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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 05:14

Frédéric Theobald 

En Europe, des cinéastes musulmans passent derrière la caméra. Sans compromis ni complexe.

Dans "le Choix de Luna", une femme bosniaque voit son mari céder aux sirènes fondamentalistes

Dans "le Choix de Luna", une femme bosniaque voit son mari céder aux sirènes fondamentalistes

Il est allemand, fils d’immigrés afghans ayant fui l’invasion soviétique en 1979. Elle est bosniaque, native de Sarajevo, et ses parents adhéraient à l’idéologie communiste. Il s’affirme croyant, observant les prières et le ramadan. Elle se reven­dique athée. Mais tous deux se disent sans détour musulmans. Et l’un comme l’autre viennent de réaliser un film qui aborde de manière détonante la place de l’islam dans nos sociétés. Ce qui en soi constitue un événement dans le paysage cinématographique européen. Et atteste la place grandissante de cette religion en Europe.

Shahada, de Burhan Qurbani, croise trois récits dans Berlin, trois tenta­tives de jeunes Allemands issus de l’immigration pour conjuguer foi et mode de vie occidental. Le Choix de Luna, de Jasmila Zbanic, raconte le destin d’un couple de Sarajevo mis à mal par l’engagement du mari dans la mouvance radicale wahhabite. Ces deux œuvres arrivent sur les écrans (les 27 janvier et 9 février) peu de temps après la publication d’un sondage de l’Ifop trahissant la fragilité de l’intégration et selon lequel 40 % des Français et 42 % des Allemands associeraient la présence d’une communauté musulmane à une « menace » pour l’identité nationale. C’est précisément un tel regard négatif que Shahada et le Choix de Luna, chacun à sa manière, se proposent de changer. Sans pour autant gommer les possibles excès et dérives de l’islam. 

« Les médias résument l’image du monde musulman à quelques clichés
. De telles généralités sont absurdes, car il n’existe pas un seul islam, relève Burhan Qurbani. Pointer du doigt l’islam comme une menace, c’est tellement abstrait. Autant dire que les éléments naturels sont une menace... Mon film tente de montrer des êtres et pas une religion, des destins individuels et pas une culture. Emmanuel Kant a écrit que notre responsabilité est de sortir les êtres de leur ignorance volontaire. Là réside mon devoir d’artiste. Je suis un vrai fan de la curiosité. Elle représente le premier pas pour éviter la peur. » Son parcours témoigne de cette recherche et de la singularité de chaque existence. Né en 1980, Burhan Qurbani a grandi dans une petite ville majoritairement catholique du centre de l’Allemagne. « Avant même d’apprendre la fatiha (sourate d’ouverture du Coran, ndlr), je savais réciter le Notre-Père. Je n’ai jamais perçu de contradiction entre croire en Allah et en Dieu. Je suis autant musulman que chrétien. » 

Le cheminent de Jasmila Zbanic se révèle également singulier. Sans doute parce qu’il passe par le détour de ses propres craintes. « Avant de réaliser le Choix de Luna, j’étais une athée radicale. Il m’a fallu du temps pour approcher la communauté wabhabite. Leur présence dans Sarajevo me perturbe. J’aimerais que ma ville ressemble davantage à Paris ou à Berlin. Mais il semblait idiot de vouloir nier la réalité. En tant qu’être humain et artiste, je me dois d’être tolérante, de respecter les opinions de chacun. Avant de juger, il faut comprendre ces wahhabites. Quand vous les écoutez, vous découvrez toujours de la tristesse. Ce n’est jamais la joie qui les pousse vers ce radicalisme. Parmi eux, vous trouvez des gens traumatisés par la guerre, marqués par un deuil, poussés aux marges de la société... »
Soucieuse de ne pas verser dans la caricature, Jasmila Zbanic a longuement dialogué avec les adeptes du wahhabisme. Elle s’est battue pendant quatre mois pour pouvoir placer sa caméra dans une imposante mosquée de Sarajevo, construite avec l’argent de l’Arabie saoudite. 

« Aucun réalisateur ou journaliste n’avait jamais été autorisé à filmer dans cette enceinte. J’aurais pu tourner les intérieurs en studio, mais l’idée d’un lieu interdit dans ma ville me déplaisait. » Un argument lui a finalement ouvert les portes : « Il est plus facile de dire non que d’accepter le dialogue. Si vous voulez que les gens s’ouvrent à vous, vous devez aussi vous montrer accueillants. » La démarche de Burhan Qurbani est similaire. Le scénario de Shahada s’est nourri de rencontres avec des jeunes musulmans, notamment des filles ayant avorté et des garçons homosexuels, deux situations conflictuelles traitées frontalement dans son long métrage. 

Pourtant, ni Jasmila Zbanic, ni Burhan Qurbani ne prétendent au documentaire. Chacun revendique sa part de fiction. De même, refusent-ils, à juste titre, l’étiquette de film sur l’islam. « Mes personnages sont musulmans, mais ce sont d’abord de jeunes Allemands, insiste Burhan Qurbani. Mon film raconte des situations universelles, un conflit entre un père et une fille, un amour homosexuel interdit, l’opposition entre culpabilité et rédemption. » À l’évidence le Choix de Luna est une histoire d’amour – conté du point de vue de la femme – transposable dans d’autres contextes politiques ou religieux. 

La richesse et la singularité du Choix de Luna et de Shahada découlent sans doute de la double identité de leurs auteurs. Européens et musulmans. Jasmila Zbanic rappelle que ses grands-parents étaient des musulmans très pieux et ses parents, des communistes adeptes de la vision marxiste de l’opium des peuples. « Mon père comme ma mère m’ont laissée libre de croire ou non. À la maison, nous célébrions des fêtes ­islamiques que j’aime, tout comme je suis très attachée à des chants religieux. » Burhan Qurbani se sent allemand, cite le cinéma du Polonais Kieslowski et son Décalogue, mais souligne aussi l’influence de l’Orient. « Mon grand-père nous disait à mon frère et à moi : “Vous êtes comme des oiseaux sans pattes. Vous êtes condamnés à voler, sans jamais pouvoir vous poser quelque part. Vous serez des étrangers en Afghanistan et vous ne serez jamais totalement chez vous en Allemagne.” »

Finalement, c’est de la communauté musulmane allemande que sont venues les réactions les plus cinglantes à Shahada. À l’issue d’une projection avec l’Organisation centrale des musulmans, son représentant a lancé : « Après avoir vu ce film, je ne veux plus être musulman. Cette vision de la communauté est sombre et dés­espérée. » Mais Shahada a aussi été présenté au festival de Doha, au Qatar. « Nous nous attendions à être lynchés, se souvient Burhan Qurbani. Ce fut tout le contraire. Les réactions ont été extraordinaires. Une femme portant le hijab s’est dite étonnée par certaines réactions négatives en Europe et a lancé : “On les emm...  Qu’est-ce qu’ils croient ? Qu’être musulman, c’est facile !” »

Le Choix de Luna a aussi reçu un accueil positif au Qatar, où, rappelle non sans sourire Jasmila Zbanic, la doctrine officielle est le wahhabisme. Pour sa part, la cinéaste poursuit le dialogue entamé avec les fondamentalistes rencontrés lors du tournage. « Je ne partage ni leurs croyances, ni leur manière d’être, mais nous sommes restés amis. »

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Actualités

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