Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 00:52

 

 

St-Photius

 

 

On aurait pu penser, en cette année 1946, que tout était réglé, les principales difficultés étant surmontées, et que l’Orthodoxie occidentale, enfin établie sur des bases solides, allait pouvoir prendre son envol, dans une certaine paix ecclésiale. Il n’en fut rien. En effet un événement historique, qui avait d’abord suscité bien des espoirs, va se révéler catastrophique : en septembre 1945, juste après la victoire des Alliés, il y eut une grande réconciliation   entre les trois juridictions russes, non seulement parce que c’était le désir légitime du nouveau patriarche, Alexis51, mais aussi parce que cela entrait dans le jeu diplomatique de l’URSS. Le Métropolite Nicolas de Kroutitsy, bras droit du patriarche, fut envoyé à Paris pour la sceller, sous la forme d’une grande liturgie présidée par la Métropolite Euloge, dans la cathédrale St Alexandre-Nevsky. Il y eut à ce moment-là des mouvements dans le personnel ecclésiastique et notamment des transfuges de la « rue Daru »52 (ex-Exarchat russe de Constantinople) vers le Patriarcat de Moscou (puisqu’il n’y avait plus qu’une seule juridiction, avec un seul Exarque, le Métropolite Euloge). Selon le témoignage formel et précis de Maxime Kovalevsky53, ces transfuges causèrent un tort considérable à l’Orthodoxie occidentale52, car, depuis le schisme eulogien (1931), l’Exarchat russe de Constantinople s’en désintéressait complètement.

Mais en août 1946 le Métropolite Euloge meurt et la belle unité retrouvée éclate. Ce sera une nouvelle catastrophe, pire que celle de 1931. Alors que l’Exarchat russe de Constantinople se reconstitue autour de l’Archevêque Vladimir (de Nice), Moscou nomme un nouvel Exarque à Paris (et résidant), le Métropolite Séraphin54, qui venait de l’Eglise Russe Hors Frontières, et dont le siège sera rue Pétel. Ce sera d’abord une bonne chose pour le Centre et la paroisse Saint-Irénée, parce qu’ il comprenait le sens ecclésiologique d’une Eglise orthodoxe occidentale. Mais il fut tellement calomnié par son entourage55 qu’il fut destitué par Moscou, sans autre forme de procès, et jeté à la rue, en 1949(56). Et le patriarche Serge n’était plus là pour défendre l’œuvre de la Confrérie Saint-Photius, l’Orthodoxie occidentale.

 

Néanmoins, la Confrérie avait rempli ses objectifs : il y avait désormais une liturgie occidentale, qui allait devenir le socle d’un rite occidental, et les bases d’une structure ecclésiale occidentale. En fait le Centre Saint-Irénée avait pris le relais de la Confrérie à partir de 1943-44. Mais cette mutation provoqua des tensions et des incompréhensions au sein de la Confrérie57, qui eut de plus en plus tendance à devenir un organisme au service du Patriarcat de Moscou : elle ne correspondait plus à l’esprit qui avait présidé à sa fondation. C’est le P. Eugraph lui-même qui proposera à son ami Vladimir Lossky, dernier Président de la Confrérie, de la fermer, ce qu’il fera le 8 novembre1950, avec l’assentiment du Patriarche Alexis. Le flambeau était passé à la toute jeune et petite Eglise orthodoxe française.

 

 

 

(51) Après les désastres militaires de 1941, Staline avait besoin de l’Eglise pour soutenir le patriotisme russe (si les Soviétiques avaient été vaincus à Stalingrad en février 1943, toute la Russie aurait été envahie par l’armée allemande et la face du monde eut été changée) : il a donc libéralisé un peu la vie religieuse et permis la réunion d’un concile orthodoxe à Moscou en septembre 1943. Le Métropolite Serge fut élu Patriarche. Mais il mourut peu après, en mai 1944. Le Métropolite Alexis sera élu Patriarche en janvier 1945.

(52) En particulier l’Archimandrite Nicolas Ieremine, qui était auparavant professeur à l’Institut Saint-Serge : il devint Recteur de l’église des Trois Saints Docteurs (ex-cathédrale russe pendant quelques mois) et il vouera une haine farouche au P. Eugraph Kovalevsky, notamment en soutenant le P. Chambault contre lui.

(53) Orthodoxie et Occident, p.128-131.Maxime insiste beaucoup sur le changement d’ambiance et d’atmosphère constaté à partir de 1946, qui touchera aussi la Confrérie Saint-Photius.

(54) Monseigneur Séraphin Loukianov, Exarque à Paris de 1946 à 1949.

(55) Et surtout par l’Archimandrite Nicolas Ieremine, qui était le Recteur de la cathédrale, et qui sera le meneur de cette agitation. Il en tirera un grand profit : d’abord chargé des affaires courantes en l’absence d’évêque (le nouvel Exarque, l’Archevêque Boris de Berlin, ne sera nommé qu’en 1951), il sera ensuite sacré évêque à Berlin, en 1953, après avoir réussi à faire échouer le projet d’ordination épiscopale du P. Eugraph, et deviendra le nouvel Exarque du Patriarcat de Moscou en 1954. L’Eglise est parfois pire que « le monde »…

(56) Il n’arrivera à survivre que grâce à l’aide matérielle du P. Eugraph et de la paroisse Saint-Irénée.

(57) Maxime K. : « Le climat général se dégrade et atteint l’esprit pionnier de la confrérie ». Ibid. p. 130.

 

Métropole Orthodoxe Roumaine d’Europe Occidentale et Méridionale

- Université d’été 2013-

Repost 0
Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Enseignement spirituel

Orthodoxie OccidentaleMOINE-GRAND-HABIT

depuis 1936

http://www.eglises-orthodoxes-canoniques.eu/ 

Recherche

Priez puis silence ...

bougie10-copie-1

Saint Jean de San Francisco

11 St Jean de Changai

Fichier par Archive-Host.com

Nous écrire :

pretre.jacques@gmail.com