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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 04:49

 

Un hommage à Dieu, à ses anges et ses saints

 

 

 

Il n’a joué ni au théologien, ni à l’historien. Mais, porté par sa ferveur, Denis Tillinac nous offre néanmoins une magnifique somme. Avec la liberté, le panache et le style qu’on lui connaît, il nous entraîne dans les 600 pages d’un jubilatoire Dictionnaire amoureux du catholicisme (Plon), un pèlerinage érudit, ailé et nostalgique aux sources de sa foi, mais aussi de la civilisation occidentale. Fidèle à la religion de son enfance – ce catholicisme terrien enraciné entre Corrèze et Bourgogne –, Tillinac a toujours su garder les pieds dans la glaise et l’esprit dans l’Histoire, en levant les yeux vers les étoiles. Il navigue avec aisance entre l’intime et l’universel, aimanté par la puissance du rituel, fasciné par les beautés de l’art sacré, soucieux de l’avenir de l’Église, il rend hommage à Dieu, à ses anges et à ses saints. Un livre inspiré dont nous vous offrons les premières pages en exclusivité.

« C’est un sentiment de gratitude qui m’incite à chroniquer mes noces de naguère et de toujours avec le catholicisme
 romain. Ma liberté chérie, mon anarchisme invétéré, mes fringales d’harmonie, mes appétences pour les paroxysmes : toutes les instances de ma sensibilité ont éclos sur ce terreau d’une fertilité merveilleuse. Toutes les équivoques qui chahutent le cœur d’un mortel, et dans mon cas menaçaient de tourner à l’aigre, ont trouvé au sein du catholicisme un mode de cohabitation ; il en est résulté une manière d’équi­librisme de funambule qui m’a im­munisé contre le désespoir, à tous les âges de ma vie. Même à l’adolescence, quand la foi bat de l’aile en rasant les murs. (...)

Sans le catholicisme, je n’aurais pas su, je n’aurais pas pu démêler l’écheveau des émotions qui tantôt m’éblouissent, tantôt me déroutent. Prendre sans billet le train d’un idéal et le lâcher sur les rails de l’infini ne va pas de soi. On risque de dérailler, ou bien de dériver d’une gare l’autre dans une nuit où elles se ressemblent toutes. Et pas de terminus à l’horizon. Toute la littérature « moderne », depuis la mélancolie des romantiques jusqu’à la nausée des personnages de Simenon, nous raconte l’errance de ce train fantôme cahotant sans fin au gré d’aiguillages sans manœuvrier. Toute la philosophie, toute l’esthétique, toute la psychologie « modernes » nous racontent l’histoire triste d’une quête éperdue dans les grisailles du désarroi. L’« idéal » : piège infernal si l’impétrant n’a pas de quoi l’armer et le nourrir. Au mieux, il rémunère ses aspirations en se faisant aventurier, esthète ou révolutionnaire. Avec, forcément, le nihilisme en ligne de mire. Sans le catholicisme, j’en serais là : un fétu humain tâtonnant en aveugle dans le maquis de mes désirs, y compris le moins fallacieux, le désir d’éterniser ce que j’ose appeler immodes­tement mon âme. (...)

Si ses sources sont en Orient, et si elle a rayonné en Occident, l’aventure du catholicisme n’a pas de frontières. L’espérance qu’il véhicule depuis 20 siècles transcende les attaches du sol et du sang, de la mémoire, de la culture. Rome n’est pas le chef-lieu d’un canton de l’Histoire, mais le siège d’une majesté qui ne doit rien à César. C’est l’autre versant de ma gratitude : un accès direct à l’Universel par le biais de la religion que m’ont inculquée des clercs à la mode de leur temps et de leur pays. J’ai assisté à des messes sous toutes les latitudes ; elles commémoraient la même Cène en récitant un Credo qui n’a pas changé depuis le concile de Nicée (354). En latin ou en langue vernaculaire, ce qui n’a aucune importance. Accompagnement des cantiques aux grandes orgues, à la guitare ou au tam-tam, ce qui n’en a pas davantage. (...) 
Dans 20 siècles peut-être, les âmes percevront la présence divine sur un registre conceptuel et émotionnel qu’on ne peut même pas imaginer. On honorera Dieu dans un autre langage, on théologisera avec d’au­tres syntaxes. Peut-être les fidèles 
s’étonneront-ils de notre dénuement pour exprimer les attendus de notre foi. Sans doute, notre culture religieuse rejoindra la profane dans les cryptes de la mémoire des civilisations qui ont précédé la nôtre. L’universalisme de la catholicité romaine exige que nous relativisions la part affective de notre lien avec l’Église. Exigence douloureuse, qui m’inonde de nostalgie en m’infligeant un sen­timent de dépossession.
 
De cette nostalgie, l’écrivain que je tâche d’être fait son miel, faute de mieux. Car le fait est qu’en Occident, où elle a connu ses floraisons majeures, la culture catholique impulsée par l’emprise temporelle de l’Église, entre la fondation des premiers monastères et les ultimes bisbilles qui opposent don Camillo et Peppone, semble au bout d’un rouleau. L’État du Vatican est réduit aux acquêts d’une symbolique, et les clercs n’animent plus la vie sociale. Surtout dans mon pays où les liens entre Rome et Paris ont toujours été compliqués. Mais partout où, il y a moins d’un demi-siècle, le cléri­calisme sévissait encore, pour le meilleur et pour le pire, une minorité va à la messe le dimanche, une autre minorité s’agrippe à un « laïcisme » qui entretient la fiction d’une influence de la calotte pour occulter sa propre agonie. La majorité silencieuse est indifférente. Pas tout à fait déchristianisée puisque, dans les sondages de popularité, mère Teresa, sœur Emmanuelle ou l’abbé Pierre l’emportent encore sur les divinités païennes, stars du cinéma, du foot ou du show-biz. Le compassionnel inoculé par les médias et entretenu par les politiques est un ersatz pâlichon de l’amour évangélique ; il témoigne malgré tout d’une sollicitude pour les humbles que les mœurs ambiantes n’encouragent, ni ne cautionnent, c’est le moins qu’on puisse dire. En outre, elles récusent par principe toute autorité verticale adossée à une tradition. À cet égard, l’Église écope une lame de fond historique : la désacralisation du pouvoir. César est nu. C’est au christianisme que l’on doit ce refus de diviniser l’autorité d’un homme sur ses semblables. Ou d’une institution. Or, l’Église est hiérarchisée, elle respecte des rites immémoriaux, et en outre son message heurte de front l’alliance du rationalisme, de l’hédonisme, du mercantilisme et du scepticisme, scellée sous le règne sans frein de l’ego. Autant de raisons qui expliquent la désaffection vis-à-vis du catholicisme sur ses terres d’élection initiales. (...)

Confesser sans fausse pudeur mon enracinement dans le catholicisme ne me conduit pas à dédaigner le judaïsme, l’islam, les christianismes séparés de l’Église, les sagesses issues de l’hindouisme ou du bouddhisme. Dieu le Père ne fait pas d’exclusive, la promesse de salvation de Son Fils vaut pour la multitude éparpillée sur le globe, et l’Esprit saint habite les âmes qui le méritent, de quelque chapelle qu’elles se réclament. Voire d’aucune. J’ai du respect pour toute piété, pourvu qu’elle soit sincère et ne jette pas d’anathème. Même ­respect pour les us et coutumes des croyants de toutes obédiences, leurs références traditionnelles et les morales qui s’ensuivent. Leur invocation du divin, si éloignée soit-elle de la mienne, la rejoint de quelque façon dans l’économie mystérieuse du Salut. Rien ne m’est plus étranger que le mol relativisme d’un jouisseur – et Dieu sait mon goût pour le bonheur, et Dieu sait aussi que l’Église ne l’a pas contrarié. Mettons qu’elle l’ait canalisé, à défaut d’une sanctification dont je n’ai pas les moyens. C’est dire ma sympathie pour quiconque met la barre de son existence un peu plus haut que le nombril de ses pulsions. Quoi qu’on ait prétendu, les religions y prédisposent, chacune selon son genre. L’Histoire les a enrôlées pour couvrir des haines de tribus, mais c’était de la fraude grossière ; foncièrement, les spiritualités préconisent toutes l’oubli de soi et le respect d’autrui en parallèle à l’éveil des consciences. Le message du Christ est d’une simplicité lumineuse : amour de Dieu et du prochain jusqu’au sacrifice de soi, indifférence au reste. Aucun pouvoir ne saurait l’invoquer pour couvrir son incurie, ses abus ou ses exactions. Dois-je rappeler que les deux totalitarismes du XXe siècle, celui de Lénine et celui de Hitler, ont pareillement misé sur la mort de Dieu, érigeant l’athéisme en doctrine officielle et persécutant les clergés avec une obstination maniaque ? On ne peut pas dire que « l’homme nouveau » censé émerger des ruines du christianisme se soit montré très avenant, tant à Moscou qu’à Berlin. Mieux vaut respecter les attachements religieux qui depuis la nuit des temps aident les hommes à ne pas se sentir trop orphelins sous ce faux plafond qu’on appelle le ciel. »


Copyright : extrait du Dictionnaire amoureux du catholicisme (Plon)

Dictionnaire amoureux du catholicisme

De A comme Agneau et Âme, à Z comme Zouaves pontificaux, en passant par Baroque, Enfant de chœur, Mauriac ou Oratoriens, Tillinac vagabonde entre la ferveur des humbles et les dorures vaticanes, l’apologétique pure et de charnelles insolences. Ils sont devenus rares aujourd’hui ceux qui savent faire partager leur foi avec autant d’allégresse. 

Plon, 24 €. En librairie le 7 février. 

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Actualités

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