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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 02:50

 


TROISIÈME HOMÉLIE.

 

ANALYSE.

 

1° Pourquoi il est dit au riche : tu as reçu (apelabes), et non pas tu as eu (elabes) les biens pendant ta vie. — 2° Pourquoi les justes souvent sont exposés à des périls qui épargnent les pécheurs. — Il faut que tous les chrétiens lisent les saintes Ecritures, aussi bien les gens du monde que les religieux. — Ceux-là ont même plus besoin de cette lecture puisqu’ils sont pros exposés à la tentation. — Les livres sont si excellents qu'ils sont toujours utiles môme à ceux qui ne les comprennent que fort peu. — On comprendra, à une seconde lecture, ce qu'on n'avait pas compris à une première. — L'ignorance des divines Ecritures enfante les hérésies. — Dieu ne laisse aucun bien sans récompense, même celui que les méchants peuvent faire, comme il ne laisse aucun péché sans punition, même chez les bons, surtout chez les bons. — Rien n'est dangereux comme la situation de l'impie qui prospère. — Eloge de la patience. — L'impatience est mère du blasphème. — Dieu ne punit pas tout le monde ici-bas, pourquoi? — Exemples de patience tirés de l'ancien Testament.

 

1. La parabole de Lazare nous a grandement profité à tous, riches et pauvres: aux uns elle a enseigné à supporter aisément le fardeau de leur misère; aux autres elle a appris à ne pas s'enorgueillir de leur opulence et elle a prouvé par les faits eux-mêmes que de tous les hommes le plus digne de pitié est celui qui, menant une vie de jouissances, ne fait partager à personne les biens qu'il possède. Eh bien ! il faut qu'aujourd'hui encore nous traitions le même sujet, semblable aux mineurs qui, ayant découvert une mine d'or abondante, la fouillent avec persévérance et ne la quittent pas jusqu'à ce qu'ils aient épuisé tout ce qu'ils peuvent mettre à jour. Revenons donc au point où nous avons laissé avant-hier notre discours pour l'y reprendre à nouveau. J'aurais pu assurément développer en un seul jour la parabole tout entière; mais ce n'est pas pour me donner le plaisir de parler beaucoup avant de descendre de chaire que j'ai entrepris cette explication ; c'est afin que, après avoir recueilli avec un soin diligent et gravé dans vos âmes les choses qui vous sont dites, vous y preniez goût et y trouviez le profit spirituel. Voyez une mère tendre et soigneuse dans le temps qu'elle essaye d'habituer son jeune nourrisson aux aliments solides ! Si elle lui verse trop abondamment et trop vite le vin dans la bouche, elle ne lui rend qu'un mauvais service, l'enfant rejette ce qu'elle lui donne et souille la petite tunique qui recouvre sa gorge ; si au contraire elle le coule peu à peu, goutte à goutte, l'enfant l'absorbe sans difficulté. De même, pour éviter que vous ne rejetiez une partie de mes instructions, je ne vous ai pas versé d'un seul coup toute la coupe de la doctrine; je l'ai répartie en plusieurs jours dans l'intervalle desquels je vous ai. ménagé des haltes qui vous ont permis d'une part d'asseoir solidement dans les pensées de votre charité ce qui vous a été confié, et de l'autre de vous préparer à recevoir dans une âme reposée et rafraîchie les choses qu'il me reste à vous dire. D'ailleurs, il m'arrive souvent de vous (481) annoncer un peu à l'avance le sujet sur lequel je parlerai, afin que, en attendant, vous preniez la Bible, vous jetiez un coup d'oeil d'ensemble sur la matière à traiter, et que, vous étant rendu compte de ce qui a été dit déjà et de ce qui est encore à dire, vous apportiez à l'audition de tout le reste une intelligence prompte et facile.

Et certes, voici ce que je vous conseille, ce que je ne cesserai pas de vous conseiller, à savoir, que vous ne vous borniez pas à écouter ce qu'on vous dit ici, mais que, rentrés à la maison, vous vaquiez assidûment à la lecture des divines Ecritures. Je n'ai jamais manqué d'inculquer cette habitude à tous ceux qui ont eu avec moi des rapports particuliers. Et qu'on ne m'apporte pas d'insipides et blâmables excuses : « Je suis cloué au tribunal, je manie les affaires publiques, j'ai une femme, j'élève des enfants, j'ai le souci d'un train de maison, je suis homme du monde: lire les saintes Ecritures ! ce n'est pas mon affaire; cela regarde les personnes qui ont dit adieu au monde, qui se sont retirées au sommet des montagnes pour y mener une vie de perpétuelle tranquillité !... » Que dites-vous là , mon cher? Ce n'est pas votre affaire, parce que vous êtes tiraillé par mille sollicitudes ! Mais c'est votre affaire bien plus que celle des solitaires : ceux-ci n'ont pas besoin du secours des saintes Ecritures comme vous, qui êtes enveloppé par le tourbillon des soucis temporels. Les moines, débarrassés du forum et de ses agitations, les moines, qui ont fixé leur tente au désert et renoncé au commerce des autres hommes, les moines, qui consacrent à la méditation leur vie libre, sereine et tranquille, les moines, parvenus en quelque sorte au port de la vie, sont en possession d'un état pleinement assuré; mais nous, ballottés par les flots de la pleine mer, entravés bon gré mal gré par d'innombrables péchés , nous avons besoin de chercher dans les Ecritures un secours incessant. Ceux-là, paisiblement assis loin du combat, ne sont pas exposés à de nombreuses blessures; mais vous, qui -êtes toujours debout dans la mêlée, vous qui recevez à toute heure des coups et des plaies, vous ne pouvez vous passer d'un remède: c'est une épouse qui vous impatiente , c'est un fils qui vous contriste et vous pousse à la colère, c'est un ennemi qui vous tend des piéges, c'est un ami qui vous jalouse, c'est un voisin qui vous persécute, c'est un camarade qui vous supplante, c'est souvent un juge qui vous menace, c'est la pauvreté qui vous moleste, c'est la perte de vos gens qui vous chagrine, c'est la prospérité qui vous enfle, c'est l'adversité qui vous opprime : que sais-je, enfin? mille et mille maux, l'irritation et les inquiétudes, et l'anxiété et la douleur, et la vanité et l'orgueil, tantôt par occasion et tantôt par nécessité nous assiègent de toutes parts; d'innombrables traits volent autour de nous : il y a donc pour nous besoin urgent et continuel de recourir à l'arsenal des Ecritures. Sachez, nous dit-on, sachez que vous marchez au travers des embuscades ennemies, que vous vous promenez ci découvert sur le rempart d'une ville assiégée. (Eccli. IX, 20.) Les convoitises de la chair s'insurgent avec plus de violence contre ceux qui vivent dans le commerce des hommes : un visage agréable, un beau corps les captivent par les yeux; une parole libertine pénètre en eux par l'ouïe et trouble leur raison; souvent aussi un chant modulé avec art énerve la vigueur de leur âme: que dis-je ! nous voyons parfois quelque chose de plus vil que tout cela : l'odeur des parfums qu'exhalent en passant les courtisanes surprend, entraîne, captive : une rencontre a suffi!

2. Si nombreux sont les ennemis qui livrent assaut à notre âme, que nous devons chercher un remède divin. afin de guérir les plaies qui nous sont déjà faites, afin de prévenir celles qui ne sont pas faites encore, mais sur le point de l'être . c'est par une lecture assidue des saintes Ecritures que nous éteindrons et que nous repousserons les traits enflammés que le démon nous lance de loin. Il est impossible, oui, impossible qu'un homme, quel qu'il soit, arrive au salut, s'il ne s'applique pas assidûment à cette lecture; bien plus, il sera fort heureux pour nous, si, même avec cette application persévérante, nous pouvons un jour être sauvés !  Quel espoir de salut aurez-vous donc, vous qui, atteint chaque jour de blessures nouvelles, ne recourez jamais au remède? Voyez les gens qui travaillent l'airain, l'or, l'argent, tous ceux enfin qui exercent un métier quelconque : ne tiennent-ils pas tous leurs outils parfaitement ajustés? Accablés par la faim, pressés par la misère, ils préfèrent tout souffrir plutôt que d'en vendre un seul pour vivre. Aussi arrive-t-il fréquemment qu'un certain nombre d'entre eux  (482) aiment mieux emprunter de l'argent pour entretenir leur maison et leur famille que d'engager le moindre des instruments de leur art. Et ils ont raison. Ils savent que, une fois les outils vendus, toute leur habileté d'ouvriers leur sera inutile, tous leurs moyens de gagner disparaîtront; s'ils gardent les outils, ils pourront un jour, avec le temps et par l'emploi régulier de leur industrie, payer toutes les dettes contractées; s'ils s'étaient hâtés de les vendre, ils n'auraient plus à compter sur rien pour soulager leur misère et leur faim. Telles doivent être nos dispositions. De même que ces gens ont pour instruments de leurs métiers le marteau, l'enclume, la tenaille; de même nous avons pour instruments de notre art divin les Livres des prophètes et des apôtres, l'Ecriture entière inspirée de Dieu pour notre utilité (II Tim. III, 16) ; et de même que, avec leurs outils, les ouvriers exécutent toutes les oeuvres qu'ils entreprennent; de même avec les nôtres, nous façonnons notre âme, nous rectifions ses défauts, nous rajeunissons ce qu'il y a de vieux en elle et d'usé. Ces ouvriers n'appliquent leur art qu'à donner aux objets matériels une forme extérieure; il leur est impossible de changer la substance même de leurs oeuvres, de faire que l'argent devienne or; ils composent et donnent la forme, rien de plus. Pour vous, c'est autre chose, vous pouvez davantage, vous pouvez, du vase de bois que vous avez reçu, faire un vase d'or. J'en prends à témoin saint Paul qui a dit: Dans une grande maison on trouve non-seulement des vases d'or et d'argent, mais aussi des vases de bois et d'argile. Celui qui se purifiera lui-même deviendra un vase de sanctification, utile au Seigneur, préparé pour toute sorte de bonnes couvres. (II Tim. XI, 20.) Ne soyons donc pas négligents pour acquérir les livres saints, si nous ne voulons pas être un jour blessés dans les parties vives de notre âme : ce n'est pas l'or qu'il nous faut amasser, ce sont les Ecritures divines dont nous devons faire un trésor. Plus l'or s'accumule, plus il tend de piéges à ceux qui le possèdent : mais les livres qu'on rassemble apportent mille avantages à ceux qui les ont.

La présence des armes royales à l'entrée d'une maison fait la sûreté complète de tous ceux qui y habitent, lors même que nul ne les emploierait; ni larron, ni voleur, ni aucun malfaiteur n'osera attaquer cette maison. Ainsi en est-il des Livres saints; partout où ils se rencontrent, ils repoussent les efforts du démon, ils procurent toutes les consolations de la vertu à leurs compagnons d'habitation. Par leur seul aspect ils nous inspirent de la répugnance contre le péché. Si nous avons eu le triste courage de commettre quelqu'une des actions qu'ils défendent, et de nous salir par quelque méchante oeuvre, de retour en notre demeure et en face de nos Livres, nous sentons que la conscience nous condamne avec plus d'énergie , nous devenons plus forts contre la tentation. Mais, si nous persévérons dans la pureté de conduite , plus grand encore sera notre profit. Il suffit de toucher à l'Evangile pour communiquer aussitôt à nos pensées une merveilleuse harmonie, pour les détacher des préoccupations mondaines : c'est assez de le voir pour cela. Mais, si à la vue vous ajoutez une lecture diligente, votre âme alors introduite en quelque sorte dans un divin sanctuaire, se purifie, se perfectionne, s'entretient avec son Dieu par l'intermédiaire de la Lettre sacrée.

Mais quoi, dira-t-on, si nous ne comprenons pas ce que renferme la Bible ! — Eh bien ! même dans ce cas, la lecture de la Bible vous ouvrira une large source de sanctification. Du reste, il est impossible que tout vous y échappe égaiement : l'Esprit-Saint a voulu, par grâce spéciale, que la Bible fût écrite par des publicains, par des pêcheurs, par des corroyeurs, par des bergers et des pâtres, par des gens simples et illettrés , précisément pour que le dernier des paysans ne pût pas recourir, comme à une excuse valable, à ce motif d'ignorance; pour que toutes les paroles du texte sacré fussent à la portée de tous; pour que l'artisan et le serviteur, et la pauvre veuve, et le moins instruit des hommes fussent en état de trouver dans la lecture de la Bible utilité et profit. En effet, ce n'est pas en vue d'une vaine renommée , comme les païens , mais en vue du salut des auditeurs et des lecteurs de bonne volonté que des hommes, choisis dès l'origine par la grâce du Saint-Esprit , ont composé tous ces Livres.

3. Les philosophes étrangers au Christ, les rhéteurs, les scribes n'ont pas cherché l'utilité générale; ils ne voyaient que ce qui pouvait les rendre fameux; c'est pourquoi, s'ils ont énoncé quelque bonne vérité, ils l'ont enfouie dans leur habituelle obscurité comme au sein (483) des ténèbres. Les prophètes et les apôtres ont fait tout l'opposé; c'est la clarté, c'est l'évidence même qu'ils ont offerte à tous; docteurs universels pour les hommes, ils ont enseigné de telle façon que chacun pût, à la simple lecture, comprendre leurs paroles. Le Prophète l'avait annoncé d'avance en ces termes : Ils seront tous instruits par Dieu, et nul ne pourra dire dorénavant à son prochain : apprends à connaître Dieu, parce que tous le connaîtront du plus petit au plus grand. (Jérém. XXXI, 34; et Jean, VI, 45.)  Saint Paul aussi a dit : Et moi, mes frères, je ne viens pas à vous avec la sublimité de l'éloquence et de la science, je viens vous prêcher le mystère de Dieu (I Cor. II, 1); et dans un autre endroit :Ma parole et ma prédication ne consistent pas dans les phrases agréables de la sagesse humaine, elles vont à manifester l'esprit et la vertu (Ibid.) ; et ailleurs encore : Nous prêchons une sagesse qui n'est pas celle de ce siècle ni celle des chefs corrompus de ce siècle. (Ibid.) Pour qui les écrits évangéliques ne sont-ils pas assez clairs? Quel est celui qui aura besoin d'un interprète pour entendre ce que signifient ces expressions : Bienheureux ceux qui sont doux, bienheureux ceux qui font miséricorde, bienheureux ceux qui ont le coeur pur, et autres semblables?.. Et les prodiges, et les miracles, et les récits historiques, ne sont-ils pas pour tous clairs et faciles à comprendre?.. Prétexte, vaine excuse, voile bon à cacher la paresse !

Vous ne comprenez pas, dites-vous, ce que renferme l'Evangile. Je le crois bien ! vous ne daignez pas seulement le regarder ! Prenez en main ce Livre sacré, lisez-en toute la suite, rangez dans votre mémoire les choses que vous aurez comprises , revenez à diverses fois sur celles qui seront restées, pour vous , obscures et embrouillées ; et, si une lecture assidue ne vous en fait pas trouver le sens, allez à plus habile que vous, allez à un maître, conférez avec lui sur le texte sacré, faites preuve d'un zèle vif et sincère. Si Dieu découvre en vous une ardeur généreuse, il ne dédaignera pas votre vigilance et votre sollicitude; si vous ne rencontrez pas un homme qui vous explique ce que vous cherchez, c'est Dieu lui-même, rien doutez pas, qui vous en ouvrira le sens. Souvenez-vous de cet eunuque de la reine d'Ethiopie; c'était un barbare, c'était un homme tiraillé par d'innombrables sollicitudes, assiégé par mille affaires, qui ne comprenait pas ce qu'il lisait; et pourtant il ne cessait de lire, jusque sur son char de voyage. S'il montra une telle application le long du chemin, imaginez quel dut être son zèle à la maison ! S'il ne pouvait rester sans lire durant son voyage, à plus forte raison dans la tranquillité de son logis; s'il ne renonça pas à sa lecture tandis qu'il ne la comprenait pas, à plus forte raison après qu'il en eut reçu l'intelligence !.. Pour savoir qu'il ne comprenait pas ce qu'il lisait, vous n'avez qu'à écouter la question que lui adresse Philippe: Comprenez-vous ce que vous lisez ? (Act. VIII, 30.) A ces mots, il ne rougit pas, il ne ressent aucune honte, il confesse ingénument son ignorance. Comment pourrai-je comprendre, dit-il, si personne ne m'instruit ? (Ibid.) — Il n'avait personne qui lui indiquât le chemin à suivre, et néanmoins il continuait de lire : c'est pourquoi il ne tarda pas à rencontrer un guide. Dieu connut sa bonne volonté, agréa son zèle et lui envoya promptement un maître. — Nous n'avons plus l'apôtre Philippe , direz-vous. — C'est vrai ; mais vous avez toujours l'Esprit qui conduisit à l'eunuque l'apôtre Philippe. Ne négligeons pas notre salut, mes chers amis : Toutes ces choses ont été écrites pour nous être un avertissement à nous qui venons à la fin des temps. (I Cor. X, 11.)

La lecture des Livres saints est un puissant rempart contre le péché; les ignorer, c'est nous jeter dans un vaste précipice, dans un abîme sans fond; ne connaître rien des préceptes divins, c'est perdre à jamais le salut. Voilà ce qui a enfanté les hérésies, ce qui a introduit la corruption des moeurs, ce quia tout bouleversé de fond en comble. Il est impossible, je le répète, impossible qu'on ne retire aucun fruit d'une étude constante et régulière des Ecritures. Voici par exemple notre parabole : combien d'utiles leçons nous a-t-elle fournies à elle seule ! Combien elle a rendu nos âmes meilleures ! Plusieurs d'entre vous, je le sais, n'ont quitté l'assemblée qu'après avoir recueilli un abondant profit; si quelques-uns n'en ont pas retiré un avantage aussi complet, néanmoins ils ont été meilleurs le jour où ils sont venus entendre le sermon. Et certes, ce n'est pas une petite chose que de passer une journée, une seule journée, à se repentir du péché, à contempler la sagesse céleste, à laisser notre âme respirer un instant libre des soucis terrestres ! Si vous faites ainsi à chaque (484) assemblée, si vous persévérez, votre constance à écouter la parole divine vous vaudra une grande et belle récompense.

4. Mais voyons ! poursuivons le commentaire du reste dé la parabole. Que lisons-nous à la suite? Le riche a dit : Envoyez-moi Lazare qu'il prenne une goutte d'eau au bout de son doigt et qu'il rafraîchisse ma langue. (Luc, XVI, 24.) Écoutons la réponse d'Abraham : Mon fils, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement, a reçu ses maux; ci présent, il reçoit sa récompense, et toi ta punition. Et de plus, il y a entre vous et nous un abîme infranchissable, de telle sorte que ceux mêmes qui le voudraient ne pourraient passer de là-bas ici, ni ceux d'ici là-bas. (Ibid.) Voilà de sérieuses paroles, bien propres à nous peiner, je le sais; mais autant elles jettent de remords dans la conscience, autant elles donnent de pensées salutaires Si nous devions nous les entendre dire dans l'autre monde comme elles furent dites au riche, ce serait alors qu'il nous faudrait pleurer, gémir et nous lamenter, parce que le moment de la pénitence nous ferait défaut. Mais , comme c'est en ce monde que nous les entendons, comme c'est dans le temps où nous pouvons venir à résipiscence, nous purifier de nos péchés, reconquérir nos espérances, nous convertir sous l'influence de la crainte que nous inspirent les maux d'autrui, rendons grâces à ce Dieu bon qui, par le châtiment infligé aux autres pécheurs, réveille notre apathie et secoue notre sommeil. C'est précisément pour nous faire éviter ces maux que ces paroles furent prononcées avant nous : si Dieu avait voulu nous frapper, il ne nous aurait pas avertis à l'avance par un tel enseignement; mais, il ne veut pas nous envoyer au supplice , il parle avant d'agir, afin que, devenus sages par l'effet de la seule menace, nous ne nous exposions pas à faire l'expérience de la réalité.

Mais pour quel motif l'Évangéliste, au lieu de dire tu as eu tes biens ( elabes ta agatha sou ) emploie-t-il cette expression : tu as reçu tes biens (apelabes ta agatha sou)  .Vous vous rappelez, je pense, qu'en cet endroit je vous ai dit qu'un vaste, un immense océan de réflexions s'ouvrait devant nous. Ce mot « tu as reçu » implique la signification de dette soldée; il n'y a reçu que là où il y avait dit. Et, puisque ce riche fut un être criminel, scélérat, inhumain , pour quelle raison l'Évangéliste a-t-il dit, non pas tu as eu tes biens, mais tu as reçu tes biens, comme si ces biens lui fussent avenus de droit, comme s'ils lui eussent été dus? Qu'y a-t-il à apprendre là? Il y a que les hommes, même les plus coupables et les plus enfoncés dans les profondeurs du crime, ne sont pas sans faire une, ou deux, ou trois bonnes oeuvres. Ce n'est pas une conjecture que je fais : voici la preuve. Où trouver un personnage plus barbare, plus scélérat, plus impie que ce juge d'iniquité qui n'avait ni crainte de Dieu ni respect pour les hommes? (Luc, XVIII, 2.) Et pourtant, malgré son habituelle méchanceté, il prit en pitié la veuve qui l'assourdissait de son affaire, il consentit à lui rendre service, à lui accorder l'objet de sa requête, à arrêter les injustes vexations dont elle était victime. Ainsi, souvent il se rencontre que tel homme est intempérant, mais miséricordieux, ou bien qu'il est cruel, mais chaste, s'il est à la fois impudique et barbare, il ne laissera pas toutefois de faire en sa vie quelque action louable. Il faut appliquer aussi ce raisonnement- aux gens de bien; de même que les méchants accomplissent fréquemment certaines bonnes oeuvres, de même les hommes justes et vertueux tombent souvent en péché. Qui donc, nous dit l'Écriture, qui donc pourra se glorifier d'avoir un coeur parfaitement chaste? et qui aura l'assurance d'être pur de tout péché? (Prov. XX, 9.)

Il est donc vraisemblable que le riche, si plongé qu'il fût dans les dernières profondeurs du mal, fit quelque bien pendant sa vie, etque Lazare, tout arrivé qu'il était à la cime de la vertu, se rendit coupable de quelque faute légère : considérez comment le patriarche déclare l'une et l'autre chose en disant : Tu as reçu tes biens en ta vie et Lazare ses maux. Toi, dit-il, si tu as fait quelque bien et si tu as eu droit à quelque récompense, tu as reçu pendant ta vie mondaine tout ce qui te revenait tu as joui de mille délices, de richesses abondantes, d'une paix complète, d'une prospérité sans nuage. Celui-ci, s'il a fait quelque chose de mal, a reçu tout son châtiment: il a souffert de la faim, de la misère, et des maux les plus affreux. Tous deux, vous êtes arrivés ici absolument dépouillés, toi de vertu, et lui de péché : en conséquence, celui-ci reçoit la consolation toute pure, et toi , tu supportes un châtiment sans remède. En effet, si d'une part nos bonnes oeuvres sont minces et légères tandis que nos (485) péchés s'accumulent comme un poids immense, et si d'autre part nous vivons dans une joie prospère et dans l'exemption de toute peine, nous partirons certainement de ce monde tout nus et dépouillés de tout droit à une rémunération, comme des gens qui ont reçu leur salaire entier : pareillement, si d'une part nous accomplissons en grand nombre les belles et louables actions tandis que nos fautes sont peu considérables et peu graves, et si d'autre part nous supportons quelques rudes épreuves, il nous arrivera que, après avoir déposé ici-bas la charge de nos péchés, nous n'aurons qu'à recevoir au ciel la récompense pleine et parfaite de nos vertus. Voici un homme qui mène mauvaise vie et qui néanmoins est à l'abri des peines et des maux : ne le regardez pas comme heureux; plaignez plutôt et déplorez son sort, puisqu'il souffrira plus loin toutes sortes de douleurs, comme le riche de la parabole. Voilà au contraire un homme sincèrement vertueux, mais affligé de mille et mille chagrins; appelez-le bienheureux, enviez sa destinée : ici, il expie ses péchés et s'en débarrasse; là-haut, il a toute préparée la solde entière de sa patience, comme Lazare.

5. Parmi les hommes, les uns ne sont punis qu'en ce monde; d'autres n'ont rien à souffrir ici-bas, mais ils' supportent plus tard tout le poids de la vengeance; d'autres, enfin, sont punis et dans ce monde et dans l'autre. A laquelle de ces trois catégories attribuerez-vous le bonheur? A la première d'abord; je ne doute pasque vous ne considériez comme favorisés ceux qui peuvent se décharger de leurs péchés en recevant leur châtiment ici-bas. Et ensuite, qui rangerez-vous après ceux-là? Peut-être ceux qui, n'ayant rien à souffrir sur la terre, doivent subir toute leur peine dans l'autre vie? Eh bien, non ! je donne la préférence à ceux qui sont punis et en ce monde et dans l'autre. Celui qui commence son expiation ici, trouvera là-bas une peine adoucie ; celui au contraire qui sera obligé de tout payer à la fois dans l'éternité, subira les effets d'une vengeance sans pitié. Voyez le riche qui n'a expié sur la terre aucun de ses crimes ! il est frappé avec une telle sévérité qu'il ne peut obtenir même une petite goutte d'eau. Mais ceux qui, péchant ici-bas, n'ont cependant rien de grave à souffrir sont encore, à mon avis, moins à plaindre que ceux qui, non seulement ne sont. pas punis sur la terre, mais y trouvent encore les jouissances et la prospérité. En effet, si l'impunité des fautes commises ici-bas rend plus cruel le châtiment dans la vie future, à plus forte raison ceux qui tout à la fois commettent le péché et se livrent à la volupté, aux délices, à l'opulence, se préparent à eux-mêmes la matière et l'aliment d'une punition et d'une vengeance la plus terrible. Les honneurs dont Dieu nous comble tant que nous restons dans le péché, ne servent qu'à nous jeter dans des flammes plus dévorantes.

Si quelqu'un jouit des bienfaits de Dieu sans les employer à ce qu'il doit, celui-là se prépare un supplice affreux; et, si quelqu'un reçoit de Dieu non-seulement des marques de bienveillance, mais encore des honneurs et et n'en persiste pas moins dans son péché, qui pourrait arracher celui-là aux tourments qui lui sont réservés ? Pour comprendre que ceux qui profitent de la bonté divine sans se convertir amassent pour leur avenir mille sortes de maux, écoutez ce que dit saint Paul : Croyez-vous, ô homme qui condamnez ceux qui commettent telles et telles actions, et qui les commettez vous-même, croyez-vous échapper au jugement de Dieu? Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa tolérance ? Est-ce que vous ignorez que cette bonté même n'est pour vous qu'une invitation à la pénitence ? Par votre dureté, par votre obstination, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la vengeance, de la révélation, et du juste jugement de Dieu. (Rom. XI, 3.) Voyons-nous des hommes s'enrichir, vivre dans les délices, passer leurs journées dans l'ivresse, exhaler l'odeur des parfums, obtenir le pouvoir et les honneurs, se passer toutes les fantaisies du luxe, et les voyons-nous en même temps commettre le péché sans en recevoir aucune peine; alors pleurons et gémissons sur leur sort précisément parce qu'ils ne sont pas châtiés de leurs fautes. Qu'un homme malade d'une hydropisie ou d'une affection splénique, rongé par un ulcère et couvert de plaies hideuses ne cesse pas avec tout cela de se livrer à la gourmandise et à la débauche de telle sorte qu'il ne fasse qu'aggraver son mal, admirerez-vous son existence, l'estimerez-vous heureux à cause des jouissances qu'il se donne? Non ! vous le jugerez misérable précisément à cause de cela. Avez les mêmes idées sur l'âme. Si un homme mène une vie criminelle, mais prospère et (486) exempte de toute affliction, déplorez son sort d'autant plus que, atteint de la plus dangereuse maladie, il travaille lui-même à empirer son état, à aggraver son mal par une conduite licencieuse et dissolue. Le mal n'est pas d'être puni, mais de pécher. Le péché nous sépare de Dieu; la punition nous rallie à lui en apaisant sa justice irritée. Comment prouver cela? Ecoutez le Prophète : O Prêtres, consolez mon peuple, consolez-le; parlez au coeur de Jérusalem, car elle a reçu de la main du Seigneur double punition pour ses fautes. (Isaïe, XL,1-2.) Et encore : Seigneur, donnez-nous la paix car vous nous avez. tout payé. (Id. XXVI, 12.)

Pour connaître avec certitude que les uns reçoivent leur châtiment ici-bas, d'autres dans l'éternité, et d'autres enfin partie en ce monde et partie dans l'autre, entendez les reproches que saint Paul adresse à ceux qui participaient indignement aux mystères: Après avoir dit : Celui qui mange et boit indignement le corps et le sang du Seigneur, celui-là se rend responsable du corps et du sang de Jésus-Christ (I Cor. XI, 27), il ajoute: il y a parmi vous beaucoup de gens infirmes et languissants, beaucoup d'endormis. Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés plus tard. Et, dans cette vie, quand nous sommes jugés et châtiés par le Seigneur, c'est afin que, dans l'autre vie, nous ne soyons pas condamnés avec le monde. (Ibid. ) Comprenez-vous que la peine qui nous frappe en cette vie nous met à l'abri de celle qui nous frapperait dans l'autre vie ? Et que dit encore saint Paul parlant du Corinthien fornicateur: Livrez cet homme à Satan pour la perte de sa chair, mais aussi pour le salut de son âme au jour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. (I Cor. V, 5.) La même vérité ressort clairement de l'exemple de Lazare ; s'il commit quelque faute en ce monde, il s'y purifia et partit sans tache pour l'éternité. Elle apparaît encore dans le fait de ce paralytique qui, après avoir passé trente années dans l'infirmité, fut déchargé par sa longue maladie du fardeau de ses péchés; en effet, nous apprenons qu'il avait été affligé en raison de ses fautes, lorsque nous entendons le Christ lui dire: Te voilà guéri! ne pèche plus dorénavant, de peur qu'il ne t'arrive pire que ce que tu as eu (Jean, V, 14. ) De tout cela nous devons conclure que certaines personnes expient et effacent leurs péchés par la punition qu'elles subissent ici-bas.

6. Mais est-il vrai que d'autres sont punies ici et là-bas, sans que la punition qu'elles reçoivent sur la terre équivale à l'énormité de leurs crimes? Oui; vous n'avez qu'à écouter ce que le Christ dit des Sodomites. Après ces mots : Si quelque cité refuse de vous recevoir, secouez contre elle la poussière de vos pieds; il ajoute: il y aura plus d'indulgence pour le pays de Sodome et de Gomorrhe que pour celui-là. (Luc, IX, 5.) Cette expression plus d'indulgence signifie que les habitants de Sodome et de Gomorrhe, après avoir essuyé un châtiment en cette vie, en recevront dans la vie future un autre encore mais d'une rigueur tempérée. D'autres, n'ayant rien de fâcheux à souffrir ici-bas, doivent attendre toute leur punition dans l'éternité; c'est ce que prouve l'exemple du riche qui est en proie à d'horribles tourments et qui ne peut obtenir le moindre adoucissement, parce que sa punition tout entière avait été tenue en réserve. De même que les pécheurs qui ne souffrent rien en ce monde sont frappés plus rigoureusement dans l'autre, de même parmi les justes ceux-là seront un jour comblés d'honneurs plus grands, qui auront vécu ici-bas au milieu de maux plus nombreux. De même aussi que de deux pécheurs, si l'un est puni en ce monde tandis que l'autre ne l'est pas, le premier sera plus heureux que le second; de même entre deux justes, si l'un reçoit en ce monde plus d'afflictions et l'autre moins, le plus heureux sera celui qui aura le plus souffert, lorsque le Seigneur rendra justice à chacun selon ses oeuvres.

Mais quoi, me direz-vous, il n'y a donc personne qui puisse jouir du repos ici-bas et là-bas? — Voilà, mon cher, une impossibilité, une absurdité ! Il n'est pas possible, je le répète, pas possible, qu'un homme, après avoir vécu dans une tranquille oisiveté, après avoir consacré tous ses jours à prendre ses aises, après avoir passé toute son existence dans l'insouciance et dans la paresse, obtienne encore les honneurs de l'autre vie. Si la pauvreté ne l'obsédait pas, les passions le tourmentaient et le persécutaient; il devait les combattre et les vaincre, et il y avait là de quoi l'exercer. Si la maladie ne le fatiguait pas, la colère dévorait son coeur; et ce n'est pas une médiocre peine due d'en éteindre le feu. Si les afflictions ne l'assiégeaient pas, les pensées mauvaises l'assiégeaient continuellement; et ce n'est pas une oeuvre vulgaire que de mettre un frein (487) aux convoitises insensées, de réprimer l'ambition, de chasser l'orgueil, de renoncer aux voluptés, de se ranger sous une austère discipline; or, nul rie se sauvera qu'à cette condition. Pour le comprendre, écoutez les paroles de saint Paul sur la femme veuve: Celle qui vit dans les jouissances est morte, quoiqu'elle paraisse vivre. (I Tim. V, 6.) Ces paroles, justes pour une femme, le sont plus encore pour un homme. Un homme qui aura mené une vie lâche n'arrivera pas au Ciel: le Christ l'a déclaré en ces termes: La route qui conduit à la vie est rude et étroite; bien peu savent la trouver. (Matth. VII, 14.)

Mais alors, objectera-t-on, pourquoi est-il écrit: Mon joug est doux et mon fardeau, léger ? ( Matth. XI, 30.) Car si le chemin est étroit et difficile, comment peut-on dire ensuite qu'il est doux et commode d'y marcher ? L'une de ces paroles se rapporte à la nature des difficultés que nous devons rencontrer, et l'autre à la volonté librement résolue de ceux qui entrent dans la voie. Il se peut qu'un fardeau, naturellement insupportable, devienne léger en raison de la vigueur d'âme avec laquelle on l'enlève: ainsi, les apôtres, après avoir été battus de verges, s'en allèrent tout joyeux de ce qu'ils avaient été jugés dignes de subir cet outrage pour le nom du Seigneur (Act. V, 41) ; il est dans la nature qu'un supplice soit ignominieux et douloureux ; mais les sentiments généreux qui animèrent les apôtres sous le fouet du bourreau, triomphèrent de la nature même. C'est pourquoi saint Paul dit : Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ souriront persécution. (II Tim. III,12.) Si l'homme ne persécute pas, c'est le démon qui déclare la guerre. Aussi avons-nous besoin de sagesse et de force pour veiller et prier sans cesse, pour ne pas envier le bien d'autrui, pour donner part aux pauvres dans les biens que nous possédons, pour dire adieu aux voluptés, au luxe des vêtements, aux plaisirs de la table, pour fuir l'avarice et l'ivrognerie et les mauvaises paroles, pour maîtriser notre langue, pour nous abstenir des vociférations insensées, pour ne proférer jamais ni mots obscènes ni plaisanteries piquantes. Que toute aigreur, tout emportement, toute colère, toute clameur, tout blasphème soient bannis d'entre vous. (Eph. IV, 31.) Que de peine, et quelle vigilance ne faut-il pas pour se préserver complètement de ces fautes ! Pour apprendre combien vaut cette divine philosophie et combien peu elle nous permet de relâche, écoutez le mot de saint Paul: Je châtie mon corps et je le réduis en servitude. (I Cor. IX, 27.) Ces expressions nous montrent quelle violence doivent se faire et à quel travail doivent se livrer ceux qui veulent dompter entièrement leur corps et le rendre docile au frein. Le Christ a dit à ses disciples: Dans le monde vous trouverez la persécution; mais ayez courage ! j'ai vaincu le monde. (Jean, XVI, 33.) C'est précisément, nous dit-il, la persécution qui vous donnera le repos. La vie présente est une arène pour le combat qu'il ne compte pas se tenir tranquille au milieu de la bataille, celui qui aspire à la couronne. Voulez-vous être couronnés? dès lors acceptez une vie dure et laborieuse, afin que, après un travail dé peu de jours, vous méritiez d'obtenir là-haut les honneurs immortels.

7. Que de chagrins nous assaillent chaque jour ! Et quelle fermeté d'âme il nous faut pour vaincre le découragement et l'oisiveté, pour remercier, glorifier et adorer Celui qui permet que nous soyons éprouvés par tant d'afflictions ! Que d'accidents imprévus! que d'angoisses! Et, malgré tout, nous devons étouffer les pensées mauvaises , interdire à notre langue de faire entendre même une parole inconvenante, à l'exemple du bienheureux Job qui, au milieu de mille et mille maux, demeura inébranlable dans sa confiance en Dieu.

Certaines gens, blessés par une raillerie, atteints d'une maladie, d'un rhumatisme, d'une migraine, de quelqu'autre mal de ce genre, vomissent aussitôt des blasphèmes. Elles n'en subissent pas moins la souffrance, mais elles en perdent tout le fruit. — Que faites-vous, pauvre homme? Vous injuriez votre bienfaiteur, votre sauveur, celui qui pourvoit à vos besoins et qui prend soin de vous. Ne sentez-vous pas que vous courez à un précipice, que vous vous jetez dans le gouffre d'une totale perdition? Est-ce que vos blasphèmes apaisent vos douteurs? Vous ne faites que les aiguiser et rendre votre tourment plus cruel ! C'est pour vous pousser à cet abîme que le démon vous assiège de mille angoisses. S'il vous entend blasphémer, il va sur l'heure augmenter et redoubler vos souffrances, afin de vous aiguillonner et vous irriter de plus en plus. S'il vous voit au contraire souffrir généreusement et rendre au Seigneur des actions de grâces d'autant plus vives que vos maux sont plus (488) poignants, à l'instant il s'arrêtera pour ne pas perdre son temps à des embûches inutiles. Il ressemble au chien qui se tient près de la table où il voit son maître manger; lui jette-t-on quelques débris des mets qui sont servis , il fait bonne garde et ne bouge pas ; si au contraire il est venu à deux ou trois reprises s'installer là sans pouvoir, rien happer, il s'en va et ne revient plus; ainsi fait le démon. qui vous guette avec une infatigable avidité; si vous lui jetez un blasphème comme un os à un chien, il s'en empare et il revient à la charge; si vous persévérez dans votre prière, vous le faites en quelque sorte périr de faim, vous le chassez, vous le forcez à fuir lestement. — Mais vous ne pouvez vous taire sous l'aiguillon de la douleur! Eh bien, ni moi non plus, je ne vous défends pas de parler: je veux seulement qu'au lieu de parler pour blasphémer, vous parliez pour prier, qu'au lieu de paroles de colère vous prononciez des paroles de louanges. Confessez-vous au Maître; criez bien haut pour le supplier; criez bien haut pour le glorifier : voilà le vrai moyen d'alléger vos souffrances, puisque d'une part vous repoussez le démon qui vous attaque, et que de l'autre vous obtenez que Dieu vous secoure. Au contraire, en blasphémant, vous repoussez l'alliance que Dieu vous offre, vous rendez le démon plus acharné contre vous, vous vous embarrassez de plus en plus dans. le filet de la douleur; en priant, vous renversez les détestables piéges du démon et vous méritez que la bonté divine vous guérisse.

Mais, dites-vous, c'est la force de l'habitude ! souvent la langue s'emporte, à l'étourdie, jusqu'à proférer un malheureux mot. — Eh bien ! au moment où elle s'emporte, mordez-la à pleines dents: il vaut mieux pour elle qu'elle saigne à flots que d'être un jour réduite à convoiter une goutte d'eau sans pouvoir obtenir ce maigre rafraîchissement; il vaut mieux pour elle souffrir une douleur passagère que d'être un jour victime d'un supplice incessant et immortel, comme la langue du riche brûlée par des ardeurs qu'il lui était interdit d'apaiser. Dieu vous a ordonné d'aimer vos ennemis, et vous vous détournez de ce Dieu qui vous aime! Dieu vous a ordonné d'être affable envers ceux qui vous injurient, de bénir ceux qui vous maudissent; et, sans avoir à vous plaindre d'aucune injustice, vous maudissez ce Dieu qui vous bénit et vous protège ! — Dieu n’aurait-il pu nous délivrer de cette tentation? — Si, mais il l'a permise afin de vous éprouver davantage. — Mais, dites-vous, je suis à bout de forces, je succombe ! — Si vous succombez, ce n'est pas à cause de la nature même de la tentation, c'est à cause de votre lâcheté. Dites-moi, lequel est plus facile de blasphémer ou de prier? et lequel est plus utile? Est-ce que l'un ne vous fait pas des adversaires et des ennemis de tous ceux qui l'entendent en jetant l'aigreur dans leur âme? Est-ce que l'autre ne vous gagne pas les mille couronnes de la vraie sagesse, l'admiration et les applaudissements universels, enfin les magnifiques récompenses du Seigneur? Pourquoi donc laissez-vous de côté ce qui est utile, ce qui est facile, ce qui est aimable pour vous habituer à ce qui blesse, à ce qui irrite, à ce qui ruine ? D'ailleurs si la véritable cause des blasphèmes se trouvait dans l'affliction qu'occasionnent la pauvreté et les souffrances , nécessairement tous les pauvres seraient des blasphémateurs; or, aujourd'hui, un grand nombre de ceux qui vivent dans la dernière misère rendent à Dieu de perpétuelles actions de grâces, tandis que d'autres qui vivent dans l'opulence et la volupté vomissent de perpétuels blasphèmes. Non ! ce n'est pas la nature ni la force des choses qui font l'un et l'autre, c'est nôtre libre volonté.

Pour quel motif avons-nous expliqué cette parabole? Pour vous faire bien comprendre que la richesse n'est d'aucun secours à l'homme lâche, et que la misère ne peut nuire à l'homme énergique. Que dis-je, la pauvreté ? Tous les maux, connus parmi les hommes, se ligueraient ensemble qu'ils n'ébranleraient pas le coeur dévoué à Dieu et à la sagesse divine, qu'ils ne l'amèneraient jamais à renier la vertu. J'en ai pour témoin Lazare. Au contraire, l'âme fiasque et dissolue ne trouvera force et appui ni dans la richesse, ni dans la santé, ni dans la prospérité la plus inaltérable.

8. Ne me dites donc pas que la pauvreté, la maladie, les dangers imprévus vous poussent au blasphème. Non ! Ce n'est pas la pauvreté, c'est votre sottise ; ce n'est pas la maladie, c'est votre mépris de la loi; ce n'est pas le péril, c'est votre manque de piété qui conduit votre insouciance au blasphème et à tous les vices.

Mais, dira-t-on, pour quelle raison les uns sont-ils punis en ce monde, les autres dans l'éternité? Pourquoi les uns et les autres ne sont-ils pas punis ici-bas? — Pourquoi? — Parce que, s'il en était ainsi, nous péririons (489) tous : tous en effet nous sommes sujets au châtiment. Or, si nul ne recevait son châtiment ici-bas, beaucoup en deviendraient plus lâches et nieraient l'existence de la justice providentielle : en effet, si, ayant à présent sous leurs yeux l'exemple de tant de pécheurs frappés de châtiment, ils ne laissent pas de vomir leurs impiétés, que ne diraient-ils pas, si ce peu de punitions n'existait plus ! A quelle sorte de méchanceté ne s'emporteraient-ils pas ?.Pour ce motif Dieu punit ici-bas les uns et non les autres. Il en punit quelques-uns afin de les corriger de leurs vices, de rendre plus légère leur peine à venir, afin même de les en décharger totalement; et du même coup il rend plus circonspects ceux qui vivent dans le péché. Il en épargne d'autres afin de leur inspirer cette surveillance d'eux-mêmes, cette conversion intérieure, ce respect pour la miséricorde divine qui les exempteront ici-bas de l'affliction et là-bas du supplice ; mais, s'ils s'obstinent et s'ils ne retirent aucun fruit de cette bénigne tolérance de Dieu, ils trouveront plus tard des châtiments aggravés par leur téméraire dédain.

Si quelque habile raisonneur m'objecte que ceux qui sont punis en ce monde, le sont tout à leur détriment, puisqu'ils pourraient sans cela se convertir, je répondrai : si Dieu eût prévu qu'ils dussent se convertir sans cela, il ne les eût pas punis. En effet, puisqu'il laisse en repos ceux mêmes qu'il sait incorrigibles, à plus forte raison permettrait-il à ceux qui mettront à profit son indulgente miséricorde, de trouver, dans la vie présente, le temps loisible pour se convertir. Mais, quand il les enlève par une mort prématurée, il tempère par là leur supplice dans l'éternité, en même temps qu'il inspire à d'autres des pensées de sagesse par l'exemple de ce châtiment. — Mais, pourquoi ne suit-il pas la même règle à l'égard de tous les pécheurs? — C'est afin que ceux qu'il épargne deviennent plus modérés en raison de la crainte qu'ils ressentent, afin qu'ils bénissent la miséricorde de Dieu et respectent sa bonté, afin que sous l'influence de ces sentiments ils renoncent à leurs mauvaises habitudes. — Mais ils n'en font rien, direz-vous. — Ce n'est plus Dieu qui est en cause : accusez la lâcheté de ceux qui refusent d'employer pour leur propre salut des remèdes si nombreux. Si vous voulez bien comprendre pour quels motifs Dieu agit de la sorte, écoutez. Un jour, Pilate mêle le sang des Galiléens au sang des victimes sacrifiées; on va trouver le Christ, on lui annonce ce fait; alors il dit : Pensez-vous que ces Galiléens seuls étaient pécheurs?. Non! je vous le déclare; et, si vous ne faites pénitence, vous périrez pareillement. (Luc, XIII, 2.) Une autre fois dix-huit personnes furent écrasées sous les ruines d'une tour : il dit encore la même chose. Ces mots : Pensez-vous que ces Galiléens seuls étaient pécheurs? Non! nous montrent que les survivants étaient exposés à pareil accident; et ces autres paroles : Si vous ne faites pénitence, vous périrez pareillement, qu'il a permis que ces gens fussent victimes de ce malheur afin précisément d'amener les survivants, par la crainte de ce qui venait d'arriver aux autres, à se convertir et à gagner l'héritage du ciel. — Mais quoi, direz-vous, c'est pour que je devienne meilleur qu'un autre est frappé? — Non ! ce n'est pas précisément à cause de cela que cet autre est puni ; c'est à cause de ses propres péchés. Toutefois, le châtiment d'autrui devient, par surcroît, une occasion de salut pour ceux qui y prêtent une attention intelligente, pour ceux qui, saisis de crainte à la vue de tels maux, se rangent eux-mêmes à la sagesse. C'est ainsi qu'en usent les maîtres à l'égard de leurs esclaves : souvent ils n'en condamnent qu'un seul aux verges, afin de rendre par la crainte tous les autres plus dociles. Lors donc que vous voyez telles et telles personnes noyées dans un naufrage , écrasées sous des ruines, brûlées par un incendie, entraînées par les flots, enlevées par une mort prématurée et violente, tandis que vous en apercevez d'autres qui ont participé avec elles aux mêmes péchés ou qui en ont commis de plus graves encore, n'avoir rien de semblable à souffrir, n'allez pas vous scandaliser et dire: Pourquoi ceux qui sont coupables des mêmes fautes ne subissent-ils pas la même peine? Raisonnez plutôt comme ceci : Dieu a jugé à propos d'enlever et de faire disparaître celui-ci afin d'adoucir dans le siècle futur son châtiment et peut-être afin de l'en exempter tout à fait; et il a voulu que celui-là n'eût rien à souffrir de pareil, afin que la vue de la punition d'autrui lui inspirât la sagesse et lui donnât la modération; que s'il s'obstine dans son péché, il s'amassera par sa propre négligence un trésor de vengeance terrible; et ce n'est pas à Dieu qu'il devra attribuer la cause de son effroyable supplice. Si vous voyez un juste (490) affligé, poursuivi par tous les maux que j'ai dits, ne vous attristez pas : ses malheurs donneront plus d'éclat à sa couronne. Toutes les peines sans exception, infligées aux pécheurs, diminuent d'autant la charge de leurs crimes; infligées aux justes, elles augmentent d'autant la beauté de leur âme : de la sorte, pécheurs et justes retirent de l'affliction des fruits abondants , pourvu qu'ils la supportent avec de bonnes dispositions; car voilà le point capital.

9. Les récits de la sainte Ecriture sont remplis d'innombrables exemples qui nous montrent partout justes et pécheurs pareillement affligés: c'est afin que, justes ou pécheurs, vous trouviez des modèles convenables et appreniez par eux à souffrir avec courage. L'Ecriture nous fait voir les méchants, non-eulement dans les épreuves et les peines, mais aussi dans la prospérité, afin que vous ne vous scandalisiez pas de leur bonheur, et que, instruits par le récit de ce qui arriva au mauvais riche, vous sachiez quelles flammes vengeresses les attendent après leur vie terrestre, s'ils ne se convertissent pas. — Il est donc impossible de goûter le repos dans ce monde et dans l'autre? — Oui, c'est impossible.

Voilà pourquoi les justes ont mené une vie si rude et si pénible. — Mais Abraham ! dites-vous. — Abraham, comme les autres, eut à souffrir : et qui donc fut en butte à de plus dures calamités? Ne fut-il pas exilé de sa patrie, et brusquement séparé de tous les siens? N'alla-t-il pas, en fugitif, d'un bout de la terre à l'autre, de Babylone en Mésopotamie , de Palestine en Egypte ? Qui pourrait raconter toutes les guerres qu'il fit, tantôt pour sauver son épouse, et tantôt pour chasser les Barbares? Et tant de combats meurtriers ! Et la famille de son frère réduite en esclavage ! Et mille autres malheurs de ce genre ! Après avoir enfin obtenu un fils, il reçut ordre d'immoler de ses propres mains cet enfant qu'il aimait, qu'il chérissait au-dessus de tout : n'était-ce pas la plus effroyable épreuve ? Et cet Isaac qui fut sur le point de périr en victime, ne fut-il pas persécuté de toutes façons par ses proches, jusqu'à se voir, comme son père, frustré de son épouse ; ne passa-t-il pas, privé d'enfants, une grande partie de sa vie ? Et Jacob, quoique élevé sous le toit paternel, n'eut-il pas à endurer des maux plus grands encore que son aïeul? Pour ne pas allonger mon discours en les passant tous en revue, je vous cite le mot par lequel il résume sa vie : Mes jours ont été courts et mauvais; ils n'ont pas atteint le chiffre où sont arrivés les jours de mes pères. (Gen. XLVII, 9.) Un homme qui voit son fils siégeant sur un trône royal, rayonnant de tout l'éclat de la gloire, ne devrait-il pas oublier tous ses malheurs d'autrefois? Eh bien non ! Jacob avait subi de telles épreuves que, au sein même de la plus merveilleuse prospérité, il ne put rejeter de son coeur le souvenir de ses misères passées. Et David! quelle vie tourmentée n'a-t-il pas eue ? Il exprime la même pensée que Jacob :Nos jours, nos années, ne vont ordinairement qu'à soixante-dix; que si les plus forts atteignent quatre-vingts, le surplus n'est pour eux que peine et douleur. (Ps. LXXXIX, 10.) Et Jérémie qui maudit le jour de sa naissance, à cause des calamités qui le frappent à . coups redoublés ! Et Moïse qui s'écrie dans son découragement : Faites-moi mourir, si vous devez me traiter de la sorte! (Nomb. XI,15.) Elie lui-même, dont l'âme habitait le ciel et en ouvrait les trésors, Elie, après avoir accompli tant de miracles, n'élevait-il pas vers Dieu de longs gémissements : Enlevez-moi mon âme : je ne vaux pas mieux que mes pères? (III Rois. XIX, 4.) Mais à quoi bon prendre les saints de l'Ancien Testament l'un après l'autre ? Saint Paul les réunit tous et nous les montre dans cette phrase : Ils étaient fugitifs, couverts de peaux de brebis ou de chèvres , manquant de tout, affligés, persécutés : le monde n'était pas digne d'eux. (Héb. XI, 37.) C'est donc une loi nécessaire que qui veut plaire à Dieu, doit s'éprouver, se purifier, mener non pas une vie lâche, souillée et libertine, mais une vie laborieuse , remplie par les travaux et les fatigues. Ecoutez saint Paul : Nul n'est couronné s'il n'a vaillamment combattu (II Tim. II, 5) ; et ailleurs : L'athlète qui se prépare au combat pratique une exacte tempérance dans ses paroles, dans ses regards; il s'abstient d'injures, de blasphèmes, de propos honteux (1). (I Cor. IX, 25.) Ce texte nous apprend que, même délivrés des épreuves extérieures, nous devons nous éprouver nous-mêmes par des jeûnes quotidiens, par une vie austère, par une nourriture grossière et prise à petite ration, par le mépris de tout luxe: il n'est pas d'autre moyen de plaire à Dieu.

Qu'on ne vienne pas m'objecter sottement

 

1. La Vulgate n'a que les premiers mots de cette citation : le reste ne s'y trouve pas.

 

491

 

que tel ou tel peut posséder les avantages de ce monde et ceux de l'autre vie. Cela est impossible aux riches qui vivent en pécheurs; si l'on pouvait appliquer cette observation à quelqu'un, ce serait à ceux qui sont affligés ici-bas et dont l'existence se passe à souffrir; ils auront là-haut, la possession de la récompense gagnée; ici, l'attente des biens futurs qui nourrit leur espérance et les empêche de sentir les misères du temps présent. Ecoutons encore le reste de notre parabole. En outre un immense abîme s'ouvre entre vous et nous. (Luc, XVI, 26.) C'est à juste titre que David a dit: Le frère même ne rachète pas; il ne fournira pas à Dieu l'expiation nécessaire. (Ps. XLVIII, 8. ) Cela n'est pas possible; fût-ce un frère, fût-ce un père, fût-ce un enfant qui s'offrît. Voyez en effet ! Abraham donne au riche le nom de fils, mais il n'a pas le pouvoir de se montrer père; et le riche appelle Abraham son père, mais il ne put recevoir une marque de cette bienveillance qu'un père conserve toujours pour son fils: reconnaissez donc que ni parenté , ni amitié , ni dévouement, ni rien de ce qui existe ne peut prêter secours à celui qui est livré par sa propre vie à la vengeance éternelle.

10. Je dis cela, parce que souvent, après vous avoir prêché la sollicitude et la vigilance sur votre salut, je vois plusieurs d'entre vous mépriser mes avertissements et les tourner en ridicule. — C'est vous, dit l'un, qui m'assisterez en ce jour solennel. aussi j'ai confiance, je ne crains rien. — J'ai un martyr pour père, dit un autre. — Mon grand-père était évêque, dit un troisième. — Et d'autres enfin mettent toute leur famille en avant. Sottes paroles ! La vertu d'autrui ne vous servira de rien. Souvenez-vous de ces vierges qui ont refusé de partager leur huile avec cinq de leurs compagnes : les premières sont entrées dans la chambre nuptiale, les dernières en furent exclues. Votre grande ressource est de placer toutes vos espérances dans vos bonnes oeuvres personnelles. Dans l'autre monde nul ami ne vous viendra en aide. Si le Seigneur a dit en ce monde à Jérémie : Ne me prie pas pour ce peuple (Jérém. VII, 16), en ce monde où il est en notre pouvoir de changer de vie, combien plus le dira-t-il dans l'éternité? Que me dites-vous là ? Vous avez un martyr pour père ! Mais voilà précisément ce qui aggrave votre condamnation, puisque, ayant dans votre propre famille un modèle de vertu, vous vous montrez néanmoins indigne de vos ancêtres. — Cependant vous avez un brave et généreux ami: lui aussi vous fera défaut. Voici ce que dit l'Evangile : Faites-vous des amis avec vos richesses d'iniquité, afin que, une fois morts, vous puissiez être admis dans les demeures éternelles. (Luc, XVl, 9.) Ce n'est donc pas l'amitié qui vous prêtera secours, c'est l'aumône. Si l'amitié suffisait à vous aider, l'Evangile aurait dit seulement : « Faites-vous des amis ; » mais, pour vous montrer qu'elle ne peut rien toute seule , il ajoute : a Avec vos richesses d'iniquité. » — Mais, dira-t-on peut-être, on peut se faire des amis sans l'argent et même de meilleurs qu'avec de l'argent. — Et bien ! pour vous faire comprendre que votre ressource est dans l'aumône, dans vos bonnes oeuvres personnelles, l'Evangile vous dira de mettre votre confiance, non pas dans l'amitié des saints, mais dans l'amitié que vous gagnerez par votre argent.

En conséquence, mes bien chers frères, dirigeons sur nous-mêmes notre attention la plus diligente; et, si nous sommes affligés, bénissons Dieu; si nous jouissons d'une existence prospère, tenons-nous sur nos gardes, corrigeons-nous à la vue des punitions infligées à autrui, rendons gloire à Dieu par la pénitence, par la componction, par la confession incessante de nos péchés; si nous avons failli en cette vie, déposons le fardeau de nos péchés,effaçons toutes les souillures de notre âme et supplions Dieu que, après nous avoir tous délivrés de notre captivité d'ici-bas, il daigne nous amener au ciel, et nous faire participer, non pas au sort du riche, mais à celui de Lazare, dans. le sein d'Abraham où nous jouirons des biens immortels. Puissions-nous tous obtenir cette faveur par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ auquel soient, avec le Père et l'Esprit-Saint, honneur et gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Les cinq Homélies précédentes ont été traduites par M. A. SONNOIS, curé de Jouey,

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