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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 05:25
SIXIÈME HOMÉLIE.

 

ANALYSE. Les magistrats détournent du crime par la crainte qu'ils inspirent. — L'Eglise console ceux que les magistrats ont effrayés. — Divers motifs de consolation proposés aux habitants d'Antioche : Les angoisses passées et présentes suffiront à la clémence divine. — Dieu leur a donné des marques de sa protection : obstacles qui ont retardé les messagers. — Clémence de l'empereur à l'occasion de la fête de Pâques. — Il ne faut pas craindre la mort; il faut craindre le péché : Lazare et le mauvais riche. — Les trois enfants dans la fournaise ardente. — Exhortation à ne plus jurer.

 

1. Nous avons déjà consacré bien des jours à ranimer votre courage. Nous continuons à le faire; et tant que cette blessure de la tristesse ne sera point fermée, j'y appliquerai le remède de la consolation. Si en effet les médecins traitent les plaies du corps jusqu'à ce que toute douleur ait cessé, ne doit-on pas en agir de même à l'égard des maux de l'âme? La plaie de vos âmes, c'est la tristesse, et il faut y verser sans cesse l'eau bienfaisante des douces paroles. Oui, elles apaisent les mouvements de l'âme, mieux qu'une eau tiède n'adoucit les tumeurs de la chair. Les médecins ont besoin d'une éponge, nous c'est avec la langue que nous appliquons le remède: nous n'avons pas besoin de feu , comme les médecins, pour échauffer l'eau; c'est la grâce de l'Esprit-Saint qui échauffe nos discours. Aujourd'hui encore nous chercherons à vous consoler. Si nous ne le faisions, où trouveriez-vous du soulagement à vos maux? Les juges épouvantent; donc les prêtres doivent consoler: les magistrats menacent ; donc l'Eglise doit rassurer les âmes.

Voyez comment on secondait envers les enfants : Le maître les effraye, les frappe, les renvoie tout en pleurs à leurs mères; les mères les prennent sur leur sein, les embrassent, essuient leurs larmes, les couvrent de baisers, calment leur chagrin, et leur font sentir tout ce qu'il y a d'utile pour eux dans cette sévérité de leurs maîtres. Les magistrats vous ont effrayés, vous ont plongés dans l'inquiétude; l'Eglise, notre mère commune, vous ouvre son sein, vous reçoit dans ses bras, vous donne chaque jour des consolations, et je le répète, cette terreur et ces consolations vous offrent de grands avantages.

La crainte qu'inspirent les magistrats ne permet point à la mollesse de nous anéantir; les consolations que nous donne l'Eglise nous empêchent de succomber sous les coups de la tristesse; et c'est ainsi que Dieu prend soin de notre salut. C'est lui, c'est lui-même qui arme les magistrats pour effrayer ceux qui vivent dans le relâchement; c'est lui qui choisit les prêtres pour consoler ceux qu'afflige la douleur. Et n'est-ce pas ce qu'enseignent l'Ecriture (12) et l'expérience? Si malgré les magistrats, malgré ces soldats toujours en armes, la fureur de quelques étrangers sans aveu a pu dans un instant allumer un tel incendie, soulever une pareille tempête, et nous faire craindre à tous un horrible naufrage, jusqu'où se serait portée leur folie, si la crainte des magistrats ne les avait retenus? N'auraient-ils pas détruit cette ville de fond en comble, et après avoir tout renversé, n'en seraient-ils pas venus à nous donner la mort-? Faites disparaître les tribunaux, et du même coup vous ferez disparaître l'ordre du milieu de la société. Enlever le pilote au navire, c'est submerger Ire navire ; enlever le général à son armée, c'est livrer pieds et poings liés les soldats à l'ennemi. De même, si l'on supprime les magistrats dans une cité, il y aura moins de règle dans notre vie que dans celle des animaux. On s'attaquera, on se dévorera; le riche se précipitera sur le pauvre, le fort sur le faible, l'audacieux sur le pacifique. De nos jours, par la grâce du Seigneur, nous ne voyons rien de semblable Ceux qui vivent dans la piété n'ont pas besoin d'être repris par les magistrats. La loi n'a pas été faite pour le juste, dit l'Ecriture. ( I Tim. I, 9. ) Mais que d'hommes, ne songeant qu'à faire le mal, rempliraient les villes de désordres, s'ils n'étaient retenus par la crainte; et c'est ce que saint Paul avait en vue, quand il disait : Toute puissance vient de Dieu; et les pouvoirs qui existent, c'est Dieu qui les a établis. (Rom. XIII, 1.) Les magistrats sont pour les cités ce que sont les pièces de bois pour un édifice : ôtez celles-ci, et les murailles aussitôt s'écroulent d'elles-mêmes. Ainsi, que dans le monde il n'y ait plus de magistrats pour inspirer la terreur, familles, cités, nations s'affaisseront au milieu de cette licence universelle, personne n'étant là pour les contenir, les repousser, et les contraindre par la terreur à demeurer en repos.

Ne nous plaignons donc pas, mes chers auditeurs, de la crainte qu'inspirent les magistrats; mais remercions Dieu d'avoir secoué lui-même notre torpeur et réveillé notre zèle. Quel mal nous a fait; je vous le demande, ce souci, cette inquiétude? Il nous a rendus plus sérieux et plus doux, plus empressés et plus attentifs; nous ne voyons plus personne s'enivrer, nous n'entendons plus de chansons déshonnêtes; ce sont des supplications continuelles , des larmes, des prières; plus de ces rires intempestifs, de ces paroles honteuses, de ces désordres scandaleux : Notre cité maintenant ressemble à une femme de haut rang, toujours modeste et réservée. Est-ce donc là ce dont vous vous plaignez? je vous le demande. Ah ! réjouissez-vous plutôt, et remerciez Dieu qui a fait disparaître en si peu de jours, grâce à cette terreur, une mollesse si déplorable. Je ne le nie point, dites-vous; si cette crainte n'est suivie d'aucun autre mal, oui, elle nous a été fort avantageuse; mais aujourd'hui nous tremblons que ces menaces n'aient leur effet; notre vie même est en danger. Non, ne craignez point; écoutez les consolantes paroles que vous adresse l'Apôtre : Dieu est fidèle, et il ne permettra point que vous soyez tentés au delà de vos forces; mais dans la tentation il vous viendra en aide pour que vous puissiez la soutenir. N'a-t-il pas dit lui-même : Je ne vous laisserai pas, je ne vous abandonnerai pas ? (II Cor. X, 18; Héb. XIII, 5; Deut. XXVI, 6; Jos. I, 5.)

S'il eût voulu, pour nous châtier, faire tomber sur nous les maux dont on nous a menacés , il ne nous eût point laissés si longtemps plongés dans la crainte; il n'a point voulu punir, c'est pourquoi il effraye; s'il eût voulu punir, la crainte et les menaces seraient superflues. Voilà que nous avons supporté une vie plus pénible mille fois que la mort elle-même; il y a si longtemps que nous tremblons, il y a si longtemps que les ombres mêmes nous effrayent , que nous endurons le supplice de Caïn, que de continuelles angoisses nous réveillent en sursaut ! Eussions-nous irrité Dieu lui-même, que de tels supplices auraient suffi pour l'apaiser. Oui, si le châtiment n'est pas encore proportionné à l'offense, du moins il suffit à la clémence du Seigneur.

2. Ce n'est pas le seul motif que nous ayons d'espérer, il y en a beaucoup d'autres encore. Maintes fois Dieu nous a donné des gages de sa protection bien propres à raffermir notre espérance. Et d'abord les messagers de cette triste nouvelle, qui à leur départ semblaient avoir des ailes et qui se flattaient d'arriver si vite au camp, sont à peine au milieu de leur voyage; mille obstacles sont venus entraver leur course ; ils ont laissé leurs chevaux et ont pris des chars; ce qui doit encore retarder leur arrivée. Quand Dieu eut inspiré à notre père commun le dessein de quitter Antioche et d'intercéder pour nous auprès du prince, il les atteignit au milieu de leur route. Le Seigneur (13) ne permit point qu'ils le prévinssent, et qu'en enflammant le courroux de l'empereur, ils rendissent inutiles les excuses présentées par le pontife. N'est-il pas évident que Dieu lui-même a suscité ces obstacles? Ces hommes avaient passé toute leur vie à voyager, sans cesse ils étaient occupés à conduire des chevaux, et voilà que ces courses les accablent, les épuisent; il leur arrive tout le contraire de ce qui était arrivé au prophète Jonas. II ne voulait point partir, et Dieu le pressait; ceux-ci voudraient arriver, il s'y oppose.

O chose vraiment nouvelle et prodigieuse ! Jonas se refusait à annoncer la destruction de Ninive, et Dieu l'y contraint: eux couraient en toute hâte annoncer les ruines faites dans Antioche, et malgré eux il les arrête ! Pourquoi donc? C'est qu'ici tant de promptitude eût amené des malheurs; alors elle procurait de grands avantages. Aussi, une baleine hâta l'arrivée du prophète; ici les chevaux ont entravé les messagers. Voyez-vous la sagesse de Dieu? Le moyen qui dans leur pensée devait le mieux servir leurs desseins, se changea pour eux en obstacle. Le prophète croyait échapper en s'embarquant, et il se trouva comme enchaîné par ce navire; eux, ils espéraient, grâce à la vitesse de leurs chevaux, rejoindre promptement l'empereur; et c'est là précisément ce qui les retarde. Non, l'obstacle, ce ne sont point les chevaux, ce n'est point le navire; mais la Providence, de Dieu qui dispose toutes choses selon les vues de son ineffable sagesse. Et voyez avec quelle prudence cette divine Providence terrifie et console ! Le jour même où furent consommés ces forfaits, elle permet le départ de ces messagers, et elle nous effraye tous par la rapidité de leur course; mais ensuite, après nous avoir atterrés deux ou trois jours, au moment où nous regardions comme inutile la démarche de notre Pontife, qui devait arriver après eux, elle dissipe nos craintes et nous console, en les arrêtant à moitié chemin, comme je l'ai dit; nous apprenons bientôt les fatigues et les accidents de leur voyage, et nous commençons à respirer. Oui, nos angoisses ont en grande partie cessé, et à cette nouvelle, nous avons adoré Dieu, comme le plus tendre des pères. C'est ainsi qu'il a pris nos intérêts, retardant par une force invisible ces odieux messagers, et leur criant pour ainsi dire : Pourquoi vous hâter de la sorte? Pourquoi tant de précipitation pour amener la ruine d'une telle cité? Est-ce une bonne nouvelle que vous portez à l'empereur? Arrêtez-vous, jusqu'à ce que mon serviteur ait pu vous prévenir, comme un excellent médecin, et vous devancer dans sa course. Si au moment où le crime venait de faire la blessure, la Providence s'est montrée si favorable, notre sécurité n'augmentera-t-elle pas, maintenant que nous sommes convertis, que nous avons fait pénitence, que nous avons tremblé si longtemps? Il y avait lieu de presser Jonas pour qu'il exhortât les Ninivites à se repentir de leurs fautes. Mais vous nous avez déjà donné des signes de pénitence et de conversion : désormais il faut répandre la consolation dans vos coeurs, il n'est plus besoin de vous effrayer par de nouvelles menaces. Et c'est pourquoi Dieu a inspiré à notre commun père le dessein de se rendre auprès de l'empereur , malgré taxa d'obstacles qui s'opposaient à son départ; s'il n'eût voulu nous sauver , il ne lui eût point envoyé cette pensée; le pontife l'aurait-il eue de lui-même que Dieu l'eût empêché de la réaliser.

3. Un troisième motif d'espérer, c'est la solennité présente, que les infidèles eux-mêmes vénèrent, que notre pieux empereur a vénérée et honorée plus que tous ses prédécesseurs. N'a-t-il pas, en l'honneur de cette fête, envoyé naguère une lettre qui mettait en liberté presque tous les détenus? Le pontife lira cette lettre à l'empereur, il lui rappellera ses lois et lui dira : « Ecoute tes propres exhortations; souviens-toi de tes propres exemples; » c'est en toi-même que tu trouves un modèle de clémence. Tu n'as pas voulu faire mourir des coupables, et tu oserais mettre à mort des innocents? Par respect pour la solennité, tu rends la liberté à des condamnés , et malgré la solennité, tu vas condamner des hommes qui ne sont coupables d'aucun crime? Non, prince; il n'en sera pas ainsi. Dans cette lettre adressée à toutes les villes tu disais : « Que ne puis-je aussi ressusciter les morts ! » Ah ! c'est maintenant que cette clémence nous est nécessaire, que ces paroles peuvent s'accomplir. Il y a moins de gloire pour les rois à vaincre leurs ennemis, qu'à triompher de leur colère et de leur indignation. Une victoire sur l'ennemi, c'est l'oeuvre des armes et des soldats , mais quand on triomphe de soi-même, on en a tout le mérite; c'est une sagesse dont personne ne diminue l'honneur en le partageant. Tu as (14) vaincu les barbares, sache dompter une colère royale. Montre à tous les infidèles que la crainte de Jésus-Christ peut mettre un frein à la puissance même la plus auguste. Rends gloire à Dieu, ton Seigneur, pardonne à tes frères, afin qu'un jour il t'environne d'une gloire plus brillante, et qu'en souvenir de ta clémence, il abaisse sur toi au jour du jugement des regards pleins de douceur.

Voilà ce que dira notre pontife, et il salira trouver d'autres moyens encore pour vous arracher à la colère de l'empereur. Le jeûne que nous célébrons ne sera pas seulement pour nous un puissant auxiliaire auprès du prince; il nous aidera aussi à supporter nos maux avec une généreuse fermeté. Que de consolation en effet ne nous procure-t-il point ? Chaque jour nous nous rassemblons, nous entendons lire les saintes Ecritures, nous nous entretenons, nous nous lamentons ensemble , nous recevons des bénédictions , et quand nous retournons chez nous, nos douleurs sont presque apaisées. Ne nous laissons donc pas abattre, ne demeurons pas en proie à de telles angoisses, mais concevons de bonnes espérances, et appliquons nous tout entiers aux discours qui nous sont adressés. Aujourd'hui encore je vous entretiendrai du mépris de la mort. Je vous disais hier : nous craignons la mort, non qu'elle soit à redouter, mais parce que nous ne sentons pas en nous la flamme des célestes désirs, ni la crainte des feux éternels ; et parce qu'ensuite notre conscience n'est pas en repos. Voulez-vous que je vous dise une quatrième cause de ces funestes inquiétudes, une cause qui n'est pas moins réelle que les précédentes? C'est que nous ne menons pas une vie assez austère pour des chrétiens; nous vivons dans le relâchement et la mollesse; et c'est pourquoi les biens de ce monde ont pour nous tant de charmes.

Ah ! si notre vie se passait à jeûner, à veiller, si nous en bannissions le luxe, si nous réprimions nos passions toujours si dangereuses, si nous rejetions les voluptés pour nous livrer aux fatigues de la vertu, si, comme saint Paul, nous châtiions notre corps pour le réduire en servitude (I Cor. IX, 27 ), si nous nous empressions moins de provoquer les désirs de notre chair, en un mot, si nous entrions dans la voie étroite et escarpée, nous aurions hâte de nous voir délivrés de tant de fatigues. Y a-t-il de l'exagération dans nos paroles? Allez au

sommet des montagnes, considérez-y ces moines revêtus de sacs, chargés de chaînes, jeûnant, plongés dans les ténèbres, et vous les verrez tous soupirer après la mort, après ce bienheureux repos, comme ils l'appellent. Dans les jeux du ceste, le combattant a hâte de sortir du stade pour ne plus recevoir de blessures; l'athlète souhaite le moment ou les spectateurs se lèveront afin de pouvoir se reposer ; de même l'homme vertueux désire la fin de cette vie pénible et austère pour n'avoir plus à supporter de si pénibles travaux, et afin de posséder en pleine sécurité la couronne objet de ses voeux; car désormais il sera dans un port tranquille, il n'aura plus à craindre le naufrage. Dieu a voulu que notre vie fût naturellement laborieuse et pénible, pour que les afflictions dont elle est remplie nous fassent soupirer après les biens futurs. Voyez en effet malgré les ennuis, les dangers, les terreurs, les soucis qui nous pressent de toute part, la vie présente nous offre encore des charmes. Comment pourrions-nous donc désirer les biens à venir, s'il n'y avait ici-bas ni tristesse ni chagrins ?

4. Ecoutez comment Dieu traite le peuple juif. Il veut produire chez les Hébreux le désir de retourner dans leur pays et leur inspirer de la haine pour l'Egypte. (Exod. I, 14.) Il permet qu'on les emploie à faire des briques, qu'on les assujettisse à ce travail avec tant de rigueur, qu'épuisés de fatigues, accablés par l'infortune ils conjurent à grands cris le Seigneur de les ramener dans leur patrie. Ils sortent en effet de l'Egypte, et malgré les malheurs passés, ils se souviennent encore de ce pays et de leur ancienne servitude. (Exod. XVI, 3.) Ils désirent ardemment reprendre ce joug tyrannique. Sans ces cruels traitements, auraient-ils jamais consenti à quitter la terre étrangère? C'est donc pour nous empêcher d'être comme cloués à la terre, de rechercher avec trop d'avidité les biens de ce monde, de nous amollir en oubliant les biens futurs, que Pieu a rempli notre existence de maux si nombreux. Ne nous attachons donc pas outre mesure à la vie présente. Que nous en revient-il? Quel profit retirons-nous de cet excessif attachement? Voulez-vous savoir en quoi la vie présente est un bien ? C'est qu'elle est le fondement de la vie future, une occasion de mériter par de généreux efforts les couronnes qui nous sont réservées. Mieux vaut mourir que (15) de vivre sans plaire à Dieu. Qu'avons-nous à attendre? Que nous reste-t-il à désirer? Ne voyons-nous pas reparaître tous les jours le même soleil et la même lune? Ne voyons-nous pas le même hiver et le même été; les mêmes affaires se reproduire? Ce qui a été sera encore; ce qui s'est fait se fera encore. (Ecclés. I, 9.) Donc ne regardons point comme heureux ceux qui vivent, et ne pleurons point ceux qui meurent. Mais déplorons le sort de ceux qui ont péché, qu'ils soient vivants ou morts; pour les justes, en quelque lieu qu'ils se trouvent, proclamons-les bienheureux.            .

Vous ne redoutez qu'une chose, vous ne pleurez qu'une chose, la mort. et saint Paul qui mourait chaque jour, non-seulement ne versait point de larmes pour cela, mais s'en réjouissait et en tressaillait d'allégresse. Puissé-je, dites-vous, courir aussi quelques dangers pour Dieu ! ah ! je ne tremblerais pas. Ne tombez donc pas aujourd'hui dans l'abattement; il n'est pas nécessaire de souffrir à cause de Dieu, pour mériter des éloges; souffrez injustement, supportez avec générosité, rendez grâces à Dieu qui permet votre affliction , et vous n'aurez pas moins de mérite qu'à souffrir tout cela pour Dieu. Quand le bienheureux Job vit fondre sur lui tant de cruelles calamités, n'était-ce pas le démon qui vainement et sans sujet lui tendait des piéges ? Mais il souffrit avec courage, rendit grâces à Dieu qui permettait l'épreuve, et il ceignit sur son front la couronne du vainqueur. Ne vous attristez donc point de mourir: la mort, c'est la loi de la nature; gémissez d'avoir offensé Dieu: car c'est la faute. de la volonté; si vous pleurez sur ceux qui meurent, pleurez donc aussi sur ceux qui viennent au monde: l'un n'est pas moins naturel que l'autre. Si donc on vous menace de mort, dites : J'ai appris du Christ à ne pas craindre ceux qui tuent le corps sans pouvoir donner la mort à l'âme. (Matth. X, 28.) Si on vous menace de vendre vos biens, répondez : Je suis sorti nu du sein de ma mère, nu je m'en retournerai; nous n'avons rien apporté dans ce monde; n'est-il pas manifeste que nous ne pouvons rien remporter? (Job, I, 21; I Tim. VI, 7.) Et si vous ne m'enlevez mes biens, la mort viendra me les ravir; et si vous ne me coupez la gorge, la loi de la nature mettra fin à mes jours.

Ne craignons donc rien de ce que nous amène la nature, mais redoutons ce qu'engendre une volonté perverse; car c'est là ce qui donne naissance au châtiment. Si quelque malheur imprévu nous survient, songeons que notre tristesse ne le réparera point, et nous cesserons de nous affliger ; rappelons-nous aussi que souffrir injustement dans la vie présente, c'est expier nos fautes. N'est-ce pas un grand bonheur de pouvoir expier ses fautes ici-bas, au lieu d'avoir à les expier après la mort? Ce riche de l'Évangile n'éprouva jamais rien de fâcheux sur la terre, et c'est pourquoi il endura de si grands tourments après qu'il l'eût quittée. S'il fut alors privé de toute consolation, c'est qu'il avait joui pendant sa vie. Écoutez ce que lui dit Abraham :Mon fils, tu as reçu tes biens ; c'est pourquoi tu es maintenant tourmenté. (Luc, XVI, 25.) Lazare au contraire reçut de grands biens après sa mort, parce qu'auparavant il avait souffert avec patience des peines sans nombre : c'est ce . que dit encore le saint Patriarche. Après avoir dit au riche : Mon fils, tu as reçu tes biens; il ajoute : Lazare a souffert, et c'est pourquoi il est maintenant consolé. L'homme vertueux et affligé obtient de Dieu une double récompense; l'homme qui passe sa vie dans le vice et dans la joie subit un double châtiment. Je ne veux pas accuser ceux qui s'enfuient : ne jetez point dans le trouble une âme humiliée (Eccl. IV, 3), dit l'Écriture; je ne veux point non plus leur adresser de reproches; le malade en effet a besoin de soulagement; mais je veux les corriger, et c'est pourquoi je leur dis : Ne cherchons point notre salut dans la fuite ; mais fuyons le péché, abandonnons ces voies perverses; si nous le faisons, fussions-nous cernés par d'innombrables soldats, personne ne nous peut nuire; si nous ne fuyons pas le péché, en vain gagnerons-nous le sommet des montagnes, nous y trouverons d'innombrables ennemis.

Rappelez-vous donc une fois encore ces trois enfants plongés dans la fournaise, sans éprouver aucun dommage; rappelez-vous ceux qui les y jetèrent, et qui, loin des flammes, furent tous dévorés sans aucune exception. Quoi de plus merveilleux? La flamme délivra ceux qu'elle enveloppait; elle consuma ceux qu'elle n'avait pas reçus. Sachez-le donc maintenant, le salut ou le châtiment dépendent non de la place que l'on occupe, mais de la vie que l'on mène. Ceux qui étaient dedans échappèrent, ceux (16) qui étaient dehors furent brûlés. De part et d'autre c'étaient des corps de même nature; mais les sentiments ne se ressemblaient guère; aussi le sort des uns et des autres fut bien différent. La paille, même hors des flammes, est vite allumée; l'or, au contraire, au milieu du feu, jette un plus vif éclat.

5. Où sont-ils donc maintenant ceux qui disent : l'empereur peut nous enlever tous nos biens, pourvu que nos corps demeurent libres? Qu'ils sachent enfin en quoi consiste la liberté du corps : elle consiste non pas à être exempt de supplices, mais à vivre vertueux.

Oui, les corps de ces enfants étaient libres, même au sein de la fournaise : car depuis longtemps ils avaient secoué l'esclavage du péché. Telle est, en effet, la seule vraie liberté. Qu'importe qu'on échappe au supplice, qu'on ne souffre rien de fâcheux? Quand vous entendez parler de cette fournaise, songez aux fleuves de feu qui attendent les pécheurs au terrible jour du jugement. Le feu de la fournaise dévora les uns, épargna les autres; ainsi en sera-t-il de ces fleuves. Si vous n'avez que du bois, de l'herbe ou de la paille, vous entretiendrez ce feu terrible; mais si vous avez de l'or et de l'argent, vous deviendrez plus brillants encore. Entassons ces précieux métaux, supportons courageusement les maux actuels. Car, si nous savons être sages, cette affliction d'un moment nous préservera des supplices éternels; si nous sommes vigilants, elle nous rendra meilleurs, et avec nous ceux mêmes qui nous tourmentent. Telle est, en effet, l'excellence de cette précieuse sagesse. N'est-ce pas ce qui eut lieu pour le roi de Babylone? Quand il vit les jeunes Hébreux sains et saufs, voyez quel changement s'opéra dans son coeur ! Serviteurs du Dieu très-haut, dit-il, sortez et venez! Et ne disais-tu pas tout à l'heure : Quel Dieu pourrait vous tirer de mes mains? (Dan. III, 15, 93.)Que s'est-il donc passé? D'où vient ce changement? Tu as vu les flammes dévorer ceux qui étaient loin de la fournaise, et tu appelles ceux qui y sont plongés? D'où te vient cette pensée? Voyez-vous quel changement dans ce roi? Avant d'avoir triomphé d'eux, il blasphémait; maintenant qu'il les a livrés aux flammes, il devient sage. Dieu a laissé le tyran faire tout ce qu'il voulait, pour montrer qu'on ne peut nuire à ceux qu'il protége. Et ce qu'il fit à l'égard de Job, il le fait encore ici. Alors en effet il permit au démon de déployer toute sa puissance. Il lui laissa lancer tous ses traits, dresser toutes ses machines, et ensuite il fit sortir l'athlète de la carrière, pour que la victoire fût éclatante et indubitable. N'est-ce pas ce que nous remarquons encore ici?

Nabuchodonosor voulut détruire la ville qu'habitaient ces enfants, et Dieu ne l'en empêcha point; il voulut les emmener en captivité, et Dieu ne s'y opposa point; il voulut les enchaîner, et Dieu le lui permit; il voulut les jeter dans une fournaise, activer la violence des flammes, et Dieu le permit encore; quand le tyran eut achevé, quand il eut épuisé toute sa fureur, Dieu alors montra au grand jour sa toute-puissance et le courage de ces trois enfants. Vous le voyez donc : si Dieu permet que l'affliction aille jusqu'au bout, c'est pour mieux faire voir la sagesse des victimes et son adorable Providence. Oui, l'ennemi les reconnaît alors, cette sagesse et cette Providence, et il les proclame dans ces paroles: Serviteurs du Dieu Très-Haut, sortez et venez! Considérez maintenant la grandeur d'âme de ces enfants : ils ne s'élancent point de la fournaise avant cet appel, pour qu'on ne suppose pas en eux la crainte des flammes. Une fois appelés, ils ne restent point dans la fournaise, pour ne pas être suspects d'ambition et d'opiniâtreté. Tu sais maintenant, disent-ils, de qui nous sommes les serviteurs, tu as reconnu notre Maître; nous pouvons sortir pour publier en présence de tous la puissance de notre Dieu. Bien plus, ils ne sont pas seuls à la proclamer; l'ennemi lui-même publie et de vive voix et par lettres la constance des athlètes, et la force du Juge suprême. Quand les hérauts proclament au milieu de l'assemblée les athlètes vainqueurs, ils nomment aussi leurs villes : celui-ci est de telle ville, disent-ils. Le roi, au lieu de nommer leur ville, fait connaître leur Dieu : Sidrac, Misach, Abdénago, serviteurs du Dieu Très-Haut, s'écrie-t-il, sortez et venez ici. Que s'est-il donc passé, que tu les nommes serviteurs de Dieu? N'étaient-ils point tes serviteurs? Mais, dit-il, ils ont détruit mon autorité, ils ont foulé aux pieds mon orgueil, ils ont montré par leurs oeuvres quel était leur véritable Maître. S'ils eussent été esclaves des hommes, le feu ne les eût point redoutés, la flamme ne se fût point retirée devant eux : la créature ne saurait craindre ou honorer les esclaves des hommes. C'est pourquoi il dit encore : Béni soit le Dieu de Sidrac, de Misach et (17) d'Abdénago ! Admirez comment il célèbre d'abord l'arbitre de la lutte : Béni soit Dieu qui a envoyé son ange et sauvé ses serviteurs ! Tu viens de louer la puissance de Dieu; célèbre maintenant le courage des athlètes : car ils ont eu confiance en lui, ils ont fait mentir la parole du roi, ils ont livré leurs corps plutôt que de servir des dieux étrangers. Quelle force peut se mesurer avec la vertu? Quand ils répondent : Nous ne servirons point tes dieux, le roi devient plus ardent que la fournaise elle-même ; mais quand leurs oeuvres viennent confirmer leur résolution, loin de s'indigner, il les admire, il les loue de ne lui avoir pas obéi. Telle est la beauté de la vertu qu'elle se fait louer et admirer même de ses ennemis. Ils combattirent, ils triomphèrent, et le roi vaincu se réjouit que la vue des flammes ne les eût point effrayés et qu'ils eussent été soutenus par leur espoir en Dieu. Le Maître de l'univers entier, il l'appelle Dieu de ces trois enfants, non qu'il veuille donner des bornes à son empire, mais parce qu'à ses yeux ces trois enfants valent tout l'univers. Laissant de côté tant de tyrans, de rois et de princes qui lui avaient obéi, il se prend d'admiration pour trois esclaves, pour trois captifs qui avaient méprisé sa tyrannie. Ce n'était point l'ambition qui les faisait agir, mais la sagesse; ce n'était point l'arrogance,. mais la piété. Ils n'étaient pas enflés d'orgueil, ils étaient enflammés de zèle. Oh ! que C'est un grand bien que d'espérer en Dieu ! Le roi barbare lui-même le comprit, et voulant montrer que c'était là le principe de leur délivrance, il s'écria :  « C'est qu'ils ont eu confiance en lui ! »

6. Si je vous dis ces choses, si je recueille toutes ces histoires où il se rencontre des épreuves, des afflictions, des rois irrités, des embûches dressées, c'est pour que nous n'ayons désormais d'autre crainte que celle d'offenser Dieu. 11 y avait là une fournaise embrasée; les jeunes Israélites la méprisèrent, et craignirent le péché. Ils savaient bien qu'il n'y a rien de terrible à être brûlé, mais qu'une action impie amène à sa suite les plus affreux supplices. Oui, c'est un très-grand supplice que de pécher, quand même on ne serait point puni; comme aussi il y a beaucoup de gloire et de tranquillité dans la pratique de la vertu, dût-on même en être puni. Car le péché nous éloigne de Dieu, comme Dieu le dit lui-même : Est-ce que vos péchés ne mettent pas une barrière entre vous et moi? (Isai. LIX, 2.) Le châtiment au contraire nous réconcilie avec le Seigneur. Accordez-nous la paix, est-il dit, car vous nous avez châtiés. (Isai. XXVI, 12.) Si vous êtes blessés, que devez-vous craindre? est-ce le tranchant du fer ou la gangrène qui rongera vos membres? Le péché, c'est la gangrène; le châtiment, c'est le fer appliqué par le médecin. Celui dont la plaie est gangrenée, souffre, quand même il n'y a point d'opération; et si l'opération n'a pas lieu, ses souffrances redoublent. Il en est de même pour le pécheur. Il est très-malheureux, quand même on ne le punit point; et il n'est jamais plus malheureux que lorsqu'il n'est ni puni ni frappé de quelque affliction. Voyez l'hypocondriaque et l'hydropique : s'ils ont une table abondamment servie, des boissons rafraîchissantes, des mets délicats et pleins de saveur, ils sont les plus malheureux des hommes; ces délices aggravent leur maladie. Mais s'ils se conforment aux prescriptions de la médecine et qu'ils veuillent souffrir la soif et la faim, il y a pour eux quelque espoir de guérison. De même, ceux qui vivent dans le mal peuvent concevoir de l'espérance, s'ils sont châtiés; mais plongés dans le péché, s'ils se plongent en même temps dans la licence et les plaisirs, ils sont bien plus à plaindre que les hydropiques faisant bonne chère, d'autant plus que l'âme est meilleure que le corps. Si donc vous voyez des pécheurs souffrir continuellement la faim, et endurer toute sorte de maux, d'autres au contraire s'enivrer, faire bonne chère, vivre dans les plaisirs, dites-vous à vous-mêmes : ceux qui souffrent ont plus de bonheur que les autres; ces tribulations éteignent la flamme des coupables jouissances; et auprès du souverain Juge, devant ce redoutable tribunal, ce sera pour eux une consolation bien grande d'avoir expié leurs fautes par les souffrances de cette vie. Mais j'en ai dit assez pour vous consoler. Il est temps désormais de vous exhorter à fuir les jurements; et de faire voir à ceux qui ont l'habitude de jurer le peu de valeur, la vanité de leurs excuses. Quand nous leur reprochons de jurer, ils nous objectent qu'ils ne sont pas les seuls à avoir cette habitude ; ils nous disent: mais celui-ci et celui-là jurent comme nous. Disons-leur donc à notre tour : mais untel ne jure pas; et c'est à ceux qui font le bien que Dieu vous comparera dans son (18) jugement. Les péchés de l'un ne peuvent justifier ceux de l'autre; mais la vie de l'homme juste est la condamnation du pécheur. Combien n'y en eut-il pas qui ne donnèrent à Jésus-Christ ni à manger ni à boire? (Matth. XXV, 35.)

Que leur revint-il d'avoir agi les uns comme les autres? Les cinq vierges de l'Evangile trouvèrent-elles grâce, parce qu'elles étaient cinq? Non, toutes furent punies : les bonnes oeuvres des autres ne firent que les condamner. Loin de nous cette vaine excuse ! et au lieu de prendre garde à ceux qui succombent, jetons les yeux sur ceux qui font le bien, et cherchons à retirer du jeûne que nous célébrons des fruits vraiment durables. Quand nous avons acheté quelque vêtement, ou un esclave, ou un vase de prix, nous nous rappelons l'époque, et nous nous disons: c'est lors de telle solennité que j'ai acheté cet esclave; c'est à telle époque que je me suis procuré ce vêtement. De même si nous accomplissons ce précepte, nous dirons c'est dans ce carême que j'ai cessé de jurer; jusque-là j'avais juré; il m'a suffi de quelques conseils pour me corriger de cette habitude. —Mais, m'objecterez-vous, c'est chose difficile que de perdre une habitude. — Je le sais, et c'est pourquoi je désire si vivement vous faire prendre une autre habitude qui soit sainte et avantageuse.

Vous me dites: il m'est difficile de renoncer à une habitude. Travaillez donc à vous en corriger; et une fois que vous aurez contracté l'habitude contraire de ne pas jurer, vous n'aurez plus besoin d'aucun effort. Est-il plus difficile de ne pas jurer que de se priver de nourriture toute une journée? que de se contenter d'un peu d'eau et de maigres aliments? Il est plus difficile de pratiquer ces austérités. Et cependant vous en prenez si aisément l'habitude, que, le jeûne arrivant, on aurait beau vous exhorter, vous contraindre, vous forcer de boire un peu de vin, d'user d'un aliment que la loi du jeûne interdit, vous aimeriez mieux tout souffrir plutôt que de le faire; et cela quand d'ailleurs il ne nous répugne pas trop d'avoir une table bien servie. Mais c'est une habitude que la conscience nous a fait contracter, et nous supportons généreusement cette privation. Il en sera de même pour les jurements. Et si aujourd'hui rien ne peut vous empêcher de satisfaire votre habitude, plus tard, l'habitude contraire une fois contractée, les plus pressantes sollicitations ne vous la feraient pas abandonner.

7. Rentrés chez vous, entretenez-vous de ces choses avec ceux de votre maison. En sortant d'un jardin on cueille une rose, une violette, ou une autre fleur, que l'on fait tourner dans ses doigts; ou bien en sortant d'un verger on emporte chez soi une branche d'arbre chargée de fruits; au sortir d'un somptueux festin, on emporte quelques restes à ses parents. Eh bien! en vous retirant d'ici emportez vous-mêmes ces conseils à vos épouses, à vos enfants, à toute votre famille. Cette instruction est bien plus avantageuse qu'un jardin, qu'un verger, qu'une table somptueuse: ce sont des roses qui ne se flétrissent jamais, des fruits qui ne perdent point leur saveur, des mets qui ne se corrompent point. Là on goûte un plaisir d'un moment; ces conseils ne cessent jamais d'être utiles; on en profite, non-seulement quand on les a mis en pratique, mais encore au moment même où on les observe.

Qu'arrivera-t-il, en effet, quand, laissant de côté les affaires publiques et vos propres affaires, vous vous entretiendrez sans cesse des lois divines, et à table, et sur les places, et dans les autres réunions? Vous ne prononcerez plus de paroles dangereuses ou blessantes, on ne vous induira pas à pécher malgré vous; votre âme se verra délivrée de la tristesse qui l'accable ; de ces préoccupations qui l’assiégent et qui font que vous vous demandez les uns aux autres : « L'empereur a-t-il appris ce qui s'est passé ? est-il irrité contre nous ? quelle sentence a-t-il prononcée ? personne n'a-t-il intercédé en notre faveur? Voudra-t-il ruiner une ville si grande et si populeuse ? » Remettons entre les mains de Dieu le soin de toutes ces choses, et ne nous inquiétons que d'observer ses préceptes. Ainsi ferons-nous disparaître les maux qui nous menacent. Qu'il y ait seulement dix justes parmi nous, il y en aura bientôt vingt, bientôt cinquante, bientôt cent, bientôt mille, bientôt on comptera autant de justes qu'il y a d'habitants dans Antioche. Dix lampes allumées suffisent pour éclairer toute une maison ; il en est ainsi pour la pratique de la justice. Que dix hommes fassent le bien, et ce sera comme un bûcher qui éclairera la ville entière et nous rendra la sécurité. Quelques âmes embrasées du zèle de la vertu communiquent plus rapidement leur ardeur à toute une ville (19) que le feu matériel ne communique sa flamme au bois qui l'entoure. Donnez-moi donc lieu de me glorifier de vous, et dans la vie présente, et au jour où doivent comparaître ceux qui ont reçu des talents en dépôt. La gloire dont vous serez revêtus sera la digne récompense de mes travaux, et tout mon désir est de vous voir vivre dans la piété. Suivez donc le conseil que je vous donnais hier, que je vous donnerai aujourd'hui, que je ne cesserai de vous donner. Ceux qui jurent, infligez-leur une punition, qui, loin d'être préjudiciable, sera très-salutaire. Préparez-vous à me fournir la preuve d'un changement de conduite. Cette assemblée congédiée, je tâcherai de m'entretenir longuement avec chacun de vous: et dans ce long entretien, je découvrirai ceux qui se sont corrigés. Celui que je surprendrai à jurer, je le dénoncerai à tous ceux qui ont perdu cette mauvaise habitude, et alors nous lui reprocherons son jurement, nous le blâmerons, nous lui ferons sentir sa faute pour le tirer promptement de ce funeste état. Ne vaut-il pas mieux en effet recevoir des reproches ici-bas et se corriger, plutôt que de se voir couvert de confusion et puni en présence de l'univers entier, en ce jour terrible où toutes nos fautes seront révélées? Non, il n'en sera pas ainsi : de cette belle assemblée personne n'éprouvera un tel sort : aidés par les prières des saints, nous quitterons cette vie pleins de confiance, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par quiet avec qui gloire soit au Père, avec le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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