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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 05:56


 

PREMIÈRE HOMÉLIE.

 

AVERT1SSEMENT.

 

Le conciliabule du Chêne ayant prononcé une sentence de déposition contre saint Chrysostome en 403, l'empereur Arcade, qui l'avait confirmée, donna ses ordres pour le faire chasser de la ville. Dès que les fidèles en furent informés, ils se soulevèrent avec beaucoup de chaleur et veillèrent pendant trois jours à la garde de leur pasteur, passant tout ce temps en prières, et oubliant même le soin de leur corps. Le saint évêque, à qui on avait signifié l'ordre d'Arcade, refusa les deux premiers jours d'y, obéir, attendant qu on lui fit violence. Le second jour, il fit à son peuple réuni un discours  plein d'édification et de consolation pour tous ceux qui souffrent pour la justice. Nous l'avons encore en grec, mais on y a ajouté plusieurs choses qui ne sont point dignes de saint Chrysostome, et dans lesquelles on ne reconnaît point son style ; elles sont plutôt de quelque mauvais déclamateur, et d'ailleurs elles n'ont aucune liaison avec ce qui précède.

Ces choses indignes de saint Chrysostome remplissent les deux derniers numéros du texte grec , nous n'en donnons pas la traduction.

 

1. Les flots s'amoncèlent et la tempête devient sinistre; mais nous ne craignons pas d':être engloutis, car c'est sur la pierre que nous sommes établis. Que la mer se livre à ses fureurs, elle ne peut pas dissoudre la pierre; que les flots redoublent de violence, les flots n'ont pas assez de force pour faire Sombrer la barque de Jésus. Que pouvons-nous craindre? répondez-moi. La mort? Ma vie, à moi, c'est le Christ; et mourir est mon gain. (Philip. I, 21.) Est-ce l’exil?répondez-moi. C'est au Seigneur qu'appartient la terre, et tout ce qui la remplit. (Ps. XXIII, 1.) Est-ce la confiscation de nos biens? Nous n'avons rien apporté en venant au monde, il est évident que nous n'en pouvons rien emporter (I Tim. VI, 7), et ce que le monde trouve de terrible excite mon mépris, et ses biens sont pour moi un objet de risée. Je ne crains pas la pauvreté; je ne désire pas la richesse; je ne m'effraye pas de la mort; je ne souhaite pas la vie, à moins que ma vie ne serve à votre avancement. Aussi, en vous parlant des choses présentes, j'exhorte votre charité à la confiance. Personne ne peut nous séparer; car ce que Dieu a joint, l'homme ne peut le désunir. En effet, si au sujet de la femme et de l'homme, Dieu a dit : Pour leur union, l'homme quittera son père et sa mère; et il s'attachera a sa femme; et à eux deux, ils ne seront qu'une seule chair. (Gen. II, 24.) Ce que Dieu a joint, que l'homme ne le sépare pas. (Matth. XIX, 5, 6.) Si vous ne pouvez pas rompre le mariage, combien vous est-il, à plus forte raison, impossible de rompre l'union de l’Eglise de Dieu avec son pasteur? Sachez bien que vous la combattez sans pouvoir nuire en rien à celui que vous combattez. Sachez bien que vous ne faites qu'ajouter à ma gloire, et (316) que vous brisez votre propre force en luttant contre moi; car il vous est dur de regimber contre l'aiguillon. (Act. IX, 5.) Vous ne pouvez rien contre l'aiguillon, mais vous ensanglantez vos pieds; les flots ne peuvent pas dissoudre la pierre, ils se décomposent eux-mêmes en écume,

Rien n'a plus de force que l'Eglise, ô homme. Mets un terme à ta guerre, si tu ne veux pas voir le terme de ta puissance; n'entreprends pas de guerre contre le ciel. Si tu combats un homme, tu peux être ou vainqueur ou vaincu. Mais si tu combats l'Eglise, que tu sois vainqueur, c'est impossible; car Dieu est toujours le plus fort. Est-ce que nous rivalisons avec le Seigneur? Est-ce que nous sommes plus forts que lui? (I Cor. X, 22.) C'est Dieu qui a fondé, qui tentera d'ébranler? Vous ne connaissez pas sa puissance. Il jette un regard sur la terre, et il la fait trembler (Ps. CIII, 32); il commande, et ce qui tremble s'est raffermi. S'il a rétabli dans le calme la ville agitée, à bien plus forte raison, l'Eglise, il peut la rendre solide. L'Eglise est plus forte que le ciel. Le ciel et la terre passeront, mais les paroles que je dis ne passeront pas. (Matth. XXIV, 35 .) Quelles paroles? Tu es Pierre, et sur cette pierre qui m'appartient, j'édifierai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. (Ibid. XVI, 18.)

2. Si vous n'en croyez pas la parole, croyez-en l'expérience. Que de tyrans ont voulu dominer l'Eglise ! Comptez les chaudières, les fournaises, les bêtes féroces, les glaives aiguisés ! et ils ne l'ont pas dominée. Où sont-ils ceux qui lui ont fait la guerre ? Ils ont été réduits au silence, livrés à l'oubli. Au contraire, du est l'Eglise ? Elle efface le soleil par sa splendeur. Ses ennemis, avec tout ce qui tenait à eux, sont éteints; à tout ce qui tient à l'Eglise, l'immortalité. Si les chrétiens, en petit nombre, n'ont pas été vaincus, aujourd'hui que leur religion remplit la terre, comment pouvez-vous les vaincre? Le ciel et la terre passeront, mais les paroles que je dis ne passeront pas. Et c'est justice; car pour Dieu l'Eglise a plus de charmes que le ciel. A n'a pas pris le corps du ciel, mais il a pris la chair de l'Eglise; le ciel est pour l’Eglise et non l'Eglise pour le ciel. N'éprouvez aucun trouble de ce qui est arrivé. Accordez-moi cette grâce, une foi invariable. Ne savez-vous pas que si Pierre, marchant sur les eaux, se vit, pour un moment de doute, sur le point d'être submergé, ce n'était pas l'impétuosité furieuse des flots, mais parce, que sa foi était faible? Sont-ce les volontés humaines qui nous ont amenés au point où nous sommes? Est-ce que c'est un homme qui nous a faits ce que nous sommes pour que ce soit un homme qui nous brise ? Ce n'est pas dans le délire de l'orgueil que je parle ainsi, loin de moi l'arrogance, mais je veux consolider ce que je voisd'ébranlé en vous. La cité était calme et forte, alors le démon a voulu ébranler l'Eglise. Esprit impur, abîme d'impureté, tu n'as pas pu, ô démon, renverser les murailles, et tu crois pouvoir,ébranler l'Eglise? Est-ce que l'Eglise réside dans des murailles? C'est dans la foule des fidèles que réside l'Eglise. Voyez, que de colonnes solides; ce n'est pas le fer qui en lie les parties, c'est la foi qui les cimente. Je ne dis pas qu'une si grande foule a plus d'impétuosité que le feu, mais n'y eût-il qu'un fidèle, tu n'en viendrais pas à bout, ô démon! Vois donc quelles blessures t'ont faites les martyrs. On a vu souvent venir une jeune vierge, molle et délicate, elle était plus molle que la cire, et elle devenait plus solide que la pierre. Tu lui perçais les flancs, sans pouvoir lui ravir sa foi. La chair était vaincue, et la foi triomphait; le corps était consumé, la pensée reprenait toute sa jeunesse, la substance se dissipait, mais la piété persistait toujours. Tu n'as pas pu vaincre une femme seule, et tu crois vaincre un si grand peuple? N'entends-tu pas la voix du Seigneur : En quelque lieu que deux ou trois soient rassemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux? (Matth. XVIII, 20 .) Combien plus ne sera-t-il pas où se trouve un si grand peuple uni par la charité? J'ai son gage. Est-ce que ma confiance me vient d'une force particulière? J'ai son écrit. Voilà mon bâton, voilà ma force, voilà mon. port à l'abri des tempêtes. Quand toute la terre serait bouleversée, j'ai son écrit; je le lis; ces caractères que je lis, ces paroles, voilà mon mur d'appui; voilà ma sûreté. Quelles paroles? Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. (Matth. XXVIII, 20.) Le Christ est avec moi, qui donc craindrai-je? quand les flots se soulèveraient contre moi, et la mer, et les fureurs des princes, tout cela est plus mince à mes yeux que les toiles de l'araignée. Sans la charité qui nie fait vivre pour vous, aujourd'hui même j'aurais consenti à partir. Car je dis toujours,Seigneur que votre volonté soit faite (Ibid. VI, 10), nonce que veut un tel ou un tel, mais ce que vous voulez. Voilà ma tour, mon roc, qui ne bouge pas, mon bâton qui tient ferme. Si c'est la volonté de Dieu que telle chose arrive, eh bien, qu'elle arrive ! S'il me veut ici, je le bénis; partout où il me voudra, je le bénis.

3. Que personne ne vous trouble : priez. Le démon a fait ces choses pour interrompre votre application à la prière. Mais il s’agite en vain; au contraire, nous vous trouvons plus zélés, plan fervents. Demain je viendrai me joindre à vos prières. Où je suis, vous êtes; où vous êtes, je suis; nous ne sommes qu'un même corps; le corps ne se sépare pas de la tête; la .tête ne se sépare pas du corps. Les lieux nous divisent, mais la charité nous unit; la mort même ne pourra pas nous désunir. Quand mon corps viendrait à mourir, mon âme vit, elle garde le souvenir de mon peuple. Vous êtes mes pères, comment puis-je vous oublier? vous êtes mes pères, vous êtes ma vie; vous êtes ma gloire. Vos progrès sont ma gloire, si bien que ma vie, ma richesse, réside dans ce trésor qui est le vôtre. Je suis prêt à subir pour vous mille morts, et je ne vous fais en cela aucune faveur, je vous paire une dette : Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (Jean, X,11), il se laisserait mille fois égorger, mille fois trancher la tête. Cette mort, c'est le fondement de l'immortalité; ces assauts, c'est la voie qui mène à la vie pour jamais tranquille. Ce n'est pas l'amour des richesses qui m'expose à ces attaques, pour que je m'afflige; ce ne sont pas mes péchés, pour que je verse des larmes. Est-ce là ce qui cause mes épreuves? C'est l'amour que j'ai pour vous; je fais tout pour vous maintenir inébranlables, pour prévenir toute invasion dans la bergerie, pour conserver mon troupeau intact. La cause de mes combats me suffit pour la couronne. Que ne souffrirais-je pas pour vous? Vous êtes mes concitoyens, vous êtes mes pères, vous êtes mes frères, vous êtes mes enfants, vous êtes mes membres, vous êtes mon corps, vous êtes ma lumière, ou plutôt, vous êtes plus doux pour moi que cette lumière. Les rayons du soleil ont-ils pour moi une douceur égale à celle de votre amour? Ces rayons me servent pour la vie présente, mais votre amour me tresse une couronne pour l'avenir. Je dis ces paroles pour les oreilles de ceux qui m'écoutent. Qu'y a-t-il de plus prompt à écouter que vos oreilles? Il y a tant de jours que vous veillez, sans que rien ait pu votas abattre, ni la longueur du temps vous amollir, malgré les sujets de crainte, malgré les menaces ; devant tous les dangers, vous êtes devenus des hommes forts. Que dis-je? Vous êtes devenus ce que j'ai toujours désiré, vous avez méprisé les choses du siècle, vous avez dit adieu à la terre, vous vous êtes élancés jusqu'au ciel. Vous vous êtes affranchis des liens du corps, vous combattez pour atteindre à cette sagesse qui est la félicité !  Voilà mes couronnes, voilà ce qui m'encourage, voilà ma consolation, voilà l'onction polir moi, pour moi la vie, pour moi le fondement de l'immortalité. Voilà ce dont nous rendons grâces à Dieu, à qui appartient la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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