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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 16:22

 

D'Hérode à la Vierge Marie

Une voie de guérison pour l'Eglise catholique

 

 

 

 

Toute crise est une invitation à se réformer, à se purifier et à grandir. Si nous n’y répondons de façon positive et adaptée nous risquons de régresser et de tomber dans l'autodestruction. L’Eglise catholique romaine se trouve actuellement confrontée à une crise profonde, en particulier dans les pays développés. Elle a besoin de guérir et de trouver une voie de sortie. Quand je dis guérir l'Eglise catholique, je parle aussi de me guérir moi-même car je suis, moi aussi, une partie de l'Eglise.

Les progrès scientifiques, le sécularisme et le relativisme, dans les pays développés ont contribué à une perte d'audience drastique des églises. En 20 ans, la fréquentation des églises est tombée de 85 % à 5 ou 10 %. Les vocations à la prêtrise et pour la vie religieuse  ont atteint leur étiage et de nombreux monastères et ordres religieux ont du fermer leurs portes en raison de la crise des vocations. De nombreux prêtres sont contraints de s'occuper de plusieurs paroisses en même temps. L'Eglise ne voit rien de positif dans le sécularisme ou le relativisme et tente de les combattre. En plus du sécularisme et du relativisme, les abus sexuels sur des enfants ainsi que des cas de maltraitance d'enfants confiés à des institutions religieuses ont causé d'immenses dégâts aux enfants, aux familles des enfants, aux croyants ordinaires mais aussi à la hiérarchie de l'Eglise. Cela continue d'être source de tristesse et de honte.

Les fidèles sont en colère face aux injustices faites aux enfants et regardent maintenant l'Eglise avec répulsion. Les responsables de l'Eglise se sentent coupables de ce qui est arrivé. La hiérarchie, non seulement a été incapable de protéger les enfants mais, en plus, a couvert les abus sexuels, ceci aux niveaux officiels les plus élevés. La hiérarchie est choquée et déroutée par ce qui s’est passé. Ceux dont la mission était de protéger les enfants ont été, en fait, ceux qui les ont abusés. Ces blessures seront difficiles à guérir. Mais nous devons aussi être conscients que l'Eglise n'est pas uniquement composée de ceux qui ont abusé les enfants et de ceux qui ont couvert ces actes mais aussi de grands saints et des martyrs qui ont témoigné de l'amour du Christ ; ces prêtres et ces religieux qui ont dédié, souvent de manière héroïque, leurs vies pour manifester l'amour du Christ ainsi que les croyants qui demeurent fidèles aux enseignements du Christ. Dans les périodes de désespoir, il nous faut tourner notre regard vers eux pour y puiser espoir et courage. En particulier nous devons nous tourner vers le Christ, source de toute foi, pour y puiser aide, guérison et inspiration.

Aujourd'hui nous nous trouvons en face de deux camps : d'un côté les fidèles qui, choqués par ce qu'ils ont appris, ont perdu la foi et la confiance en l'Eglise en tant qu'institution ; et de l'autre, la hiérarchie qui, abasourdie de réaliser la situation terrifiante des abus sexuels sur des enfants et les tentatives d'étouffement de ces révélations, ne sait plus quoi faire et quelle attitude adopter. Du côté de la hiérarchie de l'Eglise, il y a un sincère désir de repentance et de recherche de pardon du Seigneur et de ceux qui ont été abusés ; du côté des personnes qui ont subi ces violences, il y a un immense besoin de guérison de la part du Seigneur qui doit leur donner la force de pardonner à ceux qui leur ont infligé des blessures si profondes. Ce n'est pas facile pour ceux dont la vie entière en a été affectée. Le Christ est notre seul et unique modèle. Il a pardonné aux pécheurs véritables et leur a apporté son amour inconditionnel. Il a également demandé à Dieu de pardonner à ceux qui l'ont humilié, eux qui l'ont condamné et exécuté comme un criminel sur la croix.

En même temps il n'est pas possible de simplement pardonner, oublier et continuer comme d'habitude comme si rien ne s'était passé, mais il est indispensable d'appeler au changement, à la réforme et même à une révolution. Dans toute crise il y a deux possibilités : ou bien on s’en sort par le haut, ou on s'enfonce. En aucun cas on restera le même. Pour cela il nous est nécessaire de nous agenouiller, de prier sincèrement, le cœur et l'esprit grand ouverts, pour nous mettre à l'écoute de ce que le Saint Esprit a à nous dire. Il nous faut retourner à l'inspiration originelle de notre religion : Jésus-Christ  et nous demander quelle aurait été sa réponse confronté à une crise comparable à celle que nous vivons actuellement?

Jésus est venu pour témoigner du royaume de Dieu. Il proclama le royaume de Dieu et invita ceux qui le suivirent à découvrir le royaume.

Cette expérience fut une révolution dans sa vie. C’est une transition entre une spiritualité centrée sur la religion et une spiritualité centrée sur Dieu. C’est l’avènement d’une Nouvelle Alliance promise par Dieu au peuple d’Israël : «  Voici venir des jours où je conclurai avec la maison d’Israël, et celle de Juda, une alliance nouvelle. Non pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte- mon alliance qu’eux-mêmes ont rompue, bien que je fusse leur Maître !  Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai dans leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère en disant : ‘Ayez la connaissance Yahvé’, car tous me connaitront, des plus petits jusqu’aux plus grands parce que je vais pardonner leurs crimes et ne plus me souvenir de leur péché. » (Jérémie 31.31-34).

Dans une spiritualité centrée sur la religion, la religion vient en premier, Dieu en second tel que compris par cette religion et enfin, en troisième position, viennent les êtres humains qui ont obligation d’adorer Dieu dans cette religion particulière. A ce niveau, la religion est supérieure à l’humain et les êtres humains sont au service de cette religion. Dieu est ainsi un Dieu d’autorité qui demande soumission des volontés et des intellects ainsi qu’une loyauté absolue. Les leaders religieux ont tout pouvoir sur les fidèles.

Dans une spiritualité centrée sur Dieu, Dieu vient en priorité, Il est supérieur aux êtres humains et à la religion, en deuxième position viennent les humains qui au plus profond d’eux-mêmes sont plus grands que toute religion et enfin, seulement, vient la religion dont l’objet est de se mettre au service de l’homme. Dans ce schéma Dieu est vécu comme un Dieu de liberté et de silence. Ceci est la révolution amenée par Jésus au travers de son expérience du royaume de Dieu. C’est la spiritualité annoncée dans la Nouvelle Alliance.

Le royaume de Dieu constitue la spiritualité centrée sur Dieu, pas sur la religion. Jésus a dit : «  La sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ; » (Marc 2.27). On peut remplacer le mot ‘sabbat’ par le mot ‘religion’ : la religion a été crée pour être au service de l’homme et non l’homme au service de la religion. Jésus a aussi dit : « N’allez pas croire que je suis venu pour abolir la Loi et les Prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Matthieu  7.17). A nouveau remplaçons le mot ‘Loi’ par le mot ‘religion’. Il n’est pas venu pour abolir la religion mais pour l’accomplir car c’est le plan de Dieu. La première Alliance, par laquelle Dieu donna ses Dix commandements à Moïse, a instaurée une religion de rituels, de morale et d’autorité. Dans la deuxième Alliance, qui est la Nouvelle Alliance, Dieu inscrit la Loi d’Amour dans le cœur de chacun. Dieu a inscrite son Alliance éternelle dans le cœur de tout être humain dès sa naissance. Dans cette nouvelle Alliance, Dieu révèle à chacun qui il est et pas ce qu’il doit faire ou ne pas faire.

 

Jésus dit à la Samaritaine que dans le futur les gens ne devront plus seulement adorer Dieu dans les temples et les montagnes mais aussi en esprit et en vérité. «  Mais l’heure vient, et c’est maintenant, où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer» (Jean 4.23-24), ceci constitue la Nouvelle Alliance.

Dans la première Alliance, une personne dira que la religion est le chemin, la vérité et la vie alors que dans la Nouvelle Alliance, une personne dira : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14.6). Mais personne ne peut démarrer directement dans la Nouvelle Alliance. Il nous faut d’abord grandir dans la première alliance puis, seulement après, pouvoir entrer dans la Nouvelle. On peut dire que la première alliance est la matrice de Dieu. Dieu protège, nourrit, offre la sécurité dans la Loi. Puis quand les individus ont atteint une maturité suffisante, Il les fait naître dans la liberté du royaume de Dieu. La Nouvelle Alliance est l’accomplissement de la Loi et des Prophètes. Jésus a vécu cette transition au moment de son baptême. Il a invité ceux qui l’écoutaient à pratiquer de même.

 

Jésus était en colère à l’encontre des leaders religieux de son époque. Il a dit : « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le royaume des Cieux ! Vous n’entrez certes pas vous-mêmes, et vous ne laissez même pas entrer ceux qui le voudraient » (Matthieu 23.13). Les Saintes Ecritures donnent les clefs pour accéder à la Nouvelle Alliance. Mais les leaders religieux ne les utilisent pas plus pour eux-mêmes qu’ils n’autorisent les autres à les utiliser. Ils sont des esclaves spirituels et en même temps ils maintiennent le peuple en esclavage spirituel.

Jésus a utilisé ces clefs pour ouvrir les portes du royaume de Dieu, tant pour son propre développement spirituel que pour celui de toute l’humanité. Il a donné les clefs à ses disciples pour leur permettre leur propre développement spirituel. Malheureusement, certains de ses disciples ont mal interprété le message et ont transformé ces clefs en instruments de pouvoir et d’autorité et ont contraints les gens à demeurer dans le même esclavage spirituel, sans comprendre ce qu’ils faisaient. Ils n’ont pas fait avancer l’évolution spirituelle. Le seul progrès fut d’accepter cette possibilité pour le Christ seul. Ils l’ont refusée tant pour eux-mêmes que pour les autres. Si Jésus revenait parmi nous aujourd’hui, il répèterait les mêmes paroles aux leaders religieux : ‘ Je vous ai donné les clefs du royaume de Dieu, de la Nouvelle Alliance, mais vous n’y êtes pas entrés vous-mêmes et de même n’avez autorisé quiconque à y pénétrer ; vous êtes restés dans la première Alliance et y maintenez les autres.’

Jésus-Christ a ouvert les portes de la Nouvelle Alliance, malheureusement le christianisme les a rapidement refermées même si ce fut inconsciemment.

 

Dans le Nouveau Testament, nous avons l’épisode de la vierge Marie et d’Hérode. Hérode constitue le symbole d’une institution basée sur le pouvoir, les honneurs et la préservation de l’ordre établi. Hérode ne veut des enfants que pour établir sa dynastie et la perpétuer. Il ne veut pas d’enfants qui pourraient menacer son propre pouvoir et son avenir. Cela signifie que tout enfant, même avant sa naissance, devra être au service d’Hérode, ainsi l’a-t-il décidé. Ils n’ont pas de vie à eux. C’est pour cette raison qu’Hérode a été qualifié de meurtrier d’enfants innocents. Tout enfant qui pourrait devenir une menace pour son pouvoir devra être tué. Hérode est constamment sur le ‘qui vive’, il est fourbe et sans pitié.

La vierge Marie constitue le symbole d’une institution qui donne naissance à des enfants destinés à Dieu. Elle coopère avec les plans de Dieu. Elle n’a aucun désir pour un quelconque pouvoir, un rang honorifique ou une descendance. Sa seule ambition est d’élever des enfants de Dieu. Elle regarde son propre fils comme un Fils de Dieu et l’adore dans ce sens. Elle agit comme une nourrice pour les enfants de Dieu. Elle est au service de Dieu. Elle est vulnérable et sans pouvoir. Elle dépend à 100% de la Providence. Elle a donné naissance à un enfant qui va mettre fin au pouvoir d’Hérode et donner la vie à tous les enfants.

Hérode veut des enfants uniquement pour lui-même, pour qu’ils le vénèrent. Hérode accorde sa protection, subsistance et sécurité seulement à ceux qui acceptent son pouvoir et son autorité. Il ressemble à une cage. Les gens sont enfermés à l’intérieur de la cage et lui en conserve les clefs. Ils survivent mais ne peuvent se développer. La Vierge Marie ressemble à un nid dans lequel les êtres humains naissent, sont nourris, soignés et protégés jusqu’à ce qu’ils grandissent et deviennent autonomes et libres d’accéder au royaume de Dieu.

Une religion avec ses croyances est comme la matrice de Dieu. Elle doit concevoir, nourrir et, quand le moment est venu, donner naissance à ses enfants, dans la liberté. Si les religions ne veulent pas procéder ainsi, alors le ventre devient tombe. Les gens entrent dans une religion mais jamais n’en sortent, ils y meurent. La religion devient comme Hérode, tuant ses enfants innocents en son sein. L’enfer spirituel peut être ainsi décrit comme tout ce qui bloque l’évolution spirituelle des individus.

 

L’Eglise commença son voyage comme la Vierge Marie. Elle était fragile et vulnérable et sans aucun pouvoir, souffrant sous la férule de nombreux ‘Hérodes’. Mais bientôt elle se transforma en ‘Hérode’ quand elle est devenue religion d’état. Elle offre  sécurité,  protection et subsistance à ses fidèles, uniquement si ceux-ci acceptent de lui obéir. Elle ne les autorise jamais à ‘naître’ dans la liberté. Elle veut enfermer chacun en son sein. Quiconque constituant une menace pour son pouvoir et son autorité, est éliminé sans pitié. La grandeur de toute religion ne dépend pas du nombre de fidèles qu’elle maintient dans son sein mais du nombre de fidèles auquel elle a donné naissance dans la liberté et l’infinité du ciel. Sécularisme et athéisme doivent être analysés comme les prémisses des aspirations de personnes tentant de s’échapper de la cage d’Hérode et de s’envoler vers le royaume de Dieu. Ces mouvements font partie du processus d’évolution de la spiritualité humaine. Ils révèlent le désir de la conscience humaine d’accéder à la Nouvelle Alliance et d’en découvrir la Vérité qu’elle contient. L’Eglise catholique doit ouvrir sa spiritualité pour satisfaire les aspirations du sécularisme et de l’athéisme. Sa spiritualité doit embrasser non seulement ceux qui sont déjà à l’intérieur de ses quatre murs mais aussi ceux qui sont à l’extérieur. Le phénomène de sexualité et ses orientations est fort complexe. La loi du célibat ne doit pas constituer un refuge pour ceux qui ont des problèmes émotionnels ou relationnels et des penchants sexuels délicats. En même temps, le célibat ne doit pas être imposé en tant que règle obligatoire mais doit relever de choix personnels que chacun peut décider. Tout célibat obligatoire conduit au refoulement de la sexualité qui, en retour, peut se manifester sous des aspects pervers et de façons abusives.

 

La crise que traverse actuellement l’Église catholique constitue peut-être le moment opportun pour qu’elle se retransforme à nouveau en Vierge Marie et donne naissance aux enfants de Dieu pas seulement pour elle-même. Elle devrait suivre les exemples des Pères fondateurs qui ont lavé les pieds de leurs disciples afin de les aider dans leur croissance spirituelle et non leur asservissement. Cela ne suffit pas de faire cela de façon purement symbolique, une fois par an, le Jeudi Saint, mais devrait constituer un véritable service quotidien. Cela signifie que l’Eglise doit abandonner son désir de contrôle, de pouvoir et de rang honorifique. L’Eglise doit montrer l’humilité de Marie. Hérode sans volonté de pouvoir devient ‘Marie’. Une cage sans portes devient un nid. L’Eglise n’est qu’un nid et une oiselle. Elle n’a pour vocation que de protéger, nourrir, et offrir la sécurité jusqu’au moment où les individus sont prêts à plonger dans la liberté du royaume de Dieu. C’est le changement radical que Jésus christ demande à Son Eglise. C’est également un moyen pour l’Eglise de sortir de la crise actuelle et devenir une religion nourricière et libératrice ainsi qu’en avait manifesté l’intention initiale de son maître et enseignant : Jésus-Christ.

 

                                                                                   Frère John Martin Sahajananda

                                                                                  Juin 2011

                                                                                  www.christ3000.org

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