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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 00:17

 

HOMÉLIES Sur cette Parole du Prophète David : «NE CRAIGNEZ POINT, EN VOYANT UN HOMME DEVENU RICHE, ET SA MAISON COMBLÉE DE GLOIRE » (PS. XLVIII, 17), ET SUR L'HOSPITALITÉ.

 

AVERTISSEMENT ET ANALYSE.

 

Les deux homélies qui suivent, titrent prononcées toutes deux à Constantinople, sous l'influence des grandes catastrophes, des révolutions soudaines qui étonnaient si souvent ta cité; elles se ressemblent encore parce qu'elles commentent également le même verset du même psaume : Ne craignez point, en voyant un homme devenu riche, et sa maison comblée de gloire. (Ps. XLVIII, 17.)

Quelle bonne terre j'ai à cultiver, quel plaisir de vous faire entendre la parole! Après avoir ainsi salué les fidèles présents dans l'église, le saint orateur demande vivement: les absents, où sont-ils? que font-ils? Ah! oui, au forum, ou ailleurs, à la poursuite de la fortune! De là, sur les richesses, la vanité, l'instabilité des biens de la terre; les vaines préoccupations; les prétextes insensés pour négliger le salut; les flatteurs du riche, qui le trompent; les déceptions méritées; les douleurs de ce monde, sans cesse tourmenté parce qu'il ne poursuit que des ombres; la distinction de la richesse prétendue, et de la richesse vraie; sur ta vertu, sur la simplicité des moeurs, sur l'hospitalité, une conversation animée, variée, piquante, naïve, élevée, où se retrouvent les beaux mouvements qu'on admire dans les discours sur la disgrâce d'Eutrope, et l'inépuisable abondance d'une éloquence, toujours nouvelle et toujours jeune, parce que, si les pensées sont les mêmes, le sentiment que ces pensées inspirent est toujours, dans l'âme de l'orateur, vrai et profond, toujours jeune et toujours nouveau. On remarquera, dans cette première homélie, les vifs retours que l'orateur fait sur lui-même, sa manière aimable, originale, saisissante, de témoigner de son zèle.

La seconde homélie contient le développement d'une pensée singulièrement chère à saint Jean Chrysostome : voulez-vous, pour vos capitaux, nu bon placement? placez-les dans les mains des pauvres.

 

SECONDE HOMÉLIE

 

Prononcée à Constantinople, dans la grande église, après le discours d'un autre orateur, en présence d'un petit nombre de fidèles.

 

1. Un petit fruit, mais bien mûr, voilà le discours que vous venez d'entendre. La corde est mince, mais le retentissement en est grand, les paroles sont brèves, mais les pensées, riches. Des éloges, adressés au peuple tout entier, ont donné des ailes à sa vertu, de la ferveur à sa piété ; l'orateur a célébré celui qui cultive nos âmes; il lui a décerné les hymnes et les paroles de bénédiction conformément au précepte des apôtres, et son discours s'est terminé par la glorification du Seigneur. S'il a vite enlevé la table, ce n'est pas par indigence, mais par humilité ; ce n'est pas l'impossibilité d'en dire plus, qui l'a fait rentrer dans le silence, mais il a voulu se retirer devant nous, et nous céder la parole qui vous instruit. Eh bien ! donc, puisque nous voilà délivrés de ces troubles qui nous ont assaillis comme une tempête, purifions-nous, comme on se purifie dans les fleuves, en nous plongeant dans la lecture de l’Ecriture sainte. C'est l'habitude des marins échappés aux tempêtes; ayant parcouru de vastes mers, parvenus à un port paisible, ils ferlent les voiles, déposent les rames, sortent du navire et demandent aux bains, aux festins, aux rafraîchissements, au sommeil, aux plaisirs, le repos qui rend le corps plus vigoureux, et le retrempe pour d'autres voyages.

Faisons donc, comme les marins. Nous voilà débarrassés des derniers troubles, des flots soulevés contre nous; appliquons-nous à la lecture de l'Ecriture sainte ; portons-y nos âmes comme vers un port tranquille. Voilà en effet un port à l'abri des flots ; un mur, que rien ne peut détruire; une tour inébranlable; une gloire, que nul ne nous arrachera; une armure impénétrable; une tranquillité, hors de toute atteinte ; un plaisir durable. Essayez d'énumérer tous les biens, les divines Ecritures les rassemblent; elles bannissent le découragement, elles conservent la tranquillité de l'âme, elles rendent le pauvre plus riche que ceux qui sont dans l'opulence; aux riches, elles donnent la solidité; aux pécheurs, la justice; aux justes, un puissant secours; elles dissipent les maux, elles ramènent les biens; elles chassent la perversité, elles vous reconduisent à la vertu, et non-seulement elles vous y reconduisent, mais elles l'enracinent dans vos âmes, pour qu'elle y demeure à jamais; c'est un remède spirituel, c'est un enchantement divin, ineffable, qui extermine les passions. L'Ecriture sainte arrache les épines des péchés: elle purifie le champ, elle y jette les semences de la piété , elle en développe le fruit qu'elle rend d'une vigoureuse saveur. Donc, ne négligeons pas de si grands biens; ne nous absentons pas des réunions, courons-y sans cesse, afin d'obtenir toujours les soins qui nous sont nécessaires; et que nul, à la vue d'un riche, ne se laisse blesser par l'envie, ni fouler aux pieds par la pauvreté, afin d'être toujours tous bien pénétrés de la vraie nature des choses, de négliger les ombres pures, pour n'embrasser que la vérité. L'ombre a beau paraître plus grande que le corps, ce n'en est pas moins une ombre ; et d'ailleurs elle n'est réellement. pas plus grande, mais elle paraît ainsi, et elle ne nous semble plus grande que parce que les rayons du soleil s'éloignent de nous ; à midi, lorsque le soleil brûlant envoie ses rayons sur nos têtes, l'ombre est raccourcie de toutes parts et devient plus petite, ce que l'on peut voir, par analogie, dans les choses de la vie humaine. En effet, aussi longtemps que l'on se tient séparé de la vertu, les choses de la vie paraissent grandes; mais une fois que l'on s'est placé dans l'éclatante lumière des Ecritures, alors combien viles, combien courtes, combien misérables, paraissent ces choses, et chétives et caduques; avec quelle facilité on comprend, qu'elles n'ont rien de plus que les eaux des fleuves qui ne font que paraître et s'écouler. Voilà pourquoi le Prophète, exposant les leçons de la sagesse et réprimandant ces âmes faibles et vouées à l'infortune, ces esprits rampant sur la terre, que saisit la pompe des richesses, et qui ont peur, et qui tremblent à la vue des riches, voilà pourquoi le Prophète, afin de nous affranchir de cette crainte, de nous inspirer le mépris des trésors prétendus, nous disait : « Ne craignez point, en voyant un homme devenu riche, et sa maison comblée de gloire ; parce que, lorsqu'il sera mort, il n'emportera point tous ces biens.» (PS.XLVIII, 17.) Remarquez-vous le choix minutieux des expressions, et la parfaite clarté qui distingue tous les mots? Il ne dit pas: en le voyant comblé de gloire, lui, mais: « Sa maison comblée de gloire. » Il indique que la gloire de l'homme n'est pas la même chose que la gloire de sa maison. Quelle est donc la gloire de l'homme, et qu'est-ce que la gloire de sa maison? Il importe ici d'établir bien clairement la distinction, afin de ne pas embrasser des songes, au lieu de la vérité. Eh bien ! la gloire de la maison, ce sont les portiques, les lieux de promenade, les lambris dorés, le pavé incrusté de pierres, les prés, les jardins, les troupeaux d'esclaves, le mobilier somptueux; rien, dans tout cela, ne se rapporte à l'homme. La gloire de l'homme, c'est la pureté de la foi, le zèle de Dieu, l'affection, la douceur, la modération, l'assiduité à la prière, la générosité qui fait l'aumône, la chasteté, la modestie, toutes les autres vertus. Et ce qui prouve que cette distinction est fondée, c'est que le possesseur de ces biens étrangers, n'en retire aucune gloire; jamais on ne regardera comme illustre, celui qui a de magnifiques demeures, un beau jardin, un beau pré, un grand nombre d'esclaves ou de riches vêtements; la gloire qu'il y a là-dedans, est pour les ouvriers qui ont fait ces choses matérielles et non pour celui qui les a acquises; tout au contraire c'est une preuve de perversité.

2. Donc la possession de ces prétendus biens est si loin de donner de la gloire aux possesseurs, qu'au contraire leur réputation en est fortement amoindrie. En effet, ceux qui mettent là-dedans leurs richesses, et qui les étalent, on les regarde universellement comme des êtres cruels, n'ayant rien d'humain; des infâmes, des fous. Et en effet, ces biens ne contribuent en rien à la gloire de l'homme, c'est la gloire de la maison; mais ceux qui vivent dans la chasteté, dans la modestie, dans la douceur, dans la modération, appliqués tout entiers au service de Dieu, nous les admirons, nous les louons, nous les célébrons, parce que ces vertus surtout constituent la gloire de l'homme. Ces vérités étant bien comprises, ne regardezjamais comme heureux l'homme riche, de ces biens qui n'ont rien de commun avec lui. Vous voyez un homme assis sur un char ; le sourcil haut, il se dresse, il touche aux nuages; ce qui n'est pas vrai en réalité (car c'est impossible), mais je dis qu'il y touche, par l'arrogance de ses pensées, ou plutôt par l'absence de ses pensées. Ne dites pas que voilà un homme couvert de gloire, un homme sublime, un homme grand; ce qui vous rend sublime, ce ne sont pas des mulets qui tirent votre char, c'est la perfection de votre vertu, qui vous élève au ciel. Vous voyez un homme (326) à cheval, beaucoup de licteurs l'escortent pour écarter le peuple devant lui, sur la place publique; ne dites pas pour cela : voilà un homme heureux, secouez  le fond de son âme, déployez son âme, et bornez-vous au jugement que vous suggérera la beauté de cette âme. Tout ce que nous voyons aujourd'hui, est le comble du ridicule. — Ah ça ! pourquoi, je t'en prie, sur la place publique, écartes-tu la foule ? Et pourquoi chasses-tu ceux que tu rencontres, et mets-tu en fuite un homme, toi, qui es un homme? Que signifie ce faste? Que signifie cette arrogance? Est-ce que tu es devenu un loup ou un lion, toi, dont l'entrée dans la ville fait que tout le monde se sauve ? Mais que dis-je? Un loup ne chassera jamais un loup, non plus qu'un lion ne chassera un lion ; ils se rassemblent entre eux, ils respectant ce que la nature leur a donné en commun. Et toi, qui, outre la communauté de nature, as tant de motifs pour pratiquer la douceur, l'humilité, le respect de l'égalité, d'où vient que tu es plus féroce que les bêtes féroces? Pour être monté sur un animal sans raison, tu méprises les êtres doués de raison? Lu Seigneur ton Dieu a transporté l'homme dans lu ciel, et toi, tu ne peux pas le souffrir, avec toi, dans la place publique? Mais que dis-je, dans le ciel? Il l'a placé sur le trône même de sa royauté ; toi, tu le chasses de la ville?

Et maintenant que signifie ce frein d'or qui orne le cheval? Et que diras-tu pour ta défense, et quel pardon obtiendras-tu, toi qui ornes au delà du nécessaire ce qui n'a pas la raison, ni le sentiment de cette magnificence (car c'est bien la même chose pour le cheval que le frein soit d'or ou de plomb), et quand tu vois le Christ desséché par la faim , tu ne lui fournis pas la nourriture nécessaire? Et que signifie : quand tu es un homme, que tu dédaignes le commerce des hommes, et, qu'au milieu des villes, tu cherches la solitude, et qu'il ne te vienne pas à l'esprit, que ton Seigneur a mangé avec des publicains, a conversé avec une courtisane, a été mis en croix avec des voleurs, a eu commerce avec des hommes, tandis que toi, délirant par le faste et par l'orgueil, tu arrives à perdre jusqu'au titre qui fait de toi un homme ? Voilà la grande source de notre dédain pour ceux qui souffrent de notre avarice ardente, de notre cruauté, de notre barbarie. Quand tu mets un frein d'or à un cheval, un collier d'or à un esclave; quand tu enchâsses les pierres dans l'or, quand tu as des tissus d'or, des vêtements d'or, un baudrier d'or, et, de même , des chaussures, et que tu t'imposes la nécessité si grande de satisfaire tes désirs pervertis, d'assouvir ton insatiable cupidité, de faire brouter la bête la plus vorace de toutes, j'entends par là l'avarice, alors tu dépouilles les orphelins, tu mets à nu les veuves, et te voilà l'ennemi commun de tous, et tu entreprends un vain travail, et tu commences un chemin qui ne peut aboutir à aucune bonne issue. Car, qu'est-ce que cela veut dire que tu donnes à un barbare, ton esclave, de l'or pour le parer? Quel gain, quelle utilité y a-t-il là pour ton âme ; quel avantage pour ton corps, quel revenu pour ta maison ? parlons mieux, c'est tout le contraire que manifestent de pareilles mœurs. Magnificence hors de propos, dépenses que la raison condamne , matière pour la luxure, enseignement de corruption, occasion de prodigalité et de dissolution, peste pour l'âme, chemin qui conduit à des maux sans nombre. Des lits rehaussés d'argent, brillants d'or, des sièges, des bassins forgés avec de l'or, les éclats de rires multipliés, en quoi cela peut-il servir à la correction des moeurs, en quoi cela peut-il servir à te rendre meilleur, toi, ou ton épouse, ou quelqu'un de tes domestiques? Est-ce que ce n'est pas là plutôt ce qui fait les voleurs, et la foule de ceux qui percent les murailles? N'est-ce pas là ce qui fait les esclaves fugitifs? Et, en effet , de quelque côté qu'ils tournent les yeux, ils voient briller l'argent, et leur cour malade nourrit des pensées de vol. Car, si toi, qui es un homme libre et à qui la noblesse de ton origine inspire un grand orgueil, si, à la vue de l'argent qui brille dans le forum , tu te sens porté à des désirs coupables , à bien plus forte raison , en arrivera-t-il autant à des serviteurs. Et, ce que j'en dis, ce n'est pas pour absoudre les esclaves fugitifs, ni ceux qui commettent de pareils crimes, mais pour vous exhorter à ne pas fournir des aliments à leur maladie. Mais , me dira-t-on , où mettrons-nous nus trésors ? les enfouirons-nous au sein de la terre? Nullement, bien loin cette pensée. Mais si vous voulez m'écouter, je vous donnerai les moyens de faire, de l'esclave fugitif, un serviteur honnête et fidèle.

3. C'est un esclave fugitif que l'or. Aujourd'hui, à celui-ci ; demain , à celui-là; et c'est qu'il n'est pas fugitif tout seul, mais il rend les autres fugitifs, il fait souvent que ceux qui (327) le gardent, prennent la fuite. Par quel moyen ce fugitif pourrait-il donc être retenu ? Il faut chercher un moyen tout contraire à celui qu'on emploie pour les autres fugitifs. Les autres, quand on les retient, demeurent; celui-ci quand on le retient, s'enfuit ; qu'on l'envoie au contraire, à droite et à gauche, il demeure. Ce que je vous dis, peut vous paraître étrange; voyez ce que font les agriculteurs! S'ils gardent le froment chez eux, enfermé , entassé, les teignes et les vers s'y mettent, tout est perdu. Si, au contraire, ils l'envoient, à droite, à gauche, dans les champs, non-seulement ils le conservent mais ils le multiplient. Il en est de même de l'or : est-il enfermé dans des coffres, gardé entre des portes, sous des verroux ; enfoui dans la terre ; vite, il prend la fuite. Mais si, comme l'agriculteur jette le blé sur la terre de labour, vous jetez votre or aux ventres affamés, non-seulement il ne prend pas la fuite, mais, par ce moyen, il fructifie.

Pénétrés de cette vérité, ne le livrez donc plus à vos serviteurs, ménagez-vous des milliers de mains qui le retiennent; les mains pies veuves, les mains des orphelins, les mains des mutilés, les mains des prisonniers. Votre or ne peut pas échapper à tant de mains qui le tiennent , mais , retenu sûrement , il demeure et fructifie. — Mais que laisserai-je à mes enfants, me dit ce père? — Je ne vous force pas le moins du monde à tout répandre, quoique pourtant, quand vous répandriez tout, vous ne feriez par là que mieux assurer la fortune de vos enfants, à qui, au lieu de richesses, vous légueriez la faveur d'un Dieu propice, la fortune qui vient de l'aumône, des milliers de protecteurs parmi les hommes, d'innombrables bienfaiteurs. En effet, de même que nous détestons les avares, qui ne nous ont fait aucun mal, de même ceux qui font des aumônes et dont nous n'éprouvons pas personnellement ta bonté, nous les respectons, nous les chérissons et avec eux nous chérissons leurs enfants. Considère donc cette beauté, que tes fils aient des milliers d'âmes pour les aimer; que tous les hommes, en échange de l'or dépensé pour le soutien dies indigents, puissent dire . celui-ci est le fils d'un homme plein de bonté, le fils d'un homme miséricordieux. Quant à toi, voici ce que tu fais, tu embellis ce qui est insensible. Une pierre est insensible, et tu l'entoures de milliers de talents d'or ; au contraire, voici un être sensible que la faim fait mourir et tu ne partages pas avec lui, même la nourriture qui lui est nécessaire. Eh bien ! quand le redoutable tribunal apparaîtra, quand tes yeux verront les fleuves de feu, quand on nous demandera compte de nos actions, que répondras-tu pour une telle négligence, pour un tel délire, pour tant de cruauté et de barbarie? Quelle sera l'excuse légitime?

Chaque homme a son but et sa raison; l'agriculteur à qui tu demanderas compte , te dira pourquoi il a attelé ses boeufs, creusé son sillon, tiré sa charrue ; le marchand, pourquoi il s'est embarqué, il a enrôlé des ouvriers, fait des dépôts d'argent; et l'architecte, et le cordonnier, et l'ouvrier en bronze, et le pâtissier, tous les artisans, un à un, quelle que soit leur industrie, peuvent rendre leurs comptes. Eh bien ! toi aussi, qui couvres d'argent ton lit, qui dores un cheval et une pierre, qui prépares des peaux, telles que nous les voyons, si l'on te demande des explications, des comptes, que diras-tu ? De quelle manière t'y prendras-tu ? Est-ce que sur un lit, tel que tu le fais, le sommeil est plus doux? Tu ne saurais le soutenir? Et au contraire, si étrange que cela paraisse, il faut dire que le sommeil est moins agréable, parce que l'inquiétude est plus grande, plus grande l'anxiété. Est-ce que l'or donne plus de solidité aux objets qui en sont formés ? Mais nullement. Est-ce que la bonté du cheval résulte du frein fait de cette matière, ou encore, la bonté de l'esclave en dépend-elle? C'est précisément le contraire qui se remarque. Pourquoi donc montrez-vous tant d'extravagance dans cet emploi de l'argent et de l'or ? Voici ce que vous direz : c'est que vous rehaussez par là votre considération; vous n'avez donc pas entendu le commencement de ce discours? Que la richesse ne constitue pas la gloire de l'homme ; que c'est tout le contraire, qu'elle lai prépare le déshonneur, les reproches, les accusations, le ridicule; delà, l'envie et des maux sans nombre. Et plus les richesses persistent, plus les accusations s'obstinent et sont interminables. Ces magnifiques et splendides demeures sont des accusateurs implacables dont la voix accuse amèrement, même les possesseurs qui ont cessé de vivre. Le corps est confié à la terre, mais la vue des édifices superbes ne laisse pas ensevelir avec le corps, le souvenir de la cupidité; chaque passant qui considère la hauteur, les vastes proportions de l'édifice, se dit en lui-même ou dit à son voisin (328) Combien y a-t-il de larmes dans la construction de cette maison ? Combien d'orphelins ont-ils été dépouillés? Combien de veuves ont-elles subi l'injustice? combien d'ouvriers ont-ils été dépouillés de leur salaire? C'est pourquoi ce qui t'arrive, c'est juste le contraire de ce que tu veux. Tu veux la gloire pour en jouir de ton vivant et même après ta mort, tu n'échappes pas aux accusations. Semblable à une colonne d'airain, ta maison montre ton nom afin de t'exposer aux mille outrages de ceux qui, de ton vivant, ne te connaissaient pas même de vue.

4. Eh bien ! donc, puisque cette superfluité de richesses ne nous donne pas même cet avantage, fuyons, mes bien-aimés, fuyons cette maladie; ne nous montrons pas plus féroces que les animaux les plus dépourvus de raison. Chez eux tout est commun, la terre, les sources, les pâturages, les montagnes, les bois; aucun d'eux n'a rien dé plus que l'autre ; et toi, ô homme, le plus doux des animaux, tu deviens plus féroce que les bêtes sauvages; tu renfermes la subsistance de milliers de pauvres, et souvent, cette subsistance de plusieurs milliers dans une seule et même maison. Et cependant , ce n'est pas la nature seule qui nous est commune, mais avec la nature, beaucoup d'autres choses encore; le ciel nous est commun à tous, et le soleil, et la lune, et le choeur des astres, et l'air, et la mer, le feu, l'eau, la terre, la vie, la cessation de l'existence, l'accroissement, la vieillesse, la maladie, la santé, le besoin de nourriture, le besoin de vêtements.

Les choses de l'esprit nous sont communes aussi, la même table sainte, le corps du Seigneur, le sang vénérable, la promesse de la royauté, le bain de la régénération, la purification des péchés, la justice, la sanctification, la rédemption, les biens ineffables, « que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus, que le coeur de l'homme n'a jamais conçus. » (I Cor. II, 9.) N'est-il donc pas absurde que nous, que réunissent tant de liens communs, la nature, la grâce, les promesses, les lois, nous nous montrions, en ce qui concerne les richesses, avides outre mesure, incapables de conserver l'égalité du droit, plus cruels que les animaux féroces, et cela, quand il faut, au bout d'un temps si court, quitter ces trésors; et non-seulementles quitter, mais à cause de ces trésors, compromettre le salut de notre âme, car la mort nous en sépare pour nous conduire aux châtiments, aux éternels supplices. Evitons ces douleurs et pratiquons pleinement l'aumône, car voilà la reine des vertus, qui nous donnera toute confiance là-bas, qui nous délivrera du châtiment et du supplice; nul ne fera obstacle à qui se présentera escorté de l'aumône dans le ciel, car son aile est légère ; son crédit dans le ciel est immense, elle s'avance jusqu'auprès du trône royal, elle conduit, sans crainte, auprès de Dieu ses nourrissons. « Vos prières, » dit l'Ecriture, « et vos aumônes sont montées jusqu'à la présence de Dieu, et il s'en est souvenu. » (Act. X, 4.) Qui nous empêche de nous élever, nous aussi, à cette hauteur et de nous affranchir de cette avarice importune, de ces délices, de cet orgueil inutile? Rendons utile ce qui était superflu ; dépensons ces grandes richesses ; confions-les à la droite du Juge qui saura les garder, les mettre en sûreté, qui s'en souviendra au jour du jugement, pour nous être bienveillant et propice. Fussions-nous couverts de péchés sans nombre, il nous pardonnera, il nous justifiera. Puissions-nous tous obtenir cet effet de la miséricorde, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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