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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 00:52


III. Comment étudier les Pères

48. Des précédentes réflexions sur la situation actuelle et sur les raisons les plus profondes des études patristiques surgit spontanément la question de leur nature, de leurs objectifs et de la méthode à suivre pour en promouvoir la qualité. Aussi bien pour les enseignements que pour les étudiants se posent à ce sujet de nombreux devoirs, qui ont besoin d’être davantage clarifiés et explicités, pour que puisse être accomplie une œuvre de formation solide et répondant aux exigences du renouveau souhaité et promu sur la base des directives du Concile Vatican II.

1. La nature des études patristiques et leurs objectifs

49. a) II est très important que ce secteur des études ecclésiastiques soit clairement délimité en conformité avec sa nature et ses finalités et inséré organiquement dans le contexte des disciplines théologiques. Il s’articule en deux sphères communiquant entre elles, qui s’intéressent au même objet sous des aspects divers : d’une part la patristique qui s’occupe de la pensée théologique des Pères, et de l’autre la patrologie qui a pour objet leur vie et leurs écrits.Tandis que la première est de caractère proprement doctrinal et a de nombreux rapports avec la dogmatique (mais aussi avec la théologie morale, et la théologie spirituelle, l’Ecriture Sainte et la Liturgie), la seconde se situe plutôt au niveau de la recherche historique et de l’information biographique et littéraire, et a une connexion naturelle avec l’Histoire de l’Église antique. C’est par leur caractère théologique que la patristique et la patrologie se distinguent de la littérature chrétienne antique, discipline non théologique et peut-on dire, littéraire, en tant qu’elle étudie les aspects stylistiques et philologiques des écrivains chrétiens antiques.

50. b) Pour affronter les études patristiques il faut comprendre avant tout l’autonomie de la patristique-patrologie, comme discipline à part, avec sa méthode, dans le cadre du corps de disciplines, qui est l’objet de l’enseignement théologique. Son autonomie, comme secteur de la théologie, où s’appliquent rigoureusement les principes de la méthode historico-critique, est un élément acquis et elle doit être perçue comme telle par l’étudiant.

51. c) En particulier, on attend de la patrologie qu’elle présente une bonne vue panoramique des Pères et de leurs œuvres, avec leurs caractéristiques individuelles, en situant dans le contexte historique leur activité littéraire et pastorale. Etant donné son caractère informatif et historique, rien n’empêche que la patrologie puisse utiliser la collaboration du Professeur d’Histoire ecclésiastique, quand cela est requis par les exigences d’une meilleure économie du temps disponible ou par le manque de personnel enseignant. En l’occurrence, on peut aussi réserver un espace plus grand à l’étude privée des élèves, en les renvoyant à la consultation de bons manuels, de dictionnaires, et autre matériel bibliographique.

52. d) La patristique pour sa part, pour accomplir de façon satisfaisante ses tâches, doit figurer comme discipline à part, en entretenant une étroite collaboration avec la dogmatique. Les deux disciplines en effet sont invitées par le Décret Optatam totius (n. 16) à s’aider et a s’enrichir mutuellement, à condition pourtant qu’elles restent autonomes et fidèles à leurs méthodes spécifiques. Le dogme effectue surtout un service d’unité. Comme à toutes les disciplines théologiques il offre aussi à la patristique la perspective unifiante de la foi, en l’aidant à systématiser les résultats partiels et en indiquant la voie aux recherches et à l’activité didactique de l’enseignant. Le service de la patristique par rapport à la dogmatique consiste à délinéer et à préciser l’œuvre de médiation de la révélation de Dieu accomplie par les Pères dans l’Église et dans le monde de leur temps. Il s’agit de décrire, avec l’entier respect de la spécificité de la méthode historico-critique, le cadre de la théologie et de la vie chrétienne de l’époque patristique dans sa réalité historique. Pour cette raison, l’enseignement de la patristique, comme s’exprime le document sur « La formation théologique des futurs prêtres », doit tendre, entre autres, « à donner le sens de la continuité de la doctrine théologique qui tient aux données fondamentales, et en même temps le sens de la relativité qui correspond aux aspects et aux applications particulières » (n. 87).

2. La méthode

53. a) L’étude de la patrologie et de la patristique, dans sa première phase informative, suppose le recours aux manuels et autre matériel bibliographique, mais quand elle en vient à traiter des problèmes délicats et complexes de la théologie patristique, aucune de ces aides ne peut remplacer le recours direct aux textes des Pères. C’est en effet à travers le contact direct de l’enseignement et de l’étudiant avec les sources que la patristique doit être enseignée et apprise surtout au niveau académique et dans les cours spéciaux. Toutefois, étant donné les difficultés dans lesquelles se débattent souvent les étudiants, il sera bien de mettre à leur disposition des textes bilingues des éditions connues par leur sérieux scientifique.

54. b) II faut affronter l’étude scientifique des textes avec la méthode historico-critique, de manière analogue à son application dans les sciences bibliques. Il est cependant nécessaire dans l’emploi de cette méthode d’en indiquer aussi les limites et d’y intégrer, avec prudence, les méthodes de l’analyse littéraire moderne et de l’herméneutique, avec une adéquatemanuductio de l’étudiant dans leur compréhension, leur évaluation, et leur utilisation. S’agissant d’une discipline théologique, qui en toutes ses phases procède ad lumen fidei, la liberté de recherche ne doit pas réduire son objet d’étude au domaine de la pure philologie ou de la critique historique. En effet, la théologie positive doit reconnaître, comme premier présupposé, le caractère surnaturel de son objet et la nécessité de faire référence au Magistère. Les étudiants doivent donc prendre conscience que la rigueur de la méthode, indispensable pour la validité objective de toute recherche patristique, n’exclut pas une direction de marche calculée à l’avance ni n’empêche une participation active du chercheur croyant qui, en conformité avec le sensus fidei, se place et procède dans un climat de foi.

55. c) La pureté de la méthode susdite requiert par ailleurs que le chercheur tout comme l’étudiant soient libres de préjugés et de présomptions qui dans le domaine de la patristique se manifestent d’habitude par deux tendances : celle de s’inféoder de façon anachronique aux écrits des Pères, en méprisant la tradition vivante de l’Église et en considérant l’Église post patristique jusqu’à nos jours en décadence progressive ; et celle de se servir du donné historique pour une actualisation arbitraire qui ne tient pas compte du progrès légitime et de l’objectivité de la situation.

56. d) Des motifs scientifiques et aussi pratiques, comme par ex. un emploi plus rationnel du temps, suggèrent la convenance d’une collaboration entre les disciplines qui s’intéressent plus directement aux Pères. Le contact interdisciplinaire a la première place dans la dogmatique, où se fait la synthèse, mais peuvent aussi en bénéficier de nombreuses autres disciplines (théologie morale, théologie spirituelle, liturgie et, de manière particulière, l’Ecriture Sainte) qui ont besoin de s’enrichir et de se renouveler par le recours aux sources patristiques. Les modalités concrètes de cette collaboration varieront selon les circonstances ; on aura à ce sujet d’autres possibilités et exigences au niveau des cours institutionnels du 1er Cycle et d’autres dans les cours académiques de spécialisation.

3. Exposé de la matière

57. a) La matière, objet du cours de patristique-patrologie, est celle codifiée par la pratique scolaire et traitée par les livres de texte classiques : la vie, les écrits et la doctrine des Pères et des écrivains ecclésiastiques de l’antiquité chrétienne ; ou, en d’autres termes, le profil biographique des Pères et l’exposé littéraire, historique et doctrinal de leurs écrits. L’étendue de la matière impose donc à cet égard la nécessité d’en limiter l’ampleur, en recourant à certains choix.

58. b) L’enseignant devra avant tout transmettre aux élèves l’amour des Pères et pas seulement la connaissance. Pour ce faire, il sera nécessaire d’insister non pas tant sur les notions bio-bibliographiques que sur le contact avec les sources. Dans ce but on devra faire un choix parmi les divers modes de présentation de la matière, qui sont substantiellement les quatre suivants :

1. Le mode de présentation analytique qui comporte l’étude de chacun des Pères : mode presque impossible, étant donné leur nombre et le temps nécessairement restreint réservé à cet enseignement ;

2. Le mode panoramique, qui se propose de donner un aperçu général sur l’époque patristique et ses représentants : mode utile pour une introduction initiale mais non pour un contact avec les sources et leur approfondissement ;

3. Le mode monographique qui insiste sur quelques-uns des Pères parmi les plus représentatifs, mode particulièrement adapté pour enseigner de façon concrète la méthode pour les aborder et pour en approfondir la pensée.

4. Enfin le mode thématique qui examine un sujet fondamental et en suit le développement à travers les œuvres patristiques.

59. c) Après ce premier choix il faudra en faire un autre, celui des textes à lire, à examiner, à expliquer. Il est préférable que le choix tombe dans un premier temps sur des textes qui traitent surtout de questions spirituelles ou pastorales ou catéchétiques ou sociales, qui sont, en général, les plus attrayants et les plus faciles, et que soient laissés, pour un second temps, les textes doctrinaux qui sont plus difficiles. Les textes seront étudiés avec soin dans la rencontre continue des enseignants et des étudiants, dans les cours, dans les colloques, dans les séminaires, dans les recherches d’informations. Ainsi naîtra cette familiarité avec les Pères qui est le fruit le meilleur de l’enseignement. Le vrai couronnement du travail de formation est donc seulement atteint lorsque l’étudiant parvient à se faire quelque ami parmi les Pères et à en assimiler l’esprit.

60. d) Les études patristiques ne peuvent se passer d’une solide connaissance de l’histoire de l’Église qui rend possible une vision unitaire des problèmes, des événements, des expériences, des acquisitions doctrinales, spirituelles, pastorales et sociales aux diverses époques. De cette manière l’on se rend compte du fait que si la pensée chrétienne commence avec les Pères, elle ne finit pas avec eux. Il s’en suit que l’étude de la patristique et de la patrologie ne peut faire abstraction de la tradition postérieure, y compris celle de la scolastique, en particulier pour ce qui regarde la présence des Pères dans cette tradition. C’est seulement de cette manière que l’on peut voir l’unité et le développement qui est en elle et aussi comprendre le sens du recours au passé. Celui-ci en effet apparaîtra non comme un archéologisme inutile, mais comme une étude créative qui nous aide à mieux connaître notre temps et à préparer le futur.

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