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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 07:23


 

ANALYSE.

 

1° Cette homélie qui ne porte aucune marque du temps ni du lieu on elle fut prononcée a pour but d'exhorter à la pratique de l'aumône. Dignité de cette vertu pratiquée admirablement par deux veuves une de l'ancien, une du nouveau Testament. — 2° La famine désole la terre par l'ordre du prophète Elie qui se réfugie chez la veuve de Sarepta. — 3° Court et charmant tableau de l'habitation de cette veuve. —  4° Dieu avant de frapper les coupables prend toujours soin de les mettre publiquement dans leur tort. Exemple : Punition des Sodomites. — 5° Les prophètes et le Christ lui-même ont été souvent repoussés par les Juifs et accueillis par les Gentils. — 6° Elie fut lui-même soumis à la famine pour que les autres se souvinssent, pour qu'il se souvint lui-même qu'il était homme. — 7° Elie aborde la veuve. Sagesse de celle-ci. — 8°-9° La veuve offre l'hospitalité à Elie malgré tous les obstacles qu'elle rencontre à faire cette bonne oeuvre. — 10° Résumé et conclusion.

 

1. Dans ces jours qui étaient, pour nous tous, des jours de jeûne, j'ai souvent pensé à vous parler de l'aumône; le soir arrivait, qui interrompait notre entretien. C'était sans doute un effet de la sagesse de Dieu qui, recherchant notre avantage, différait jusqu'à cette heure nos exhortations sur ce sujet. Dieu ne voulait pas que la taule de l'aumône vous fût servie pendant que vous étiez divisés dans l'église. Ce n'est pas que nous ayons aujourd'hui quelque chose de bien relevé, de magnifique à vous dire, mais c'est que l'aumône est une vertu tout à fait relevée et magnifique; elle nous constitue dans l'intimité de Dieu; c'est une reine qui nous prend par la main et nous conduit, en toute confiance, dans les demeures du ciel, qui lui sont familières. Elle se montre les puissances qui font la garde aux portes célestes voient que c'est l'aumône qui entre; aussitôt, par égard pour l'aumône, elles font, même aux autres vertus, mille honneurs, en leur ouvrant les portes. Mais, si elles les voient venir sans l'aumône, elles ferment les portes; c'est ce que nous démontre l'exemple de ces vierges qui ne furent pas admises dans la chambre de l'époux sacré, parce qu'elles n'avaient pas toujours de l'huile dans leur lampe. (Math. XXV.) Remarquez bien ici la différence: l'aumône sans la virginité, introduit ses nourrissons dans le ciel; la virginité sans l'aumône n'a point ce pouvoir. Donc, puisque telle est la puissance de cette vertu, appliquons-nous, de toutes nos forces, à écouter les discours qui la recommandent. La meilleure recommandation et la plus courte sera de vous conduire auprès de la veuve de Sarepta, chez les Sidoniens. Ceux qui instruisent par leurs oeuvres sont des maîtres beaucoup plus dignes de confiance que ceux qui se réduisent à des conseils en paroles. C'est pourquoi la veuve dont je vous parle sera pour nous enseigner l'aumône, le meilleur de tous les docteurs. Pour nous, c'est par nos discours que nous vous exhortons; mais la veuve aura, de plus, le droit de vous instruire par ses oeuvres ; elle vous montrera aussi une compagne, douée comme elle, de la même vertu; car, il y a deux veuves: l'une, dans le Nouveau Testament, celle qui donna deux petites pièces de monnaie, l'autre dans l'Ancien ! qui mérita de recevoir le prophète. (160) Toutes les deux parvinrent à la même sagesse, montrèrent la même douceur charitable, et, par la conformité de leurs bonnes oeuvres, nous ont manifesté l'affinité des deux Testaments. Vous connaissez, au milieu des ports, ces tours, élevées à une grande hauteur, qu'on appelle des phares, portant une lumière qui brille toute la nuit sans s'éteindre; les marins errant en pleine mer, guidés par cette flamme éclatante, arrivent jusqu'au port, où ils trouvent la sécurité. Ces deux veuves par leur sérénité, furent deux ports qu'éclairait, dans les ténèbres les plus épaisses de la nuit, la lumière de leur âme généreuse. Car la vie de l'homme ressemble à la nuit, comme dit le bienheureux Paul : La nuit est déjà fort avancée et le jour s'approche. (Rom. XIII, 12.) Il en est qui, dans la nuit profonde, s'égarent sur la mer de l'avarice; ils sont près d'être engloutis; ces veuves les invitent à venir goûter leur sérénité tranquille, elles portent la flamme de la charité, qui brille toujours; elles conservent, elles ne laissent pas s'éteindre la lumière de l'aumône.

2. La veuve du Nouveau Testament nous occupera dans une autre occasion; aujourd'hui, c'est de la veuve de l'Ancien Testament que nous voulons vous parler. Tant qu'on célébrera cette veuve, on tressera aussi pour l'autre la couronne de louanges ; comme leurs bonnes oeuvres se ressemblent, elles se partagent aussi nos éloges. Donc, autrefois surgit une grande famine ; ce n'est pas que la terré fatiguée refusât ses productions, mais les péchés des hommes écartaient le présent de Dieu. Donc, autrefois surgit une grande famine, plus triste, plus difficile à supporter que toutes les famines. Cette famine-là, c'était le grand Elie qui l'avait amenée, comme on fait venir son serviteur, comme on fait venir un bourreau, pour châtier les serviteurs qui outrageaient le Maître commun. N'hésitons pas à dire que ce furent les péchés des Juifs qui appelèrent cette famine. Ce fut la bouche du prophète qui la produisit: Vive, dit-il, le Seigneur Dieu! il ne tombera de pluie que par ma bouche. (III Rois, XVII, 1.) Donc, le fléau ne se pouvait supporter, car cette voix terrible du prophète, non-seulement frappa la terre de stérilité, mais fit rebrousser les fleuves et dessécha tous les torrents. Et, de même qu'une fièvre ardente, brûlante, qui tombe sur le corps, n'en dessèche pas seulement la surface, mais le pénètre profondément et brûle les os; de même la sécheresse alors ne brûlait pas seulement la surface de la terre, mais descendait dans ses profondeurs, et tarissait, dans ses entrailles, tous les éléments liquides.

Donc, quelles paroles Dieu adressa-t-il au prophète? Allez à Sarepta, chez les Sidoniens; là, je commanderai à une vente de vous nourrir. (Ibid. IX.) Qu'est-ce que cela veut dire? N'a-t-il donc reçu dans sa patrie, nulle part, des preuves de bonté? Vous l'envoyez dans une contrée étrangère, auprès d'une veuve? Si elle était dans l'opulence, si elle était très-riche, si c'était l'épouse d'un roi, si elle avait des magasins remplis de l'abondance des fruits de la terre, là même alors, la crainte de la famine ne rendrait-elle pas sa volonté plus stérile que la terre elle-même? Pour que le prophète ne pût pas adresser à Dieu de telles paroles, ou seulement les penser, le Seigneur le nourrit d'abord par l'entremise des corbeaux. (Ibid.VI.) C'était presque lui dire : Si j'ai pu faire que des êtres sans raison exerçassent envers vous l'hospitalité, sans doute il me sera bien plus facile encore d'y porter des créatures qui ont reçu la raison en partage.

3. Voilà pourquoi la veuve ne vient qu'après les corbeaux. Et il fallait voir ce prophète à la merci d'une faible femme; cette âme qui s'élevait jusqu'au ciel, cette âme divine, ce généreux, ce sublime Elie, comme un vagabond, comme un mendiant, arrivant aux portes de la veuve; et cette bouche, qui avait fermé le ciel, faisait entendre les paroles de ceux qui mendient : donnez-moi du pain, donnez-moi de l'eau. C'est pour vous apprendre qu'il n'y a rien d'affectueux, de bon, de charitable comme la maison d'une veuve, comme un abri rempli par la pauvreté, d'où est bannie la richesse, et tous les vices que la richesse enfante. Ce séjour était pur; vicie de tout tumulte , plein de la perfection de la sagesse, plus tranquille que le port le plus paisible. Voilà les demeures faites pour les âmes des saints.

Donc, le prophète se dirigeait vers cette veuve, dont l'exemple allait confondre les Juifs, à qui les étrangers étaient odieux; il se dirigeait vers cette veuve, enseignant à tous combien les Juifs méritaient leur punition. Car lorsque Dieu doit punir, il ne se contente pas d'envoyer le châtiment, il ne lui suffit pas de son suffrage particulier; il s'excuse aussi, par (161) des faits réels, aux yeux des hommes , comme si, devant un tribunal, il discutait publiquement les soupçons dont le vulgaire le poursuit. Et de même que les juges qui vont prononcer le dernier supplice, assis sur leur tribunal, d'où ils dominent la foule, ordonnent d'ouvrir les tentures, de lever les rideaux, rassemblent auprès d'eux la cité tout entière , ils sont ainsi sur un théâtre public, et ils jugent, et sous les yeux de tous, qui les voient et qui les entendent, ils interrogent, celui qui est en cause; ils font lire les actes, les pièces où sont relatés les crimes commis par l'accusé ; ils font. en sorte que l'accusé s'accuse lui-même, et enfin ils portent, leur sentence; de même Dieu, comme assis au tribunal sublime de la prédication de l'Écriture qu'il préside, ordonne à l'univers de se rassembler autour de lui , sous les yeux de tous, qui écoutent; il institue l'enquête et l'examen des péchés ; il ne fait lire ni actes, ni pièces; il n'expose pas des tablettes au milieu de l'assemblée : ce sont les péchés mêmes des coupables qu'il expose à la contemplation des jeux.

4. Au moment de lancer ses foudres vengeresses contre les habitants de Sodome ; au moment d'exterminer villes et peuples sous cette flamme terrible, déluge étrange, inouï, beaucoup plus épouvantable que le premier, effrayante inondation, la première et la seule qu'ait jamais vue le soleil; avant d'infliger un châtiment de ce genre il révéla les fautes des coupables qu'il allait punir; il ne les révéla pas, comme je l'ai dit, en faisant lire des tablettes ; il fit comparaître en public les crimes des méchants. (GenXIX.) Voilà pourquoi, il envoya ses anges; ce n'était pas pour faire sortir Lotir; il voulait montrer aux yeux la dépravation des gens de Sodome, et c'est ce qui arriva. Quand Loth eut reçu les voyageurs, la maison où s'exerçait l'hospitalité fut assiégée par tous; ils étaient là, tout autour, en cercle, et le général qui commandait ce siège, c'était l'amour infâme, l'abominable désir d'un commerce contraire à la loi de Dieu; passion effrénée qui ne connaissait plus les bornes de l'âge et de la nature. Les jeunes gens n'étaient pas seuls à entourer la maison : on vit venir aussi des vieillards; les cheveux blancs ne calmèrent pas cette rage; la vieillesse n'éteignit pas cette flamme insensée; on put voir, dans le port même, le naufrage; dans un coeur de vieillard, un détestable désir, et cette abominable passion ne s'arrêta pas là. Loth eut beau promettre de leur livrer ses filles, ils ne se retiraient pas, ils s'obstinaient, ils disaient qu'ils ne s'en iraient pas tant qu'on ne livrerait pas ces hommes à leur brutalité , et ils menaçaient des plus grands malheurs, celui qui leur avait promis de leur abandonner ses filles, afin de ne pas manquer, envers ses hôtes, aux égards de l'hospitalité. Voyez-vous comme le Seigneur a montré par tous ces faits réels, la corruption des gens de Sodome, avant de leur faire subir le châtiment? C'est pour qu'à l'aspect du supplice qui les frappe, la grandeur du désastre ne brise pas votre coeur ; c'est afin que vous ne vous mettiez pas de leur côté, pour accuser Dieu, mais, du côté de Dieu, pour les condamner, parce qu'il a pris soin de montrer d'abord toute leur corruption , parce qu'il nous a enlevé tout sujet de miséricorde, parce qu'il a supprimé en nous toute compassion, toute pitié pour eux. C'est ce qu'il fait en ce moment à l'égard du prophète. Dieu ne veut pas que la famine qui consume les Juifs soit pour vous un sujet de douleur; il vous montre leur barbarie, leur cruauté, leur dureté envers les voyageurs. En effet, non-seulementils n'accueillirent pas le prophète , mais ils menacèrent de le tuer, ce qui résulte des paroles de Dieu même. En effet, il ne dit pas seulement à son prophète : Retirez-vous ! mais il ajoute : Cachez-vous( III Rois, XVII, 3.) Il ne vous suffit pas de fuir, pour sauver votre vie, il faut, de plus, vous cacher avec le plus grand soin, parce que c'est le peuple juif, peuple altéré du sang des prophètes, et qui s'entend à égorger les saints; il a toujours les mains rouges du sang des prophètes; voilà pourquoi Dieu, l'envoyant hors de la Judée, lui dit: Allez et cachez-vous; mais quand il l'envoie vers la veuve: Je lui ai, dit-il, commandé. Voyez-vous comme il lui conseille de prendre beaucoup de précautions dans sa fuite, comme il lui ordonne, quand il entrera dans l'asile qu'il lui indique, de se montrer plein de confiance et de sécurité ?

5. Ce n'est pas tout; Dieu aune autre pensée encore, quand il envoie ce prophète à la veuve. Plus tard, on devait voir le Christ, après tant d'incomparables bienfaits dont il avait comblé 1a Judée, après tant et tant de morts ressuscités par lui, après tous ces aveugles auxquels il avait rendu la lumière; après ces lépreux purifiés; après ces démons chassés; après cet (162) admirable enseignement qui sauve, tourmenté par ceux à qui il avait fait tant de bien; honoré par les Gentils qui n'avaient rien vu, qui n'avaient rien entendu. Il y avait là un sujet d'étonnement, de doute, d'incrédulité. Voilà pourquoi, bien avant le temps, le Seigneur nous montre, par ses serviteurs, la perversité des Juifs, l'affabilité, la douceur des Gentils. Voyez l'exemple de Joseph ! ceux à qui lui-même venait distribuer des vivres entreprirent de le tuer; au contraire, un barbare l'éleva au faîte des honneurs. Voyez Moïse comblés de ses bienfaits, les Juifs le chassent; un barbare, Jothor, lui donne l'hospitalité, lui fait un accueil affectueux. Voyez David, que Saül chassa, après qu'il eut tranché la tête de Goliath, et délivré Saül, et la cité tout entière de mille pressants dangers : au contraire, Anchus, un roi barbare, accueillit David et le combla d'honneurs. De même, ici encore, Elie chassé par les Juifs est accueilli par une veuve. Donc, lorsque vous verrez le Christ repoussé par eux, accueilli par les nations, rappelez-vous les figures qui présagent dans le passé, l'avenir, et ne vous étonnez pas d'une vérité qui se manifeste elle-même. Vous avez aujourd'hui entendu la parole du Christ qui vous fait entrevoir cet événement. Dans ses entretiens avec ces Juifs, irrités contre lui, il leur disait : Il y avait beaucoup de veuves au temps d'Elie. Elie ne fut envoyé chez aucune d'elles, mais chez une veuve de Sarepta, dans le pays des Sidoniens. (Luc, IV, 25.) Mais, peut-être demandera-t-on, voilà un homme qui a montré pour la gloire de Dieu un zèle si ardent ; pourquoi Dieu souffre-t-il qu'on l'afflige, qu'on lui rende la vie pleine d'angoisses? pourquoi l'envoie-t-il, tantôt vers un torrent, tantôt chez une veuve, ailleurs encore, comme un exilé qu'il force à passer d'un lieu dans un autre? Ces afflictions, ces angoisses vous préoccupent? écoutez encore ce qu'en dit Paul : Ils étaient vagabonds, couverts de peaux de chèvres, manquant de tout, affligés, persécutés. (Héb. XI, 37.) Pourquoi donc Dieu a-t-il permis qu'il fût affligé? Car enfin, si le prophète avait infligé ce châtiment aux Juifs pour venger les torts dont ils s'étaient rendus coupables envers lui, on aurait raison de dire qu'il était lui-même rangé avec justice sous le coup d'une affliction destinée à le rendre plus humain, à le corriger de sa cruauté; mais, au contraire, ce n'est pas parce qu'il leur gardait rancune des mauvais traitements qu'il en avait reçus, c'est parce qu'il détestait leurs fautes contre Dieu, leur malignité, leur insolence; voilà pour quelles raisons il les frappait de cette famine. Comment donc se fait-il qu'il soit lui-même soumis au châtiment, qu'il le subisse avec eux? pourquoi ne jouit-il pas de l'abondance de tous les biens, sans avoir rien à craindre? C'est que, si le Prophète, pendant que les autres étaient frappés par le fléau, pendant que les autres périssaient par la faim, eût joui des délices d'une bonne table, on aurait pu l'accuser de cruauté. Qu'offrirait de merveilleux l'existence d'un homme qui a tout en abondance, et qui jouit des malheurs d'autrui? Dieu donc a permis qu'il eût sa part du, désastre, qu'il sentît par expérience les malheurs qui se réalisaient; qu'il eût sa part des tourments de la faim, pour vous apprendre que ce qu'il éprouvait le plus, ce n'était pas la faim, mais le zèle de Dieu. Et en effet, dans cette vie d'angoisses, pressé par ce manque absolu de ressources, tourmenté, affligé, rien ne put pourtant le contraindre à rapporter ses menaces, parce que l'ardeur d'un vrai zèle s'exprimait par cette voix bienheureuse. Aussi, trouvait-il plus de charmes à subir l'affliction lui-même, à regarder le châtiment des coupables, qu'à les voir affranchis du fléau et retombant dans leur première impiété.

6. Telles en effet se montrent partout les âmes des saints ; pour la correction des autres ils exposent volontiers eux-mêmes leur propre sécurité. Dieu n'a pas voulu qu'on pût dire qu'Elie, par un excès de cruauté, avait prolongé la famine, et Dieu permit que son serviteur en souffrît lui-même, afin de vous faire comprendre la vertu du Prophète. Autre raison d'ailleurs; souvent ceux qui opèrent des miracles cèdent à l'orgueil qui les emporte, et les témoins de ces miracles se persuadent facilement qu'il y a, dans ceux qui h s font, quelque chose de supérieur à la nature. Dieu a pourvu à ces deux dangers, en soutenant et corrigeant notre faiblesse. Que les choses se passent ainsi, c'est ce qu'il est facile de conclure des paroles de l'Apôtre. Ecoutez Paul, quand il déclare que le don des miracles provoque l'orgueil : De peur que la grandeur de mes révélations ne me causât de l'orgueil, j'ai ressenti dans ma chair un aiguillon, qui est l'ange de Salan, pour me donner des soufflets. (II Cor. XII, 7.) Quant aux témoins portés à (163) concevoir une trop haute opinion de ceux qui opèrent les miracles, c'est encore le bienheureux Paul qui nous les dénonce. Après avoir parlé de ses révélations, il ajoute : Si je voulais me glorifier, je le pourrais sans imprudence, car je dirais la vérité. (II Cor. XII, 6.) Pourquoi donc ne vous glorifiez-vous pas? Je me retiens, de peur que quelqu'un ne m'estime au-dessus de ce qu'il voit en moi, ou de ce qu'il entend dire de moi. Dieu donc, pour empêcher qu'il n'arrivât à Elie rien de pareil (c'était Elie, mais Elie était homme) a mêlé au miracle la défaillance de la nature. Voilà pourquoi celui qui maîtrisait le ciel n'a pas pu maîtriser sa faim; celui qui resserrait les entrailles de la terre a été impuissant à resserrer les siennes, il a dû avoir recours à une femme, à une veuve; c'est pour vous faire comprendre, et la puissance de Dieu et la faiblesse de l'homme. Et ce n'est pas là que se réduit l'utilité à recueillir de cette histoire. Il y a plus encore. Quoi donc? Il y a que, si l'on vous exhorte à muter le zèle du Prophète, vous ne devez pas vous décourager, vous désespérer, dire qu'il était d'une nature supérieure à la vôtre; que c'est là ce qui lui donnait, auprès de Dieu, tant de confiance. Et ce conseil que nous vous adressons, vous est insinué par un Sage : Elie était un homme sujet, comme nous, aux mêmes misères (Jacq. V, 17); comme s'il disait: ne croyez pas qu'il soit impossible d'atteindre, avec lui, au faîte de la sagesse; il avait la même nature que nous. Toutefois son incomparable, sa divine vertu l'a élevé de beaucoup au-dessus des autres hommes.

7. Mais il est temps de retourner à notre veuve. Elie, dit le texte , s'en alla à Sarepta, ville de Sidon, et il trouva une femme veuve qui ramassait du bois. (III Rois, XVII, 10.) Digne portique d'une maison qu'habite la pauvreté. Eh bien ! aprèsa-t-il rebroussé chemin, quand il a vu ces prémices de l'hospitalité annoncée ? Non, il avait entendu la parole divine; il cria donc, derrière cette femme , et lui dit: Apportez-moi un peu d'eau , et elle alla pour lui apporter de l'eau. Femme vraiment généreuse et vraiment sage, et, si l'expression ne paraît pas trop hardie , femme vraiment digne de la grande âme du prophète ! Mais non, cette expression n'est pas trop hardie; car, si cette femme n'eût pas été réellement digne, elle n'aurait pas été jugée digne de recevoir ce grand saint. De même que le Christ a dit à ses disciples: En quelque ville, ou en quelque village que vous entriez, informez-vous qui est digne de vous loger, et demeurez là. (Math. X, 14.) De même, ici, c'est parce que Dieu ?avait que cette femme était digne, entre tous les autres habitants, de recevoir le prophète, que, négligeant tous les autres, il l'a indiquée au prophète. Voyons, dans la réalité même de la conduite, la noblesse de son âme : Apportez-moi, dit-il, de l'eau dans un vase. Voilà, certes, de la part de cette femme, une grande preuve de sagesse. Comment, elle lui répond ? elle s'entretient avec lui? elle ne se jette pas sur lui ? elle n'appelle pas tout le peuple pour punir cet être exécrable? N'est-ce pas là une conduite étonnante, admirable? Qu'une pauvre femme poussée par la faim, ait pu , avec une apparente de raison , s'abandonner jusque-là à sa colère, c'est ce que va prouver un exemple emprunté aux Juifs. Elie avait un disciple, Elisée, un second Elie (car le disciple était la reproduction du maître). Elisée, après Elie, prédit une famine ; ce n'est pas lui qui l'envoya, comme l'avait fait Elie; la famine devait venir, Elisée la prédit. Eh bien ! que fit le roi qui régnait alors? Il se revêtit d'un sac; le fléau brisa son orgueil. Cependant, tout brisé qu'il était, lorsqu'il entendit les lamentations d'une femme qui déplorait la famine, il entra dans une telle colère, qu'aussitôt il s'écria et dit: Que Dieu me traite dans toute sa sévérité, et il ajoute encore, si la tête d'Elisée, fils de Saphat est sur ses épaules jusqu'à la fin du jour! (IV Rois, VI, 31.) Voyez-vous la colère du roi ? Voyez la sagesse de la femme. Elle rencontre celui , je ne dis pas qui a prédit la famine, mais qui a fait la famine; elle est tout pris de la ville, elle ne s'indigne point, elle ne s'abandonne pas à la colère, elle n'excite pas le peuple à le livrer au supplice; elle lui obéit avec une parfaite sagesse.

8. Or, vous savez bien ce qui arrive parfois, quand nous sommes préoccupés, nos amis mêmes nous importunent; nous ne pouvons pas les supporter. Maintenant, quand une affliction terrible comme la famine vient à fondre sur nous, la lumière même nous est à charge: c'est ce que prouve encore un exemple emprunté aux Juifs. Moïse arrivait, leur annonçait des biens sans nombre, l'affranchissement de la tyrannie, la liberté, le retour dans leur ancienne patrie : Mais ils ne l'écoutèrent point, à cause de leur extrême affliction et des (164) travaux qui les accablaient. (Exode, VI, 9.) A l'aspect d'un homme qui leur apportait de si heureuses nouvelles, ils se détournèrent. Cette femme vit le prophète, qui ne venait pas pour dissiper la famine, mais pour lui être à charge à elle-même; et elle n'éprouva rien de ce qu'on vit chez les Juifs. Ce qui les rendait moroses, c'était la fatigue de leurs travaux; cette femme, au contraire , ne souffrait pas de la fatigue; elle éprouvait la faim cruelle; certes, entre la fatigue et la faim, la différence est grande. Et non-seulement elle ne se détourna pas, elle fit plus: elle épuisa toute sa pauvreté, pour bien recevoir celui qui leur avait infligé la famine. Et elle s'en alla pour lui apporter de l'eau, dit le texte, et le prophète cria, et dit: apportez-moi aussi du pain, et je mangerai. (III Rois, XVII, 11.) Que fit la femme alors? même alors, elle consent à tout. Mais que dit-elle ? Vive le Seigneur votre Dieu!,je n'ai point de pain, je n'ai qu'une poignée de farine. Pourquoi jure-t-elle? C'est que le prophète a demandé du pain; du pain, elle n'en avait pas; donc, elle a eu peur que pendant qu'elle ferait cuire, qu'elle préparerait son pain, ce qui demandait du temps, le prophète, ne supportant pas ce retard, ne se retirât, et que la proie offerte à son hospitalité n'échappât de ses mains. Voilà pourquoi elle s'est empressée, sous la foi du serment, de lui apprendre que ce n'est pas la farine qui lui manque, mais le pain; qu'elle a de la farine; et il ne lui suffit pas de son serment, elle y ajoute la démonstration, par l'action qu'il lui voit faire. Voici, en effet, dit-elle, que je ramasse deux morceaux de bois, et je rentrerai, et j'apprêterai à manger à mes fils et à moi, et nous mangerons, et nous mourrons.

Entendez tous , constructeurs de palais magnifiques, acheteurs de somptueux domaines, qui promenez, par les places publiques, vos troupeaux de serviteurs, ou plutôt, riches et pauvres, écoutez tous : Il n'y a plus, pour personne, d'excuse depuis cette veuve; malgré tant d'embarras qui devaient l'arrêter, elle tranche tout, elle surmonte tout. Ecoutez , écoutez :C'était une étrangère, premier obstacle; du pays de Sidon, second obstacle; car, ce n'est pas la même chose que d'être, à quelque titre que ce soit, étranger, ou d'être originaire de Sidon, d'une ville infâme. Le Christ, dans les Evangiles, parle de cette ville comme d'une cité abominable. (Matth. XI, 21, 22.) Cette femme donc était étrangère , et du pays de Sidon; c'était une femme, par conséquent un être faible, ayant, à tous égards, besoin d'appui; elle était veuve, quatrième obstacle; cinquième obstacle, le plus grand de tous, des enfants à nourrir. Ecoutez, veuves, et vous toutes qui nourrissez des enfants : elle n'a pas trouvé là une excuse suffisante, légitime, pour ne pas faire l'aumône, pour écarter des étrangers. Elle n'avait plus qu'une poignée de farine, et après, c'était la mort qu'elle attendait. Pour vous, quand vous auriez tout dépensé, quand vous vous seriez mis à nu, encore pouvez-vous aller chez les autres, et là trouver quelque consolation : mais alors, nul moyen de mendier; tous les refuges étaient fermés; c'était la famine. Aucun obstacle ne l'arrêta, Je veux dire, maintenant, un sixième obstacle, à savoir, la personne même que cette femme allait accueillir. Ce n'était ni un ami, ni une connaissance, mais un voyageur, un étranger; ajoutez que la religion élevait comme un mur entre elle et lui. Et ce n'était pas seulement un voyageur, un étranger, c'était précisément celui qui avait appelé la famine.

9. Et cependant, aucun de tous ces obstacles ne prévalut, n'arrêta cette femme; elle offrit des aliments à cette bouche qui lui avait enlevé tous ces aliments; l'auteur de la famine fut nourri par cette femme des restes que lui laissait la famine. C'est toi, dit-elle, qui m'a fait perdre tout ce que j'avais; c'est grâce à toi que je n'ai plus que cette poignée de farine; eh bien ! jusqu'à cette pauvre poignée de farine, je la dépenserai pour toi; je m'exposerai moi-même, et mes enfants avec moi, je les exposerai à la mort, pour que toi, l'auteur de notre détresse, tu ne ressentes pas, de cette détresse, la moindre atteinte. Qui poussa jamais plus loin le culte de l'hospitalité? Je dis que celui-là est impossible à rencontrer. Elle voit 'un voyageur; et, tout de suite, elle ne sent plus qu'elle est mère; elle oublie les douleurs de l'enfantement ; elle voit ses enfants autour d'elle, et sa résolution tient bon. Je sais bien que l'on dit et que l'on répète: un tel a donné à un pauvre la seule tunique qu'il avait lui-même pour se couvrir; il s'en est dépouillé pour en revêtir celui qui était nu; il a emprunté un manteau, et il a pu se retirer ainsi; et cette action a paru belle et admirable. Assurément, c'est une belle action; mais ce qu'a fait cette veuve est bien plus beau encore. Celui (165) qui s'est dépouillé, qui a recouvert les membres nus du pauvre, pouvait du moins emprunter un manteau; mais cette veuve, après avoir dépensé sa poignée de farine, ne pouvait pas s'assurer une autre, poignée de farine; le danger, pour elle, ne se réduisait pas à la nudité, elle ne pouvait que s'attendre à la mort, pour elle et pour ses enfants. Eh bien ! quand nous voyons que, ni la pauvreté, ni ses enfants à nourrir, ni l'horreur de la famine, ni une telle indigence, ni la mort qui l'attend , rien ne l'arrête, quelle pourra être notre excuse, à nous qui sommes dans l'abondance ? quelle sera l'excuse des pauvres? Vive le Seigneur votre Dieu ! je n'ai point de pain, je n'ai qu'une poignée de farine, dans un pot, et un peu d'huile dans un petit vase; et voici que je ramasse deux, morceaux de bois, et, je rentrerai, et j'apprêterai à manger à mes fils et à moi, et nous mangerons, et nous mourrons. Plainte lamentable, ou plutôt parole bienheureuse et digne du ciel, qu'il faut que chacun de nous inscrive sur les murailles de sa maison, dans la chambre où nous dormons, dans la salle où nous prenons nos repas. Chez nous, hors de chez nous, sur la place publique, dans les réunions de nos amis, quand nous allons au tribunal, quand nous entrons, quand nous sortons, chacun de nous tous, méditons cette parole, et voici ce que je dis, ce que j'affirme, c'est qu'il n'est pas d'homme, eût-il un coeur de pierre, de fer, de diamant, qui, lorsqu'un pauvre s'approchera de lui , le renvoie encore les mains vides, si cet homme a inscrit cette parole, si cet homme tient ses regards fixés sur cette veuve.

Mais peut-être me dira-t-on : envoyez-moi un prophète, et vous verrez quel accueil je lui ferai, moi aussi. Formulez votre promesse et moi je vous amène un prophète; que dis-je, un prophète? je vous amène le Seigneur même des prophètes, Celui qui est, pour nous tous, notre Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Car c'est lui qui prononce cette parole : J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger. (Matth. XXV, 35.) S'il y a des incrédules qui dédaignent cette parole et les devoirs de la charité, on les leur fera comprendre à l'heure des châtiments et des supplices. Attendu que c'est le Christ lui-même qu'ils auront dédaigné, ils s'en iront subir l'insupportable torture. Pour ceux qui nourrissent les pauvres, c'est au Christ lui-même qu'ils donnent leurs soins : à eux la royauté du ciel !

10. Peut-être avons-nous fait un trop long discours. Plût au ciel qu'il nous fût permis, tous les jours, de vous entretenir de l'aumône ! S'il vous semble que nous vous en avons assez dit, eh bien ! résumons toutes nos réflexions. J'ai dit pourquoi le prophète a, été envoyé à cette veuve; c'est pour que vous cessiez de mépriser la pauvreté, d'attacher tant de prix aux richesses, de vanter le bonheur du riche, de plaindre, de déplorer la condition de l'indigent; c'est pour que vous compreniez la malignité des Juifs. C'est la coutume de notre Dieu, quand il apprête un châtiment, de se justifier par des faits qui se réalisent : il ne veut pas que, voyant dans la suite des temps le Sauveur commun de tous les hommes, rejeté par ces Juifs, accueilli par les nations, vous soyez étonnés et incertains; voilà pourquoi il vous montre, longtemps d'avance, leur perversité, leur habitude de récompenser par des tourments ceux qui leur ont fait du bien; il ne veut pas que vous taxiez de cruauté la prière du prophète, le châtiment que cette prière suscite, mais que vous y reconnaissiez un zèle divin, une sage sollicitude ; apprenez que, même les plus vertueux ont besoin de correction, parce qu'ils sont des hommes comme nous; ne répondez pas, quand nous vous exhortons à montrer le même zèle que le prophète, qu'il vous est impossible de l'imiter. J'ai dit, en parlant de la veuve, comment, dans une si grande détresse, malgré la famine qui la tourmentait, elle n'a pas adressé une seule parole amère au Prophète, quoique sa colère eût été de circonstance, ce que j'ai prouvé par le caractère des Juifs : rien de pareil pourtant ne s'est montré en elle; avec une douceur, une charité parfaite, elle l'a accueilli; toute son indigence, elle l'a dépensée pour lui faire honneur, et, cependant, c'était une femme de Sidon, une étrangère; elle n'avait pas entendu les leçons de la sagesse, les prophètes recommandant l'aumône; elle n'avait pas entendu les paroles du Christ : J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger. Quel pardon pourrons-nous mériter, si, après tant d'exhortations, lorsque de si . hautes récompenses nous sont promises, lorsque l'on nous offre le royaume des cieux, nous ne parvenons pas, avec cette veuve, à la même perfection de la bonté, de la charité? C'était une femme de Sidon, c'était une étrangère, une femme, une veuve, chargée de nombreux enfants, et la famine était là, elle en voyait tous les dangers, (166) elle n'attendait plus que la mort, et elle allait accueillir un inconnu, l'auteur même du fléau, et, dans ces circonstances mêmes, elle n'épargna pas sa dernière poignée de farine ! eh bien ! nous, qui avons entendu les prophètes, qui jouissons des dogmes divins, qui pouvons sagement méditer sur le monde à venir, qui ne subissons pas la famine, qui sommes bien plus riches que cette femme, de quel prétexte, de quelle excuse, pourrons-nous nous couvrir, nous, avares de nos richesses, et gaspilleurs de notre salut? Donc, évitons à tout prix les châtiments terribles, montrons aux pauvres toute la tendresse de nos entrailles, afin de mériter, nous aussi, les biens à venir, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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