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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 07:25

Evêque Jean de Saint Denis

Quelle est la conception orthodoxe de l’épiscopat et de la succession apostolique ? On m’a posé surtout le problème de la succession apostolique. Le problème est canonique mais il doit être éclairé. Écartons ici les confessions chrétiennes qui n’ont pas la succession apostolique, et prenons la succession apostolique dans les Églises romaine, anglicane, arménienne, etc. Quelle est l’attitude de l’Église orthodoxe ? On connaît mieux celle de l’Église romaine qui, au Moyen-Âge, a décidé que, si la forme et la matière du sacrement sont justes, la succession apostolique est valable. Admettons un évêque qui sort de l’Église et ordonne un autre évêque: eh bien, si cette ordination épiscopale est exacte selon la forme et la matière du sacrement, le second a la succession apostolique et il est évêque légitime. Du point de vue orthodoxe: NON !

Depuis saint Cyprien, au IIIe siècle, il y a une autre attitude. La thèse est que c’est la communauté et l’Église qui prédominent. Le sacrements n’ont pas de valeur en soi, ils ont une valeur à l’intérieur de la communauté. De ce point de vue, le sacrement épiscopal appartient seulement à l’Église.

Comment donc l’Église orthodoxe regarde-t-elle l’Église romaine ? Elle regarde et constate que l’Église romaine, tout en étant pas une Église orthodoxe, depuis des siècles a des évêques, une vie communautaire; elle a gardé les grands mystères du christianisme. C’est une Église peut-être séparée d’elle, mais à l’intérieur sa vie est pleine de ces choses-là. Alors l’Église orthodoxe va reconnaître le sacrement, parce que l’Église romaine a prouvé par sa vie que les sacrements sont valides, et parce qu’il y a l’épiscopat à l’intérieur.

Par contre prenons l’Église anglicane. L’Église romaine conteste la succession apostolique anglicane parce que la forme et la matière ne sont pas conformes. L’Église orthodoxe, elle, conteste aussi cette succession mais parce que, lorsqu’on a ordonné le premier évêque anglican, on n’avait pas l’intention de faire un évêque successeur apostolique mais un prédicateur de l’Évangile. L’Église orthodoxe dit aux anglicans: « nous reconnaîtrons votre succession si, officiellement, vous confessez la doctrine de la succession apostolique orthodoxe ». Or, comme vous le savez, l’Église anglicane n’a pas un organe officiel pour se prononcer, c’est l’unique confession dans le christianisme qui n’a pas l’unité de la foi intérieure: vous pouvez être anglican et avoir les idées catholiques romaines, orthodoxes, protestantes, de gauche ou de droite…. Et leur Prayer Book est un livre qui n’exprime pas leur doctrine mais une « opinion ». L’Église anglicane comprend plusieurs églises autocéphales; l’archevêque de Canterbury n’est pas du tout le chef de l’Église, il est premier parmi les égaux; il y a les Églises d’Angleterre, de Galles, d’Irlande… : on compte quatre Églises en Grande-Bretagne et, dans le monde entier, quinze ou seize Églises anglicanes tout à fait indépendantes, et ce Églises anglicanes n’ont ni organe, ni autorité pour s’exprimer, parce que leurs conciles sont des conciles consultatifs: quand les évêques se réunissent, ils expriment des desiderata, et ensuite, rentrant chez eux, il peuvent ne pas les suivre; il n’expriment pas une doctrine ensemble. Cela, c’est une difficulté pour l’Église orthodoxe vis-à-vis de l’Église anglicane. Mais l’Église orthodoxe reconnaît que son épiscopat est intérieur à une communauté vivante traditionnelle.

En revanche, la succession apostolique des Vieux-catholiques est très discutée par l’Église orthodoxe, alors que pour l’Église romaine elle est indiscutable. Voici comment cela s’est passé dans l’histoire pour les Vieux-catholiques d’Utrecht et les autres. Les jansénistes se sont séparés de Rome et n’avaient pas d’évêques. Or, il se trouvait un évêque ordonné par Bossuet ou son successeur, qui était en désaccord, pas du tout sur le plan de la doctrine mais sur le plan moral, avec l’administration de l’Église romaine. Venu à Utrecht, on lui demanda de consacrer un autre évêque pour l’Église d’Utrecht et il le fit sans participer à la même pensée et doctrine. Il n’était pas membre de la communauté d’Utrecht, il n’était pas devenu janséniste et il est resté romain mais, par complaisance, il a ordonné. Il n’y avait donc aucune communion entre cet évêque consécrateur et l’évêque consacré, il n’y avait pas communauté. Or, pour les orthodoxes, on ne joue pas avec l’Esprit Saint, car le sacrement est à l’intérieur d’une communauté réelle: c’est pourquoi ils contestent la succession apostolique des Vieux-catholiques. 

De ce point de vue, tous les évêques qui sont ordonnés en dehors d’une Église, en dehors d’une communauté réelle ayant une tradition témoin de vérité, pour l’Église orthodoxe sont absolument nuls. Tels sont les évêques de l’Église catholique libérale, de l’Église apostolique, etc. - un jour, à Paris, on a réuni onze de ces évêques-là, qui formellement avaient la succession apostolique parce qu’un Syrien venu d’Amérique avait ordonné Mgr Vilatte, lequel en avait ordonné d’autres, etc. Par respect on peut les appeler « Monseigneur », mais pour notre conscience ecclésiale, ils ne sont ni prêtres, ni évêques, ni rien du tout.

Même, prenons un cas particulier: un évêque, un Ukrainien, a fait un coup de tête et ordonné un évêque qui maintenant se promène en disant qu’il est Sa Blancheur Tugdual de Bretagne et d’Irlande. Sa Blancheur était un petit étudiant qui ne voulait pas étudier, et qui, après avoir trouvé cet évêque ukrainien et un conte devenu évêque par un Syrien, s’est fait ordonner, avec je ne sais pas combien de filiations magnifiques ! Maintenant Sa Blancheur se promène en Bretagne et dit qu’il n’a pas besoin de fidèles, mais il a déjà consacré trois ou quatre évêques parce que c’est plus intéressant que d’avoir des fidèles. Pour nous, Sa Blancheur est une anecdote, mais aussi un scandale. Ce n’est pas parce qu’un évêque orthodoxe s’est engagé dans cette aventure par naïveté, que lui est maintenant devenu évêque. L’évêque orthodoxe ukrainien n’avait aucun droit de se consacrer; et un évêque qui sort de la communauté n’est plus ni évêque, ni prêtre.

Tout est conditionné par la communauté, et par ces mots: « Qu’est-ce que vous confessez ?  Quelle est votre foi ? » La succession apostolique n’est pas un fil auquel on s’accroche, c’est, comme disait saint Irénée, un courant de la Tradition ininterrompue. Je peux mettre toute une succession jusqu’aux apôtres sur le papier, cela ne suffit pas:  il est nécessaire que ce soit un courant venu du temps des apôtres jusqu’à maintenant, dans la doctrine, dans la vie, comme dans la succession. Ce point de vue est tout à fait indispensable pour comprendre l’attitude de l’Église orthodoxe. Cette Église ininterrompue qu’est l’Orthodoxie ne peut « servir » à personne. Celui qui, chez elle, veut attraper les pouvoirs, même si, par naïveté, il trouve quelqu’un, ce sera nul, parce qu’on est dans l’Église ou on ne l’est pas. Un pasteur protestant a dit: « On peut créer beaucoup de choses, mais on ne peut pas inventer et créer une Église, on est dedans ou on ne l’est pas ». C’est un fait expérimental, historique et indiscutable.

L’Église orthodoxe et les autres religions


Quelle est l’attitude de l’Église orthodoxe vis-à-vis des autres religions: brahmanisme, bouddhisme, Islam - lequel représente un problème à part, parce que, même s’il est né après le Christ, on peut dire qu’historiquement il est avant. 

Toutes les religions qui existent sur terre, dans leur noyau positif (et pas seulement la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme, qui sont des lieux communs, mais aussi d’autres aspects), en réalité, si on lit attentivement saint Paul et saint Irénée, entrent comme des éléments dans la doctrine du Christ. Un exemple est cité par Clément d’Alexandrie: l’Inde, avec son idée d’atman et brahman , a vu l’unité de l’esprit humain - l’élément divin de l’homme - avec la Divinité; l’apôtre Paul dira aussi que l’Esprit est uni à notre esprit qui crie « Abba Père ». L’Inde a vu le divin dans l’être humain, l’unité de la divinité avec nous; mais cela ne signifie pas qu’elle a vu et la Trinité et l’Incarnation: il y a une grande différence ! C’était un exemple. Prenons maintenant le religion égyptienne: elle a vu le destin de l’âme après la mort, sous forme peut-être mystique, mais elle l’a vu. Et dans tous les services religieux d’enterrement des Églises romaine ou orthodoxe, on retrouve des éléments qui rappellent le livre des Morts des Égyptiens. 

Le judaïsme, nous n’en parlerons pas parce qu’il a précédé le christianisme. Quant à l’Islam, c’est un problème un peu à part. C’est une énigme du point de vue chronologique, parce qu’il est né après le christianisme mais que, si on scrute le Coran et les œuvres qui ont été écrites jusqu’à ces derniers temps, on voit nettement que l’Islam, indépendamment de son agressivité envers le christianisme - ce qui est une autre question: jusqu’à maintenant, dans les mosquées, on prie pour la destruction des juifs et des chrétiens, mais je ne parle pas de cela, je parle de l’Islam - se situe quand même dans toute la tradition d’Agar: l’apôtre Paul parle de ce peuple arabe issu d’Agar, qui est abrahamique. Vous savez que, dans l’Islam, il y a un culte à la Vierge Marie, et si vous posez la question jusqu’au bout à un Mahométan qui connaît sa religion, il vous dira que c’est la deuxième venue du Christ qui doit rectifier le Coran. Il ne croit pas à l’Incarnation, il croit à la deuxième venue.

Du point de vue historique, l’Islam est dans l’état d’agressivité. Ici il y a un double aspect. L’Islam représente certainement tout de même, pour une certaine catégorie de peuples, une sorte d’étape vers le christianisme. Parce que, même si les peuples sont égaux devant Dieu, historiquement ils ne le sont pas, quelquefois l’un avance plus rapidement, et les derniers seront les premiers - alors, peut-être les Arabes seront-ils plus grands que nous ! Et, dans un certain complexe d’évolution et de culture des différents peuples, ceux-là devaient sans doute passer par l’Islam pour arriver ensuite à une autre période… Mais il y a dans l’Islam un autre élément: l’agressivité, qui a teinté tout le Moyen-Âge, qui a provoqué des guerres, qui a inspiré les croisades (saint Bernard a été inspiré par l’Islam). On peut trouver, dans la ligne islamique, l’agressivité jusqu’à l’athéisme moderne, sans Dieu. Ainsi, il y a un élément religieux nettement positif et un élément nettement agressif.

On est là face à de ces phénomènes historiques qui peuvent avoir un double sens. Dans d’autres religions aussi, si vous regardez bien, il y a les éléments positifs entrant dans la plénitude de la doctrine du Christ, mais aussi l’élément négatif, comme par exemple dans les religions antiques, il y a l’élément diabolique, et cela, on ne doit pas non plus le cacher. Voilà pourquoi l’Église primitive était tellement violente contre l’idolâtrie: ce n’était pas par fanatisme mais parce que, selon les paroles absolument remarquables de Grégoire Palamas au XIIIe siècle: «A notre époque nous pouvons accepter l’idolâtrie parce que les idoles sont devenues des images de Dieu, mais avant, elles étaient aussi l’image du Diable ». Il y avait les deux, l’image de Dieu et l’image du Diable. On peut dépister dans les religions antiques ce double aspect.  Quand on se penche sur ces religions, il y a souvent le prince de ce monde qui occupe une place aussi prépondérante que Dieu. C’est tout un monde assez complexe, on ne doit pas l’oublier, à tel point que Maxime le Confesseur disait: « La religion est une invention du diable ». Il disait cela parce que la base de la religion, c’est le sacrifice: sacrifier quelque chose pour Dieu. La première chose qu’on a fait dans la religion, dans le culte, c’est sacrifier une vierge, des enfants, un agneau, offrir du riz si on est plus pacifique… Mais on ne sacrifie pas au Créateur: on offre. Par contre, on sacrifie au Diable pour apaiser sa colère. Pour les Pères de l’Église, Dieu se plaça à la place du Diable en demandant le sacrifice des hommes: « au moins sacrifiez pour moi ». L’humanité avait pris l’habitude d’arrêter le courroux divin: mais il n’y a pas de courroux en Dieu, le courroux est dans le Diable. Et Dieu a pris l’attitude du courroux diabolique pour détourner l’humanité, progressivement, d’un culte du prince de ce monde vers un culte de Dieu: il y a toute une évolution progressive que le Christ accomplit à la fin avec le dernier sacrifice. Déjà, avec Abraham, Dieu supprime le sacrifice humain, et après le sacrifice du Christ, il n’y a plus de sacrifice sanglant: c’est-ce qu’on appelle dans la liturgie le « sacrifice non sanglant », le Christ étant le dernier.

Tout cela est un problème parce que, le culte de Dieu, c’est la communion, ce n’est pas le sacrifice. Dieu accepte de faire le sacrifice de non Fils parce qu’autrefois les hommes ont sacrifié à celui qui devait être satisfait, nourri. Ce sont les esprits créés qui doivent être soutenus et nourris, Dieu n’a pas besoin d’être nourri. Pourquoi donc Dieu accepte-t-il, comme dit Noé, la bonne odeur du gras d’une victime ?  Parce qu’il a pris la place de quelqu’un qui aime la bonne odeur, qui en a besoin, parce que le Diable, comme disait un poète surréaliste, est avide d’une femme grasse, d’un repas gras: parce que, étant immatériel, il est jaloux de tout ce qui est matière, de tout ce qui est appétissant. Vous le voyez, cette mentalité n’est pas du tout la mentalité divine qui est la plénitude extatique qui se donne. Dieu qui se donne pleinement ne peut réclamer à sa créature un sacrifice. C’est pourquoi Il dit: « Je ne veux pas le sacrifice, je veux la miséricorde ». Il y a bien le sacrifice du Christ, mais Il a accepté ce sacrifice parce qu’avant on offrait au Diable. D’où un double aspect des sacrifices: dans les religions antiques, il y avait un aspect divin - beaucoup plus chez les mystiques que dans le culte - mais il y avait aussi beaucoup de culte au Diable pour écarter sa puissance: on peut étudier dans les Prophètes la question de Moloch, de Baal, du maître, du despote, etc. Et Dieu va opposer « je suis ton époux » à des divinités qui sont des maîtres exerçant leur dictature en réclamant des honneurs.

Les religions, c’est un monde excessivement intéressant. Pour nous chrétiens, que devons-nous retenir ? Sous prétexte que nous sommes chrétiens - je ne parle pas de ceux qui nagent dans toutes les eaux - nous avons un certain mépris des autres religions, la nôtre nous suffit. Mais nous oublions une chose; nous, chrétiens, nous ne sommes pas totalement du Christ qui est la plénitude, et notre christianisme est limité par notre culture gréco-latine qui est très grande. Dans notre christianisme, il y a beaucoup d’éléments qui ne sont pas seulement du Christ mais qui sont relatifs à la mentalité latine, grecque, stoïcienne, juridique romaine, à la philosophie platonicienne et aristotélicienne. Par rapport à cet aspect, qui est limitatif, l’aspect celtique, hindou, persan, nègre, entreront avec les mêmes valeurs dans cette gamme relative. Mais si vous visez le Christ lui-même et l’Évangile, alors il n’y a ni Grec, ni Juif, ni nègre, ni hindou, ni autre. Or souvent nous opposons au génie hindou, au génie noir ou babylonien, à un génie quelconque, non pas le pur mystère du Christ, mais notre civilisation occidentale qui comporte des éléments germaniques - le celtisme étant souvent très étouffé - , une très grande influence de la Grèce antique et une très grande influence de Rome: tout cela est très limitatif. Notre expansion ? Les missionnaires qui partent ne le font pas seulement parce que le Christ a dit: « Allez enseigner toutes les nations », mais parce qu’étant japhétiques, nous sommes un peuple d’expansion. Si ce ne sont pas les missionnaires, ce seront les marchands et les colonisateurs qui partiront. Par contre l’élément hébraïque: le prophétisme, est très affaibli chez nous.

Quant à elle, l’Église chrétienne orthodoxe, vis-à-vis de ces religions non chrétiennes, les regarde comme une multitude qui préparent le christianisme: qui y entrent avec leurs aspects positifs, et dans lesquels on doit nier ce qui est négatif, en discernant à l’intérieur avec ce que l’on appelle l’épée à deux tranchants; et, en même temps, nous devons ne jamais oublier que, pour les bien juger, nous devons les placer au même niveau que les religions et cultures grecque, latine, celtique, hindoue, etc.: nous ne pouvons les opposer au christianisme avec un élément qui est intéressant mais qui n’est pas absolu.

L’Église orthodoxe et les autres tendances

Quelle est l’attitude de l’Église orthodoxe vis-à-vis de la théosophie, de l’anthroposophie, et de tous les mouvements spirituels actuels ? (rappel: nous sommes en 1963). 

Nous avons énormément de ces mouvements dits spiritualistes. Il y a des tendances, ici hindouisantes, là théosophiques, un peu anthroposophiques, du moins d’inspiration… D’autres, de caractère spirite, tout à fait occidentale, sont nées à la fin du XIXe siècle. A ces tendances, ajoutons qu’il y a des groupes initiatiques, ésotériques, il y a les livres de René Guénon et tant d’autres… Pour ces phénomènes-là, il y a deux problèmes.

Ce ne sont ni des Églises, ni des religions, ce sont des tendances, des écoles, des mouvements… Ces mouvements, si on les considère, comme des religions, du point de vue de la vérité abstraite, on pourra dire: celui-ci croit à la réincarnation, c’est une hérésie; là, il y a telle autre chose, aussi absolument hérétique.

Mais si on les regarde dans le contexte historique, ces mouvements apparaissent tout différemment. En effet si, dans l’Église il y a une continuité de la Tradition ininterrompue, en dehors de l’Église, il y a une loi et cette loi est: thèse, antithèse, réaction, contre-réaction… Par exemple, on cherche la liberté, et ensuite on recherche l’unité et l’autorité. Nous sommes en face d’une multitude de tâtonnements de l’humanité, des différents désirs ou opinions. Après une période positiviste et matérialiste, inévitablement l’humanité cherchera à opposer à cette attitude des tendances spiritualistes, et nous aurons probablement ces mouvements. Nous allons actuellement beaucoup plus vers le spiritualisme que vers le matérialisme, et il prendra des formes athées camouflées ou bien d’autres plus croyantes: ces spiritualismes vont augmenter, avec même des phénomènes spirituels très curieux en parallèle à des phénomènes techniques. L’Église est attaquée maintenant violemment par les communistes, on la persécute en Russie, ils vont continuer sans Dieu:  cela changera peut-être dans l’histoire mais, pour le moment, ceux qui persécutent la religion, ce sont les matérialistes-marxistes. Mais c’est un fait passager; et je ne donne pas 100 à 150 ans pour que l’Église soit persécutée par les spiritualistes, qui vont faire des martyrs au nom de leurs valeurs spirituelles, au nom de leurs dieux, de leurs divinités, de leurs conceptions métapsychiques ! Cette persécution prendra d’autres formes, pas policières, mais magiques, ou autres. C’est inévitable, parce que, après ce grand courant positiviste, doit venir un courant spiritualiste.

Pour bien comprendre, nous chrétiens, nous ne devons jamais oublier que l’on ne peut pas poser le problème théosophique, spirite ou autre en dehors du contexte historique. Si vous posez le spiritualisme, qui a telle forme, immédiatement souvenez-vous qu’il y a, à côté, le matérialisme qui a telle autre forme pratique, actuelle, philosophique. Quand nous avons posé les deux, ce que nous ne devons jamais oublier, c’est que l’Antéchrist, c’est-à-dire la « pointe antichrétienne », sera spiritualiste. Tant qu’il y a le matérialisme athée dans le monde, nous sommes tranquilles, nous avons encore quelques quarts d’heure à vivre sur terre ! Car il y a une chose positive qui sera toujours supérieure, dans le matérialisme, dans le communisme, dans la science par rapport à toutes les grandes expériences spirituelles: c’est que la matière trompe moins que l’esprit.

Une des grandes tragédies de tout spiritualisme, c’est qu’au nom de l’Esprit, l’esprit qu’ils poursuivent et cultivent est un mélange imprécis de Dieu, du Diable et de notre esprit. Avant le Christ, Isaïe décrivait ces spiritualistes qui veulent avoir des pouvoirs, des visions, des connaissances. Ils n’ont aucun critère pour distinguer les esprits et plus ils sont avancés dans l’échelle, quand ils ont dépassé le 33e degré, quand ils arrivent au 66e, au 3350e degré d’initiation, absolument aveuglés, ils ne savent pas où commence le Diable ni ou finit Dieu. C’est archiconnu, et c’est inévitable.

Vis-à-vis de ces chose-là, comment comprendre ? Dans tous les mouvements historiques, on doit dépister le désir, l’instinct: le spiritualisme est né du désir, de l’instinct de dépasser le matérialisme et le positivisme. Le livre de Leadbeater en est un exemple. Leadbeater était devenu évêque de l’Église libérale, c’était un homme très curieux, très fort, qui a écrit sur la liturgie un livre symbolique, magique et autre: La science des sacrements. Ce Leadbeater, qui avait beaucoup de pouvoirs, est mort fou. Comme beaucoup de ces grands êtres, il a été par les chemins tortueux des recherches spirituelles. C’est un aspect. Mais j’ai connu des centaines de gens qui, venant du monde positiviste et étant habitués à une certaine méthode de pensée, parce qu’ils ont eu le contact avec le livre de Leadbeater, tout à coup ont dit: « tiens, il y a quelque chose d’intéressant; et puis, après avoir connu Leadbeater, ils ont évolué dans un sens réellement chrétien. Donc ici, historiquement, il faut porter un non jugement, il ne faut pas juger in abstracto. C’est pourquoi saint Antoine le Grand disait que le meilleur maître de la vie spirituelle, c’est le Diable, parce qu’il nous oblige à réfléchir… Certainement, il faut le dépister car, si vous êtes en son pouvoir, vous n’avancez pas; mais quand vous avez constaté cela, alors vous faites un pas. Huysmans est venu vers le Christ et a déclenché tout un mouvement littéraire, peut-être superficiel, mais qui est toute une page de la culture française, par le Diable !

Voilà historiquement ce que nous devons comprendre. Ce n’est pas qu’on doive approuver, mais nous devons clairement voir les défauts, distinguer le désir d’un groupe de gens qui cherchent, ce qu’ils cherchent, pourquoi ils cherchent, ce qu’ils ont trouvé, et, ensuite, voir ce qu’il y a d’authentique, et ce qu’il y a de dangereux et de faux. Et le danger dans le mouvement spiritualiste est certainement plus grand que le danger dans le mouvement matérialiste, pour la personne et pour le destin de l’homme et de l’humanité.

Peut-on appartenir à deux Eglises ?

On ne peut certainement pas appartenir à deux religions. Comme on dit, on ne peut manger à deux râteliers, on ne peut pas être marié à deux femmes: c’est une question d’unité de l’être humain. On ne peut pas, sinon on est distrait. C’est absolument normal, on ne peut pas, ce serait une tricherie. Mais il y a des cas d’espèce. Exemple: je connais un homme d’une très grande valeur, qui vit dans un milieu très catholique romain; sincèrement, il appartient à l’Eglise romaine, mais son évolution spirituelle est telle dans sa pensée - en ce qui concerne la théologie, la science (c’est un mathématicien) - qu’il n’y trouve plus du tout ce qu’il veut chercher, il a besoin de l’Orthodoxie. La première étape de cet homme a été d’écouter les conférences, lire des livres, prier à notre église, mais il communiait dans l’Eglise romaine tout en demandant qu’on prie pour lui. Cela a duré cinq à six ans. A un moment, il a ressenti une très grande nécessité spirituelle: il voulait avoir un enfant, or sa femme était stérile, elle ne pouvait plus avoir d’enfants. On a prié et on a demandé à un homme de très grande sainteté orthodoxe, qui a dit: « je vais prier », et après, il a envoyé une lettre à cet homme disant: « votre enfant sera conçu tel jour ». Et ce jour-là, il a conçu, et l’enfant est né. Le miracle de ce saint homme grec a beaucoup impressionné mon ami. Quand l’enfant est né, il est venu vers moi et m’a dit: « Je l’ai baptisée catholique romaine, mais je voudrais tellement que mon enfant, qui est née par les prières d’un saint orthodoxe grec, ait au moins ce que tous les enfants dans l’Eglise primitive avaient, c’est-à-dire la communion ». J’ai dit oui. Il a apporté l’enfant qui a communié au sang du Christ. Dès que l’enfant a eu communié, cet homme a dit: « Je ne peux pas faire que mon enfant cesse de communier ». Et il apportait l’enfant pour qu’elle communie chez nous. Lui, comme catholique romain, ne communiait pas, ne voulant pas tricher. Un jour, il alla chez un capucin assez connu et lui raconta l’histoire. Le capucin dit: « Comme vous avez bien fait ! C’est tellement dommage qu’il n’y ait plus de communion pour les enfants, c’était une règle absolue dans l’Eglise primitive » - L’  « initiation », c’était le baptême, la confirmation et la communion le même jour, même pour les enfants, et cela a duré jusqu’au XIIIe siècle. Mais l’homme dit: « C’est terrible, car ma fille est déjà grande, je l’emmène communier à l’Eglise orthodoxe, mais je ne communie pas, je communie à l’Eglise romaine. Comment faire ? Je suis troublé ». Alors le capucin dit: « Si le père orthodoxe ne refuse pas, moi je vous donne la permission de communier avec votre femme et votre fille dans l’Eglise orthodoxe ». Il arrive chez moi, je lui dis: « Si tu considères que notre foi orthodoxe est vraie, tu peux communier ». Il a communié, il communie et en réalité, dans son âme, il est devenu orthodoxe; mais toute son action, toute sa vie, toute sa famille sont catholiques romaines. Voilà un homme qui est resté entre deux Eglises et pour lui ce n’est pas facile; mais il supporte cette chose-là parce qu’il considère qu’il apporte plus en restant dans son Eglise, sans rompre, tout en communiant chez nous.

Voilà un exemple, et je pourrais en citer d’autres. Ainsi, normalement, même si c’est douloureux,  la réponse est « non ». C’est normal. Mais il y a des exemples, des cas d’espèce, qu’on doit bien étudier: absence de prêtre orthodoxe, éloignement d’une église… Certainement, dans la vie, on doit être net, clair, sans équivoque, il faut choisir. Mais il y a des périodes d’hésitation.

Donc, voilà ma réponse: formellement, c’est non. Normalement, on doit choisir, on ne peut pas appartenir à tout le monde, ou bien on n’appartient à personne. Si l’on communie, on entre, on est dans la communauté. Mais, dans certains cas, il est possible qu’il y ait des exceptions. Pendant la guerre, par exemple, il n’y avait pas officiellement d’intercommunion entre les Eglises orthodoxes et romaine… Même quelquefois, entre Orthodoxes, la communion peut être rompue: une fois j’ai rompu ma communion avec un prêtre parce que je considérais que son action était telle que je ne pouvais pas communier avec lui. Pourtant, pendant la guerre, on a considéré que, si un prêtre romain était en danger de mort et qu’il n’y avait pas d’autres prêtres romains, un Orthodoxe pouvait lui donner la communion sans lui demander, dans ce cas-là, de devenir orthodoxe, et réciproquement.

Mais normalement, non, on ne peut pas appartenir à deux Eglises. 

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