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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 07:19



 

ANALYSE.

 

L'orateur débute par annoncer qu'il va terminer le sujet de la parabole de Lazare, et il le termine en effet en prenant à ces mots il y a pour jamais un grand abîme..., et en continuant d'expliquer jusqu'à la fin de la parabole. — Il montre d'abord par des exemples tirés de l'Evangile , et spécialement par celui du mauvais riche , que toutes les supplications que pourront employer ceux qui sortent de ce monde chargés de péchés, seront inutiles. — Il fait voir ensuite que la parabole actuelle est une excellente leçon pour les riches et pour les pauvres, qu'elle peut également réprimer les uns et consoler les autres, nous faire aimer la pauvreté et mépriser les richesses. — Il s'étend beaucoup à prouver que les Ecritures et le simple raisonnement suffisent pour nous convaincre de l'existence d'une autre vie ; qu'il n'est point nécessaire que les morts reviennent pour nous en donner la certitude. — voilà ce qui compose la première moitié de ce discours ; la seconde moitié roule sur le pouvoir de la conscience, qui nous rappelle nos anciennes fautes, comme le prouve l'histoire de Joseph, qui est rapportée ici fort au long. — Au reste, on ne peut fixer la date de ce discours ni des trois autres.

 

1 . Il faut que je termine aujourd'hui le sujet de la parabole du Lazare. Vous le croyez peutêtre épuisé; mais, incapable d'abuser de votre ignorance, je n'abandonnerai pas cette riche veine que je n'aie recueilli tout ce qu'elle peut m'offrir. Quoiqu'un vigneron ait achevé toute sa vendange, il n'abandonne pas sa vigne qu'il n'ait coupé les plus petites grappes qui restent cachées sous les feuilles. Puisque maintenant encore j'aperçois des sens cachés sous la lettre de l'Evangile, servons-nous de la parole comme d'un fer tranchant, et recueillons-les avec toute l'attention possible. Dès qu'une vigne est vendangée, elle reste dépouillée de fruits, et n'offre plus que des feuilles. Il n'en est pas de même de la vigne spirituelle des divines Ecritures : quand nous aurions recueilli tout ce qui paraît aux yeux, il reste toujours plus que nous n'avons trouvé. Plusieurs avant nous ont déjà traité le même sujet, plusieurs après nous le traiteront peut être encore, sans que personne en épuise toute la richesse. Telle est la nature de cette source abondante et intarissable, que plus on creuse, plus on en voit jaillir des sens et des enseignements divins.

J'aurais dû vous payer cette dette dans la précédente assemblée ; mais je n'ai pas cru pouvoir passer sous silence les actions du bienheureux Babylas, ni des deux martyrs qui se sont présentés après lui (2). Voilà pourquoi nous avons différé jusqu'à ce jour à nous acquitter envers vous de tout ce que nous vous devons. Mais puisque nous avons payé à nos pères spirituels un tribut de louanges, tribut proportionné sinon à leur mérite, du moins à nos forces, achevons de vous payer ce qui reste de la parabole de l'Evangile. Nous allons reprendre notre discours où nous l'avons laissé; soyez attentifs, et écoutez-nous patiemment jusqu'à la fin.

 

1. Traduction de l'abbé Auger, revue.

2. On trouve dans le second tome de l'édition des Bénédictins, une homélie sur le bienheureux Babylas, et une autre sur les martyrs Javentin et Maximin ; ce sont les deux dont il est ici question.

 

493

 

Nous en sommes restés à l'abîme qui sépare les justes des pécheurs. Le riche ayant demandé qu'on lui envoyât Lazare, Abraham lui répondit: Il y a pour jamais un grand abîme entre nous et vous; de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent pas, comme on ne peut passer ici du lieu où vous êtes, (Luc, XVI, 26.) Nous avons prouvé assez longuement qu'après la bonté de Dieu, nous devons fonder l'espoir de notre salut sur nos propres mérites, sans prétendre nous appuyer de nos parents, de nos aïeux, de nos proches, de nos amis, de nos serviteurs, de nos voisins. Un frère ne peut racheter un frère; un homme rachètera-t-il un autre homme? (Ps. XLVIII, 8.) J'ajoute que toutes les prières et toutes les supplications que pourront employer ceux qui sortent de ce monde chargés de péchés, seront vaines et inutiles. Les cinq vierges de l'Evangile demandèrent de l'huile à leurs compagnes et n'en obtinrent pas. Celui qui avait enfoui son talent, malgré les raisons qu'il alléguait pour sa défense, fut aussi condamné. Ceux qui n'avaient pas nourri Jésus-Christ lorsqu'il avait faim, qui ne lui avaient pas donné à boire lorsqu'il avait soif, quoiqu'ils pussent se rejeter sur leur ignorance, n'obtinrent ni excuse ni pardon. D'autres ne purent ouvrir la bouche, comme cet homme qui, n'étant pas revêtu de la robe nuptiale, se tut lorsqu'on lui en fit le reproche. Un autre qui avait conservé du ressentiment contre son prochain, qui avait exigé cent deniers, ne put rien dire lorsque son maître lui reprocha sa dureté et sa barbarie. D'où il est clair que rien ne pourra nous sauver dans l'autre monde, si nous n'avons pas de bonnes actions à produire, et que, soit que nous employions alors les supplications et les prières, soit que nous gardions le silence, nous subirons toujours la peine et le supplice.

Quant au riche de l'Evangile, écoutez comment, ayant fait deux demandes à Abraham, il n'a obtenu ni l'une ni l'autre. Il implora une première grâce pour lui-même : Envoyez-moi Lazare, dit-il, et une seconde pour ses frères. Ni l'une ni l'autre ne lui fut accordée; la première, parce qu'elle était impossible; la seconde, parce qu'elle était superflue. Mais examinons attentivement, si vous le voulez, les paroles de l'Evangile. Lorsqu'un juge fait amener dans la place publique un homme accusé de quelque crime, et qu'il fait venir des bourreaux pour le mettre à la question, tout le peuple accourt avec empressement, curieux d'entendre les interrogations du juge et les réponses de l'accusé; à plus forte raison ici nous devons être attentifs à écouter ce que demande l'accusé, je veux dire le riche, et ce que lui répond le juste juge par la bouche d'Abraham ; car ce n'était pas ce patriarche qui jugeait, quoique ce fût lui qui parlât. Dans les tribunaux de ce monde, lorsque des hommes sont accusés d'avoir commis un vol ou un meurtre, les lois ne leur permettent ni de voir la face du juge ni d'entendre sa voix, elles leur font éprouver cet affront comme un des plus durs, elles emploient le ministère d'un officier subalterne pour recueillir les interrogations du juge et les réponses de l'accusé (1): de même alors, le riche coupable n'entendit pas Dieu lui. parler directement; mais Abraham fut chargé de porter à l'accusé les paroles du Juge; Abraham, dis-je, qui, sans lui parler de son chef, lui citait les lois divines, lui rapportait les sentences prononcées d'en-haut. Aussi le riche ne put-il rien lui répondre.

2. Nous devons donc donner la plus grande attention aux paroles de l'Evangile ; et ce n'est pas sans dessein qu'après m'être déjà occupé trois jours de cette parabole, je m'y arrête encore aujourd'hui: c'est que j'y vois une grande source d'instruction pour les riches et pour les pauvres, pour ceux qui se troublent à cause du bonheur des méchants , de l'indigence et des afflictions des justes. Non, rien n'est pour la plupart des hommes un aussi grand sujet de trouble et de scandale , que de voir les riches vicieux nager dans l'abondance et dans les délices, et les pauvres vertueux gémir dans le plus extrême besoin, et souffrir une infinité d'autres maux plus affreux encore que la pauvreté.

Or, notre parabole suffit pour remédier à ce désordre, pour réprimer les riches et consoler les pauvres; pour apprendre aux uns à ne pas se livrer à l'orgueil, et porter les autres à ne pas s'affliger de leur état présent; pour persuader aux uns de ne pas être fiers s'ils ne sont pas punis ici-bas de leurs crimes, dont la punition la plus rigoureuse les attend dans un autre monde, et exhorter les autres à ne pas se laisser troubler par le bonheur d'autrui, à

 

1. Nous suivons dans les jugements criminels d'autres usages que ceux qui sont rapportés ici par saint Jean Chrysostome, comme il est facile de le remarquer.

 

494

 

ne pas croire que les choses humaines marchent au gré d'un hasard aveugle, parce que le juste souffre sur la terre, et que l'homme méchant et scélérat y jouit d'une prospérité continuelle. Tous deux recevront ailleurs, l'un le prix et la couronne de sa résignation et de sa patience, l'autre le châtiment et la peine de ses crimes et de sa perversité. Riches et pauvres, gravez cette parabole, vous sur les murs de vos maisons, vous dans l'intérieur de vos âmes; n'en perdez jamais le souvenir, rappelez-la toujours à votre mémoire. Ou plutôt, riches, gravez-la vous-mêmes dans vos coeurs et non sur vos murs, portez-la sans cesse avec vous, et elle vous donnera les plus utiles leçons de sagesse et de philosophie chrétienne. En effet, si nous portions cette parabole gravée au dedans de nous-mêmes, si nous y pensions continuellement, ni les joies ni les peines de ce monde ne pourraient ni nous enfler ni nous abattre : nous les verrions les unes et les autres avec la même indifférence que nous regardons de simples peintures sur le bois ou sur la toile. Et comme en voyant un riche et un pauvre représentés dans un tableau, nous ne sentons ni jalousie pour l'un ni mépris pour l'autre, par la raison que ce qui s'offre à nos yeux n'est qu'une ombre et non la réalité : de même, si nous connaissions la vraie nature de la pauvreté et des richesses, de l'ignominie et de la gloire, de toutes les autres choses tristes et agréables, nous serions bientôt affranchis de tous les troubles qu'elles peuvent occasionner en nous. Oui, tous les objets du siècle sont plus trompeurs qu'une ombre; et une âme grande et généreuse n'est pas plus éblouie et enorgueillie par la splendeur de la plus haute fortune, qu'affligée et consternée par la bassesse de la condition la plus obscure.

Mais écoutons et achevons d'expliquer les paroles du riche : Je vous conjure et je vous supplie, père Abraham, d'envoyer Lazare dans la maison de mon père où j'ai cinq frères, afin qu'il leur annonce ce que je souffre, et qu'ils ne viennent pas dans ce lieu de tourment. Il demande pour d'autres, n'ayant pu rien obtenir pour lui-même. Voyez combien la punition l'a rendu doux et humain : lui qui avait méprisé et dédaigné Lazare, quoique présent et sous ses yeux, songe à d'autres qu'il ne voit pas ; plein d'égard et d'attention, il s'occupe d'eux avec inquiétude, il cherche tous les moyens de les garantir des maux qui les menacent. Il conjure Abraham d'envoyer Lazare dans la maison de son père, dans l'endroit même où ce généreux athlète a signalé toute sa vertu. Que ceux, semble-t-il dire, qui l'ont vu combattre; le voient couronné; que ceux qui ont été les témoins de son indigence, de la faim et de tous les maux qu'il a soufferts, le soient du changement heureux qu'il éprouve, de la gloire et des honneurs dont il est comblé ; afin qu'instruits par ce double exemple, et convaincus que tout ne finit pas avec cette vie, ils se disposent à éviter le supplice et les tourments que leur frère endure. Que lui répond Abraham? Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent. Vous n'êtes pas aussi occupé de vos frères que Dieu qui les a créés, qui leur a donné une infinité de maîtres pour les avertir, les conseiller et les reprendre. Non, père Abraham, réplique le riche, mais si quelqu'un des morts va les trouver, ils le croiront. On sait quel est le langage du peuple : Où sont maintenant ceux qui nous ont parlé d'une autre vie ? qui en est revenu? qui est ressuscité des morts, et nous a rapporté ce qui se passe dans un autre monde? Par combien de pareils propos le riche ne s'était-il pas abusé lui-même lorsqu'il vivait dans les délices? Car ce n'est pas sans raison qu'il demandait qu'on envoyât quelqu'un des morts à ses frères : et comme il avait méprisé les Ecritures, qu'il s'en était moqué, qu'il avait regardé comme des fables ce qu'elles disent d'une autre vie, il supposait à ses frères les sentiments qu'il avait éprouvés lui-même. Ils se défieront, dit-il, des Ecritures ; mais si quelqu'un des morts va les trouver, ils ne refuseront pas de croire, ils ne se moqueront point de ce qu'on leur dira, ils y feront plus d'attention. Que répond Abraham ? S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, quand quelqu'un des morts ressusciterait, ils ne l'écouteraient pas davantage. Les Juifs sont une preuve que celui qui n'écoute pas les Ecritures, n'écouterait pas les morts s'ils ressuscitaient; ils n'avaient écouté ni Moïse ni les prophètes, ils n'ont pas cru non plus les morts qu'ils voyaient ressuscités, mais ils cherchaient à faire périr Lazare, et ils persécutaient les apôtres, quoique plusieurs morts eussent été rendus à la vie dans le temps de la prédication de la croix.

3. Mais afin d'apprendre d'ailleurs que les instructions des prophètes sont plus sûres que les témoignages des morts, considérez que tout (495) mort n'est qu'un esclave, au lieu que les paroles de l'Ecriture sont les oracles du Maître; en sorte que quand un mort ressusciterait, quand un ange descendrait du ciel, tout ce qu'ils pourraient nous dire ne serait pas aussi authentique que les Ecritures, qui nous ont été données par le Seigneur des anges, par le souverain Arbitre des morts et des vivants.

Au reste, on peut prouver encore par les tribunaux de ce monde, que ceux qui demandent que les morts reviennent, demandent une chose inutile. Quoique les fidèles voient l'enfer des yeux de la foi, il n'est pas visible pour les incrédules. Les tribunaux sont visibles, et nous entendons dire tous les jours qu'un tel a été traîné au supplice, que les biens d'un tel ont été confisqués, qu'un autre a été condamné à travailler aux mines, un autre à périr dans les flammes, qu'un autre a subi un autre genre de peine;. cependant les fourbes, les méchants et les malfaiteurs qui entendent parler de ces condamnations, ne se corrigent pas. Et que parlé je de ceux quine sont jamais tombés entre les mains de la justice? souvent même des hommes qui ont été pris, qui ont échappé à la peine, qui se sont enfuis en perçant la prison, se sont livrés aux mêmes excès, ou même ont enchéri sur leurs anciens crimes. Ne cherchons donc pas à entendre de la bouche des morts ce que les saintes Ecritures nous apprennent tous les jours plus clairement.

Si Dieu avait su que les morts ressuscités pourraient être utiles aux vivants, lui qui a tout fait pour l'avantage de l'homme, lui. aurait-il fermé cette voie d'instruction? aurait-il négligé ce moyen, s'il avait pu lui être d'une grande utilité? Ajoutons que si des morts eussent dû ressusciter sans cesse, et nous rapporter ce qui se passe dans un autre monde, ces résurrections avec le temps auraient fini par être méprisées. Enfin le démon aurait eu beaucoup plus de facilité pour introduire ses dogmes pervers. Il aurait pu souvent faire paraître des fantômes, ou même, faisant agir des imposteurs qui se seraient fait passer pour des morts ressuscités, il eût, par leur moyen, fait croire aux esprits abusés tout ce qu'il aurait voulu. Car si maintenant, que rien de pareil n'existe, les images des morts représentées en songe ont trompé plusieurs personnes et causé leur perte, que n'eût pas fait le démon; si t'eût été une vérité certaine et reconnue parmi les hommes, que plusieurs morts reviennent à la vie, quelles ruses le démon, cet esprit méchant et impur, n'aurait-il pas employées pour répandre ses erreurs dans le monde? C'est pourquoi Dieu a fermé les portes au mensonge et ne permet qu'aucun des morts revienne à la vie pour annoncer ce qui se passe dans un autre monde, de peur que le démon ne prenne de là sujet de dresser toutes ses machinations; le démon, dis-je, qui suscita de faux prophètes, lorsqu'il y avait des prophètes ; de faux apôtres, lorsqu'il y avait des apôtres; de faux christs, lorsque le Christ parut; qui enfin, lorsqu'on prêchait une saine doctrine, cherchait à introduire une doctrine perverse, et semait partout l’ivraie. Si donc l'apparition des morts eût eu lieu, le démon eût essayé de la contrefaire parles moyens qui lui sont propres, non en ressuscitant véritablement les morts, mais en trompant les yeux par des illusions et par des prestiges; ou même il eût tout confondu et tout bouleversé en faisant agir, comme je l'ai déjà dit, des imposteurs (lui se seraient fait passer pour morts. Mais Dieu qui prévoyait ces désordres, et qui voulait nous apprendre à regarder les divines Ecritures comme plus certaines que tout le reste, Dieu a fermé toute voie aux artifices du démon, et, par attention pour nous, il n'a permis à aucun des morts de revenir parmi les vivants leur parler de ce qui se passe dans un autre monde. N'a-t-il pas fait éclater à nos yeux des prodiges beaucoup plus frappants que l'apparition des morts ? Il a converti toute la terre, dissipé partout l'erreur, ramené la vérité, opéré ces grandes révolutions par le ministère de simples pêcheurs, d'hommes sans crédit et sans lettres; il nous a donné partout des preuves évidentes d'une bonté attentive. Ne pensons donc pas que tout se termine avec la vie, mais croyons que nous serons jugés après notre mort, récompensés ou punis de ce que nous aurons fait de bien ou de mal sur la terre.

C'est une vérité si manifeste et si généralement connue, que les Juifs, les Grecs, les hérétiques, enfin tous les hommes sont d'accord sur ce point essentiel. Et si tous ne raisonnent pas juste sur la résurrection, tous du moins s'accordent et se rapprochent sur l'existence d'un jugement au sortir de cette vie, d'un tribunal qui distribue des récompenses et des peines pour les bonnes et les mauvaises actions. Si cela n'était pas, pourquoi Dieu aurait-il fait rouler les cieux sur nos têtes, pourquoi aurait-il affermi la terre sous nos pieds, l'aurait-il environnée de la mer, enveloppée de (496) l'air? pourquoi sa Providence nous aurait-elle prodigué tous ses soins, si elle ne devait pas les étendre au delà de cette vie mortelle?

4. Ne voyez-vous pas combien d'hommes, fidèles à la pratique de la vertu, sont morts après avoir essuyé mille disgrâces, sans avoir éprouvé aucun bonheur? combien d'autres au contraire qui ont commis une infinité de crimes, qui ont pillé le bien d'autrui, dépouillé et opprimé la veuve et l'orphelin, ont fini leurs jours après avoir été comblés de richesses, après avoir joui de toutes les délices et de toutes les prospérités de ce siècle sans aucun mélange d'afflictions?

Quand donc les premiers recevront-ils le prix de leur vertu ou les autres porteront-ils la peine de leur perversité, si tout finit avec la vie présente? S'il existe un Dieu, comme il en existe un, tout le monde conviendra que ce Dieu est juste; on conviendra de même qu'étant juste, il rendra aux bons et aux méchants selon leurs oeuvres; or, s'il doit traiter les uns et les autres suivant leur mérite, et qu'ici-bas le méchant ne soit pas. puni de ses crimes, ni le bon récompensé de sa vertu, il est clair qu'il doit y avoir un temps et un lieu où ils recevront chacun le traitement dont ils sont dignes.

Mais pourquoi Dieu a-t-il placé au dedans de nous un juge aussi constamment en éveil et aussi attentif? je veux dire la conscience. Non, il n'est pas dans le monde de juge aussi vigilant que notre conscience. Les autres juges peuvent être ou corrompus par l'or, ou gagnés par la flatterie, ou intimidés par la crainte; tels sont les motifs, sans parler de beaucoup d'autres, qui altèrent, qui pervertissent leur jugement, mais auxquels la conscience ne cède jamais. On aurait beau offrir de l'or, flatter, menacer, employer tous les moyens imaginables, elle portera toujours une sentence sévère contre les pensées des pécheurs. Celui qui a fait la faute se condamne lui-même sans que personne l'accuse. Et ce n'est pas une fois, deux fois, mais à plusieurs reprises, et pendant tout le cours de la vie, que la conscience s'élève contre le coupable. Quelque long espace de temps qui se soit écoulé, elle n'a pas oublié ses fautes, elle les lui reproche avec force au moment qu'il les commet, avant qu'il les ait commises, après qu'il les a commises, et surtout lorsqu'elles sont consommées. Car au moment où nous commettons le péché, enivrés par le plaisir, nous sentons moins le mal que nous faisons. Mais lorsqu'il est commis et consommé, c'est alors surtout que, la passion étant éteinte, l'aiguillon du repentir vient tourmenter notre âme. Dans les douleurs qu'il nous cause, il nous arrive tout le contraire de ce qu'éprouvent les femmes dans le travail de l'enfantement. C'est avant d'avoir mis leur enfant au monde que les femmes souffrent des peines insupportables, des douleurs aiguës et déchirantes : dès que l'enfant est sorti des entrailles, les douleurs cessent et sont sorties, pour ainsi dire, avec lui. Il n'en est pas de même dans le péché. Tant que nous concevons et que nous formons au-dedans de nous-mêmes des desseins criminels, nous paraissons contents et satisfaits; dès que nous avons enfanté le péché, que nous avons produit ce fruit malheureux, c'est alors que, frappés de sa difformité, nous éprouvons des douleurs plus vives et plus cruelles qu'une femme qui est sur le point de mettre un enfant au monde. Ainsi je vous exhorte principalement à n'admettre en vous aucune pensée mauvaise; ou ou si vous l'admettez, à étouffer sur-le-champ ce germe de corruption. Que si vous avez porté la faiblesse jusqu'à consommer et enfanter le péché, donnez-lui aussitôt la mort par la confession et par les larmes en vous accusant vous-même.

Car, rien n'est si destructif du péché que l'accusation et la condamnation de soi-même avec repentir et avec larmes. Vous avez condamné votre faute; dès lors vous en avez déposé le fardeau funeste. Qui le dit? Dieu lui-même qui nous juge : Confessez, dit-il, le premier vos péchés, afin que vous soyez justifié. (Is. XLIII, 26.) Eh ! pourquoi, je vous le demande, rougiriez-vous de dire vos fautes? Est-ce que vous les dites à un homme pour qu'il vous en fasse des reproches? Est-ce que vous les avouez à votre compagnon de servitude afin qu'il aille les divulguer? c'est à votre Seigneur, c'est à un père tendre et attentif, c'est à un médecin que vous montrez vos plaies. Quand vous ne lui confesseriez pas vos fautes, il ne les ignorerait pas, lui qui les connaissait avant qu'elles fussent commises. Pourquoi ne lui en feriez-vous pas l'aveu? Votre accusation, loin de rendre plus pesant le fardeau de vos péchés, le rend plus léger et plus doux. Le Seigneur veut que vous déclariez vos fautes, non pour les punir, mais pour vous (497) les pardonner; non pour apprendre de vous que vous êtes coupable, puisqu'il le sait par lui-même , mais pour que vous appreniez quelle dette il vous remet. Il veut que vous connaissiez la grandeur du bienfait qu'il vous accorde, afin que vous ne cessiez de lui en rendre grâce, afin que vous soyez plus lent à commettre le péché, et plus ardent à pratiquer la vertu. Si vous ne déclarez pas la grandeur de la dette, vous ne reconnaîtrez pas tout le prix de la rémission. Je ne vous force pas, dit-il, de paraître en plein théâtre et de prendre un grand nombre de témoins. Confessez votre faute à moi seul en particulier, afin que je guérisse votre plaie et que je vous délivre de vos douleurs (1).

Voilà pourquoi Dieu nous a donné les remords de la conscience, en cela plus attentif que le plus tendre des pères. Lorsqu'un père a averti son fils plusieurs fois, et qu'il reste incorrigible, il cesse enfin de l'avertir, le renonce pour son fils, le chasse de sa maison, et le retranche de sa parenté. Il n'en est pas de même de la conscience. Quand elle nous aurait avertis mille fois sans que nous l'ayons écoutée, elle nous avertit toujours, et ne cesse pas jusqu'à notre dernier soupir. Elle nous fait entendre sa voix dans les maisons, dans les carrefours, à table, dans la place publique, dans les chemins : souvent même, pendant le sommeil, elle nous présente le tableau et l'image de nos crimes.

5. Et voyez la sagesse de Dieu ! Il n'a point permis que les reproches de la conscience fussent continuels, parce que nous n'aurions pu en supporter le poids, si elle nous eût accusés continuellement; d'un autre côté, il n'a point voulu qu'elle fût assez faible pour se lasser après une ou deux réprimandes. En effet, si elle eût dû nous tourmenter chaque jour et à chaque heure, nous aurions succombé sous l'excès de la peine ; ou si, après nous avoir avertis une ou deux fois, elle eût cessé de nous reprendre, nous n'en aurions pas retiré un grand fruit. Voilà pourquoi Dieu a voulu que ses reproches fussent fréquents, mais non continuels : fréquents, pour que nous ne tombions pas dans le relâchement, mais pour qu'avertis toujours et jusqu'à la fin, nous soyons éveillés et attentifs; il n'a point voulu qu'ils fussent continuels et qu'ils vinssent coup sur coup, pour que nous ne soyons pas découragés, mais

 

1. Voyez tome Ier, page 224.

 

que nous respirions dans des moments de relâche et de repos. Car, si ne s'affliger aucunement de ses fautes, est quelque chose de funeste et qui produit une insensibilité extrême, s'affliger continuellement et outre mesure, n'est guère moins nuisible, parce que l'excès de l'affliction étouffe en nous les sentiments naturels, accable l'âme, l'atterre, la rend incapable de produire de bonnes actions.

Voilà pourquoi Dieu ne permet à la conscience de nous poursuivre et de nous accuser que par intervalles, d'autant plus qu'elle n'épargne point le coupable, et qu'il n'est point pour lui d'aiguillon plus cuisant. Ce n'est pas seulement lorsque nous péchons nous-mêmes, mais lorsque d'autres commettent les mêmes fautes, qu'elle se réveille, qu'elle s'élève contre nous avec force. Un débauché, un adultère, un voleur, prennent pour eux-mêmes les reproches qu'ils entendent faire à d'autres qui se sont livrés aux mêmes excès; et des réprimandes étrangères leur remettent sous les yeux leurs fautes personnelles ; c'est un autre qu'on accuse , et celui qui n'est pas accusé sent le même coup lorsqu'il a commis le même attentat. Il en est de même pour les bonnes actions, ceux qui ont bien agi eux-mêmes se réjouissent. et triomphent des louanges et des couronnes accordées à d'autres, comme s'ils étaient loués eux-mêmes et couronnés. Qu'y a-t-il donc de plus misérable que le pécheur qui est humilié des reproches qu'on fait à d'autres? Quoi de plus heureux que celui qui pratique la vertu, puisque la joie épanouit son âme lorsqu'on donne à d'autres des éloges, éloges qui lui rappellent le doux souvenir de ses bonnes actions ? C'est donc un effet de la sagesse de Dieu, une preuve non équivoque de sa providence attentive, de nous avoir préparé dans les remords de la conscience une ancre sacrée qui nous arrête, et qui empêche que notre âme ne se plonge sans ressource dans l'abîme du péché.

Ce n'est pas seulement dans l'instant où nous péchons, mais bien des années après, qu'elle nous rappelle souvent nos anciennes fautes. Joseph fut vendu autrefois par ses frères, qui n'avaient à lui reprocher que d'avoir eu un songe qui présageait sa gloire future : J'ai vu, dit-il, vos gerbes gui se prosternaient devant ma gerbe. (Gen. XXXVII, 7.) Cependant ils auraient dû le conserver pour cette raison-là même, parce qu'il devait être (498) la couronne de toute sa maison, la splendeur de toute sa famille. Mais telle est l'envie, qu'elle s'oppose même à la gloire qui doit rejaillir sur elle; et l'envieux souffrirait plutôt mille maux que de voir son prochain jouir d'une prospérité dont il pourrait partager l'éclat. Quoi de plus misérable qu'une pareille disposition ! C'est ce qu'ont éprouvé les frères de Joseph ; lorsqu'ils l'aperçurent de loin venant leur apporter de la nourriture, ils se dirent les uns aux autres : Venez, donnons-lui la mort, et voyons ce que deviendront ses songes. (Gen. XXXVII, 20.) Eh quoi! si vous ne respectiez pas le nom de frère, si vous aviez étouffé les sentiments de la nature, ne deviez-vous pas du moins songer aux aliments qu'il vous apportait, à la fonction qu'il remplissait envers vous? ne deviez-vous pas penser qu'il était envoyé pour vous nourrir ? Mais considérons comment ils prophétisent malgré eux : Venez, disent-ils, donnons-lui la mort, et voyons ce que deviendront ses songes. S'ils n'eussent pas attenté à sa vie, s'ils ne lui eussent pas tendu des piéges, s'ils n'eussent pas formé le projet criminel de le perdre, ils n'auraient pas su ce que valaient ses songes. Car monter sur le trône d'Égypte sans passer par aucune disgrâce, n'était pas pour Joseph une chose aussi merveilleuse que de parvenir à toute cette splendeur malgré les empêchements et les obstacles. Si ses frères n'avaient pas cherché à le faire périr, ils ne l'auraient pas vendu pour l'Égypte ; s'ils ne l'avaient pas vendu pour l'Égypte, la femme de son maître n'eût pas conçu pour lui de la passion; si elle n'avait pas conçu pour lui de la passion, il n'aurait pas été jeté en prison, il n'aurait pas expliqué le songe des prisonniers, il n'aurait pas partagé le trône d'Égypte, ses frères ne seraient pas venus pour acheter du blé, ils ne se seraient pas prosternés devant lui. Ainsi, c'est surtout parce qu'ils voulaient le faire mourir qu'ils ont reconnu la vérité de ses songes. Quoi donc ! ont-ils été eux-mêmes les artisans de sa prospérité et de sa grandeur? Non, assurément. Mais tandis qu'ils méditaient de le livrer à la mort, à l'affliction, à la servitude, aux maux les plus horribles, Dieu, qui sait tirer le bien du mal, s'est servi de leur malice pour élever et glorifier celui qu'ils avaient vendu, celui qu'ils voulaient perdre.

6. Et pour que vous ne vous imaginiez pas que ces événements sont l'effet d'un concours fortuit de circonstances, la suite de quelque révolution soudaine, Dieu exécute son dessein par les mains de ceux même qui s'y opposent et le combattent. Il se sert pour l'élévation de Joseph du ministère même de ses ennemis, afin que vous appreniez que personne ne peut empêcher ce que Dieu a résolu, que personne ne peut détourner son bras puissant; afin que, quand vous serez exposé à quelque persécution, vous n'éprouviez ni découragement ni dépit, mais que vous sachiez que la persécution n'aura qu'une issue heureuse, pourvu que vous supportiez courageusement ses assauts. Par exemple, vous voyez que c'est l'envie qui a revêtu Joseph du souverain pouvoir, qui l'a placé sur le trône , qui a ceint sa tête du diadème ; vous voyez que c'est la persécution qui l'a porté au faîte de la grandeur et de la puissance. Le persécuté a régné en Egypte, les persécuteurs ont été ses esclaves; l'un a reçu les hommages, les autres se sont prosternés devant lui. Lors donc que vous êtes assailli de malheurs continuels, ne vous troublez pas, ne vous emportez pas, mais attendez la fin. Cette fin sera digne de la bonté d'un Dieu libéral, pourvu que vous receviez avec action de grâce les événements intermédiaires. Exposé aux plus grands périls à cause des songes dont il avait été favorisé, vendu par ses frères, sollicité par la femme de son maître, jeté en prison, Joseph ne s'est pas dit à lui-même : Hélas ! que mes songes ont été trompeurs ! je me vois chassé de ma patrie, privé de la liberté. Pour plaire à Dieu, je n'ai pas cédé aux sollicitations de la femme de mon maître, qui m'invitait au crime, je suis puni pour ma vertu et pour ma sagesse. Le Seigneur ne m'a pas défendu, ne m'a pas soutenu de son bras, mais il a permis que les liens et les disgrâces se multipliassent pour moi, se succédassent sans interruption. Au sortir de la citerne j'ai trouvé la servitude; après la servitude, des sollicitations dangereuses; après les sollicitations, la calomnie; après la calomnie, la prison. Aucun de ces événements n'a troublé, n'a affaibli le courage du juste Joseph; il est resté ferme dans son espérance, et dans la conviction intime que la parole de Dieu ne pouvait manquer d'avoir son effet. Dieu aurait pu exécuter ses grands desseins le jour même; mais il permet qu'il s'écoule un long espace de temps, qu'il survienne un grand nombre d'obstacles, afin que vous sachiez quelle est la puissance (499) de Celui qui peut accomplir ses promesses lorsqu'on désespère le plus d'en voir l'accomplissement, afin que vous connaissiez la foi et la patience de ses serviteurs, à qui les accidents les plus tristes ne peuvent faire perdre l'espoir des biens qu'ils attendent.

Cependant les frères de Joseph, poussés par la famine qui les faisait marcher malgré eux , qui les traînait comme par la main d'un soldat devant leur frère établi gouverneur d'Egypte, se présentent à lui pour acheter du blé. Joseph les ayant traités d'espions (Gen. XLII, 9) : Quoi donc ! se disent-ils les uns aux autres, nous venons pour acheter du blé, et nous courons risque de perdre la vie ! Oui, sans doute, puisque votre frère,vous apportant de la nourriture, a couru des risques pour ses jours; avec cette différence néanmoins qu'il a couru des risques réels, au lieu qu'il ne vous menaçait que pour vous effrayer. Sans être votre ennemi , il jouait le rôle d'un ennemi, afin d'apprendre exactement ce qui se passait dans sa famille. Les frères de Joseph avaient signalé à son égard leur méchanceté et leur ingratitude , Joseph ne voyait pas Benjamin avec eux, craignant alors que cet enfant n'eût éprouvé le même sort que lui, il ordonne que l'un d'eux soit laissé et enfermé, et il permet aux autres de partir avec le blé qu'ils avaient acheté, menaçant de les faire mourir s'ils ne lui amenaient leur jeune frère. Ensuite il leur dit : Laissez quelqu'un d'entre vous, et amenez-moi votre frère, sinon je vous ferai mourir; que se dirent-ils alors les uns aux autres ? C'est justement que nous souffrons tout ceci parce que nous avons péché contre notre frère , que nous ne l'avons pas écouté lorsqu'il nous suppliait. Voyez-vous depuis combien d'années ils se rappellent leur ancienne faute ! Ils avaient dit autrefois à leur père: Une bête cruelle a dévoré Joseph (Gen. XXXVII, 35) ; et maintenant en présence de Joseph lui-même qui les entendait, ils confessaient leur attentat. Chose étonnante ! nous voyons ici un jugement sans corps de preuves, une apologie sans accusation, la conviction d'un fait sans témoins, les auteurs du crime s'accusant eux-mêmes, et publiant ce qui s'était passé dans le secret. Qui donc leur a persuadé, les a forcés d'exposer au grand jour un forfait commis il y a si longtemps? n'est-il pas clair (lue c'est la conscience, ce juge incorruptible, qui agitait sans cesse leur âme et qui la troublait? Celui dont ils avaient médité la mort, assis sur un tribunal, les jugeait en silence; et sans qu'on rendît contre eux de jugement, ils prononçaient eux-mêmes contre eux-mêmes une sentence de condamnation. Ils se condamnaient donc les uns les autres; l'un d'eux se justifiait en ces mots : Ne vous ai-je pas dit alors : Ne faites pas de mal à cet enfant, ne commettez pas un si grand crime contre votre propre frère; c'est son sang aujourd'hui que Dieu redemande de nous? Toutefois Joseph, qu'ils avaient voulu immoler à leur envie, ne leur parlait pas de leur action criminelle; mais, assis sur son tribunal , sans les interroger sur leur faute, il demandait qu'ils lui amenassent leur jeune frère. C'était leur conscience qui, saisissant cette occasion, s'élevait contre eux, leur faisait éprouver ses vifs remords, et, sans que personne les y forçât, leur faisait confesser leur crime. C'est ce qui nous arrive souvent à nous-mêmes pour nos fautes passées; les maux et les disgrâces que nous éprouvons nous rappellent le souvenir de ces fautes.

7. Convaincus de cette vérité, lorsque nous avons fait quelque mauvaise action, n'attendons pas qu'il nous survienne des malheurs, que nous soyons exposés à des périls, jetés dans les fers; mais interrogeons chaque jour et à chaque moment le juge placé au dedans de nous, prononçons contre nous-mêmes , cherchons tous les moyens de nous justifier devant Dieu ; ne disputons pas sur la résurrection et sur le jugement dernier, ne permettons pas que d'autres disputent sur ces objets; mais fermons-leur la bouche par toutes les raisons que nous venons de produire. Non, si nous ne devions pas un jour rendre compte de ce que nous avons fait de mal, Dieu n'aurait point placé au dedans de nous un pareil juge; il ne nous aurait point fait ce présent, qui est une preuve insigne de sa bonté. En effet, comme il doit nous demander compte un jour de nos oeuvres, il nous a donné la conscience, ce juge incorruptible, qui, nous jugeant ici-bas sur nos fautes et nous rendant plus sages, nous fera éviter la rigueur du dernier jugement. C'est ce que dit saint Paul : Si nous nous jugions nous-mêmes, dit cet apôtre, nous ne serions pas jugés parle Seigneur. (I Cor. II, 31.) Voulons-nous donc n'être pas punis alors, ne pas rendre compte de nos actions, descendons chacun dans notre conscience, examinons notre vie , et, parcourant toutes nos fautes avec exactitude , condamnons notre coeur qui les a commises, affligeons notre âme (500) coupable, punissons et réprimons nos affections criminelles, infligeons-nous à nous-mêmes la peine de nos péchés par une condamnation sévère, par une pénitence rigoureuse, par les larmes, par la confession, par le jeûne et l'aumône, par la tempérance et la charité; afin que, déposant ici-bas toutes nos fautes par tous les moyens qui sont en notre pouvoir, nous puissions paraître avec toute confiance devant le souverain Juge. Puissions-nous l'obtenir, cette confiance, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec qui la gloire soit au Père j et à l'Esprit-Saint, dans tous les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

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