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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 03:35

SIXIÈME HOMÉLIE. SUR SAINT PHILOGONE.

 

ANALYSE. Combien la vie future l'emporte sur la vie présente. — Saint Philogone fréquente d'abord le barreau. — Choisi pour évêque, il pratique toute sorte de vertus. — Exhortation pour la fête de Noël qui approchait. — Une vraie pénitence quoique courte peut purifier la conscience. — Manière de faire pénitence.

 

            1. Je voulais encore aujourd'hui descendre dans l'arène contre les hérétiques, et m'acquitter de ma dette 'envers vous; mais la fête de saint Philogone, que nous célébrons en ce jour, m'invite à vous raconter ses grandes actions. Il me faut obéir, car si celui qui maudit son père ou sa mère mérite la mort, celui qui les bénit, au contraire, mérite de vivre. (Ex. XXI, 16; Lév. XX, 9.) Et si tel doit être notre respect pour nos parents, selon, la: nature, combien plus devons-nous honorer nos Pères spirituels, surtout quand la louange, si elle n'ajoute rien à la gloire dont ils jouissent dans l'autre monde, devient pour vous et pour moi une source de bénédictions. Ce grand saint est au ciel, et il n'a pas besoin de nos éloges pour jouir pleinement de son bonheur; mais nous, qui sommes encore sur la terre, il nous faut des encouragements, et c'est en louant ses vertus que nous serons portés à l'imiter. Aussi le Sage nous dit-il : La mémoire du juste est accompagnée de louanges. (Pro. X, 7.) L'avantage n'est pas pour les justes sortis de ce monde, mais pour nous, leurs panégyristes. Le profit que nous retirons de ces louanges n'est pas douteux ; livrons-nous-y donc avec empressement et sans hésitation. La circonstance d'ailleurs est favorable : c'est aujourd'hui que saint Philogone est passé de cette vie terrestre à une vie bienheureuse, et qu'il est arrivé au port où l'on n'a plus à craindre ni naufrage, ni afflictions, ni souffrances. Et quoi d'étonnant si ce séjour est exempt de toute tristesse, lorsque saint Paul dit aux chrétiens encore sur cette terre : Réjouissez-vous toujours, priez sans cesse. (I Thes. V, 16.)

Si dans ce bas-monde, où règnent les maladies, les persécutions, les morts prématurées, la calomnie, l'envie, le découragement, la colère, les désirs mauvais, des embûches sans nombre des inquiétudes journalières , des maux qui se succèdent sans interruption et nous accablent de chagrins, on peut cependant, d'après saint Paul, se réjouir toujours, pourvu que, se débarrassant un peu des affaires du siècle, on sache régler sa vie; à plus forte raison, jouirons-nous de ce bonheur, après avoir terminé notre pèlerinage ici-bas, alors (234) qu'il n'y aura plus ni maladies, ni passion, ni occasion de péché, alors qu'il n'y aura plus ni de tien, ni de mien; cette parole froide et dure, cause de tous nos maux, source de guerres continuelles. Aussi je félicite ce grand saint : il est parti du milieu de nous, il a quitté notre ville, mais il est entré dans une autre cité, dans la cité de Dieu; il a abandonné cette Eglise, mais il a retrouvé l'Eglise des premiers-nés inscrits dans le ciel; et en quittant nos fêtes, il est allé partager les solennités des anges; car dans le ciel, il y a une cité, une Eglise, des solennités. Ecoutez saint Paul : Vous vous êtes approchés de la ville du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, de l'Eglise des premiers-nés, qui sont écrits dans le ciel, de la fête des anges innombrables. (Héb. XII, 22 et 23.)

Ce n'est pas seulement la multitude des vertus célestes, c'est encore l'abondance des biens, de la joie et du bonheur sans fin, que saint Paul exprime par ces paroles ; car une fête (aavrwpts) consiste dans une foule nombreuse et aussi dans un marché considérable. C'est là que l'on expose, que l'on vend et que l'on achète le blé, l'orge, et toute sorte de grains; des troupeaux de brebis ou de bœufs, des habits, etc. Tout cela se retrouve donc dans le ciel, direz-vous ? — Non, mais quelque chose de bien supérieur. Il n'y a ni blé, ni orge, ni autre production semblable; on y recueille en abondance les fruits de l'esprit, la charité, la joie , l'allégresse , la paix, la bonté, la douceur. Il n'y a point de troupeau de bœufs, et de brebis, on y voit les âmes des justes, les vertus des saints et leurs bonnes oeuvres. Il n'y a ni étoffe, ni vêtements , mais des couronnes plus précieuses que l'or, des prix, des récompenses, et mille autres biens réservés à ceux qui ont vaillamment combattu. La multitude réunie au ciel est plus nombreuse et plus vénérable que tout ce qu'on voit sur la terre : ce ne sont pas seulement les hommes d'une ville ou d'un pays que l'on y voit; on y admire des millions d'anges et d'archanges; là, des troupes de prophètes, ailleurs les choeurs des martyrs, le collège des apôtres, les assemblées des justes et de toutes les âmes agréables à Dieu. C'est une fête vraiment admirable, et, pour comble de bonheur, au milieu de la fête apparaît le Monarque suprême. Car, après ces mots:de la fête des anges innombrables, saint Paul ajoute : de Dieu, le juge de tous. Vit-on jamais le roi paraître au milieu d'une fête ? ici-bas, jamais; dans le ciel, au contraire, les saints le voient sans cesse au milieu d'eux, autant qu'ils peuvent le voir; la splendeur de sa gloire embellit leur assemblée. Nos fêtes finissent souvent à midi: celle-là dure éternellement; elle n'attend ni le retour des mois, ni les révolutions des années ou des jours; c'est une fête perpétuelle; ses joies n'ont pas de bornes, ne connaissent pas de fin, ne peuvent ni vieillir ni se flétrir, elles sont toujours jeunes et immortelles. Là, aucun trouble, aucun désordre, mais une harmonie parfaite ; de tous les coeurs s'élève vers le souverain Créateur un concert mélodieux, plus doux que toute musique humaine, et l'âme, comme dans un sanctuaire impénétrable, célèbre une liturgie divine qui ne doit point finir.

2. C'est aujourd'hui que saint Philogone est passé à cette vie bienheureuse et immortelle, Quel discours égalerait la gloire de ce saint, jugé digne d'un tel bonheur? Aucun; garderons-nous pour cela le silence ? Et pourquoi sommes-nous réunis? Dirons-nous que nos paroles ne peuvent atteindre à la sublimité de ses actions? et c'est ce motif même qui nous engage à parler, parce que le plus bel éloge que l'on puisse faire, c'est de reconnaître que l'on ne peut égaler les paroles aux actions; car, pour louer des oeuvres qui surpassent la nature mortelle , le langage humain est insuffisant. Toutefois saint Philogone ne repoussera pas notre parole , il imitera son Maître. Celui-ci, ayant vu une pauvre veuve offrir deus oboles, ne la récompense pas seulement de ces deux oboles. Pourquoi ? parce qu'il considère non la quantité des richesses, mais la libéralité du coeur. Si vous comptez l'or ou l'argent, vous trouverez dans l'aumône de la veuve une grande pauvreté; si vous examinez la volonté, vous verrez un trésor infini de générosité ! Malgré notre dénuement, nous offrons, nous aussi, ce que nous avons. Si cette offrande ne répond pas à la grandeur du glorieux Philogone, il est pourtant de sa générosité de ne la point refuser, et d'en user comme font, ordinairement les riches en pareil cas. Lorsque les riches reçoivent dés pauvres de petits présents dont ils n'ont aucun besoin, ils les récompensent largement d'une offrande proportionnée à leurs moyens. Ainsi ce grand saint recevra nos louanges dont il n'a pas (235) besoin, et en retour nous comblera des bénédictions qui nous sont toujours si nécessaires. Par où faut-il commencer ce panégyrique? n'est-ce pas par la fonction sainte que la grâce du Saint-Esprit lui a confiée? Les charges, dans le monde, ne sont pas toujours une preuve des vertus de ceux qui les exercent, elles forment même souvent une présomption défavorable. Pourquoi? c'est que ces charges s'obtiennent par l'influence des amis, par des démarches et des flatteries, et par d'autres manoeuvres plus honteuses; mais quand Dieu a parlé et a donné son suffrage, quand sa main a touché la tête sacrée de l'élu, l'élection est pure, le jugement à l'abri de tout soupçon, et l'autorité de celui qui a choisi est une preuve infaillible du mérite de celui qui est appelé.

Saint Philogone fut ainsi choisi de Dieu; la pureté de ses moeurs le prouve. C'est du barreau qu'il fut tiré pour être placé sur le trône épiscopal ; il avait une femme et une fille, et exerçait les fonctions d'avocat. Néanmoins il menait une vie si chaste et si pure, ses vertus brillaient d'un si vif éclat que, de suite, on le trouva digne de cette grande charge, et qu'il passa immédiatement du siège des avocats sur ce trône sacré. Avocat, il défendait les hommes contre les embûches de leurs ennemis; il défendait les opprimés contre les oppresseurs. Evêque, il protégea les chrétiens contre les attaques du démon : une preuve évidente de sa vertu, c'est que Dieu, dans sa bonté, l'a jugé digne de cet honneur. Ecoutez ce que Jésus-Christ ressuscité dit à Pierre. Il lui demande d'abord : Pierre, m'aimez-vous? (Jean, XXI, 16) et sur sa réponse : Vous savez, Seigneur, que je vous aime, il ne lui dit pas Quittez vos richesses, jeûnez, travaillez, ressuscitez les morts, chassez les démons; il ne lui parle ni de ces prodiges, ni de ces bonnes oeuvres ; mais laissant tout cela de côté, il ajoute : Si vous m'aimez, paissez mes brebis. Par ces paroles, il nous montre non-seulement combien Pierre l'aimait, mais aussi que la charité de saint Pierre, pour ses brebis, était une grande preuve de son amour pour son divin Maître. Jésus-Christ semble dire : il m'aime, celui qui aime mes brebis. Considérez combien Jésus-Christ a souffert pour ce troupeau : il s'est fait homme , il a pris la forme d'un esclave , il a été bafoué , souffleté, enfin il a accepté la mort, et la mort la plus ignominieuse, puisqu'il a versé son sang sur la croix. Si donc vous voulez lui plaire, veillez sur ses brebis, recherchez le bien publie, travaillez au salut de vos frères. Rien n'est plus agréable à Dieu; aussi ailleurs il dit : Simon, Simon, Satan a demandé de vous cribler comme le froment; j'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point. (Luc. XXII, 31.) Que me donnerez-vous en retour de mes soins et de ma sollicitude? Mais que demande le Sauveur? le même zèle qu'il a montré lui-même. Une fois converti, dit-il à Pierre, confirmez vos frères. Et saint Paul exprime la même pensée : Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ. (I Cor. IV, 16.) Comment êtes-vous imitateur du Christ, ô grand apôtre? En tâchant de plaire à tous en tout, en cherchant non ce qui m'est avantageux, mais ce qui est avantageux à plusieurs pour être sauvés. (I Cor. X, 33.) Et ailleurs il dit : Jésus-Christ n'a pas cherché à se satisfaire, mais à plaire à plusieurs. (Rom. XV, 3.) La marque distinctive , le caractère propre du fidèle qui aime Jésus-Christ, c'est le zèle pour le salut de son prochain.

3. Qu'ils m'entendent tous, les religieux qui habitent les sommets des montagnes, et qui sont tout à fait crucifiés au monde. C'est un devoir pour eux d'aider, selon leurs forces, les évêques chargés des Eglises, de les assister par leurs prières, leur union et leur charité. Qu'ils le sachent bien, si, malgré leur éloignement, ils ne secourent les évêques chargés du soin des affaires et exposés à tant de périls , ils perdront tout le mérite de leur vie, et leur sagesse sera stérile. Telle est la plus grande preuve de l'amour envers Jésus-Christ. Voyons maintenant comment saint Philogone a exercé l'épiscopat, ou plutôt notre discours, notre parole est inutile , votre zèle le montre assez. Si, en entrant dans une vigne, vous voyez les ceps vigoureux et chargés de fruits, la vigne elle-même entourée de murs et bien défendue, vous n'avez pas besoin de longs discours, ni d'autres preuves, pour reconnaître le zèle du vigneron. De même ici, en contemplant cette vigne spirituelle et ses fruits abondants, la parole est superflue pour montrer ce qu'est votre évêque. C'est ainsi que saint Paul dit : Vous êtes notre lettre écrite dans nos coeurs et lue par tous les hommes. (II Cor. III, 2.) Le fleuve révèle la source, et l'arbre la racine.

Je devrais dire à quelle époque il exerça ses fonctions ; cette circonstance ajouterait à sa (236) gloire, et mettrait en relief ses vertus. Il y avait alors de grandes difficultés; on sortait des persécutions, les suites de cette affreuse tempête duraient encore, et les abus à corriger étaient nombreux. De plus , il faudrait raconter tout ce que, dans sa sagesse prévoyante, il fit contre l'hérésie alors naissante; mais un autre sujet nous arrête. Laissons donc cette tâche à notre Père commun, imitateur de saint Philogone, et mieux instruit que nous de l'antiquité, et passons à la seconde partie de notre discours, car voici venir une fête, la plus belle, la plus vénérable et, sans exagération , la première de toutes les fêtes. Quelle est-elle? La naissance de Jésus-Christ selon la chair.

4. Elle est la cause et l'origine de l'Epiphanie, de Pâques, de l'Ascension, de la Pentecôte. Si Jésus-Christ n'était pas né selon la chair, il n'aurait pas été baptisé , d'où l'Epiphanie; il n'aurait pas été crucifié, ce que nous rappelle le jour de Pâques; il n'aurait pas envoyé le Saint-Esprit, dont la Pentecôte est la fête. De la fête de Noël découlent nos autres fêtes, comme divers fleuves d'une même source. Ce n'est pas là le seul motif de la prééminence de cette solennité; le mystère qu'elle nous représente est de tous le plus digne de vénération..Jésus-Christ fait homme, meurt; conséquence naturelle. Quoiqu'il n'eût pas commis de péché, il avait pris un corps mortel. Ce fait n'en est pas moins admirable. Mais qu'étant Dieu, il daigne se faire homme et s'abaisser au delà de tout ce que l'intelligence peut concevoir , voilà le prodige le plus saisissant, le plus extraordinaire. Saint Paul, plein d'admiration, s'écrie : Sans doute, c'est un grand mystère d'amour. Comment ? Dieu s'est manifesté dans la chair (I Tim. III, 16) ; et ailleurs : Dieu n'a pas sauvé les anges, mais il a sauvé la race d'Abraham; c'est pourquoi il a dû en tout se faire semblable à ses frères. (Hébr. II, 16.) Aussi j'aime et je chéris cette fête, et je vous dévoile mon amour, afin de vous en rendre participants. Je vous en prie tous et vous en conjure, venez avec zèle et empressement; venez voir le Seigneur couché dans une crèche, enveloppé de langes spectacle étonnant et qui pénètre d'une sainte terreur ! quelle excuse, quel pardon, si, lorsqu'il descend du ciel pour nous, nous hésitons à sortir de nos maisons pour aller à lui? Les Mages, barbares et étrangers, accourent de la Perse pour le voir couché dans la crèche; et vous, Chrétiens, vous craignez de faire un pas pour jouir de cet heureux spectacle ! Car si nous approchons avec foi, nous le verrons couché dans la crèche; l'autel en effet, tient lieu de crèche. Là aussi sera déposé le corps du Seigneur, non enveloppé de langes, mais tout revêtu du Saint-Esprit. Les initiés me comprennent. Les Mages ne purent que l'adorer; vous, si vous approchez avec une conscience pure, vous pouvez le prendre et l'emporter avez vous, venez donc avec des présents plus saints que ceux des Mages. Ils offrirent de l'or; offrez la sagesse et la vertu; ils offrirent de l'encens , offrez des prières pures, parfums spirituels. Ils offrirent de la myrrhe, offrez l'humilité, l'aumône, un coeur soumis. Si vous approchez avec ces dons, vous pourrez en toute confiance participer à la table sainte . Je vous parle ainsi, parce que je sais que dans ce jour beaucoup se présenteront pour participer à la victime spirituelle. Pour que vous y trouviez le salut et non votre ruine et votre damnation, je vous prie et vous conjure de vous purifier avec le plus grand soin avant d'approcher des saints mystères.

5. Que personne ne dise :je suis tout confus, ma conscience est chargée de péchés; je suis accablé d'un poids énorme. Car il y a encore cinq jours, et c'est assez, si vous êtes sobres, si vous veillez, si vous priez, pour effacer beaucoup de péchés. Ne songez donc pas à la brièveté du temps; pensez à la miséricorde du Seigneur. En trois jours les Ninivites apaisèrent la colère de Dieu; malgré ce court intervalle, l'ardeur de leur zèle, avec la grâce du Seigneur, put accomplir ce grand oeuvre. La femme adultère, se jetant aux pieds de Jésus, fut en un instant purifiée de tous ses péchés; les Juifs murmuraient de ce que Jésus-Christ l'avait reçue avec tant de bonté, il leur ferma la bouche: et pour cette femme, après lui avoir remis ses fautes et loué son zèle, il la renvoya. Pourquoi? parce qu'elle vint avec une âme dévouée, un coeur brûlant, une foi ardente; parce qu'elle toucha les pieds sacrés du Sauveur, y répandit des parfums, et, les cheveux épars, versa des larmes abondantes. Ce qui lui avait servi pour tromper les hommes, devint pour elle un remède salutaire. Ses yeux, qui avaient fasciné,les impudiques, versent des larmes; de ses cheveux qui en avaient entraîné plusieurs au péché, elle essuie les pieds du Christ. Les (237) parfums, qui avaient servi d'appâts, sont répandus sur les pieds de Jésus.

Qu'il en soit ainsi de vous : que ce qui a irrité Dieu le rende maintenant propice. Vous l'avez irrité par l'avarice. Apaisez-le en restituant surabondamment le bien dérobé, et dites avec Zachée : Je rends le quadruple de tout ce que j'ai pris. (Luc. XIX, 8.) Vous 'l'avez irrité parles intempérances de la langue et les calomnies? Apaisez-le en faisant des prières pures, en bénissant ceux qui vous maudissent, en louant ceux qui vous méprisent; en rendant grâces à ceux qui vous persécutent. Pour cela, il ne faut pas des jours, des années; avec de la bonne volonté , un jour suffit. Fuyez le mal, pratiquez la vertu, rompez avec le péché, promettez de ne plus le commettre , et c'est assez pour vous justifier. Je l'atteste et j’en suis garant; si un pécheur d'entre nous abandonne ses iniquités passées et en toute sincérité promet à Dieu de n'en plus commettre, Dieu ne demande pas autre chose pour l'absoudre. Car il est bon et miséricordieux, et il désire vivement répandre sur nous sa miséricorde : nos péchés sont le seul obstacle. Renversons ce mur de séparation; commençons dès maintenant la fête , en mettant de côté toutes les affaires pendant ces cinq jours. Laissons le barreau, l'assemblée, les soins temporels, le commerce, les traités. Je veux sauver mon âme. Que sert à l'homme de gagner le monde entier, et de perdre son âme? (Matth. XVI, 26.) Les Mages sortent de la Perse; sortez des affaires de cette vie, et allez à Jésus; il n'est pas loin, si nous le voulons. Il ne faut pas traverser les mers, franchir les sommets des montagnes. Mais chez vous, par la piété et la componction du coeur, vous pouvez le voir, écarter l'obstacle et abréger la longueur de la route. Je suis un Dieu proche, et non éloigné. (Jér. XXIII, 23.) Dieu est près de tous ceux qui l'invoquent en vérité. (Ps. CXLIV, 18.)

Maintenant voyez quel excès de mépris et d'égarement chez plusieurs : accablés d'iniquités, sans aucune préparation, ils osent, les jours de fête, se présenter ainsi à la sainte table; ils ne savent donc pas que la condition pour communier, ce n'est pas de le faire un jour de fête ou de solennité, mais avec une conscience pure et une vie exempte de fautes. Celui qui ne se sent coupable d'aucun péché grave, doit s'approcher chaque jour; de même le pécheur qui ne se repent pas ne peut en sûreté communier même un jour de fête. Venir nous asseoir au banquet sacré une fois l'an , ne nous purifie pas,de nos péchés, si nous le faisons indignement, mais nous rend, au contraire, plus coupables, puisque, ne communiant qu'une fois, nous n'avons pas même alors la pureté requise.

Aussi, je vous en conjure tous, n'approchez pas des divins mystères uniquement à cause de la circonstance de la fête. Mais quand vous devez participer à la sainte Victime, purifiez-vous plusieurs jours d'avance par la pénitence, par la prière, par l'aumône, par les exercices spirituels, afin de ne pas retourner au vice comme le chien à son vomissement. Quelle folie ! on s'occupe du corps avec le plus grand soin : plusieurs jours avant la fête, on prépare ses plus beaux habits, on achète des sandales, on dresse des tables somptueuses, on fait d'amples provisions, on cherche à s'embellir, à s'orner de toutes manières; mais pour l'âme, elle est négligée, aride, hideuse, affamée, impure, et l'on ne s'en inquiète pas; on vient ici le corps bien paré et l'âme dans un état d'affreuse nudité. Votre frère voit le corps, et l'état de ce corps, quel qu'il soit, ne le scandalise pas. Dieu voit l'âme et il châtie sévèrement la négligence. Ne savez-vous pas que sur cette table est un feu spirituel, et qu'il en sort une flamme mystérieuse, comme l'eau jaillit des sources? Ne vous présentez donc pas avec de la paille, du bois, du foin; de peur d'augmenter l'incendie et de consumer votre âme; mais venez avec les pierres précieuses, l'or et l'argent des vertus, pour les purifier de plus en plus et pouvoir vous retirer chargés de richesses. Chassez, expulsez de votre âme tout ce qui est mal.

                Avez-vous un ennemi? avez-vous éprouvé quelque injustice? bannissez l'inimitié, réprimez les soulèvements de votre âme exaspérée; qu'il n'y ait au dedans de vous ni trouble, ni désordre. Vous allez recevoir un roi par la sainte communion; à l'arrivée de ce roi dans votre âme, il faut qu'il y règne le calme, la tranquillité et une paix profonde. Mais vous avez été indignement blessé, vous ne pouvez apaiser votre colère? Pourquoi donc vous nuire encore davantage? Car votre ennemi vous a causé moins de maux que vous ne vous en faites à vous-même en refusant de vous réconcilier et en foulant aux pieds les lois de Dieu. Il vous a injurié ! est-ce une raison pour (238) insulter Dieu? En repoussant la réconciliation, vous punissez moins celui qui vous a offensé, que vous n'outragez Dieu qui a porté cette loi. Laissez donc votre frère, oubliez la grandeur des injures qu'il vous a causées, mais pensez à Dieu, pénétrez-vous de la crainte du Seigneur, et souvenez-vous que plus vous vous ferez violence pour vous réconcilier, plus grand sera votre honneur auprès de Dieu qui commande le pardon. Si vous recevez Dieu ici-bas avec beaucoup de respect, là-haut, il vous recevra avec une grande gloire; il vous rendra le centuple pour récompenser votre obéissance. Puissiez vous jouir tous de ce bonheur par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ à qui soient avec le Père et le Saint-Esprit, la gloire, l'honneur, l'empire, l'adoration, dans les siècles des siècles, Ainsi soit-il.

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