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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 07:04
Icône de Saint Séraphim de Sarov Pages Saint Séraphim de Sarov

Icône de la Mère de Dieu de Tendresse

Mère de Dieu de Tendresse
(Moscou, XVe siècle)


 

par Élisabeth Behr-Sigel


LE MOINE EN COMMUNAUTÉ

La vie de Saint Séraphim de Sarov est simple et une. Mais cette simplicité, cette unité recèlent un mystère. On se trouve en présence de plusieurs périodes bien délimitées dont chacune apparaît comme le fruit spirituel de celle qui la précède.

Une première période comprend sa jeunesse depuis sa naissance en 1759 jusqu'à son entrée au monastère de Sarov en 1779. Prokhor, le futur Séraphim, était le fils de marchands pieux de la ville de Koursk, du nom de Mochnine. Rien n'est remarquable en ce garçon doué, gai, qui se mêle volontiers aux enfants de son âge, si ce n'est un certain don de clairvoyance, qui fait de l'au-delà une réalité pour lui toute proche. C'est ainsi que lors d'une maladie il voit la Mère de Dieu qui lui parle et promet de la guérir. Très jeune, il se sent attiré par la vie monastique. Âgé de dix-huit ans, en compagnie de quelques amis qui ont entendu le même appel que lui, il part à pèlerinage à Kiev pour y prier auprès des reliques des saints de la Petcherskaïa Lavra. Il va demander conseil aussi au starets Dosithée qui le dirige vers l'ermitage de Sarov.

Il a vingt ans quand, ayant renoncé à son héritage paternel et fait des dons aux pauvres, il quitte définitivement sa ville natale, muni seulement d'un petit sac, d'un bâton et emportant comme unique trésor la croix de cuivre avec laquelle sa mère l'a béni et qui ne le quittera jamais.

Une sorte de prédestination mystique semble se manifester dans le fait qu'il entre comme novice à Sarov la veille de la fête de la Présentation au Temple de la Mère de Dieu (le 20 novembre 1779).

De 1779 à 1793, il mène la vie de novice, puis d'un moine modèle. Obéissance absolue à son starets, travail corporel comme boulanger, comme menuisier, puis comme sacristain, jeûnes, lecture assidue de la Bible et des écrits mystiques des Pères et surtout prière, tels sont les exercices par lesquels il se prépare à la tonsure monastique. Dès le début, toute mortification corporelle, en dehors du jeûne et de l'abstinence, est écartée. Extérieurement c'est un jeune homme beau et vigoureux, que les jeûnes n'ont pas affaibli et qui accomplit avec adresse les travaux les plus rudes comme les plus délicats. Il est le bûcheron de la communauté et sculpte en même temps des croix de bois de cyprès. À tous ces travaux il unit la prière, invoquant constamment le Nom de Jésus. Il est taciturne et évite les conversations. Dans ses moments de loisir, il se retire dans la forêt pour prier. Cependant il n'est pas sombre mais sait, par une parole ou un simple sourire, encourager ceux qui sont tristes. Cette gaieté n'est nullement l'indice d'un tempérament naturellement optimiste.

La seule tentation grave dont il soit fait mention pour lui est celle de la tristesse, du désespoir. Il la surmonte en persévérant dans la prière et acquiert ainsi la paix. Cette paix ne le quitte pas pendant une maladie dont il souffre pendant trois ans sans jamais se plaindre, sans vouloir appeler de médecin, en s'abandonnant " au seul vrai médecin du corps et de l’âme, Notre Seigneur Jésus Christ et à sa sainte Mère ". C’est de nouveau après une apparition mystérieuse de la Mère de Dieu qu’il est guéri. Celle-ci lui adresse les mêmes paroles qu’il avait entendues déjà pendant sa maladie d’enfance : " Celui-ci est de notre race... " Peu de temps après sa guérison, le jeune moine part comme pèlerin pour quêter des dons en vue de la construction d’une église dans l’enceinte du monastère.

Le 13 août 1786, Prokhor reçoit la tonsure monastique ainsi que le nom de Séraphim - le " flambeau ", le " feu ardent ". Une peu plus tard, il est ordonné diacre, puis hiéromoine (titre donné dans l’Église orthodoxe aux moines, d’ailleurs relativement peu nombreux, qui sont revêtus de la dignité sacerdotale). La dernière partie de cette période de sa vie est marquée par une participation spirituelle intense au mystère liturgique. Au cours d’une Liturgie de vendredi saint il a la vision du Christ " sous les traits du Fils de l’Homme souffrant ".

L’ERMITE DU « LOINTAIN PETIT DÉSERT »

L’année 1794 marque le début d’une phase nouvelle de sa vie. Séraphim obtient la permission de se retirer loin du monastère, dans une petite hutte au fond des bois. Alors commence sa longue période solitaire, son ascension spirituelle vertigineuse dans les sphères dont la plupart des hommes ne soupçonnent guère l’existence, où il doit poursuivre son chemin sans aucune aide humaine, guidé et fortifié seulement par la grâce de Dieu. Cette fuite loin de la société humaine comporte toutefois des étapes.

La première de celles-ci est la vie d’ermite dans une isba (ermitage) à cinq ou six kilomètres du monastère, qu’il nomme " lointain petit désert ". Saint Séraphim n’a pas encore abandonné tous les travaux terrestres. Il cultive un potager et prend soin d’une ruche. Puis il délaissera aussi ces modestes travaux agricoles, tirant sa substance uniquement d’herbes et de baies sauvages. Le dimanche il se rend au monastère pour prendre part à la Liturgie et pour communier. Sa vie pendant cette période rappelle celle de saint Serge de Radonège. La tradition le dépeint nourrissant comme ce dernier un ours sauvage. Mais ce qui est nouveau chez lui et par où il s’apparente à certains saints occidentaux, c’est son effort pour revivre spirituellement la vie terrestre de Jésus. Tout le domaine sylvestre qui entoure son ermitage se transforme pour le prier solitaire en Terre Sainte. Un coin de la forêt devient Nazareth et il y prie la salutation de l’ange à Marie. Dans une caverne, ses yeux spirituels contemplent la naissance du Sauveur. Il aime relire le Sermon sur la Montagne au sommet d’une colline qui domine la contrée. Il a son Mont Thabor, son Gethsémani et son Golgotha où il s’efforce de communier aux souffrances du Christ.

La méditation fervente de l’Évangile, jointe à la prière, l’aident à surmonter les angoisses de la solitude pendant les longues nuits d’hiver, quand la tempête assaille sa hutte et le démon sa âme. Un incident tragique clôt cette première période solitaire. Des bandits assaillent le saint et l’assomment à coups de bâton. Des blessures qu’il reçoit ainsi, il ne se relèvera jamais entièrement. À partir de cette époque, il marchera courbé, en s’appuyant sur un bâton comme un vieillard. Néanmoins, il retourne dans son ermitage après une autre vision de la Mère de Dieu qui l’appelle à des nouvelles luttes spirituelles.

Quand les brigands qui l’ont assailli sont arrêtés, il demande aux autorités de gracier ses persécuteurs, menaçant même de quitter le monastère si on leur infligeait un châtiment. Il leur a pardonné lui-même et cependant il a le sentiment d’être le dernier des pécheurs. On peut deviner seulement la lutte intérieure avec les puissances du mal qui se poursuit dans son âme. Le signe extérieur de cette lutte est le renouvellement par le saint de l’exploit des stylites. Debout sur un rocher, dans la foret, élevant les mains au ciel, il prie pendant mille nuits, répétant sans cesse les paroles du péager : " Seigneur, aie pitié de moi, pécheur " (Luc 18, 13).

Ceci se passe entre 1804 et 1807. Jusque-là Séraphim s’était, pendant la journée, montré aux visiteurs et avait parlé à ceux qui venait lui demander des conseils spirituels. À partir de 1807, il prend sur lui la croix du silence complet. À ses " enfants spirituels " qui s’en affligent il répond : " Il est bon de parler pour Dieu, mais il est mieux encore de se purifier pour lui intérieurement ". Jusqu’en 1810 il demeure dans le silence, ne parlant à personne et prosternant la face contre terre quand il rencontre un passant dans la forêt, jusqu’à ce que celui-ci se soit éloigné. Ce silence est pour lui " la croix sur laquelle l’homme doit se crucifier avec tous ses péchés et toutes ses passions " (Instructions spirituelles38).

LE RECLUS DE SAROV

En 1810, un ordre de l’higoumène (abbé) de Sarov, dû à des intrigues de moines, ordre auquel il se soumet humblement, l’oblige à retourner au couvent. Mais Dieu ne lui permet pas encore de rompre son voeu de silence et il demande à son supérieur la bénédiction pour la vie de zatvor, c’est-à-dire la réclusion dans une cellule étroite où ne pénètre personne et dont il ne sort jamais. Un secret presque absolu plane sur cette phase de son existence. On sait seulement qu’il prie et qu’il lit l’Évangile : chaque semaine, il lit le Nouveau testament en entier. Sa cellule est pauvre et froide. Dans le vestibule se trouve son propre cercueil auprès duquel il médite longuement. Une seule petite lumière brille dans le " coin des icônes " devant l’image de la Mère de Dieu appelée " de Tendresse ". Cependant, une joie mystérieuse imprègne, en ce temps déjà, l’atmosphère spirituelle de saint qui racontera plus tard à son disciple Jean Tikhonovitch les visions merveilleuses qui lui fut alors accordées. Il contemple " la beauté des demeures du paradis et les saints, les prophètes, les martyrs, les apôtres, rayonnant d’une gloire et d’une joie infinie ". Des lors, Séraphim lui-même ressemble, selon les dires de ceux qui l’ont entrevu, à un " ange terrestre ou à un homme céleste ".

À partir de 1815, la rigueur de sa réclusion est un peu atténuée. Il permit d’ouvrir la porte de sa cellule. Mais il ne parle pas encore à ceux qui viennent le voir. En 1820 il commence à donner des conseils et à bénir ses visiteurs. Enfin en 1825, après avoir reçu l’ordre de la Mère de Dieu, il sort de sa cellule pour servir les hommes.

LE STARETS EN PLEIN SOLEIL

Ceci marque le début de la dernière période de sa vie, de ses années de labeur comme " père " et conseiller spirituel de milliers de moines et de laïcs. Mystérieuse et cachée en Dieu jusqu’à là, sa vie apparaît maintenant comme une révélation, du moins partielle, dans la mesure où ses proches étaient capables de la saisir, " de la vie du siècle futur ". Humblement et gaiement il accueille tous les visiteurs, appelant chacun " ma joie ". Des centaines de cierges brûlent maintenant dans sa cellule, devant l’icône de la Mère de Dieu, symbole de toutes les âmes qui se sont confiées à lui et demandent son intercession. À chacun de ceux qui viennent le voir il se donne tout entier, à chacun il sait dire la parole qui lui convient et ne convient qu’à lui seule, à chacun il parvient à faire sentir la réalité du Royaume des Cieux et de la vie surnaturelle.

Un lien tout particulier, mystique, existe entre lui et la communauté des soeurs de Divéyevo que son propre starets mourant lui avait confiée. Il organise la vie des religieuses jusqu’en ses moindres détails, il a avec elles des longs entretiens spirituels et il ira jusqu’à faire don à une jeune moniale de son propre " habit angélique ", le " grand schème " du moine, signe du degré le plus élevé de l’initiation monastique.

Mais en même temps il a des " enfants spirituels " laïcs, vivant dans le monde, pour lesquels il compose une " règle " de prières journalières (Instructions spirituelles, pp. 212-213). Tel est ce Nicolas Motovilov à qui il est donné d’être le témoin oculaire de la transfiguration du saint par la lumière céleste, la " lumière du Saint-Esprit ". Une grâce analogue est accordée à la moniale Eupraxie. Elle voit la Mère de Dieu, entourée de plusieurs saintes, entrer dans la cellule du starets et converser familièrement avec lui.

Le 2 janvier 1833, saint Séraphim est trouvé inanimé dans sa cellule. La bougie tombée de ses mains a allumé les feuillets de l’Évangile et failli provoquer un incendie. Le saint lui-même est mort à genoux devant l’icône de la Vierge de Tendresse.

L’ICÔNE SPIRITUELLE DE SAINT SÉRAPHIM

Lorsque nous analysons l’icône spirituelle de saint Séraphim, nous y découvrons à la fois des traits traditionnels de la sainteté monastique russe et des traits nouveaux. Saint Séraphim appartient à la même lignée que saint Théodose de Petchersk, saint Serge de Radonège et saint Nil Sorskii, lignée qui se rattache elle-même à la tradition monastique antique, en particulier celle de la Palestine se prolongeant dans le mouvement mystique du Sinaï et du Mont Athos. Saint Séraphim s’est approprié cette tradition très consciemment : dès son noviciat, sa lecture préférée, outre l’Évangile, sont la Philocalie et le grand Ménologe (Vie des saints) de Dimitri de Rostov.

Quand il passe mille nuits debout en prière sur un rocher, il rappelle qu’il n’est que l’élève des stylites du Ve et du Vie siècle. En plein XIXe siècle, il met en pratique les préceptes ascétiques des Pères du désert syrien et égyptien. Boulanger pendant son noviciat, il a dû se souvenir de saint Théodose de Petchersk et de saint Cyrille de Bielozersk qui avaient fait le même métier. Ermite dans la forêt, il suit les traces despoustiniki du XIVe siècle, et, comme saint Serge, il apprivoise les animaux sauvages. Sa " règle de prière " est l’antique règle de saint Pacôme l’Égyptien. Mais il est surtout l’élève de Nil Sorskii dans la pratique de " l’action spirituelle ", de la prière du coeur adressée à Jésus.

Nous retrouvons chez lui tous les traits classiques du starets russe : sa douceur, le pardon accordé aux ennemis et surtout la charité infinie pour toutes les souffrances humaines. Ses visions sont aussi apparentées à celles qu’eurent les anciens saints russes : visions de la Mère de Dieu, visions rattachées au mystère de l’Eucharistie, vision de la Lumière céleste. En sa personne s’accomplit la synthèse de la mystique nordique de saint Serge et de la mystique orientale représentée en Russie surtout par saint Nil Sorskii.

Cependant malgré ces attaches nombreuses avec la tradition ancienne russe et grecque, il se dégage de la personne de saint Séraphim une impression très forte de fraîcheur et de nouveauté. Les thèmes antiques du monachisme oriental, il les a revécus avec l’intensité d’un homme qui a entendu un appel personnel de Dieu. Cet appel, ce fut la vocation " d’acquérir le don du Saint-Esprit ". Tel est selon lui " le but de la vie chrétienne " (Entretien avec Motovilov, p. 156), de " toute " vie chrétienne.

Ce lien intime et mystique de saint Séraphim avec la Troisième Hypostase Divine, le Saint-Esprit, confère à sa figure un caractère neuf et prophétique, annonciateur de la joie du siècle à venir. Malgré les longues années d’ascèse et de repentir, la vie de saint Séraphim n’a rien de sombre. Au-dessus d’elle ne plane point l’image d’un Dieu irrité qui exige des mortifications et des larmes pour être apaisé, mais celle de " l’Aimé ", dont l’amour divin réclame de l’homme, à son tour, un divin et parfait amour. Cet amour parfait, Séraphim sait que Dieu seul peut le donner par la grâce du Saint-Esprit. La conviction inébranlable qu’il pouvait, en invoquant avec foi le Seigneur Jésus, recevoir en cette vie même le don du Saint-Esprit, a fait l’unité de l’existence spirituelle du saint.

Au labeur de cette invocation, il s’est livré corps et âme : " Comme le fer au forgeron, ainsi j’ai remis ma volonté entre les mains de Dieu ". Afin d’accomplir l’oeuvre " d’invocation du Nom de l’Aimé " et de purifier son âme dans l’attente de la grâce du Saint-Esprit, il est devenu le jeûner silencieux qui, à l’exemple de la veuve de l’Évangile (Luc 18, 1-8), a importuné Dieu, nuit et jour, par son appel nostalgique : " Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi ". Dans sa fuite loin du monde, il n’avait aucune haine des hommes, " qui portent sur eux le Nom du Christ ", mais seulement le désir de purifier son coeur de toutes les préoccupations terrestres et humaines, afin de préparer en lui-même la place du Saint-Esprit.

La vie " dans le Saint-Esprit ", c’est la vie du siècle à venir, " dont le silence est le sacrement ". Pour avoir part à cette vie, il faut souffrir avec le Christ et le silence est précisément " la croix sur laquelle l’homme se cloue lui-même ". Il est souffrance " soufferte dans la communion de la Croix de Jésus Christ " (Instructions spirituelles, 38). En même temps il donne la possibilité de concentrer toutes les forces de la pensée, du coeur, de la volonté dans le cri, en communion avec l’Église, " invoquant le Saint-Esprit : Notre Dieu, donne-nous la paix ". Et toute âme paisible, c’est-à-dire toute âme qui a su acquérir la paix, " est vivifiée par la Saint-Esprit et grandit en pureté, illuminée par l’unité trinitaire du mystère sacré ". La souffrance n’a été pour saint Séraphim que la condition que doit remplir celui qui veut parvenir à une joie plus grande, surnaturelle. C’est ce qu’il exprime clairement dans les paroles adressées à son disciple Jean Tikhonovitch : " Si tu connaissais la douce paix de l’âme des justes dans le ciel, tu souffrirais volontiers et avec reconnaissance en ce monde des peines, des persécutions et des calomnies. Si cette cellule était remplie de vers noirs et si ces vers rongeaient notre corps pendant toute cette vie, il faudrait l’accepter pour ne pas perdre la joie céleste " (Semeur, mars-avril 1927, pp. 285-286). Dans ce même esprit d’attente du Royaume céleste, comparable à l’espérance eschatologique des premiers chrétiens, saint Séraphim a enseigné le " joyeux mourir ". " Pour nous, mourir sera une joie ", dit-il à une religieuse, en l’exhortant à sacrifier sa vie pour son frère.

L’attente joyeuse et confiante du siècle à venir est fortifiée chez saint Séraphim par la conviction qu’ici-bas déjà, et dans ce siècle, la vie du chrétien peut être une vie dans le Saint-Esprit. Plus encore que par ses paroles, saint Séraphim a manifesté par sa vie elle-même la présence, en ce monde, du Saint-Esprit. Il était devenu une flamme vivante, une lumière brûlante, un porteur de l’Esprit de Dieu sur terre, est-il dit dans les Annales de Divéveyo. Et lui-même a exprimé le secret de son rayonnement spirituel quand il disait : " Dieu est un feu qui réchauffe et enflamme notre coeur et nos entrailles de l’amour parfait, non seulement pour lui, mais aussi pour le prochain " (Instructions spirituelles, p. 193).

Les signes de la présence du Saint-Esprit en saint Séraphim furent, selon ses biographes, la joie et la paix surnaturelles qu’il répandait autour de lui. " Joyeux et lumineux comme celui d’un ange ", c’est ainsi qu’on dépeint le visage du starets. Et lui-même a dit que le signe de l’action de la grâce est " une vie ordonnée en paix " (Instructions spirituelles24) et une " intelligence joyeuse, d’une joie d’ange " (Ibidem), car " Dieu crée de la joie dans tout ce qu’il touche " (cf. Entretien avec Motovilov, p. 178). Il appelait chacun de ceux qui venaient à lui " ma joie " et il les saluait par la joyeuse salutation de Pâques : " Christ est ressuscité ".

Cette joie, il ne se contentait pas de la proclamer, mais il la déversait dans le coeur de ses interlocuteurs : " L’état d’âme du starets semblait couler dans l’âme des affligés et ils s’en retournaient ranimés par sa joie. Chacun de ceux qui venaient à lui était touché par le feu divin qui était en lui et l’humain commençait à s’embraser " (Annales de Divéyevo). La source profonde de cette action spirituelle était un amour sans bornes pour les humains, qui, avec la paix et la joie, lui apparaissait comme le don essentiel du Saint-Esprit. Il a exprimé la nature de sa propre tendresse pour ses enfants spirituels par l’exhortation adressée à un higoumène d’être pour les siens " non seulement comme un père, mais comme une mère ". D’autre signes, plus mystérieux, de la présence du Saint-Esprit dans la vie de saint Séraphim sont ses visions, son commerce familier avec la Mère de Dieu et les saints, son don de guérir, sa science surnaturelle des âmes humaines. Tout ceci est ramené par lui expressément au don du Saint-Esprit. La connaissance qu’a le saint du passé et l’avenir, des pensées secrètes de ses interlocuteurs, n’est pas le fruit d’un effort de la raison, d’une réflexion laborieuse. C’est un savoir intuitif, le " gai savoir " dans le Saint-Esprit. Saint Séraphim lui-même l’explique ainsi : " La première pensée qui s’élève en mon âme, je la considère comme un message de Dieu et je l’exprime sans savoir ce qui se passe dans l’âme de celui qui vient à moi ".

De toutes les grâces accordées au saint, la plus étonnante, pour nos esprits obscurcis par le péché, fut sans doute sa transfiguration corporelle par la Lumière du Saint-Esprit à laquelle il fut donné à Nicolai Motovilov de participer (voir l’Entretien avec Motovilov, pp. 176-181). Faisant entrevoir hic et nunc la transfiguration de l’homme et de la nature tout entière par le don du Saint-Esprit, la sainteté de saint Séraphim nous communique la sensation de la proximité du Royaume de Dieu : elle annonce la résurrection des morts et la vie du siècle à venir.

Extrait du livre d'Élisabeth Behr-Sigel,
Prière et sainteté dans l’Église russe,
Éditions Abbaye de Bellefontaine, 1982.
Les intertitres ont été ajoutés par
les Pages Orthodoxes La Transfiguration.


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