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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 00:49


a) Recours à la Sainte Écriture, sens de la Tradition

26. 1. Les Pères sont en premier lieu et essentiellement des commentateurs de la Sainte Ecriture : divinorum librorum tractatores (commentateurs des Livres Saints) [25]. Dans ce travail, il est vrai que, de notre point de vue actuel, leur méthode présente certaines limites indéniables. Ils ne connaissaient pas et ne pouvaient pas connaître les ressources d’ordre philologique, historique, anthropologico-culturel ni les thématiques de recherche, de documentation, d’élaboration scientifique qui sont à la disposition de l’exégèse moderne, et c’est pour cela qu’une partie de leur travail exégétique doit être considéré comme caduque. Mais, malgré cela, leurs mérites pour une meilleure compréhension des Livres Sacrés sont incalculables. Ils restent pour nous des maîtres véritables et l’on peut dire supérieurs, sous de nombreux aspects, aux exégètes du moyen âge et de l’époque moderne par « une espèce de suave intuition des choses célestes, par une admirable pénétration d’esprit grâce auxquelles ils vont plus avant dans les profondeurs de la parole divine » [26]. L’exemple des Pères peut, en effet, enseigner aux exégètes modernes une approche vraiment religieuse de la Sainte Ecriture, comme aussi une interprétation qui puise constamment au critère de communion avec l’expérience de l’Église, qui chemine à travers l’histoire sous la conduite de l’Esprit Saint. Quand ces deux principes interprétatifs, religieux et spécifiquement catholique, ne sont pas acceptés ou sont oubliés, les études exégétiques modernes se révèlent souvent appauvries et déformées.

La Sainte Ecriture était pour les Pères objet de vénération inconditionnée, fondement de la foi, sujet constant de la prédication, aliment de la piété, l’âme de la théologie. Ils en ont toujours soutenu l’origine divine, l’inerrance, le caractère normatif, la richesse de vigueur inépuisable pour la spiritualité et la doctrine. Qu’il suffise de rappeler ici ce qu’écrivait Saint Irénée sur les Écritures : elles « sont parfaites, parce que dictées par le Verbe de Dieu et par son Esprit » [27], et les quatre Évangiles sont « le fondement et la colonne de notre foi » [28].

27. 2. La Théologie est née de l’activité exégétique des Pères, « au milieu de l’Église », et spécialement dans les assemblées liturgiques, au contact avec les nécessités spirituelles du Peuple de Dieu. Cette exégèse, sur laquelle la vie spirituelle se fonde avec la réflexion théologique rationnelle, vise donc toujours à l’essentiel dans la fidélité à tout le dépôt sacré de la foi. Elle est centrée entièrement sur le mystère du Christ auquel elle rapporte toutes les vérités particulières en une admirable synthèse. Plutôt que de se disperser dans de nombreuses problématiques marginales, les Pères cherchent à embrasser la totalité du mystère chrétien, en suivant le mouvement fondamental de la Révélation et de l’économie du salut, qui va de Dieu, par le Christ, à l’Église, sacrement de l’union avec Dieu et dispensatrice de la grâce divine, pour retourner à Dieu. Grâce à cette intuition, due à leur sens vivant de la communion ecclésiale, à leur proximité des origines chrétiennes et à leur familiarité avec l’Ecriture, les Pères regardent le tout en son centre, en rendant ce tout présent en chacune de ses parties, et en lui rattachant chaque question périphérique. Ainsi donc, suivre les Pères dans leur itinéraire théologique signifie saisir plus facilement le noyau essentiel de notre foi et le ’spécifique’ de notre identité chrétienne.

28. 3. La vénération et la fidélité des Pères vis-à-vis des Livres Saints va de pair avec leur vénération et leur fidélité envers la Tradition. Ils se considèrent non pas propriétaires, mais serviteurs des Saintes Écritures, les recevant de l’Église, les lisant et les commentant en Église et pour l’Église, selon la règle de la foi proposée et éclairée par la Tradition ecclésiastique et apostolique. Saint Irénée déjà cité, grand passionné et grand connaisseur des Livres Saints, soutient que celui qui veut connaître la vérité se doit de considérer la Tradition des Apôtres [29], et il ajoute que, même si ces derniers ne nous avaient pas laissé les Écritures, la Tradition serait suffisante pour notre instruction et pour notre salut [30]. Origène lui-même, qui étudia avec tant d’amour et de passion les Écritures et qui travailla beaucoup à en percevoir l’intelligence, déclare franchement que doivent être crues comme vérités de foi seulement celles qui ne s’éloignent en aucune manière de la « Tradition ecclésiastique et apostolique » [31], faisant ainsi de la Tradition la norme interprétative de l’Ecriture. Dans la suite, saint Augustin, qui mettait ses « délices » dans la méditation des Écritures [32] énonce ce principe merveilleusement clair et ferme, qui se réclame encore de la Tradition : « Je ne croirais pas à l’Évangile, si ne m’y poussait l’autorité de l’Église catholique » [33].

29. 4. Par conséquent, lorsque le Concile Vatican II déclara que « la Tradition et l’Ecriture Sainte constituent un seul dépôt sacré de la parole de Dieu confié à l’Église » [34], il n’a rien fait d’autre que de confirmer un antique principe théologique, pratiqué et professé par les Pères. Ce principe qui a éclairé, et dirigé toute leur activité exégétique et pastorale, reste certainement valable encore pour les théologiens et les pasteurs d’âmes d’aujourd’hui. Il s’en suit concrètement que le retour à la Sainte Ecriture, qui est une des caractéristiques majeures de la vie actuelle de l’Église, doit être accompagné , du retour à la Tradition attestée par les écrits patristiques, si l’on veut qu’il produise les fruits espérés.

b) Originalité chrétienne et inculturation

30. 1. Une autre caractéristique importante et très actuelle de la méthode théologique des Pères est d’offrir la lumière pour « mieux comprendre selon quels critères la foi, compte tenu de la philosophie et de la sagesse des peuples, peut s’accorder avec l’intelligence » [35]. Les Pères en effet, ont puisé, dans l’Ecriture et la Tradition, la claire conscience de l’originalité chrétienne, c’est-à-dire la ferme conviction que l’enseignement chrétien contient un noyau essentiel de vérités révélées qui constituent la norme pour juger de la sagesse humaine et pour distinguer la vérité de l’erreur.

Si une telle conviction a porté quelques-uns d’entre eux à repousser l’apport de cette sagesse et à considérer les philosophes comme les ’patriarches des hérétiques’, elle n’a pas empêché la plus grande partie d’accueillir cette contribution avec intérêt et reconnaissance, comme procédant de l’unique source de la sagesse, qui est le Verbe. Qu’il suffise de rappeler à ce propos S. Justin Martyr, Clément d’Alexandrie, Origène, S. Grégoire de Nysse et particulièrement S. Augustin qui, dans son œuvre De doctrina christiana a tracé un programme pour cette activité : « Si ceux qui sont appelés philosophes ont dit des choses vraies et en consonance avec notre foi non seulement ils ne doivent pas susciter de motif de crainte, mais doivent être revendiqués à notre avantage. N’est-ce pas précisément cela qu’ont fait un grand nombre de nos bons fidèles ? Cyprien… Lactance… Victorin… Optat… Hilaire, pour ne parler que des morts, et une quantité innombrable de Grecs ? » [36].

31. 2. À ce processus d’assimilation s’en ajoute un autre, non moins important et inséparable de celui-ci, que nous pourrions appeler processus de la désassimilation. Ancrés sur la norme de la foi, les Pères ont accueilli de nombreux apports de la philosophie gréco-romaine, mais ils en ont repoussé les graves erreurs, en évitant de manière particulière le péril de syncrétisme si répandu dans la culture hellénistique alors dominante, comme aussi celui du rationalisme qui menaçait de réduire la foi aux seuls aspects acceptables par la rationalité hellénique. « Contre leurs grandes erreurs, écrit S. Augustin, il faut défendre la doctrine chrétienne » [37].

32. 3. Grâce à ce discernement avisé des valeurs et des limites cachées dans les différentes formes de la culture antique, ont été ouvertes des voies nouvelles vers la vérité et de nouvelles possibilités pour l’annonce de l’Évangile. Instruite par les Pères grecs, latins, syriaques, l’Église, en effet, « dès les débuts de son histoire, a appris à exprimer le message du Christ en se servant des concepts et des langues des divers peuples et, de plus, s’est efforcée de le mettre en valeur par la sagesse des philosophes : ceci, afin d’adapter l’Évangile, dans les limites convenables, et à la compréhension de tous et aux exigences des sages » [38]. En d’autres termes, les Pères, conscients de la valeur universelle de la Révélation, ont commencé la grande œuvre d’inculturation chrétienne, comme on a coutume de l’appeler aujourd’hui. Ils sont devenus l’exemple d’une rencontre féconde entre foi et culture, entre foi et raison, en restant des guides pour l’Église de tous les temps engagée à prêcher l’Évangile à des hommes de cultures si diverses et à œuvrer au milieu d’eux. Comme on le voit, grâce à ces attitudes des Pères, l’Église, depuis ses débuts, se révèle « missionnaire de sa nature » [39], même au niveau de la pensée et de la culture, et c’est pour cela que le Concile Vaticane II prescrit « qu’une telle manière appropriée de proclamer la parole révélée doit demeurer la loi de toute évangélisation » [40].

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