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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 07:41


 

AVERTISSEMENT.

 

Nous ne savons rien touchant la date de cette homélie. Seulement deux passages de l'exorde attestent qu'elle fut prononcée en été, et le lendemain du jour où Chrysostome avait loué saint Barlaam. C'est à Antioche que se célébrait particulièrement la fête de ce saint : d'où l'on peut induire que la présente homélie fut prononcée dans la même ville. S. Chrysostome s'y propose d'y démontrer que les événements accomplis sous l'ancienne Loi sont comme des figures et des présages de ce qui devait arriver sous l'empire de la Nouvelle. Il attaque incidemment les erreurs de Marcion, de Manichée, de Paul de Samosate, et termine en sollicitant l'intercession des saints.

 

ANALYSE.

1° Pourquoi saint Paul a recours à l'Ancien Testament, et non au Nouveau pour faire redouter aux pécheurs les châtiments qu'ils ont mérités. — Comment les prédictions peuvent être confirmées par les exemples empruntés au passé.

2° Que le Dieu de l'Ancien Testament et Celui du Nouveau sont un seul et même Dieu. — Réputation de Marcion et de Manichée.

3° Le passage de la mer Rouge, figure du baptême.

4° En quoi la figure ou le symbole diffère de la vérité.

5° Figure de la Sainte Table dans l'ancienne Loi. — Hérésie de Paul de Samosate.

6° Autres rapports entre la vie des Juifs dans le désert et ce qui se passe actuellement dans l’Eglise

7° Conclusion et exhortation.

 

1. Les mers que les marins préfèrent à toutes les autres sont celles où les ports et les îles se trouvent en abondance. Une mer sans port, quand bien même le calme y régnerait, est un sujet d'effroi pour ceux qui la sillonnent; mais s'ils aperçoivent des ports, des rivages, des plages de toutes parts, ils naviguent alors avec une entière sécurité. L'onde a beau s'émouvoir un instant, comme il leur suffit d'un moment pour trouver un abri, ils comptent échapper sans peine et sans retard aux maux suspendus sur leurs tètes. Par la. même raison, quand bien même le port est dans le lointain, et non dans le voisinage, il leur suffit de l'apercevoir pour éprouver un grand soulagement. Ce n'est pas, en effet, un médiocre encouragement pour eux, que l'apparition d'une .cime de montagne à l'horizon, qu'une fumée qui s'élève, un troupeau qui paît sur le penchant d'une colline. Néanmoins, c'est seulement quand ils arrivent au port qu'ils goûtent une joie sans mélange. Alors ils déposent la rame, alors ils arrosent d'une eau douce et pure leurs corps imprégnés du sel de l'onde amère, alors ils descendent sur le rivage, et une heure de sommeil sur terre leur fait oublier toutes les épreuves de la navigation. Or, de même que ces hommes se plaisent sur les mers dont j'ai parlé, à cause des fréquentes occasions dé repos qu'ils y trouvent; ainsi je sens, moi aussi, une préférence pour la saison où nous sommes; non point parce que nous sommes délivrés de l'hiver, ni (208) parce que l'été fait souffler sur nous la douce haleine du zéphyr, mais parce que les ports spirituels ne cessent de s'ouvrir à nous, j'entends par là les fêtes des saints martyrs. En effet, les ports ne relèvent pas tant le courage des nautoniers que les fêtés de ces saints ne raniment celui des fidèles. Le port ne délivre le marin que de la fureur des vagues et des fatigues de la rame; mais ceux qui assistent aux solennités en l'honneur des martyrs sont dérobés par cette commémoration aux esprits mauvais et impurs, aux pensées déréglées, aux tempêtes qui agitent l'âme. Les affaires publiques, celles de sa maison, l'accablent de tristesse; il est entré ici traînant après lui sa peine; il s'en va soulagé, tranquille, dispos; content, non d'avoir quitté la raine ou lâché le gouvernail, mais d'avoir déposé l'incommode et pesant fardeau des ennuis de la vie, et de sentir son âme se rouvrir à la joie.

Je vous en atteste, vous tous qui, dans la journée d'hier, avez joui des épreuves du bienheureux Barlaam. Pleins de sécurité, vous vous êtes jetés dans ce port, vous. vous êtes purifiés des amères souillures de la vie, et vous avez revu votre maison, allégés par le tableau de tant de vertus. Et voici que nous allons avoir bientôt d'autres martyrs à célébrer. Mais en attendant que nous courions nous abriter dans ce nouveau port, imitons les matelots; ils chantent pour charmer les ennuis de la traversée; de même, en attendant que nous soyons au port, échangeons entre nous quelques discours spirituels. Le bienheureux Paul sera notre guide dans ce pieux entretien, et nous le suivrons partout où il lui plaira de nous conduire. Quel est donc ce chemin qu'il nous indique? Le chemin qui traverse le désert, ce lieu illustré partant de miracles. Aujourd'hui même vous avez entendu Paul élever la voix et dire : Je ne veux pas que vous ignoriez, mes frères, que tous nos pères étaient sous la nuée et que tous ont traversé la mer, et que tous ont été baptisés en Moïse, et que tous ont mangé le même aliment spirituel, et que tous ont bu le même breuvage spirituel. Car ils buvaient à la pierre spirituelle qui les suivait; et cette pierre était le Christ. Mais Dieu ne se complut point dans la plupart d'entre eux, car ils furent terrassés dans le désert. Et ce sont là des figures pour que nous ne désirions pas les choses mauvaises, ainsi que ces hommes les ont désirées, et pour que nous ne devenions pas idolâtres, à l'exemple de quelques-uns d'entre eux, ainsi qu'il est écrit: Le peuple s'assît pour manger et pour boire, et ils se levèrent pour se divertir. Ne commettons pas la fornication, comme ont fait quelques-uns d'entre eux; et dans un seul jour il en tomba vingt-trois mille. Ne tentons pas le Christ, comme ont fait quelques-uns d'entre eux, et ils périrent par les serpents. Ne murmurons pas, comme ont murmuré quelques-uns d'entre eux, et ils ont été frappés par l'ange exterminateur. (I Cor. X, I, 10; Exod. XXXII, 6.)

Ces paroles semblent claires, et pourtant elles suggèrent certains doutes assez embarrassants à ceux qui réfléchissent. En effet, il y a lieu de rechercher d'abord pourquoi il a' rappelé ces vieilles histoires, par quelle association d'idées, parlant des sacrifices offerts, aux idoles, il se jette dans ce récit qui nous transporte au milieu du désert. En effet, ce bienheureux n'a pas l'habitude de parler à la      légère ni au hasard; au contraire, il a toujours soin de mettre beaucoup de suite et un exact enchaînement dans ses discours. Que se propose-t-il donc, et d'où vient qu'il se jette dans, ce récit? Il réprimandait ceux qui allaient étourdiment et sans réflexion vers les idoles, et goûtaient aux victimes offertes sur leurs autels sacrilèges; et après avoir montré que ces imprudents encouraient double dommage, en scandalisant les faibles, et en se rendant eux-mêmes convives des démons, après avoir suffisamment humilié leur orgueil par ses premières paroles, après leur avoir montré que le fidèle ne doit pas songer à lui seulement, mais encore au grand nombre, afin d'augmenter encore leur effroi, il leur remet en mémoire des faits passés depuis longtemps. Voyant que les Corinthiens étaient très-fiers d'être fidèles, d'être délivrés de l'erreur, initiés à la doctrine, associés aux ineffables mystères, appelés au royaume des cieux, et voulant leur prouver que tout cela ne sert de rien, si leur conduite publique n'est pas en harmonie avec ces grâces exceptionnelles, il a recours, pour les en convaincre, à l'histoire des anciens temps.

2. Mais même ceci soulève encore de nombreuses questions. Pourquoi ne se sert-il pas avec eux des paroles du Christ consignées dans l'Evangile ? Pourquoi ne leur parle-t-il pas de la géhenne, des ténèbres extérieures, du ver venimeux, des chaînes éternelles, du feu allumé pour le diable et pour ses anges, des (209) grincements de dents, et autres supplices inexprimables? S'il voulait les effrayer, il aurait dû recourir à ces châtiments d'un ordre supérieur, et non pas à ceux qui furent infligés dans le désert. En effet, les coupables d'alors, s'ils furent punis, le furent avec moins de rigueur et sur le coup, et tout fut terminé dans un jour; au lieu que les damnés subiront des peines éternelles en même temps que plus rigoureuses. Pourquoi donc a-t-il choisi cet exemple afin d'effrayer, au. lieu de rappeler les paroles du Christ? En effet, rien ne l'empêchait de leur dire : Je ne veux pas que vous ignoriez, mes frères, les lois que. le Christ a édictées au sujet de ceux qui, ayant la foi, n'auront pas,, une vie sans reproche. Ne voyez-vous pas qu'il a exclu du royaume des cieux des gens qui avaient fait des miracles et se montraient prophètes, lorsqu'il a dit: Beaucoup me diront dans ce ,jour : Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en votre nom que nous avons chassé des démons, n'est-ce pas en votre nom que nous avons prophétisé, et que nous avons fait beaucoup de miracles ? Et alors je leur dirai hautement Retirez-vous de moi, je ne vous connais pas, artisans d'iniquité! (Matth. VII, 22-23.) Ce qu'il reprochait aux vierges, ce n'était pas de manquer de foi ou d'être infidèles aux dogmes; c'est à cause de leur vie dissolue, de leur inhumanité, de leur dureté, qu'il leur interdit la chambre nuptiale. (Matth. XXV, 10-12.) S'il a fait lier et mettre à la porte l'homme revêtu d'habits sordides (Matth. XXII, 11-13), ce n'est point comme manquant d'orthodoxie, mais comme vivant dans la fange de l'impureté. De même, ceux qu'il a condamnés au feu préparé pour le diable et ses anges , ne furent pas envoyés par lui à ce supplice comme ayant abandonné la foi, mais comme n'ayant jamais eu de pitié pour personne. Paul eût pu rappeler ces faits avec ceux qui s'en rapprochent, et dire : Je ne veux pas que vous ignoriez, mes frères, que tous ces gens-là avaient reçu le baptême, participé aux mystères, montré beaucoup de foi et acquis une science profonde; néanmoins comme leur vie ne répondait pas à leur foi, ils furent exilés du royaume et livrés au feu. Pourquoi. donc, au lieu de parler ainsi, au lieu de citer ces exemples,  a-t-il mieux aimé dire quelque chose comme ceci : Je ne veux pas que vous ignoriez, mes frères, que nos pères ont tous été sous la nuée , et leur rappeler le récit de Moïse, en passant d'abord sous silence

les choses qui se rapportent au règne de la grâce? Ce n'est pas sans réflexion ni sans motif qu'il a pris ce parti-; car il était plein de sagesse, mais quel a pu donc être son motif ou son but? Il y en a deux : d'une part, il voulait rendre sa réprimande plus efficace, et, de l'autre, montrer la parenté des deux Testaments.

En effet, on voit beaucoup de gens qui ne croient pas à la géhenne, et n'admettent pas même l'existence du châtiment; ils croient que Dieu. n'a proféré ces menaces que pour nous faire peur et nous corriger; et de là, selon eux, le ver éternel, le feu inextinguible, les ténèbres extérieures; mais ils ne peuvent révoquer en doute les faits qui se sont passés. Car, comment prétendre que ce qui est arrivé n'est point arrivé eu effet? Les choses que personne n'a. vues, qui tic se sent point réalisées visiblement, rencontrent beaucoup d'incrédules. Mais les faits, les événements accomplis, il n'y a nos un être, si incapable et si stupide qu'il soit, qui puisse, quand il le voudrait, en nier la réalité. L'Apôtre part donc des faits bien reconnus, des faits accomplis, de ceux dont il reste beaucoup de traces, afin de convaincre les coupables de l'exacte justice de Dieu. C'est à peu près comme s'il dirait: Si tu doutes de la géhenne , du châtiment, du supplice, et que ce soient là, à tes yeux, de simples menaces de Dieu, repasse dans ton esprit les faits passés, et apprends ainsi à croire à ceux qui doivent arriver. En effet, si c'est le même Dieu qui régnait alors et qui règne aujourd'hui, au temps de la grâce, comme au temps de l'ancienne loi; comment admettre qu'il ait alors puni et livré au supplice Ics pécheurs, et qu'aujourd'hui il nous fasse grâce, à nous qui sommes encore plus criminels? Réponds-moi : Les Juifs ont forniqué, et ils ont été châtiés? Ils ont murmuré, et ils ont été punis. Il faut bien que tu m'accordes cela. Eh bien ! comment Celui qui a puni ces téméraires pourrait-il excuser chez toi des fautes analogues? Cela serait absurde. Mais tu n'as pas été puni ici-bas? Raison de plus pour que tu croies aux supplices de la géhenne, puisque tu n'as pas été puni dans ce monde. En effet, si quelque châtiment ne t'attendait pas dans l'autre vie, tu ne serais pas demeuré impuni , après avoir commis les mêmes fautes que ces anciens pécheurs.

Par conséquent, s'il t'arrive de rencontrer, un voluptueux, un libertin, un homme adonné sans nulle pudeur à tous les dérèglements, et (210) que tu l'entendes traiter le châtiment et la géhenne de pures fables, de simples menaces proférées par Dieu pour nous intimider, tiens-lui ce langage : Mon ami, tu ne crois pas à l'avenir, parce qu'il n'est pas visible , parce que nous ne l'avons pas sous la main, parce que nos regards ne l'atteignent pas. Mais quand il s'agit de faits passés et accomplis, le doute est-il encore possible ? Songe un peu à Sodome et à Gomorrhe. Si cette contrée fut condamnée à un châtiment si terrible, c'est simplement parce que les habitants de ces villes avaient donné l'exemple de habitants illégitimes, d'amours défendus, et avaient bouleversé les lois de la nature. Comment donc admettre que Dieu, toujours le même alors et aujourd'hui, ait alors châtié ces coupables sans miséricorde, et que toi , qui as péché après eux , toi bien plus condamnable et digne d'un bien plus grand châtiment, puisque tu as eu part au bienfait de la grâce, et que tu n'as pas été corrigé par cet épouvantable exemple, que toi, dis-je, tu échappes à la punition qui t'est due?

3. Voilà pourquoi Paul évite dé parler d'abord de la géhenne , parce que les choses futures sont loin de trouver toujours créance, et ne se sert que de faits passés et bien établis pour corriger ceux à qui il s'adresse. C'est que, si l'avenir est plus terrible , le passé est plus croyable aux yeux des hommes mal instruits, et, par conséquent,-plus propre à leur. inspirer de la crainte. Aussi il emprunte ses arguments à des faits contre lesquels le plus téméraire n'oserait s'inscrire en faux, et en même temps il porte un coup mortel à Marcion, à Manès et à tous ceux qui partagent leur infirmité. Je m'explique : Si le Dieu de l'Ancien Testament n'est pas le Dieu du Nouveau, si l'Auteur de la vieille loi n'est pas le même qui devait promulguer la nouvelle, ô Paul, tes paroles sont inutiles, tu n'inspires aucune crainte à tes auditeurs. Car celui qui t'écoute peut t'objecter que si ces dieux sont deux dieux différents , celui que nous servons ne nous jugera pas d'après,les décrets de l'autre et ne se conformera pas aux mêmes lois. En. quoi les châtiments qu'il a plu au Dieu de l'ancienne loi d'infliger au coupable peuvent-ils me faire peur à ta voix et me remplir d'épouvante? C'est un autre Maître qui doit me juger. On voit que, si le Dieu de la nouvelle loi diffère du Dieu de l'ancienne , Paul est allé tout à fait contre son but; car, loin d'effrayer l'auditeur, il l'a délivré de toute crainte et de toute angoisse. Mais le premier venu, le moins intelligent des hommes ne tomberait pas dans une fauté aussi grossière, à plus forte raison Paul, dont la sagesse était si grande. Il faut donc. reconnaître que c'est un seul et même Dieu qui a frappé les Juifs dans le désert, et qui punira un jour ceux d'entre nous qui auront péché. En effet, je le répète , si ce n'était pas un seul et même Dieu, Paul ne se fonderait pas sur les actes du Dieu de l'ancienne loi pour nous effrayer sur l'avenir qui nous attend ; mais, parce que c'est un même Dieu, il n'y a pas moyen de réfuter Paul quand il menace les coupables du châtiment et leur montre qu'ils doivent craindre et trembler : car, Celui qui a puni nos pères de leurs péchés ne fera pas grâce à leurs fils , coupables des mêmes infractions.

Mais il faut revenir au commencement même du récit et peser scrupuleusement chaque mot : Je ne veux pas que vous ignoriez, frères. Il appelle les disciples : frères , non en raison de leur dignité, mais en raison de sa charité. Il savait, en effet, il savait à merveille que rien n'égale cette vertu, et que la plus haute dignité réside dans la plus grande charité. Premier exemple offert à notre émulation. Quelque supériorité que nous puissions avoir sur ceux à qui nous parlons, donnons-leur des noms qui marquent notre sollicitude pour eux, qu'ils soient libres ou esclaves, riches ou pauvres. En effet, ce ne sont pas seulement les riches d'entre les Corinthiens, ni les hommes libres, ni les hommes éminents, ni les hommes distingués , mais encore les simples particuliers, les valets, tous les fidèles enfin, que Paul honore indistinctement de ce nom. C'est qu'il n'y a en Jésus-Christ ni esclave, ni homme libre, ni barbare, ni scythe, ni savant, ni ignorant; là, toute l'inégalité des conditions mondaines disparaît. Et qu'y a-t-il d'étonnant à ce que Paul ait ainsi dénommé ses compagnons d'esclavage quand son Maître lui-même a rendu le même honneur à notre nature en disant : J'annoncerai ton nom à mes frères, je te louerai au milieu de l'Église? (Ps. XXI, 23.) Et non-seulement il nous a appelés frères, mais encore il a voulu devenir -notre frère; il a revêtu, pour naître, une chair comme la nôtre, et participé à notre nature. Et cela même faisait dire à Paul, en sonadmiration . Nulle part Dieu ne prend les anges, (211) mais c'est la race d'Abraham qu'il prend; aussi a-t-il dû se rendre en tout semblable à ses frères (Hébr. II, 16, 17); et encore : Comme les enfants ont participé à h chair et ait sang, ainsi lui-même y a participé. (Ib. V, 14.)

Vous entendez ! Chassons (loue de nos âmes vanité, présomption et toute espèce d'orgueil, et apportons le plus grand soin à saluer notre prochain de noms qui l'honorent et témoignent de notre zèle à le servir. C'est là, dira-t-on, un petit et mince mérite; oui, mais c'est, le principe de grands biens, tandis que la conduite contraire entendre fréquemment quantité, de haines, de dissensions et de querelles. Mais ce n'est pas seulement cette parole, c'est la suivante qui mérite d'être examinée avec beaucoup d'attention, car ce n'est pas au hasard qu'il l'a écrite. Après avoir dit: Je ne veux pas que vous ignoriez, frères, il ajoute : Que tous nos pères; il ne dit pas les Juifs, ni ceux gui sont sortis d'Egypte, mais tous nos pères; et par là, tout à la fois, il montre Fort humilité, puisqu'il ne dédaigne pas de reconnaître les pécheurs comme ses parents, lui qui leur est si supérieur eu vertu, et il ferme la bouche aux impudents qui osent calomnier l'ancienne loi. En effet, s'il avait pris en haine l'Ancien Testament, il ne se serait point servi des plus honorables expressions pour parler de choses jurées indistinctement condamnables. Tous, ce mot là n'est pas mis au hasard ni accidentellement, mais dans une intention pleine de sagesse. La preuve, c'est qu'il ne s'est pas borné à s'en servir une fois, mais qu'il l'a répété deux fois, trois fois, et plus ; c'est afin de vous faire entendre l'importance qu'il y attache. Quand il a dit: Que tous nos pères ont été sous la nuée, il ajoute : Et tous ont traversé la mer, et tous ont été baptisés en Moïse; et tous ont mangé le même aliment spirituel, et tous ont bu le même breuvage spirituel. Voyez-vous combien de fois revient ce mot tous ? Paul ne l'eût pas employé si souvent s'il n'avait voulu faire allusion à quelque grand et admirable mystère. S'il n'avait pas eu d'intention particulière c'était assez d'une fois, et il aurait suffi de dire : Que tous nos pères ont été sous la nuée, ont traversé la nier, ont été baptisés en Moïse, ont mangé le même aliment spirituel, ont bu le même breuvage spirituel. Mais non , à chaque fait nouveau il a répété le mot tous, et par là il nous ouvre un grand jour sur sa pensée, un jour qui nous permet de sonder sa sagesse. Pourquoi donc cette perpétuelle répétition ? C'est qu'il veut nous montrer la parenté des deux Testaments et nous faire entendre que le premier était l'image du second, et comme une esquisse de l'avenir. Et voici par où il commence pour mettre en évidence cette harmonie. Il veut établir un rapport avec l'Eglise dans laquelle aucune distinction n'existe entre l'esclave et l'homme libre, entre l'étranger et le citoyen ,  le vieillard et le jeune homme, le savant et l'ignorant, le magistrat et le simple particulier, l'homme et la femme, et où tous les rangs, où les deux sexes vont pareillement se plonger dans les eaux du baptême, où le monarque et le mendiant sont admis à la même purification ; c'est en effet le plus grand signe de la générosité chrétienne que nous imitions également et le mendiant et l’homme revêtu de la pourpre, et que l'un n'ait aucune prérogative sur l'autre en ce qui concerne les mystères. — Afin de montrer ce rapport, Paul introduit le mot tous dans le récit de l'Ancient Testament. Et, en effet, on ne peut avancer que Moïse ait suivi la route de terre, tandis que les Juifs traversaient les flots, ni que les riches aient pris alors un chemin, les pauvres un autre, ni que les femmes aient passé au grand jour et les hommes sous la nuée; non, tous ont traversé la mer, et tous étaient sous la nuée, et tous ont été baptisés en Moïse. En effet, ce passage étant l'image du futur baptême, il fallait avant tout, pour que l’image fût parfaite, que tous eussent joui des mêmes bienfaits, de même qu'aujourd’hui tous participent également aux mêmes grâces. Plais, dira-t-on, comment ces événements peuvent-ils être une figure de ce que nous avons soirs les yeux? Apprenez donc d'abord ce que c'est que figure, ce que c'est que vérité, ensuite je vous rendrai compte de ce que je viens de dire.

4. Qu'est-ce donc qu'une figure? qu'est-ce qu'une vérité? Voyons, prenons pour exemple les portraits que font les peintres. Vous avez vu plus d'une fois un peintre reproduire les traits d'un monarque: le portrait est d'abord coloré d'une teinte d'azur, puis l’artiste, en traçant des lignes blanches, représente le monarque, son trône, et près de lui des chevaux, des gardes , enfin des ennemis enchaînés subjugués. Cette esquisse ne vous instruit pas complètement, et ne vous laisse pas complètement dans l'ignorance; vous entrevoyez qu'elle (212) représente un homme, un cheval; mais quel est ce monarque, quel est cet ennemi? Nous ne le devinez qu'à moitié, jusqu'à ce que la vérité des couleurs vienne éclaircir les objets et les rendre reconnaissables. Maintenant , ainsi que vous n'exigez pas de ce portrait une représentation parfaite, avant qu'il ait été revêtu de couleurs expressives, et que vous vous contentez d'y trouver une indication vague des choses, tant qu'il reste à l'état d'esquisse ; c'est ainsi que vous devez juger de l'Ancien et du Nouveau Testament, au lieu d'exiger de moi que je vous fasse voir sur le dessin la vérité dans toute son exactitude. Alors nous pourrons vous enseigner comment l'ancienne loi avait une certaine parenté avec la nouvelle, et comment le passage des Juifs a du rapport avec notre baptême. D'abord, ici et là, l'eau joue un rôle : d'une part, une piscine; de l'autre, la mer. Ici, tous se plongent dans l'onde; c'est la même chose là-bas. Voilà la parenté. Exigez-vous maintenant la vérité des couleurs? Là, ils s'échappaient de l'Egypte en traversant les flots; ici c'est de l'idolâtrie ; là le pharaon était submergé, ici c'est le diable; là les Egyptiens se noyaient, ici le vieil homme chargé d'iniquités est englouti. Considérez le rapport de l'image à la vérité, et la prééminence de la vérité à l'égard de l'image; l'image ne doit pas différer en tout de la vérité, autrement ce ne serait pas une image : par contre, elle ne doit pas non plus égaler la vérité, autrement elle se confondrait avec elle. Il faut qu'elle se tienne dans l'espèce de conformité qui lui appartient, qu'elle n'ait pas tout de la vérité, et qu'elle ne s'en écarte pas non plus en tout point; car clans le premier cas, elle serait elle-même vérité; dans le second , elle cesserait d'être image. Elle doit emprunter à la vérité certains traits, et lui laisser les autres. Ne me demandez donc pas de vous faire voir toute la nouvelle loi dans l'ancienne, et quand vous aurez trouvé dans celle-ci quelques allusions, si petites et si voilées qu'elles soient, tenez-vous pour contents. Dès lors, en quoi consiste le rapport de l'image à la vérité ? En ce qu'il s'agit de tous, là comme ici; en ce que là, comme ici, l'eau sert de chemin; en ce que les Juifs, aussi bien que nous, ont été délivrés de l'esclavage , bien que d'un autre esclavage; car ils étaient esclaves des Égyptiens, et nous des démons; ils l'étaient des barbares et nous du péché. Comme nous, ils ont été remis en liberté, bien que notre liberté diffère de la leur et soit bien plus glorieuse. Et si tout est plus grand chez nous que chez eux, que cela ne vous déconcerte point; c'est justement ce qui caractérise la vérité, de surpasser de beaucoup son image, sans qu'il y ait opposition ni contraste.

Mais que veut dire ceci : tous furent baptisés en Moïse? Peut-être cette parole est-elle obscure : je vais essayer de l'éclaircir. La mer s'étendait alors sous les yeux des Juifs, et ordre leur était donné de s'engager dans un chemin étrange, inouï, que jamais n'avait suivi aucun des mortels. Ils hésitaient, ils tergiversaient, se désespéraient. Moïse passa le premier, et tous n'eurent désormais qu'à marcher sans obstacle sur ses pas. Voilà ce que signifie: Ils furent baptisés en Moïse. C'est parce qu'ils eurent foi en lui, qu'ils osèrent entrer dans l'eau et passer à sa suite. La même chose s'est répétée à l'égard du Christ: après. nous avoir délivrés de l'erreur, affranchis de l'idolâtrie, nous conduisant comme par la matin au céleste royaume, il entra le premier dans la voie, le premier il monta au ciel.

Eh bien! de même que les Juifs, confiants dans Moïse, ne craignirent plus de passer, de même nous aussi, confiants dans le Christ, osons entreprendre ce voyage. Et que tel est le sens de l'expression : Ils furent, baptisés en Moïse, c'est ce que démontre l'histoire: car ils ne furent point baptisés au nom de Moïse. Mais, parce que non-seulement nous avons Jésus pour guide, mais que nous nous faisons encore baptiser en son nom, tandis que les Hébreux n'ont pas été baptisés au nom de Moïse, ceci n'est pas non plus une raison de nous inquiéter ; en effet, j'ai dit quelle supériorité immense et incalculable appartient à la vérité.

Voyez-vous maintenant, en ce qui concerne le baptême, quelle est l'image, quelle est la vérité? A présent, je vais vous montrer dans l'Ancien Testament une esquisse de la sainte Table et de la participation aux mystères, à condition qu'en ceci encore, vous n'exigerez pas de moi une conformité parfaite, et que vous examinerez les faits comme il est donné au dessin et aux images de les représenter.

Après avoir fait mention de la mer, de la nuée et de Moïse, il poursuit en ces termes: Et tous ont mangé le même aliment spirituel. Ainsi que toi, veut-il dire, tu sors du (213) baptistère pour courir à la Table, ainsi les Hébreux, en sortant de la mer, allèrent à un festin extraordinaire et singulier : c'est de la manne que je veux parler. Puis, de même que tu t'abreuves d'une boisson merveilleuse, le sang du Sauveur, de même ils eurent pour se désaltérer un breuvage inattendu, non l'eau des fontaines, ni celle des fleuves, mais celle qui jaillit à l'improviste et en abondance d'un aride rocher. C'est pour cela même qu'il appelle cette boisson spirituelle, non point que telle fût sa nature, mais parce que son origine la rendait telle : car ce n'est point selon l'ordre de la nature qu'elle leur fut donnée, mais bien selon la volonté toute-puissante de Dieu qui les commandait. C'est ce qu'il dit lui-même en se reprenant. Car après ces mots : Et tous burent le même breuvage spirituel, attendu que ce breuvage était de l'eau, voulant faire voir que s'il l'avait nommé spirituel, ce n'était pas à raison de sa nature, mais à raison de sa provenance, il continue en ces termes : car ils buvaient à la pierre spirituelle qui les suivait; et cette pierre était le Christ. Il veut dire par là que ces sources n'étaient point dues à la pierre, mais au pouvoir efficace de Dieu.

5..Par là, il extirpe en même temps l'hérésie de Paul de Samosate. Car, si le Christ était l'auteur de toutes ces choses, comment ces hommes peuvent-ils prétendre qu'il n'existait pas avant que Marie l'eût, enfanté ? En effet, si les aventures du désert ont précédé Marie, et si c'est le Christ qui y a présidé comme Paul le prétend, il existait donc avant cet enfantement, il existait avant la gestation: car, à coup sûr, s'il n'avait pas existé, il n'aurait pas opéré des miracles aussi surprenants.Ensuite , le saint auteur qui précédemment, en disant que tous ont traversé la nier, a montré dans le passé une image anticipée de la générosité de l'Eglise, en ajoutant plus bas : Ils ont mangé le même aliment spirituel, fait encore allusion à la même chose. En effet, ainsi que dans l’Eglise, il n'y a pas un corps pour le riche, un autre corps pour le pauvre, un sang pour le premier, un autre sang pour le second; de même dans le désert, la manne du riche ne fut point. autre que la manne du pauvre; la source où but le riche ne coula point moins abondante pour le pauvre: mais, comme parmi nous, la même table, la même boisson, la même nourriture sont offertes à quiconque entre ici : de même alors, la même manne, la même source était à la disposition de tous. II y a plus chose étonnante et incroyable ! quelques-uns des Hébreux essayèrent de recueillir plus qu'il ne leur était nécessaire, et ne gagnèrent rien à s'être montrés cupides. Tant qu'ils respectaient l'équité, la manne restait manne ; mais dès qu'ils voulurent accaparer, leur avarice transforma la manne en vers. Et pourtant cette avarice ne nuisait pas au prochain, puisqu'ils ne touchaient pas à la subsistance d'autrui pour augmenter leur provision : néanmoins, parce qu'ils avaient été insatiables, ils furent condamnés. Car, s'ils ne faisaient pas tort au prochain, ils se faisaient le plus grand tort à eux-mêmes, en s'habituant à l'avarice par la façon dont ils amassaient. Ainsi, en même temps qu'ils se nourrissaient, ils s'instruisaient dans la science divine ; en même temps qu'ils soutenaient leurs corps, leurs âmes étaient édifiées. Et non-seulement la manne les nourrissait, mais encore elle les exemptait de maint labeur. Ils n'avaient besoin ni d'atteler des boeufs, ni de tirer une charrue, ni d'ouvrir des sillons, ni d'attendre une année : ils avaient leur repas sous la main, repas extraordinaire, étrange et quotidien ; l'expérience les instruisait de ce précepte évangélique, qu'il ne faut pas songer au lendemain : un tel souci n'aurait été d'aucune utilité pour eux. En effet, ce que l'on amassait par précaution se gâtait, était perdu, et tout ce qu'on gagnait à cela, c'était d'être convaincu d'avarice. Maintenant, n'allez pas croire que cette pluie fût dans l'ordre de la nature : la preuve, c'est qu'au jour du sabbat, il ne se passait rien de pareil ; Dieu voulait faire savoir en même temps aux Hébreux, et que c'était lui qui, les jours précédents, faisait tomber cette pluie étrange et miraculeuse, et qu'il cessait ce jour-là, pour leur apprendre, même par contrainte, à garder le repos le jour du sabbat.

Mais ce n'est pas seulement en ce qui concerne la nourriture, c'est encore en ce qui touche les vêtements , les chaussures et le reste, que l'on pouvait voir réalisées dans les faits les prescriptions des apôtres. En effet, les Juifs n'avaient ni maison, ni table, ni lit, ni vêtement de rechange, ni chaussure, Dieu en ayant ainsi disposé. Voyez quelle analogie entre l'Ancien et le Nouveau Testament ! Le Christ imposait aux apôtres l'obligation de se réduire au nécessaire; telle était à peu près la manière de vivre des Juifs, et toute la création (214) se pliait à leur usage. Et pourquoi cela, direz-vous? Dieu devait les cantonner dans un endroit de la terre , et leur ordonner de l'y adorer constamment, de n'élever ailleurs ni temple ni autel, mais de lui apporter là leurs offrandes, leurs victimes, d'y célébrer leurs fêtes, d'y lire la loi, d'y accomplir enfin tous les autres rites de la sanctification. Afin donc que ce culte circonscrit ne les induisit pas à croire que sa Providence elle-même était resserrée entre les mêmes limites, et qu'il n'était que le Dieu d'un pays, pour prévenir cette erreur, il manifesta sa puissance sur la terre étrangère, en Egypte, au désert, où il n'avait ni fidèles ni adorateurs ; et la création se prêtait aux effets contraires par lesquels il agissait, forçant ainsi les incrédules eux-mêmes à reconnaître la nature pour l'ouvrage du Seigneur. En effet, la mer noyait les uns, sauvait les autres; l'air, ou bien précipitait la grêle et ruinait les barbares, ou bien laissait tomber la manne et nourrissait les Juifs. La terre à son tour produisait tantôt des insectes pour le châtiment de ennemis, tantôt des cailles pour le salut du peuple de Dieu. Pour les uns il faisait nuit en plein jour, les autres voyaient une lumière s'allumer dans la nuit. Les Egyptiens, riverains du Nil, succombaient à la soif et à la sécheresse; les Juifs, campés dans un désert sec et aride, avaient de l'eau en abondance. Ceux-là ne pouvaient résister à des grenouilles, ceux-ci bravaient l'attaque des géants.

6. Mais pourquoi le bienheureux Paul évoque-t-il devant vous ces souvenirs ? Par la raison que j'ai dite en commençant, pour vous convaincre que ni le baptême, ni la rémission des- péchés, ni la doctrine, ni la participation aux mystères, ni la sainte table, ni le droit de goûter du corps, ni celui de participer au sang, ni aucune autre de ces choses ne pourra nous être d'aucune utilité si nous n'avons une vie droite, honorable et exempte de tout péché. Et voici la preuve que telle fut son intention : après avoir expliqué la figure du baptême, cachée dans le passage de la mer et dans la nuée , il passe à celle des mystères représentés dans l'Ancien Testament par la manne et le rocher; puis, après avoir dit que tous ont mangé le même aliment spirituel, et ont bu le même breuvage spirituel , il poursuit en ces termes : Mais Dieu ne se complut point dans la plupart d'entre eux. Après tant d'éclatants prodiges, remarque-t-il, Dieu n'eut point d'amour pour eux. Ensuite : Ils furent terrassés dans le désert. Où veux-tu en venir, ô Paul ? Ce sont là des figures pour que nous ne désirions pas les choses mauvaises, ainsi que ces hommes les ont désirées, et que nous ne devenions pas idolâtres, à l'exemple de quelques-uns d'entre eux, ainsi qu'il est écrit : Le peuple s'assit pour manger et pour boire; et ils se levèrent pour se divertir.

Voyez la sagesse de Paul. Il a indiqué le péché, il a indiqué le motif du péché ; il a indiqué le châtiment infligé en punition du péché ; par là il nous avertit de ne pas imiter ces coupables. Le motif du péché fut la gourmandise : Le peuple s'assit pour manger et pour boire. Son péché fut son divertissement même. Voici maintenant le châtiment: Ils furent terrassés dans le désert. Mais il poursuit : Ne commettons point la fornication, comme ont fait quelques-uns d'entre eux. Ici il omet la cause, et ne parle que du châtiment. Ce châtiment, quel fut-il donc? Il en tomba vingt.-trois mille dans un seul jour. Mais pourquoi n'avoir rien dit des circonstances qui les excitèrent à la fornication ? il a laissé à ceux qui voudraient s'en enquérir le soin de recourir à l'histoire, et de retrouver le principe du mal, comme font les médecins qui révèlent l'origine des maladies, et y appliquent leurs remèdes. Aussi a-t-il soin de dire : Or toutes ces choses leur arrivaient en figure, et elles ont, été écrites pour nous servir d'avertissement. Ainsi l'Auteur de ces événements, Celui qui châtia ces coupables, est Celui qui nous avertit aujourd'hui, non-seulement par des paroles, mais enture par des faits; ce qui est la meilleure manière d'avertir. Voyez-vous comment Paul donne pour maître, à ceux qui vivent sous la loi de grâce, Celui qui faisait ces choses au temps de l'ancienne loi, en montrant que les actes accomplis alors, et les paroles actuellement dictées à lui-même doivent être rapportées à la même origine ! Car, si le vrai Dieu n'avait été pour rien dans ces actes, Paul n'aurait certes pas dit que c'étaient là des figures, ni que le récit en avait été fait pour nous servir d'avertissement; et il n'aurait pas eu recours à l'histoire de ces temps pour nous effrayer, comme si nous devions tomber entre les mains du Dieu des Hébreux. Mais afin de nous montrer que nous devons subir son jugement, et que l'un et l'autre peuple, celui d'alors et celui d'aujourd'hui, sont sujets à ces (215) lois, il a évoqué tous ces souvenirs, et a dit que cet endroit des Ecritures était destiné à nous servir d’avertissement. Instruits de ces choses, croyons à l'avenir comme au passé. Et s'il se rencontre des gens qui n’y veulent point croire, servons-nous du passé pour les amener à l'amour de la vertu : racontons-leur la ruine de Sodome, les calamités du déluge, les fléaux déchaînés sur l'Egypte, afin que, ramenés au bien par l'exemple des châtiments infligés à autrui , et vivant désormais comme il convient, ils admettent les dogmes de la géhenne et de la résurrection. En effet, ceux qui ne croient pas au jugement ne sont dans cette erreur que parce que leur vie est dissolue, et que leur conscience n'est pas tranquille.

Par conséquent, il suffit que nous nous lavions de nos péchés, et que nous nous instruisions par la peur, au souvenir des châtiments passés, pour résoudre notre esprit à croire au jugement futur. Car, si les mauvaises doctrines amènent souvent le dérèglement des moeurs, souvent aussi la corruption donne naissance à l'erreur. Répétons donc ces paroles, pour que .rien de pareil n'arrive ni à nous ni aux autres; restons dans le droit chemin de la foi, et vivons chrétiennement , puisqu'il a été démontré surabondamment que les dogmes ne servent à rien quand la vie n'est point vertueuse. Puissent les prières des saints et des bienheureux faire que nous conservions dans sa pureté la doctrine de vérité que nous avons reçue de nos pères, et que notre vie réponde à notre foi, par la grâce et la charité de Notre Seigneur Jésus-Christ, avec lequel gloire, honneur et puissance, au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

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