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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 00:05

Pages Saint Silouane l'Athonite

 

Saint Silouane l'Athonite

Note de l’archimanrite Sophrony

Lors de la guerre russo-japonaise (1904-5), le père Silouane, en tant que réserviste de la Garde (avec d’autres moines russes de la Sainte Montagne qui étaient réservistes), fut appelé en Russie dans le cadre de la mobilisation. Il quitta le monastère le 30 décembre 1904 et revint de nouveau au Mont Athos le 16 octobre 1905. Dans la troisième partie de notre ouvrage nous expliquons plus en détail les raisons pour lesquelles le père Silouane ne fut pas envoyé au front et fut libéré pour se rendre chez lui.

Arrivé dans sa famille, en tant que moine, pour le silence et l’exercice sans entrave de la règle monastique, il aménagea en plein champ une petite cellule isolée où il passa le temps de son séjour dans sa patrie. Au cours de cette période de sa vie, il conversait parfois avec les enfants du village qui venaient chez lui. Il nous racontait ses très intéressantes observations de l’âme enfantine, comment dés la plus petite enfance, l’âme humaine peut se déterminer dans sa relation à Dieu.

Les conversations rapportées ici sont la reproduction de celles qu’il avait alors avec les enfants. Il est possible que la lumineuse image d’un moine aimant se gravait dans les âmes pures des enfants, mais on doit bien remarquer que d‘après leur contenu, les paroles du starets n’étaient accessibles qu’aux adultes.


Les jeunes enfants courent dans les près, cueillent des fleurs, chantent et se réjouissent parce que la grâce de Dieu les remplit de joie. Mais voilà qu’ils voient le moine et lui disent :

– Regarde : le Seigneur a orné le ciel d’étoiles et la terre avec des rivières et des jardins, les aigles volent bien haut sous les nuages et jouissent de la beauté de la nature, les oiseaux chantent gaiement dans les taillis et dans les champs, alors que toi, moine, tu es là dans ta cellule et tu ne vois pas toute la beauté divine. Tu es assis là et tu pleures. Sur quoi pleures-tu dans ton étroite cellule alors que le soleil luit, le monde entier est revêtu de splendeur, et la joie est partout sur terre ?

C’est ainsi que les enfants questionnaient le moine, mais il leur répondait :

– Mes enfants ! vous ne comprenez pas mes pleurs. Mon âme pleure sur vous, parce que vous ne connaissez pas Dieu, qui a créé toute cette beauté. Mon âme le connaît et je vous souhaite cette connaissance à vous tous, et pour cela je suis dans la peine et je prie Dieu dans les larmes, pour que vous aussi vous connaissiez le Seigneur par l’Esprit Saint.

– Que signifie connaître le Seigneur par l’Esprit Saint ?

– Mes enfants, il n’est pas possible de connaître le Seigneur par l’intelligence. Mais lisez les Saintes Écritures, s’y trouve la grâce, qui vous charmera, et ainsi vous connaîtrez le Seigneur, et avec joie vous oeuvrerez pour lui, jour et nuit. Et lorsque vous connaîtrez le Seigneur, alors s’en ira l’envie de regarder ce monde, tandis que votre âme va tendre à voir la gloire du Seigneur dans les cieux.

– Mais nous les fleurs nous plaisent, et nous aimons nous promener et nous amuser.

– Vous aimez vous promener dans les champs et cueillir des fleurs, vous aimez chanter et écouter le chant des oiseaux, mais il y a au ciel des choses bien plus merveilleuses que cela – le paradis, où demeure le Seigneur avec les anges et les saints. Là bas aussi il y a de la joie, et on y chante des chants, mais autres, meilleurs, et quand l’âme entend ces chants, elle ne peut plus jamais les oublier, et les chants terrestres ne l’attirent désormais plus.

– Mais nous aimons chanter…

– Chantez mes enfants, au Seigneur dans l’Esprit Saint, chantez dans l’humilité et dans l’amour.

– Mais pourquoi tu pleures, nous ne comprenons pas ?

– Je pleure pour vous, mes enfants. Vous regardant, je prends pitié de vous et je demande au Seigneur, qu’il vous garde, que vous connaissiez votre Seigneur et votre Créateur. Je vous regarde et voilà que vous ressemblez au Christ enfant, et je veux que vous ne perdiez pas la grâce divine, et que vous ne deveniez pas, lorsque vous serez grands, semblables à l’ennemi, à cause des mauvaises pensées. Je veux que vous ressembliez toujours au Fils de la Très Pure Mère de Dieu. C’est ce que mon âme vous souhaite. C’est pour cela que je prie. J’ai pitié de tous les enfants sur la terre et pour cela, je pleure pour tous les enfants innocents et les orphelins. Je pleure, mes enfants, sur le monde et je me fais du souci pour tout le peuple de Dieu.

– « Seigneur, envoie ta miséricorde sur les enfants de la terre, que tu aimes, et donne leur de te connaître dans l’Esprit Saint et apprends leur à te glorifier. Dans les larmes je te supplie, entends ma prière et donne leur à tous de connaître ta gloire par l’Esprit Saint. »


– Enfants, aimez Dieu comme l’aiment les anges dans les cieux.

– Nous n’avons jamais vu Dieu, comment pouvons nous l’aimer ?

– Mes petits enfants chéris, pensez à Dieu toujours, pensez qu’il vous aime et qu’il vous a donné la vie pour que vous viviez éternellement avec lui et vous vous délectiez de son amour.

– Comment pouvons nous savoir que Dieu nous aime ?

– C’est aux fruits, mes enfants chéris, que l’on reconnaît l’amour : Lorsque nous sommes dans l’amour de Dieu, alors nous craignons le péché, et notre âme est dans le calme et la joie, et on a envie de se souvenir de Dieu tout le temps, et on a envie de prier et on a dans l’âme de bonnes pensées.

– Comment savoir quelles sont les pensées qui nous habitent et lesquelles d’entre elles sont bonnes ou mauvaises ?

– Pour distinguer les bonnes pensées des mauvaises il faut garder son intelligence pure en Dieu.

– Nous ne comprenons pas comment pouvons nous garder notre intelligence en Dieu, quand nous n’avons pas vu Dieu et que nous ne le connaissons pas. Et que veut dire une intelligence pure ?

– Mes enfants, réfléchissez à ce que Dieu vous voit, alors que vous ne le voyez pas. Ainsi vous vivrez toujours devant le visage du Seigneur. Bien que ce soit un petit amour, mais si vous conservez ma parole, elle vous amènera à un grand amour, et alors, par l’Esprit Saint, vous prendrez conscience de tout ce que je vous raconte aujourd’hui, et que vous ne comprenez pas encore.

Traduction Alexandre Nicolsky.
Extrait du livre de l’archimandrite Sophrony, 
Starets Silouane (en russe, Paris 1952), pp. 198-199.
Ce texte ne figure pas dans la version française du livre 
de l’archimandrite Sophrony, Starets Silouane,
Moine du Mont Athos 1866-1938, Vie – Doctrine – Écrits, 

(Sisteron : éd. Présence, 1973 ; 
ré-édition à paraître aux éditions du Cerf, 2010).

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