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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 00:02
HOMÉLIES SUR CE TEXTE PARCE QUE NOUS AVONS UN MÊME ESPRIT DE FOI.

Contre les Manichéens et tous ceux qui calomnient l'Ancien Testament

et le séparent du Nouveau,

et sur l'aumône.

 

1° Résumé de la dernière homélie.

2° L'antienne loi et la nouvelle sont du même législateur, du même Dieu.

3° ces deux lois sont différentes, mais non pas opposées.

4° Jérémie montre clairement qu'il n'y a qu'un Dieu pour l'Ancien et le Nouveau Testament. Contre les Juifs et les sectateurs de Samosate, son témoignage est décisif.

5° Abraham eut deux fils, un de la servante, l'autre de la femme libre. C'est une allégorie, ce texte, admis par les Manichéens, les condamne.

6° Les deux épouses d'Abraham figurent les deux testaments. Elles n'ont qu'un époux; donc aussi les deux testaments n'ont qu'un même Dieu.

7° -10° Exhortation à la pratique de l'aumône.

 

1. Je vous dois depuis longtemps l'explication des paroles de l'Apôtre. Peut-être mon retard vous a-t-il fait oublier cette dette , mais je n'ai pas oublié mon affection pour vous, car tel est l'amour : il veille et s'inquiète. Et non-seulement ceux qui aiment portent partout dans leur coeur ceux qu'ils aiment, mais ils se souviennent de leurs promesses plus que ceux qui en doivent recevoir l'accomplissement. Ainsi une tendre mère conserve les débris d'un festin pour ses. enfants; ils oublient peut-être, mais elle s'en souvient, leur sert ces reliefs qu'elle a gardés avec soin, et rassasie leur faim. Que si les mères ont pour leurs enfants pareille tendresse , nous devons vous prouver notre amour par une sollicitude plus soigneuse encore et plus attentive, car la parenté spirituelle est plus forte que la parenté selon la chair; Quel est donc le festin dont nous vous avons conservé les restes ? C'est la; parole de l'Apôtre, qui nous a déjà fourni la nourriture spirituelle en abondance, et dont nous avons déposé une partie dans vos âmes en réservant l'autre pour aujourd'hui, afin de ne pas fatiguer votre mémoire par. de trop longs discours. Quelle est cette parole? Parce que nous avons le même esprit de foi, selon qu'il est écrit : J'ai cru c'est pourquoi j'ai parlé; et nous aussi nous croyons, et c'est pourquoi nous parlons. (II Cor. IV, 43.) De quelle foi est-il question ? De celle qui opère les miracles, et dont le Christ a dit : Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi, et elle se transporterait ? (Matth. XVII, 19.) ou de celle qui nous donne la connaissance et qui fait de nous des fidèles. Pourquoi? l'Apôtre a-t-il dit l'Esprit de foi et ce qu'est cette foi ? Ce sont toutes choses que je vous ai expliquées selon mes forces, en vous parlant de l'aumône en même temps. J'avais encore à chercher le sens de ce mot : le même Esprit de foi, mais la longueur de mon discours me défendait d'examiner à fond cette parole; c'est pourquoi je la réservai pour ce jour, et je suis venu payer ma dette. Pourquoi donc l'Apôtre a-t-il dit : le même Esprit de foi? C'est pour montrer l'intime-union de l'Ancien Testament et du Nouveau. Il nous remet en mémoire une prophétie, en disant : Parce que nous avons le même esprit de foi, et en ajoutant : Selon qu'il est écrit . J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé. (Ps. CXV, 10.) Cette parole, David l'avait autrefois prononcée; Paul la répète aujourd'hui pour montrer que c'est par la même grâce du (231) Saint-Esprit que la foi s'est solidement établie, et dans l'âme du prophète, et dans les nôtres. C'est comme s'il disait : C'est le même esprit de foi qui a parlé en lui et agi en nous.

2. Où sont maintenant ceux qui calomnient l'Ancien Testament, qui déchirent le corps des Ecritures et attribuent à deux dieux différents l'Ancien Testament et le Nouveau? Qu'ils entendent comme Paul ferme leurs bouches impies, met un frein à leurs langues qui s'attaquent à Dieu, et montre par cette seule parole que le même Esprit règne dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau. Car ce seul nom de Testament nous donne l'idée d'une entière harmonie. On appelle l'un Nouveau, pour le distinguer de l'Ancien ; et l'autre Ancien, pour le distinguer du Nouveau, comme Paul le dit lui-même : En disant le Nouveau Testament, il a marqué l'ancienneté du premier. (Hébr. VIII, 13.) Or, s'ils ne venaient tous deux du mêmeMaître , on ne pourrait appeler l'un Nouveau, l'autre Ancien. Cette différence de noms elle-même marque leur parenté, et la différence qui sépare l'un de l'autre n'est pas dans leur essence, mais dans le temps où ils ont paru; ce n'est qu'en cela que le Nouveau Testament est opposé à l'Ancien. Au reste cette différence des temps n'implique nul changement de Maître, nulle diminution de pouvoir. C'est ce que le Christ a lui-même fait entendre en disant : C'est pourquoi je vous le dis : Tout docteur instruit de ce qui regarde le royaume des cieux est semblable  un père de famille qui tire de son trésor des choses nouvelles ét des choses anciennes. (Matth. XIII, 52.) Vous voyez des biens différents aux mains du même maître: S'il se peut qu'un même maître dispense des biens nouveaux et des biens anciens, rien n'empêche que l'Ancien Testament et le Nouveau soient du même Dieu. Cela même indique l'abondance de ses trésors qu'il fait paraître quand il dispense, non-seulement des biens nouveaux , mais encore des biens depuis longtemps amassés.

Il n'y a dans les deux Testaments que des différences de nom ; du reste, nulle opposition, nulle contradiction. Car l'ancien devient ancien par le nouveau : or, ce n'est point là une opposition, une contradiction, mais une simple différence de nom. Mais j'irai plus loin. Les lois du Nouveau Testament et celles de l'Ancien seraient-elles différentes, j'affirmerais résolument qu'il n'y aurait nulle nécessité de les attribuer à deux dieux différents. Si dans ce même temps, pour les mêmes hommes, ayant les mêmes soins et les mêmes devoirs, Dieu avait fait des lois contradictoires, ce sophisme aurait peut-être une ombre de raison. Mais si ces deux Testaments ont été écrits pour des hommes différents, vivant dans des temps divers, et dans des circonstances diverses, la différence des lois implique-t-elle deux législateurs? Pour moi, je rie le vois pas; que nos adversaires parlent s'ils le peuvent, mais que pourraient-ils dire? Le médecin emploie souvent des remèdes contraires, sa science cependant n'est pas contradictoire : elle est une et constante. En effet, il brûle ou ne brûle pas, incise ou n'incise pas le même corps; tantôt il prescrit des breuvages amers, tantôt des breuvages doux: ces traitements sont opposés, la science qui les dicte est une et constante, elle n'a qu'un but unique, la santé du malade. N'est-il pas absurde de ne point blâmer un médecin qui emploie des remèdes contraires sur le même corps, et de condamner Dieu pour avoir donné à des hommes différents, et qui vivaient dans des temps différents, des lois différentes?

3. Ainsi , les lois seraient-elles contraires, il ne faudrait point accuser Dieu: je viens de le prouver. Mais elles ne sont point contraires, elles sont seulement différentes ; faisons-les comparaître devant nous. Ecoutez, dit Jésus, ce qui a été dit aux anciens: Vous ne tuerez pas. Voilà l'ancienne loi ; voyons la nouvelle : Et moi je vous dis : quiconque s'irritera sanas motif c6ntre son frère méritera d'être condamné au feu de l'enfer. (Matth. V, 21, 22.) Sont-ce là; dites-moi, des lois contraires. Est-il un homme, si peu de raison qu'il ait, qui le puisse prétendre? Si l'ancienne loi défendait le meurtre, et si la nouvelle le commandait, on pourrait dire qu'elles sont opposées. Mais quand l'une ordonne de ne point tuer, et que l'autre prescrit de ne pas même s'irriter, c'est une défense plus sévère, et non une défense contraire. L'une retranchait l'effet du mal, le meurtre; l'autre en arrache, la racine en proscrivant la colère; la première arrêtait le cours du vice, l'autre en dessèche la source même, car la racine et la source du crime sont dans la colère et le ressentiment. L'ancienne loi nous a préparés à recevoir la nouvelle, et la nouvelle a complété l'ancienne: Où est la contradiction? l'une retranche l'effet du mal, l'autre le (232) principe. L'une veut que nos mains soient pures de sang, l'autre ferme aux desseins pervers l'accès de nos âmes. Ces lois sont donc en harmonie, et non en opposition, comme s'efforcent à tout propos de l'établir les ennemis de la vérité, qui ne voient pas qu'ils jettent sur ce Dieu du Nouveau Testament la plus grave accusation de négligence et d'incurie. Car il serait convaincu (que ce blasphème retombe sur la tête de ceux qui me forcent de le proférer), et d'avoir mal réglé ce qui nous touche. Je vais dire comment: L'enseignement élémentaire de l'Ancien Testament est semblable au lait; la philosophie du Nouveau est une nourriture solide. Donnerait-on à l'enfant, avant le lait, de la nourriture solide ? C'est là ce qu'aurait fait ce Dieu du Nouveau Testament, s'il n'avait commencé par donner l'Ancien. Avant de nous donner le lait, avant d'instruire notre enfance dans la loi, il nous aurait donné une nourriture solide. Et ce n'est point la seule accusation qu'on fasse peser sur lui, il en est une plus grave. Il serait coupable de n'avoir songé à notre génération qu'au bout de cinq mille ans. Si ce n'est point le même Dieu qui par ses prophètes, ses patriarches et ses justes, a pris soin de nous, si c'est un autre Dieu, sa Providence a été bien lente et bien tardive; on dirait que le repentir l'a porté a se souvenir de nous. Or, il serait indigne non-seulement d'un Dieu, mais du dernier des hommes, de laisser tant de temps périr tant d'âmes et de songer au bout des siècles à s'occuper du petit nombre qui survit:

4. Voyez-vous les blasphèmes sans nombre de ces hommes qui assignent à deux dieux différents l'Ancien Testament et le Nouveau ? Tous ces blasphèmes s'évanouissent, si nous accordons que les deux Testaments émanent du même Dieu. On verra alors que sa Providence a toujours disposé selon la sagesse les affaires des hommes, d'abord par la loi, aujourd'hui par la grâce, et que ce n'est pas depuis peu ni tout récemment, mais depuis le premier jour du monde, qu'il a pris soin de nous. Mais pour mieux fermer la bouche aux impies, appelons en témoignage les paroles mêmes des prophètes et des apôtres dont la voix proclame hautement que le législateur du Nouveau Testament est le même que celui de l'Ancien. Appelons Jérémie, le prophète sanctifié dès le sein de sa mère, qu'il nous montre clairement qu'il n'y a qu'un Dieu dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau. Que dit-il? Que proclame-t-il du chef-même du législateur? Je vous donnerai un Testament Nouveau, autre que celui que je donnai à nos pères. (Jérém. XXXI, 31.) Ainsi, le Dieu qui donne le Nouveau Testament est le même Dieu qui avait jadis donné l'Ancien. Cela ferme aussi la bouche aux sectateurs de Paul de Samosate, qui nient l'existence du Fils je Dieu avant les siècles. Car s'il n'était pas avant l'enfantement de Marie, s'il n'existait pas avant de se revêtir de la chair et de paraître à nos yeux, comment aurait-il. pu porter une loi sans exister? Comment aurait-il dit : Je vous donnerai un Testament Nouveau, autre que celui que je donnai à vos pères ? Comment avait-il pu donner un Testament à leurs pères, puisqu'il n'existait pas, à ce que prétendent ces hérétiques? Contre les Juifs et contre les sectateurs de Paul qui sont attaqués du même mal, le témoignage du prophète suffit. Mais pour fermer aussi la bouche aux Manichéens, prenons des témoignages dans le Nouveau Testament, puisque l'Ancien ne compte point à leurs yeux, sans toutefois qu'ils fassent plus d'honneur au Nouveau; car, tout en paraissant lui rendre hommage, ils l'insultent aussi bien que l'Ancien: Premièrement, quand ils l'en séparent, ils ébranlent par cela seul son autorité. Car la vérité s'éclaire de la lumière des prophéties qui l'ont précédée, et à laquelle ces hommes ferment leurs yeux, sans comprendre qu'ils font plus d'injure aux apôtres qu'aux prophètes eux-mêmes. Voilà donc la première injure qu'ils font au Nouveau Testament. La seconde, c'est, qu'ils en retranchent une grande partie. Mais telle est la force des choses qui y sont contenues, que ce qu'il en reste suffira à mettre au jour leur malice. Car ces membres mutilés crient, redemandent et réclament sans cesse d'être réunis aux membres dont ils ont été violemment séparés et avec lesquels ils composaient un tout harmonique; un corps vivant.

5. Comment donc montrerons-nous que le législateur est le même dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau? Par les paroles mêmes des apôtres que nos adversaires admettent, et qui paraissent au premier regard accuser l'Ancien Testament, mais qui le défendent au contraire, et prouvent qu'il contient une révélation divine et venue d'en-haut. C'est la sagesse du Saint-Esprit qui a voulu que, se trompant aux apparences, ceux qui calomniaient la loi admissent malgré eux et sans s'en douter la défense même de la loi (233) afin que s'ils voulaient voir la vérité, ils eussent des paroles où ils se pussent attacher, et que, s'ils persistaient dans leur incrédulité, ils n'eussent aucun espoir de grâce, ne croyant pas, pour leur malheur, aux choses mêmes auxquelles ils paraissent croire. En quel endroit donc le Nouveau Testament témoigne-t-il que l'auteur de ses lois est aussi le législateur de l'Ancien Testament? En bien des passages. Mais nous ne voulons en citer qu'un que les Manichéens ont conservé. Quel est-il.? Dites-moi, vous qui voulez être sous. la loi, n'avez-vous point lu la loi ? Car il est écrit qu'Abraham eut deux fils, l'un de la servante, l'autre de la femme libre. (Gal. IV, 21-22.) A ces mots, l'un de la servante, les hérétiques d'accourir, et, comptant que ces paroles renferment une accusation contre la loi, ils retranchent le reste, ils en font un appui à leur calomnie. Montrons par ce passage même qu'il n'y a qu'un législateur : Abraham eut deux fils, l'un de la servante, l'autre de la femme libre. C'est, dit l'Apôtre, une allégorie. (Ibid.24.)Comment est-ce une allégorie? Ce qui est arrivé au temps de la loi est la figure de ce qui arrive au temps de la grâce. De même qu'il y a deux épouses, de même il y a deux Testaments. Mais la parenté de l'Ancien Testament et du Nouveau apparaît d'abord en ce que l'un est la figure de l'autre. Car la figure n'est pas l'opposé de la vérité: elle est de même nature. Or, si le Dieu de l'Ancien Testament n'était point le Dieu du Nouveau, il n'aurait point, dans la figure des deux femmes, proclamé l'excellence. du Nouveau Testament; et en admettant qu'il l'eût figurée, Paul n'aurait eu garde d'user de la figure. Et si l'on dit qu'il l'a fait pour condescendre à-la faiblesse des Juifs, il devait donc aussi, quand il prêchait aux Grecs, employer des figures grecques, et faire mention des faits que contient l'histoire des Grecs. Il ne l'a point fait, et ce n'est pas sans cause. Car il n'y là rien de commun avec la vérité ; ici, il y a les lois de Dieu et sa révélation. Il y a donc manifestement parenté entre l'Ancien Testament et le Nouveau.

6. Ce premier argument prouve donc le profond accord des deux Testaments. J'en trouve un second dans l'histoire même. De même que les deux épouses n'avaient qu'un mari, de même les deux Testaments n'ont qu'un législateur. S'il y en avait deux; l'un pour l'Ancien, l'autre pour le Nouveau , il n'était pas nécessaire de recourir à l'histoire. Car Sara et Agar n'avaient point deux maris différents, mais un seul. Ainsi en disant . Ces deux femmes figurent les deux Testaments (Gal. IV, 244), l'apôtre ne veut rien dire autre chose sinon qu'il n'y a qu'un législateur, de même que les deux épouses n'avaient qu'urr mari, Abraham. Mais l'une était esclave , l'autre femme libre. — Qu'importe? la question était seulement de savoir si elles eurent le même maître. Que les hérétiques admettent d'abord ce point, nous leur répondrons ensuite sur l'autre. Qu'ils soient forcés de s'y rendre, et leur dogme tombe en poussière. Car lorsqu'il sera démontré que le législateur de l'Ancien Testament est le même que celui du Nouveau, comme il l'est en effet, notre discussion est terminée. Mais sans nous »laisse troubler par leur objection, attachons-nous exactement à la parole de l'Apôtre. Il n'a pas dit : L'une était esclave, l'autre libre, mais: L'une engendrant pour la servitude. De ce qu'elle engendrait pour la servitude, il ne s'ensuit point qu'elle soit esclave; être engendré pour la servitude n'est point la faute de la mère, mais celle des enfants. C'est parce qu'ils se privèrent eux-mêmes de leur liberté par leur malice , et perdirent les droits de leur naissance que Dieu les traita comme des esclaves ingrats , les instruisant par une crainte incessante, les corrigeant par des peines et des menaces. Ne voit-on pas aujourd'hui encore grand nombre de pères traiter leurs fils, non en fils, mais en esclaves, et les contenir par la crainte? La faute n'en est point aux pères, mais aux enfants qui ont forcé leurs pères à traiter en esclaves des hommes libres. C'est ainsi que Dieu lui-même contenait en ce temps les peuples par la crainte et les châtiments, .comme il eût fait un esclave ingrat. Il ne faut accuser ni Dieu ni la loi de ces sévérités, mais seulement les Juifs indociles au joug et qui .avaient besoin d'un frein plus solide. Dans cet Ancien Testament, nous trouvons bien des hommes qui n'ont point été traités ainsi : Abel, Noé , Abraham , Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, Elie, Elisée et bien d'autres qui s'élevèrent jusqu'à la philosophie du Nouveau Testament. Ce ne furent ni la crainte, ni les châtiments, ni les menacés, ni les punitions, mais l'amour divin, leur zèle ardent pour Dieu, qui les firent ce qu'ils ont été. Ils n'eurent besoin ni de préceptes, ni de commandements, ni de lois, pour pratiquer la vertu et fuir le vice; ces âmes bien (234) nées, généreuses, ayant conscience de leur dignité, sans terreur, ni châtiments embrassèrent la vertu, tandis que le reste des Juifs suivit la pente du mal et eut besoin du frein de la loi. Quand ils fabriquèrent le veau d'or et adorèrent des statues, ils entendirent ces mots: Le Seigneur ton Dieu est le seul Seigneur. (Dent. VI, 4). Quand ils commirent des meurtres et des adultères, ils entendirent ces mots : Tu ne tueras point, tu ne seras point adultère, et ainsi des autres commandements.

7. Ce n'est donc pas la condamnation de la loi qu'elle ait employé la crainte et les châtiments comme on fait pour instruire et corriger des esclaves méchants : c'est sa plus belle louange, sa gloire la plus rare d'avoir arraché les hommes au mal où ils se livraient, de les avoir par sa force propre, délivrés du crime, corrigés et rendus dociles à la grâce, de leur avoir ouvert un chemin vers la philosophie du Nouveau Testament. Car c'était le même Esprit qui dictait les lois de l'Ancien Testament et celles du Nouveau, malgré leurs différences. C'est ce que Paul faisait entendre quand il disait: Parce que nous avons le même esprit de foi, selon qu'il est écrit : J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.

Et ce n'est point seulement pour cela qu'il disait : le même Esprit, mais pour une cause non moins importante. Je l'aurais expliqué aujourd'hui, mais je crains que mes enseignements répandus à flots trop abondants ne s'échappent de votre mémoire. Je réserve donc cette explication pour un, prochain entretien , vous exhortant seulement à garder de celui-ci un entier souvenir,  à observer exactement mes conseils et à joindre la sagesse pratique à la pureté du dogme. Il faut que l'homme de Dieu soit parfait et disposé à. toute sorte de bonnes oeuvres. (II Tim. III, 17). A rien ne vous servirait la pureté du dogme si votre vie était impure, de même qu'une vie irréprochable vous serait inutile sans la pureté de la foi. Afin donc de nous assurer de parfaits avantages, affermissons-nous des deux côtés, que notre vie se pare des nobles fruits de toutes vertus, mais principalement de celui de l'aumône dont je vous ai déjà parlé, et qu'il faut pratiquer avec zèle , avec abondance. Quiconque sème peu, dit l'Ecriture, récolte peu; et celui qui sème dans les bénédictions récoltera dans les bénédictions. (II Cor. IX, 6.) Que signifient ces paroles, dans les bénédictions ? c'est-à-dire avec abondance. Dans les choses matérielles, la semence et la moisson sont de même nature. Car celui qui sème répand dans la terre du froment, de l'orge ou. d'autres sentences pareilles, et quand il fait la moisson, il récolte les mêmes grains. Il n'en est point de même de l'aumône. Vous semez l'argent et vous récoltez la paix devant Dieu; vous donnez des richesses et vous recevez en échange-le pardon de vos fautes; vous distribuez du pain et des vêtements, et en récompense vous vous préparez le royaume du ciel et mille biens que l'oeil de l'homme ne peut voir, ni son oreille entendre, ni sa pensée concevoir. Le premier de ces biens est que vous devenez semblables à Dieu, autant qu'il est possible à l'homme. Car c'est de l'aumône et de la charité que le Christ avait parlé quand il ajoutait : Afin que vous deveniez semblables à votre Père qui est. dans les cieux, qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants et fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustesMatth. V, 45.) Vous ne pouvez faire luire le soleil,  ni faire tomber la pluie, ni répandre vos bienfaits sur toute la face de la terre. Mais il suffit que vous employiez les biens que vous avez en bonnes oeuvres pour devenir semblables à Dieu qui fait luire le soleil autant qu'il est possible à l'homme de devenir semblable à Dieu.

8. Ecoutez bien toutes ces paroles : sur les bons et sur les méchants, a-t-il dit. Agissez de même. Quand vous ferez l'aumône, ne recherchez point la vie passée, ne demandez pas compte de la conduite. Aumône signifie commisération ; elle est ainsi appelée, parce qu'il n'en faut point priver même ceux qui en sont indignes. Car celui qui est miséricordieux accorde sa commisération non au juste, ruais au pécheur. Car le juste est digne de louanges et de couronnes; le pécheur. abesoin de commisération et de pardon. Ainsi, nous imiterons Dieu, en donnant aussi aux méchants. Songez en effet combien il y a sur la terre de blasphémateurs, de scélérats, de fourbes, d'hommes souillés de tous les vices! Dieu leur donne leur pain de chaque jour, pour nous apprendre à étendre notre charité sur tous les hommes. Mais nous faisons tout le contraire. Car, non-seulement nous repoussons les méchants; les pervers; mais qu'il se présente un homme en bonne santé, que sa probité, son amour de la liberté, sa paresse même, s'il faut le dire, (235) condamnent à la pauvreté, il ne trouve qu'injures, outrages, railleries sans nombre ; nous le renvoyons les mains vides, nous lui objectons sa bonne santé, nous lui reprochons sa paresse, nous lui demandons des comptes. Dieu vous a-t-il commandé de ne prodiguer que le blâme et les reproches à ceux qui sont dans le besoin? Dieu veut qu'on ait pitié d'eux, qu'on porte remède à leur pauvreté, et non qu'on leur en demande compte et qu'on les injurie. — Vous voulez, dites-vous, porter remède à leurs vices, les délivrer de la paresse, et pousser au travail ceux qui vivent dans l'oisiveté. — Donnez-leur d'abord, corrigez-les ensuite; ainsi, loin de vous faire accuser de dureté et d'inhumanité, vous ferez croire à votre bonté; car, celui qui, pour toute aumône, distribue le reproche, s'attire l'aversion et la haine; le pauvre ne peut supporter sa vue, et à juste raison; car il croit que ce n'est point par intérêt, mais par le désir de se dispenser de l'aumône qu'on lui fait des reproches, ce qui est la vérité; mais celui qui ajoute ses reproches à l'aumône, dispose le pauvre à entendre des conseils que dicte, non la dureté, mais la bonté d'âme. C'est ainsi que faisait Paul. Après avoir ditQue celui qui ne travaille point ne mange point (II Thess. III, 10), il ajoute ce conseil :Pour vous, ne cessez point de faire le bien. (Ibid. 13.) Il y a une apparente contradiction dans ces paroles. Si ceux qui ne travaillent point ne doivent pas manger, pourquoi conseillez-vous aux autres de persévérer dans la bienfaisance? Il ne saurait y avoir de contradiction. Si j'ai dit, nous répond l'Apôtre, que celui qui ne travaille point ne mange pas, ce n'est point pour détourner de l'aumône ceux qui sont disposés à la faire, mais pour détourner de là paresse ceux qui y consument leur vie. Ces paroles : qu'il ne mange point, excitent les uns au travail par la crainte que leur donne cette menace; et ces mots :Ne cessez point de faire le bien, invitent les autres à faire l'aumône et sont poux eux une exhortation salutaire. Quelques mains auraient pu se fermer devant la menace faite aux paresseux; mais l'Apôtre les ouvre à l'aumône en disant : Ne cessez pas de faire le bien. Car, donner à un paresseux est encore faire le bien.       

9. Ce dessein de l'Apôtre se manifeste dans la suite de son épître. Après avoir dit : Si quelqu'un ferme l'oreille aux paroles que contient cette lettre, notez-le et ne faites point société avec lui (II Thess. III ; 15) ; après avoir ainsi chassé l'incrédule du sein de l'Eglise, il l'y ramène et le fait rentrer en grâce auprès de ceux qui l'avaient rejeté, en ajoutant : Ne le considérez point néanmoins comme votre ennemi, mais comme votre frère. (II Thess. III, 15.) De même qu'après avoir dit: Que celui qui ne travaille point, ne mange pas, il engage ceux qui le peuvent à prendre grand soin d'eux; de même en ce passage, après avoir dit: Ne faites point société avec eux, il n'engage point ses auditeurs à abandonner le soin de ce malheureux, mais- au contraire, il leur ordonne de veiller attentivement sur lui, en ajoutant : Ne le considérez point comme un ennemi, mais comme un frère. Vous avez cessé de faire société avec lui, mais ne cessez point de prendre soin de lui. Vous l'avez exclu de l'Eglise, ne l'excluez point de vôtre amour. Car c'est dans mon amour pour lui que je vous ai donné ces ordres. J'ai voulu, en le séparant de vous, le corriger et le guérir, pour le rendre ensuite au corps de l'Eglise. On voit des pères renvoyer leurs enfants de leur maison, mais ce n'est point pour qu'ils n'y rentrent jamais; c'est pour qu'ils se corrigent dans cet exil et reviennent meilleurs. Ce que j'ai dit suffit à confondre ceux qui reprochent aux pauvres leur paresse.

Mais il en est beaucoup d'autres qui ont recours pour se défendre, à des excuses pleines de dureté et d'inhumanité. Je vais les réfuter aussi, non pour leur enlever tout moyen de défense, mais pour les décider à abandonner de vains et inutiles prétextes, et à préparer par leurs couvres là défense vraie, la seule qui leur puisse servir au tribunal du Christ.

Quels sont donc ces prétextes vains et inutiles où se réfugient tant de gens? J'ai des enfants à élever, disent-ils, une maison à soutenir, une femme à nourrir, mille dépenses nécessaires. Je n'ai pas assez pour soulager tous les pauvres que je rencontre en mon chemin. Que dites-vous? Vous avez des enfants à nourrir et c'est pour cela que vous ne soulagez point les pauvres? Mais c'est pour cela même qu'il les faut soulager , pour ces enfants que vous élevez, afin de leur rendre favorable, au prix de quelques deniers, le Dieu qui vous les a donnés, afin de leur laisser, après votre mort, ce Dieu pour protecteur, afin de leur assurer la grâce et la faveur d'en-haut, par ces richesses (236) mêmes que vous dépensez pour Dieu. Ne voyez-vous pas que souvent les mourants inscrivent dans leurs testaments les riches et les grands qui ne sont point de leur famille, et les donnent pour cohéritiers à leurs enfants, pour assurer leur sort par de faibles dons, et cela sans savoir quels seront, pour ces enfants, après la mort du père, les sentiments de ceux qu'il a appelés à prendre part à son héritage. Et vous, qui connaissez la bonté, l'amour, la justice de votre Seigneur, vous ne l'inscrirez pas dans votre testament? vous ne le donnerez pas pour cohéritier à vos enfants? Est-là, dites-moi , de l'amour paternel? Si vous aimez ces enfants que vous avez mis au monde ; laissez-leur des créances dont Dieu soit le garant. Voilà leur plus bel héritage, voilà leur richesse, voilà leur sécurité. Appelez-le avec eux au partage de vos biens d'ici-bas, afin qu'en retour il vous appelle avec vos enfants à partager l'héritage céleste. C'est un héritier généreux, humain, bon, puissant et riche : vous n'avez à suspecter en rien sa société. On donne encore à l'aumône le nom de semence, parce qu'elle n'est point une dépense, mais un revenu. Quand vient le temps des semailles, vous videz sans difficulté vos greniers pleins du blé des récoltes passées; vous ne songez qu'à la moisson qui en doit sortir, mais que vous n'avez point encore, et cela sans savoir aucunement ce qui adviendra. Car la nielle, la grêle, les sauterelles, les intempéries, mille fléaux enfin viennent parfois briser l'espoir de la saison prochaine. Et quand il faut semer dans le ciel des moissons qui ne craignent point les intempéries, où vous n'avez à redouter ni malheur ni déception, vous hésitez, vous reculez? Quelle excuse aurez-vous, vous qui semez dans la terre sans crainte ni hésitation, et qui, lorsqu'il faut semer dans la main de Dieu, doutez et différez? Si la terre rend ce qu'on lui confie, la main de Dieu ne rendra-t-elle pas avec usure tout ce que vous y aurez déposé ?

10. Ce que sachant, ne considérons point la dépense quand nous faisons l'aumône; considérons le revenu qu'elle rapporte, les espérances qu'elle nous donne pour l'avenir, et même le gain qu'elle nous assure aussitôt. Car non-seulementl'aumône nous ouvre le royaume des cieux, mais elle nous procure dans là vie présente la sécurité et l'abondance. Qui nous l'assure ? Celui qui est maître de dispenser ces biens. Celui qui donne aux pauvres, dit-il, recevra le centuple en ce monde, et aura en partage la vie éternelle. (Matth. XIX, 29.) Voyez-vous qu'une large rémunération nous est promise, dans l'une et l'autre vie? N'hésitons donc point, ne différent point, mais chaque jour recueillons les fruits de l'aumône, afin de jouir de la prospérité en ce monde et d'obtenir la vie éternelle. C'est ce que je souhaite à nous tous, par la grâce et la. bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent, ainsi qu'au Père et au Saint-Esprit, la gloire, l'honneur et la puissance, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Saint Jean Chrysostome 

 

 

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