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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 01:13

 

AVERTISSEMENT ET ANALYSE.

 

Cette homélie a été également retrouvée par EricBenzel dans les manuscrits anglais et publiée par lui à Upsal, elle ressemble en grande partie à la précédente. En effet, quoiqu'elle traite comme l'indique le titre, de Melchisédech, il y en a une bonne part contre les Anoméens. Mais il discute aussi contre les Melchisédécites, qui disaient Melchisédech plus grand que le Fils ; d'autres croyaient qu'il était le Saint-Esprit. Il ne faudrait pas prendre ce discours pour l'homélie sur Melchisédech, dont parle Chrysostome dans son homélie sur le psaume 41. Celle dont il est question en ce passage est la septième contre les Juifs.

Nous n'avons pu trouver de renseignements sur l'époque où fut prononcée cette homélie; elle ne renferme rien qui l'indique. On ne sait pas davantage si ce fut à Antioche ou à Constantinople : nous pencherions pour Antioche, parce que c'est là qu'il a livré le plus d'assauts aux Anoméens.

 

1. Trouble causé par l'inexpérience, et sur mer, et dans les orages des passions, et de même dans la lecture des Livres saints - Leur difficulté attestée par saint Paul ; nécessité de les expliquer longuement.

2. Contre les Anoméens : le Christ n'a ni père, ni mère, ni généalogie, c'est-à-dire que ses deux naissances terrestre et céleste, et par suite sa double nature sont insondables.

3. Contre les Melchisédécites : Melchisédech n'est pas plus grand que te Christ, puisqu'il est dit que tout genou fléchira devant le Christ; il n'est pas le Saint-Esprit, parce que l'incarnation du Christ eût été inutile, si le Saint-Esprit s'était déjà fait homme il est dit sans généalogie, parce qu'il est l'image du Christ ; et le Christ appelé pontife selon l'ordre de Melchisédech, parce que Melchisédech honorait Dieu par le pain et le vin, à l'imitation du Christ qui devait venir plus tard.

 

 

1. Je veux vous faire asseoir aujourd'hui à la table des apôtres; je me dispose à diriger ma course sur une vaste mer, sur la doctrine de l'apôtre Paul. Mais que m'adviendra-t-il ? Je crains, je redoute que, sortis du port et lancés sur l'abîme des paroles apostoliques, nous ne soyons pris de vertige, comme il arrive aux navigateurs novices. Quand ils ont quitté la terre, et que des deux côtés du vaisseau ils ne voient que la mer, et rien autre chose que les flots et le ciel, le vertige s'empare d'eux, et ils s'imaginent que leur vaisseau tournoie avec la mer. Or ce n'est pas de la mer, mais de l'inexpérience des navigateurs que viennent ces étourdissements. D'autres en effet se plongent tout nus dans ses eaux, et n'éprouvent rien de tel: mais descendus dans ses profondeurs, ils y sont plus à l'aise que ceux qui sont établis sur la terre ferme, et, la bouche, les yeux, tout le corps exposé à l'eau salée, ils ne souffrent pas : tant l'inexpérience est un grand et étrange mal ! tant l'expérience est un grand bien ! Celle-ci enseigne à mépriser même ce qui est redoutable; celle-là dispose à soupçonner et à craindre , même ce qui est inoffensif. Les uns en effet, sur le haut du pont, ont le vertige à la vue seule des flots: les autres, au milieu des eaux, ne se troublent pas. Ainsi arrive-t-il de notre esprit. Souvent il est envahi par les flots des passions, plus terribles que les flots de la mer, et qui, comme une tempête, bouleversent notre âme sous le souffle dés désirs coupables, en jetant le désordre dans toutes nos pensées. L'homme inexpérimenté, ignorant, aux premiers orages de la passion, se trouble, se frappe, se tourmente. Il voit son âme envahie par les flots faire naufrage ! Mais l'homme instruit et prévenu par l'expérience, supporte ces assauts le front haut: comme le pilote au gouvernail, il maintient son esprit ferme (484) au-dessus des passions, et ne cesse de faire effort, jusqu'à ce qu'il ait rendu sa barque au port tranquille de la sagesse.

Ce qui arrive sur mer et dans la conduite de nos pensées, doit se rencontrer aussi dans l'explication de l'Ecriture : le trouble, la crainte peuvent nous saisir, quand nous arrivons en pleine mer, non que la mer soit dangereuse, mais parce que nous sommes des navigateurs inexpérimentés. Un discours facile à comprendre par lui-même , peut devenir difficile par suite de l'inexpérience des auditeurs, et je vais en tirer de saint Paul un exemple. Après avoir dit que le Christ a été pontife selon l'ordre de Melchisédech, alors qu'il recherche ce qu'est Melchisédech, il ajoute . « Nous avons sur lui à dire des choses nombreuses et difficiles à expliquer. » (Héb. V, 11. ) Que veux-tu dire, ô saint Paul? Difficile à expliquer pour toi, qui es doué de la sagesse d'en-haut ? pour toi, qui as entendu les mystères? pour toi, qui as été ravi au troisième ciel? Si tu ne peux les expliquer, qui les comprendra ? — Difficiles à expliquer, dit-il, non à cause de ma propre faiblesse, mais à cause de l'ignorance de ceux qui m'écoutent. Car, après avoir dit, « difficiles à expliquer, » il ajoute, « parce que vous avez l'esprit lent à m'entendre. »

Voyez-vous que ce n'est pas la nature de saparole, mais bien l'ignorance des auditeurs, qui rend cette parole difficile à comprendre quand elle ne l'est pas par elle-même? La même cause la rend encore longue, bien que par elle-même elle soit courte. Aussi ne se borne-t-il pas à dire « des choses difficiles à expliquer; » il dit encore « des choses nombreuses, » imputant à la fois et la longueur et la difficulté à l'esprit lourd de ceux qui l'écoutent. De même, en effet, qu'il ne faut pas servir aux malades une table sans variété et sans apprêt, mais leur présenter des mets de toute sorte, afin que s'ils ne veulent pas de l'un, ils prennent d'un autre (1), s'ils refusent celui-ci ils acceptent celui-là; s'ils en repolissent un, ils portent la main sur un autre, afin que la variété triomphe de leur peu d'appétit, et que la diversité des plats finisse par vaincre leur dégoût; ainsi faut-il faire souvent pour notre esprit, quand nous sommes faibles, il faut alors nous offrir des discours abondants, pleins de comparaisons et d'exemples variés, de démonstrations et de périodes, de mille choses, enfin, parmi lesquelles nous

 

1 Le texte parait avoir été altéré par des répétitions.

 

pourrons facilement choisir ce qui nous est utile. Quelque long et difficile à expliquer que dût être son discours, Paul n'a pas renoncé à enseigner à ses disciples ce qu'était Melchisédech ; en disant « long et difficile à expliquer,» il a éveillé leur attention, il les a empêchés d'écouter avec indifférence; mais il ne leur présente pas moins la table chargée, et il donne satisfaction à leur désir.

2. Faisons donc de même. Quoique nous ne puissions mesurer l'immense étendue, ni atteindre aux dernières profondeurs de la pensée de l'Apôtre, risquons-nous sur les flots, nous assurant, non dans notre force, mais dans la grâce qui nous est donnée d'en-haut; risquons-nous sur les flots, non par confiance en nous-même, mais pour votre salut, et imitons en cela saint Paul. Car il n'a pas privé ses frères de ses instructions sur Melchisédech; écoutez plutôt la suite. Après avoir dit: «nous aurons sur lui à dire des choses nombreuses et difficiles à expliquer,» il ajoute : « Car ce Melchisédech, roi de justice est aussi roi de Salem, c'est-à-dire roi de paix, qui n'a ni père, ni mère, ni généalogie, ni commencement, ni fin, est l'image du Fils de Dieu, et demeure pontife à jamais. » (Héb. VII, 1-4.) Vos oreilles n'ont-elles pas été blessées de l'entendre dire d'un homme « qu'il n'a ni père, ni mère, ni généalogie? » Et que dis-je, d'un homme? Quand ce serait du Fils, ne soulèverait-il pas encore une grave question? Car s'il n'a pas de Père, comment est-il le Fils? S'il n'a pas de mère, comment est-il le Fils unique? Il faut bien qu'un fils ait un père, ou bien il ne serait pas fils. Mais le Fils de Dieu n'a ni père, ni mère; pas de père, par sa naissance terrestre; pas de mère, par sa naissance céleste. Non, sur terre il n'a pas de père, et dans les cieux il n'a pas de mère. « Il n'a pas de généalogie. » Que ceux qui examinent curieusement sa substance l'entendent ! Il en est pourtant qui admettent que ces mots. « Il n'a pas de généalogie, » s'appliquent à sa naissance céleste.

Certains hérétiques ne le veulent même pas: car ils recherchent et scrutent indiscrètement cette naissance : les plus modérés cependant cèdent sur ce point, et prétendent que ce mot: «Il n'a pas de généalogie,» est dit de sa naissance terrestre. Montrons donc que Paul l'a dit du l'une et de l'autre, et de la céleste et de la terrestre. Car l'une est d'une majesté accablante, et l'autre est un mystère insondable. Aussi Isaïe (485) dit-il : « Qui racontera sa naissance?» (Isaïe, LIII, 8. ) Vous m'objectez qu'il ne parle que de sa naissance céleste? Mais Paul, qui, après avoir parlé des deux naissances, ajoute : « Il n'a pas de généalogie?... » C'est pour que vous croyiez qu'il n'en a ni selon cette première naissance , dans laquelle il n'a pas de mère; ni selon sa naissance terrestre, dans laquelle il n'a pas de père; qu'après les avoir rappelées toutes les deux, il a dit : « Il n'a pas de généalogie. » Et en effet, si sa naissance ici-bas est incompréhensible, oserions-nous seulement lever les yeux sur sa naissance de là-haut? Si le vestibule du temple est aussi redoutable, aussi inaccessible, qui entreprendra de pénétrer dans le sanctuaire? Il a été engendré parle Père, je le sais. Mais comment? je l'ignore. Il a été enfanté par la Vierge, je le sais. Mais comment? je ne le comprends pas davantage. Sa double naissance est un fait reconnu, mais la manière dont elles se sont opérées l'une et l'autre est un mystère. Sans doute je ne sais pas comment il est né de la Vierge, mais je n'en reconnais pas moins qu'il est né d'elle, et ne me fais pas une arme de ce que j'ignore; pour supprimer le fait, agissez de même à l'égard du Père. Vous ne savez pas comment Jésus est né du Père, reconnaissez cependant qu'il est né de lui. Et si les hérétiques vous disent : « Comment le Fils est-il né du Père? abaissez leur orgueil vers cette terre, et dites-leur : Descendez des cieux et expliquez-nous comment il est né de la Vierge et puis vous pourrez regarder plus haut. Retenez-les, enfermez-les, ne leur permettez pas de reculer et de faire retraite dans le labyrinthe des raisonnements; retenez-les, serrés, non pas sous votre main, mais sous votre parole; ne leur donnez pas le loisir d'échapper par où ils voudront. Car, s'ils nous embarrassent dans les discussions, c'est que nous les suivons sur leur terrain, au lieu de les amener au pied des lois des saintes Ecritures. Tenez-les assiégés de toutes parts par les témoignages de l'Ecriture, et ils ne pourront pas même ouvrir la bouche. Dites-leur : Comment est-il né de la Vierge? Je ne vous lâche pas, je ne recule pas. Ils ne sauraient vous le dire, quand ils l'essayeraient mille fois ! Lorsque Dieu nous cache un secret, qui le découvrira? La foi seule peut alors nous instruire. Si vous ne pouvez comprendre et que vous cherchiez à raisonner, je vous dirai comme le Christ à Nicodème : « Je vous ai parlé des choses terrestres et vous ne me croyez pas ; comment me croirez-vous, si je vous parle des choses célestes? » (Jean, III, 12.) Je vous ai parlé de l'enfantement d'une Vierge, et vous ne savez que dire, et vous n'osez ouvrir ta bouche, et voilà que vous avez la curiosité de rechercher la naissance du Christ dans les cieux? Et encore s'il ne s'agissait que des cieux ! Mais c'est le Maître même des cieux que vous prétendez pénétrer ! — « Je vous ai parlé des choses terrestres et vous ne me croyez pas. » Il ne dit pas, vous n'êtes pas persuadés, mais « vous ne me croyez pas, » me montrant par là que si les choses terrestres mêmes exigent la foi, à plus forte raison les choses célestes l'exigeront-elles. Et pourtant il parlait alors à Nicodème d'un genre de naissance bien inférieur : c'était du baptême et de la régénération spirituelle; et il est bien évident que ce sont choses intelligibles pour la foi seule. Et s'il les appelait terrestres, ce n'est pas qu'elles le soient vraiment, mais c'est qu'elles se consomment sur la terre, et qu'en comparaison de cette divine naissance, de cette; naissance inénarrable et au-dessus de toute intelligence, elles sont véritablement terrestres. Si donc notre régénération par les eaux du baptême ne peut être comprise, mais que la foi seule la puisse entendre, sans avoir à rechercher comment elle s'opère , quelle folie ne serait-ce pas que de mettre en oeuvre les raisonnements humains pour découvrir la naissance céleste du Fils unique et de vouloir s'en rendre compte? — Non, le Fils de Dieu n'a ni père, ni mère, ni généalogie: nous avons bien démontré comment.

3. Mais puisqu'il en est beaucoup qui , ne comprenant pas ce qui est écrit de Melchisédech, l'ont proclamé plus grand que le Christ, puisqu'ils ont suscité une hérésie, sous le nom de Melchisédécites , et qu'ils disputent avec nous, prétendant montrer qu'il est plus grand que le Christ, et s'appuyant sur ces mots : « Tu es pontife à jamais selon l'ordre de Melchisédech (Ps. CIX, 4) , » il faut leur répondre. Voici leur raisonnement: Comment ne serait-il pas plus grand que le Christ, quand le Christ est pontife à son image et selon son ordre ? Mais nous , nous disons qu'il est un homme de notre espèce, si loin d'être plus grand que le Christ, qu'il n'est pas même plus grand que Jean-Baptiste : car, « il n'en a pas paru un seul plus grand que Jean-Baptiste , » (486) a dit le Christ, a parmi ceux qui sont nés d'une « femme. » (Matth. II, 11.)

D'autres tombent dans une autre erreur et déclarent que Melchisédech est le Saint-Esprit; nous le nions également. Quel besoin y aurait-il eu pour le Verbe de Dieu de se faire homme si l'Esprit-Saint s'était déjà incarné? — Mais puisqu'il n'est pas plus grand que le Christ, puisqu'il n'est pas non plus le Saint-Esprit, qu'ils nous disent donc le lieu où ils le placent? Est-ce au ciel , ou sur la terre? ou dans les régions situées sous la terre ? Que ce soit au ciel ou ailleurs, nous allons leur faire entendre qu'il fléchit le genou devant le Christ incarné dans le sein de Marie, mère de Dieu. Car l'Apôtre dit: « Tout genou fléchira devant lui, » et la suite. (Phil. II, 10.) Si donc tout genou fléchit devant le Christ, Melchisédech doit être moins grand que lui: car il adore le Christ, et le Christ est adoré. Si ces malheureux hérétiques regardent ce qui suit, où il est dit, « Est l'image du Fils de Dieu (Héb. VII, 3) , » il leur faudra bien comprendre que Melchisédech a été fait comme nous à l'image et à la ressemblance de Dieu.

Les Juifs disent qu'il était né de la fornication, et que c'est pour cela qu'il est dit sans généalogie; nous leur répondrons aussi qu'ils se trompent. Salomon, né de la femme adultère d'Urie, a une généalogie. Mais comme Melchisédech était la figure du Seigneur, et qu'il représentait une image du Christ, de même que Jonas, l'Écriture a passé son père sous silence , afin de nous faire voir en lui , comme en une image fidèle, le Christ qui n'a . vraiment ni père, ni généalogie. — Mais cesMelchisédécites nous font encore cette objection : Que signifie donc ce que le Père dit au Christ: « Tu es pontife à jamais selon l'ordre « de Melchisédech ? v (Ps. ciz, 4.) Nous leur répondons que Melchisédech a été un homme juste , et véritablement l'image du Christ, mu par l'esprit prophétique, comprenant le sacrifice qui. devait être offert pour les nations; il a honoré Dieu avec le pain et le vin , à l'imitation du Christ qui devait venir. Et comme la synagogue juive, selon l'ordre d'Aaron, offrait en sacrifice à Dieu, non du pain et du vin , mais des génisses et des agneaux, et honorait Dieu avec des victimes sanglantes, Dieu parlant à Celui qui doit naître de la vierge Marie, à Jésus-Christ, à son propre Fils, proclame ceci: « Tu es pontife à jamais selon l'ordre de Melchisédech ; » Non pas selon l'ordre d'Aaron, qui adore Dieu avec des génisses et des agneaux; mais: « Tu es pontife à jamais selon l'ordre de Melchisédech » présentant à jamais, par le pain et le vin l'offrande des fidèles. Par lui gloire sait à Dieu et à l'Esprit-Saint, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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