen. III, 9.)

C'est un grand bien que de se souvenir constamment de ses péchés; aucun remède n'est plus efficace contre une faute commise que d'en garder toujours la mémoire; et d'ailleurs, rien ne contribue davantage à vous arrêter sur le chemin du vice. La conscience ici regimbe, je le sais, et ne se laisse point ainsi flageller par le souvenir de ses misères : mais sachez dompter votre coeur et lui serrer le frein. Pareil au coursier sauvage, difficilement il se soumet ; il ne veut pas se persuader qu'il ait péché : et dans cette répugnance, évidemment on reconnaît l'oeuvre de Satan. Mais nous, convainquons-le de ses crimes, pour le décider aussi à faire pénitence, et pour le sauver du supplice par l'acceptation de ce remède salutaire.

Comment espérez-vous, dites-moi, mériter le pardon de vos péchés, si vous ne les avez pas encore confessés? Certes, par son état même, le pécheur est trop digne de pitié et de miséricorde. Mais, si vous n'avez pas même l'intime persuasion que vous ayez péché, comment croiriez-vous devoir implorer miséricorde, , lorsque jusque dans vos crimes, vous gardez l'impudence? Persuadons-nous bien que nous avons péché. Ne le disons pas de bouche seulement, mais de coeur et de conviction. Non contents même de nous avouer pécheurs, examinons nos fautes en détail, déclarons - les toutes et chacune spécialement. Je ne vous dis pas de vous affliger en les déclarant, ni de vous accuser en face de vos frères mais simplement d'obéir à cette parole du Prophète : « Déclarez à Dieu toutes vos voies ». (Ps. XXXVI, 5.) Confessez donc vos péchés à Dieu; confessez vos péchés au Juge, avec une prière, sinon des lèvres, au moins du souvenir, et implorez ainsi sa miséricorde.

Si vous gardez ainsi constamment la mémoire de vos péchés, jamais vous n'aurez de haine contre le prochain, jamais vous ne conserverez le ressentiment des injures. Je ne dis pas seulement Si vous avez l'intime persuasion que vous êtes un pécheur; cette pensée ne vous donne pas, à beaucoup près, l'humilité et le mépris de vous-même , autant que le fera un examen personnel et spécial de chacune de vos fautes. Grâce à ce perpétuel souvenir de vos misères, vous ne haïrez plus, vous ne garderez point rancune, vous n'aurez ni colère, ni expressions de malédictions ; vous ne serez plus orgueilleux ; vous n'éprouverez plus de rechutes dans les mêmes fautes; vous serez plus ardent au bien.

4. Voyez-vous combien d'avantages découlent de ce souvenir de nos péchés ? Gravons-les donc dans nos coeurs. Notre âme, je le sais, ne soutire pas volontiers un souvenir si amer; mais contraignons-la de l'accepter; faisons-lui en cela violence. Mieux vaut pour elle éprouver maintenant le remords inséparable de cette pensée, que de subir leï' châtiment réservé au dernier des jours. Oui, si vous en avez mémoire, aujourd'hui, et si vous les offrez constamment à Dieu avec une prière persévérante pour en être délivrés, vous les aurez bientôt détruits. Mais si vous les oubliez maintenant, alors et malgré vous, il faudra vous en souvenir, quand ils seront déclarés publiquement, quand ils seront produits solennellement à la face du monde entier, dés amis comme des ennemis, en présence même des anges. Car ce n'est pas à David seulement que l'Esprit-Saint a dit : « Ce (586) que tu as fait en secret, moi je le manifesterai à tous ». (II Rois,XII, 12.) Dieu, ici, nous parlait à tous et à chacun. Tu as craint les hommes, nous dira-t-il, et tu les a respectés plus que Dieu même; sans souci du Dieu qui te voyait, tu as rougi seulement des regards humains. Car ces yeux des hommes, ajoute-t-il, c'était la crainte des hommes. Aussi, et pour ce sentiment même, tu seras puni; je serai ton accusateur, je mettrai tes crimes sous les yeux du monde entier.

Que telle soit la vérité, qu'en ce grand jour nos péchés doivent être produits aux regards de tous comme sur un théâtre, à moins que dès maintenant nous ne les effacions par un souvenir persévérant; vous le comprendrez, rien qu'à savoir comment sera solennellement accusée la cruauté, l'inhumanité de ceux qui n'auront pas eu pitié de leurs frères. « J'ai eu faim », dit Jésus-Christ, « et vous ne m'avez pas donné à manger». (Matth. XXV, 42.) Quand est-ce que retentiront ces paroles ? Est-ce dans quelque recoin obscur? Est-ce en secret ? Non, non ! Quand sera-ce donc? C'est à l'époque où le Fils de l'homme viendra dans toute sa gloire, quand il aura rassemblé devant lui toutes les nations, quand il aura séparé ceux-ci d'avec ceux-là, c'est alors que, devant le monde comme témoin, il prononcera, et qu'il placera les uns à sa droite et les autres à sa gauche, d'après l'arrêt. « J'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire ».

Voyez encore comme, en présence de tous, il prononce contre les vierges folles : « Je ne vous « connais pas ». Car ce partage de cinq vis-à-vis de cinq autres ne doit pas être pris à la lettre de ce chiffre; il désigne encore les vierges méchantes, cruelles, inhumaines, toutes celles enfin de semblable catégorie. Ainsi encore, en face de tout le monde, et spécialement en présence de ses deux compagnons qui avaient reçu, celui-ci deux talents, celui-là jusqu'à cinq, l'enfouisseur de son talent unique s'entend appeler : « Serviteur mauvais et paresseux » (Matth. XXV, 26); et le maître fait connaître ces dépositaires, non-seulement par les paroles qu'il leur adresse, mais par le traitement qu'il leur inflige. Dans le même sens, l'évangéliste a écrit: « Ils verront celui qu'ils ont percé ». (Jean, XIX, 37.) Car à la même heure tous, justes et pécheurs, ressusciteront; à la même heure aussi Jésus-Christ se montrera pour les juger.

Pensez donc à ce que deviendront alors ceux sur qui pèsera la honte, la douleur; ceux qui se verront traînés en enfer, au moment où les autres recevront la couronne. « Venez », dit-il aux uns, venez, les bénis de mon père; possédez le « royaume qui vous a été préparé depuis la création du monde ». Et aux autres, au contraire « Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu qui a été préparé pour le démon et pour ses anges . (Matth. XXV, 34-41.)

Non contents d'entendre ces arrêts, plaçons sous nos yeux ce tableau, figurons-nous que le rt juge est là, qu'il prononce la sentence, qu'il nous envoie à ce redoutable feu. Quels seront alors nos sentiments? Quelle sera notre consolation? Que nous dira cette séparation effrayante? Que répondrons-nous quand on nous accusera de rapine et de vol? Quelle excuse pourrons-nous apporter? Quelle apologie honnête présenter? Aucune. Mais fatalement il faudra nous voir enchaînés, le front courbé de honte, traînés à la bouche de ces fournaises ardentes, à ce fleuve de feu, à ces ténèbres, à ce supplice éternel, sans pouvoir invoquer personne pour nous délivrer. Car « on ne peut », est-il écrit, « on ne peut passer d'ici là » ; entre nous et les élus, l'abîme est immense (Luc, XVI, 26) ; le voulussent-ils, il ne leur serait pas permis de le franchir ni de nous tendre la main; il faut de toute nécessité souffrir à tout jamais, sans que personne vous soit en aide, fût-il votre père, votre mère, quel qu'il soit enfin, quand même il jouirait d'un grand crédit auprès de Dieu.

« Car le frère »; dit le Prophète,  « ne rachète point son frère : un homme en rachèterait-il un autre? » (Ps. XLVIII, 8.)

Puis donc qu'il ne nous est permis d'attendre notre salut de personne, si ce n'est de nous-mêmes, aidés toutefois d'abord de la bonté et de l'a miséricorde de Dieu, je vous en prie, faisons tout au monde pour que notre vie soit pure et parfaitement réglée, exempte surtout d'une première tache; sinon, après une première tache même, ne nous endormons point; et plutôt, persévérons dans la pénitence, les larmes, les prières, l'aumône, pour effacer nos souillures.

Mais que ferai-je, dira quelqu'un, si je n'ai pas de quoi donner l'aumône ? — Si pauvre que vous soyez, vous avez bien sans doute un verre d'eau froide; vous avez bien deux oboles; vous avez deux pieds pour visiter les malades et pénétrer dans les prisons; vous avez un toit pour recevoir les étrangers. Car il n'y a pas, non, il n'y a pas de pardon pour qui ne fait point l'aumône, pour qui ne sait pas user de miséricorde. Nous vous le répétons constamment, afin que nos constantes redites produisent enfin quelque mince effet. Nous tenons ce langage moins dans l'intérêt de ceux à qui vous .ferez du bien, que pour votre avantage à vous-mêmes ; vous ne leur donnez que des biens présents, tandis que vous recevez les biens célestes. Puissions-nous les acquérir, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec lequel appartiennent au Père, dans l'unité du Saint-Esprit, la gloire, l'honneur, etc.

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