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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 01:38

Mgr Jean 48

Saint Jean de Saint Denis
(1961)


Je fus ordonné le samedi 6 mars 1937, et le lendemain, jour de ma première messe et de la gloire de l'Orthodoxie, je participai à la liturgie des défunts, chantée par le métropolite Eleuthère en mémoire de Monseigneur Irénée. C'est un souvenir du passé...

Mais je voudrais aujourd'hui vous parler surtout de l'hérétique opposé à l'orthodoxe. Je commence.

Quelle différence y a-t-il entre l'hérétique et l'orthodoxe ? En écoutant l'épître de Paul (2 Co 6, 1-10) j'ai été tellement saisi par ce texte que si l'apôtre avait été présent en chair et en os, j'aurais baisé ses pieds et lui aurais dit : Paul, ton épître nous apporte plus que l'or ou que toutes les richesses ! Je veux, mes amis, vous communiquer mon sentiment : considérez combien cette épître décrit merveilleusement ce que le Christ réunit en une seule béatitude : «Bienheureux les pauvres, ils posséderont la terre». Nous sommes pauvres et nous possédons tout. Nous sommes méprisés et nous sommes dans la joie. Nous mourons et voici : nous sommes debout, etc.

Cet état victorieux des chrétiens est que toutes les apparences extérieures, les destinées de l'Eglise et de chacun de nous présentent bien souvent une série de catastrophes. Que de fois l'Histoire nous a-t-elle enterrés ! Que de fois l'Eglise est-elle critiquée : c'est une maison périmée, elle est en ruines... Est-ce là le stade du chrétien ? Nous existons, cependant, par la puissance de la douceur.

La douceur, qu'est-ce ? C'est se moquer de ce qui nous attaque dans les épreuves. Pauvreté ? nous avons la richesse en Dieu ; les membres meurtris ? nous ressusciterons. La douceur est cette attitude adoptée, par exemple, à Moscou, au moment le plus tragique pour la religion, pendant la révolution. On arrêtait les gens. Comme on interrogeait un enfant : pourquoi fais-tu des poupées avec des torchons ? il expliqua que les poupées représentaient les policiers qui emprisonnaient et torturaient et il ajouta : ils jouent, ils sont bêtes, ils nous tuent.

 Le chrétien se dévoile lorsque tout est perdu, lorsqu'il n'y a plus d'espoir. Il est présent. Il survit comme un fils de Dieu, par la grâce. Si puissante est cette douceur toujours triomphante qu'elle bannit les inquiétudes. Relisez l'épître, absorbez-la. Prenez, prenez, nous avons tant de choses à prendre, encore et encore, dans l'Eglise ! Même tant d'idées nées hors de l'Eglise, si on les scrute, on s'aperçoit que toutes sont prises de l'Evangile. Prenez, prenez, car nous en avons encore ! Paroles victorieuses qui se confondent avec les Béatitudes : «Bienheureux les doux,car ils posséderont la terre». Nous la possédons déjà, la terre !

Prêtez attention, amis ! Vous avez une bicoque, vous n'avez que votre bicoque, vous n'avez rien, mais le monde entier vous appartient. Qui vous empêche de respirer l'air qui ne vous appartient pas ? Celui qui demande du pain, qui est-il ? S'il est un vrai mendiant en Christ, il est son serviteur, de même que le riche est le serviteur de Dieu.

Renversez les valeurs ! «Bienheureux les doux», parce qu'ils sourient avec une certaine moquerie légitime. Que voulez-vous ? Ils sont un peu naïfs... ils s'imaginent être riches. Les riches, eux, sont incapables de sourire. Ils nous persécutent, nous haïssent ? Nous les haïssons plus qu'ils ne nous haïssent, puisque nous les aimons et que nous les bénissons. Ramassez sur la tête de vos ennemis les charbons ardents, car il n'y a pas de haine plus efficace que l'amour de l'ennemi.

Je reviens au Triomphe de l'Orthodoxie. Qu'est-ce qu'un hérétique pour nous, orthodoxes ? Qui est l'hérétique ? Il y a l'hérétique, il y a les hérétiques, et l'hérétique d'avant les hérésies. Alors, qui est cet hérétique ? Satan ! Pourquoi ?

L'hérétique est quelqu'un exprimant la demi-vérité. On l'écoute parce qu'il semble dire vrai. Il ment parce qu'il ne dit que la demi-vérité. On ne peut mentir pleinement. Dans la tentation d'Adam et Eve, Satan a toujours dit vrai, et en même temps faux, car il ne va pas jusqu'au bout.

La logique diabolique disloque la plénitude, se saisit d'un quelque chose, s'en empare et le développe : fausse logique puisque partielle. Le succès des hérésies vient de ce qu'elles sont faciles. Elles proposent : l'homme est corps seulement ou l'homme est seulement esprit. Des thèses faciles en découlent facilement, pourtant c'est faux ! Bien qu'étant logiques et salutaires dans un certain sens, elles mentent, car l'homme n'est pas un corps seul, l'homme n'est pas un esprit seul, il est corps et esprit.

Saint Grégoire le Théologien enseignait : «Les Juifs sont monothéistes, les païens sont polythéistes, nous, nous ne sommes ni monothéistes ni polythéistes, car nous confessons Dieu en Trois Personnes».

Nous sommes toujours satisfaits, même par d'éloquentes solutions partielles, mais n'oublions pas que l'Eglise fut bâtie par le Christ et emplie du Saint-Esprit afin d'enseigner au monde que l'esprit sectaire est le diable.

Voulez-vous être orthodoxe ? Autant que possible haïssez la «perfection partielle», si l'on peut dire, considérez-vous comme une «petite» partie du Tout : le Christ, Chef de l'Eglise, remplissant tout en tous ! S'il semble Lui échapper quelque chose, c'est l'hérésie.

Les conciles ont défendu la Trinité et affirmé que le Christ est Dieu-Homme. Ils ont défendu l'humanité tout en défendant la divinité. Qui ose dire que le Christ est seulement homme ? On l'a entendu dans le désert : Satan ! Ne vous y trompez pas, là où réside la partialité, là est Satan ; là où vit la plénitude, même si, au premier abord, elle est difficile à accepter, là est l'Esprit.

Le dernier concile que nous fêtons aujourd'hui s'est dressé contre les iconoclastes. Les iconoclastes déclaraient et déclarent encore : Dieu peut parler, se manifester par le verbe, non par l'image. Les iconoclastes acceptaient l'Evangile et repoussaient l'icône. Ils acceptaient la voix et repoussaient la vision. Ils acceptaient l'oreille et ils niaient l'œil. C'étaient leurs limites - œuvre de l'Adversaire. De plus, en confirmant le culte des icônes, le concile soulignait que chaque icône est l'image de la Proto-Image, apportant ainsi le sens à toutes les formes saintes de l'image. Jean Damascène ajoute qu'un véritable iconographe est semblable au prêtre qui transforme le pain et le vin en Corps et en Sang du Christ : l'iconographe essaie, lui, de transformer le monde imparfait en monde transfiguré ; Jean Damascène nous indique qu'en ayant pris la défense de l'iconographie, l'Eglise donnait un sens sacré à toute œuvre humaine.

 Si vous rencontrez un soi-disant chrétien, orthodoxe ou catholique, vous développant une doctrine qui limite votre intelligence ou votre cœur, pensez tout de suite : c'est un hérétique. L'Eglise est là, et l'Esprit est présent en elle, pour que vous receviez un enseignement juste, pour que votre intelligence éclate et que votre cœur s'élargisse dans un sentiment universel.

Aimez la plénitude, haïssez les limitations; anathème à tous les sectarismes, hérésies, œuvres de Satan. Que votre oreille devienne de plus en plus attentive à tout, que votre regard devienne attentif, s'éveille et repousse ce qui nous limite et nous ramène au diable.

Dans l'Eglise, je le répète, est la plénitude remplissant tout en tous. Amen.

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Homélies

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