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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 05:04

Mère de Dieu de Tendresse, , Yaroslav (Russie), milieu du XVe siècle

higoumène Cyrille (Bradette)

Christ Pantocrator, Novgorod (Russie), fin XVe siècle

En entrant dans l'église, les fidèles vénèrent les icônes,
en particulier celles du Christ, de la Mère de Dieu, 
de l'église et de la fête ou du saint du jour.


Nous vénérons les icônes parce qu’elles nous placent dans la « présence réelle » de ce qu’elles représentent. L’Église latine n’emploie cette expression que pour l’Eucharistie. Pour les orthodoxes, les mots nous manquent pour l’Eucharistie. Alors, nous n’utilisons pas de terme, nous parlons de « mystère ». Le grand mystère, c’est le mystère de l’Eucharistie. Donc, nous disons « le mystère liturgique », « le mystère eucharistique ». Nous évitons le terme « transsubstantiation » ; on ne sait pas s’il s’agit de changement de substance. Mais on sait que c’est un changement de réalité ; ce n’est plus la même chose. Par conséquent, on ne parlera pas d’apparences et de substance, mais du mystère de la Présence.

Alors pour l’icône, nous parlons d’une présence réelle à partir de sa consécration. L’icône est ce qu’elle montre. Quand vous entrez dans une église orthodoxe, vous voyez que les fidèles se dirigent spontanément vers les icônes, d’abord celle du Christ, ensuite celle de la Mère de Dieu, puis celles des saints, selon la piété de la paroisse. C’est notre manière de dire bonjour. Je m’incline, j’embrasse l’icône, je m’incline de nouveau. Je viens d’être étreint par le personnage qui est là ; j’entre en relation avec une personne. La personne du Christ, qui est ici, et la personne de la Mère de Dieu, qui est là, et saint Séraphin de Sarov, saint Jean-Baptiste, et la fête du jour, dont l’icône est placée au centre de l’église. On l’aura décrochée de l’iconostase pour faire le focus sur un des éléments de l’ensemble de l’histoire du salut. Et cette réalité actuelle n’a de sens que dans l’ensemble des douze grandes fêtes de l’année liturgique. On l’amène au centre de l’Église ; la voilà, aujourd’hui on réfléchit, aujourd’hui on est témoin de cette élément spatio-temporel de l’histoire de notre salut. Par exemple, le 21 novembre, nous sommes en présence de la Présentation de la Vierge au Temple ; on décroche l’icône et on la montre. Ensuite, elle reprend sa place, parce que c’est là qu’elle a son sens. Et le mystère qui est célébré est le mystère dans son ensemble ; dans la liturgie, on célèbre tous les mystères. On célèbre l’avènement du Christ ; on ne célèbre pas les événements de la vie de Jésus mais l’action du Christ actualisée dans sa dimension historique et temporelle pour nous faire entrer dans l’intemporel. En devenant, moi, aujourd’hui, témoin de cet événement, je m’engage en fonction de cet événement. Et voilà, je suis en communion un peu plus avec un élément de cette grande histoire, parce que moi, en tant qu’être spatio-temporel, je suis obligé de morceler le mystère pour être en mesure de le comprendre. La liturgie est la célébration dans son ensemble ; la vénération de l’icône est la communion avec événement partiel du mystère total de l’avènement du Christ. C’est son rôle.

Il faut distinguer clairement entre « adoration » et « vénération » en ce qui concerne les icônes : on vénère les icônes, mais on adore Dieu seul. La doctrine de l’Église a été clairement précisée au 7e Concile oecuménique en 787 : L’honneur rendu à l’image va à son prototype et celui qui vénère l’icône vénère la personne qui y est représentée... Chaque fois qu’on voit leur représentation par l’image de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ, ou notre souveraine sans tache, la Sainte Mère de Dieu, ou des saints anges ou les hommes saints et vénérables, chaque fois on est incité en les contemplant, à se rappeler les prototypes, on acquiert plus d’amour pour eux et on est davantage incité à leur rendre hommage et en témoignant sa vénération, non la vraie adoration, qui, selon notre foi, convient à la seule nature divine.

On ne fait pas de génuflexion devant le tabernacle ; on s’incline trois fois devant l’iconostase, puis on touche à terre : Relève-moi, Seigneur, parce que je suis tombé, et c’est toi qui me relèves, par le Père, le Fils et le Saint Esprit. C’est la manière d’entrer dans un temple. C’est la manière de prendre conscience de la présence des saints ; l’église est habitée par ceux et celles qui m’attendent - il y a beaucoup d’icônes de saints, qui sont dans leur gloire. Ils sont tournés vers moi. Ceux qui voient Dieu me regardent, et moi je les vois en communion avec Dieu. Donc, d’une certaine manière, les saints me font entrer dans cette communion à la vie divine. Voilà le mystère de l’icône. C’est une réalité active. Il ne s’agit pas seulement d’une image ou d’un symbole, mais d’un instrument, un instrument qui rend effective et réelle ma relation au monde spirituel. C’est pour cette raison que nous disons que les icônes sont une fenêtre sur le monde invisible. Mais à travers elle, je vois un peu de ce qu’elle voit. Et dans le Christ, je vois beaucoup plus parce le Christ est le parfait révélateur du Père. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi le Père, dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu (Jn 14, 7). Et chaque saint, à sa manière, par la présence de l’Esprit, est devenu Corps du Christ : la Communion des Saints.

Quand j’aurai vu tous les saints, quand j’aurai vu toutes les icônes du Christ et de la Mère de Dieu, j’aurai une vision un peu plus parfaite de ce que peut être Dieu. C’est le rôle des icônes. Il en faut beaucoup. On s’entoure d’icônes. Ces personnes sont toutes présentes ; c’est l’Église, l’Église du Christ. Ce sont ceux qui sont ici aujourd’hui pour la célébration du mystère et ce sont ceux qui nous ont précédés dans la foi, et qui sont avec nous et qui concélèbrent avec nous. On le dit spécifiquement dans une prière de la Divine Liturgie ; les anges et les saints sont avec nous et concélèbrent avec nous. Ils sont sauvés par le même mystère et ils y participent encore. L’iconostase qui sépare la nef de l’église du choeur contient toute l’histoire du salut, d’une manière très ordonnée et très précise. Derrière l’iconostase, c’est le royaume du Père, le trône de Dieu, le ciel. Par conséquent, la prière est la prière du monde visible, avec le monde invisible. Nous n’avons pas besoin de voir l’autel ; on ne verrait rien de plus ! À la limite, nous n’avons même pas besoin de voir le prêtre. Il est le lien du visible à l’invisible. Et de l’invisible qui se manifeste visiblement dans notre monde, par la Parole et par l’Eucharistie. Les portes s’ouvrent, le prêtre vient pour proclamer la Parole de Dieu. L’iconostase elle-même est une icône ; elle est empreinte de tout cet aspect du mystère de la réalité spirituelle.

Nos yeux sont plus exigeants que nos oreilles. Nous sommes dans une civilisation de l’image, mais nous sommes souvent déçu de ce que nous voyons, parce que ce que nous voyons ne révèle pas toute la réalité, alors les autres sens viennent nous aider à nous ouvrir à la contemplation, parce que ce que nous contemplons est intérieur. On voit mieux le mystère les yeux fermés et les oreilles ouvertes. Alors l’icône me permet justement de fixer mon attention et c’est finalement ce qui me ferme les yeux à l’exigence des sens, et qui m’ouvre le coeur à l’effusion de l’Esprit. Nous ne pouvons pas nous passer des icônes parce que ce sont elles qui nous rendent contemplatifs. C’est la prise de conscience de toute l’Église d’Orient depuis des siècles, parce qu’elles sont un instrument de la compréhension et de la communion au mystère.

Extrait de la transcription
d’une conférence prononcée
à l’Université du Québec à Montréal
le 28 novembre 1996 (texte révisé).

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Published by Monastère Orthodoxe - dans Les icones dans l'Eglise

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