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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 07:04
HOMÉLIE V. CAR IL N'A PAS PRIS LA NATURE DES ANGES, MAIS IL A PRIS CELLE DE LA RACE D'ABRAHAM. C'EST POURQUOI IL A FALLU QU'ILFUT EN TOUT SEMBLABLE A SES FRÈRES. (II, 16, 17, JUSQU'À III, 6.)

 

Analyse.

 

1. Dieu s'est montré libéral envers le genre humain.

2. Jésus, apôtre et pontife de notre religion.

3. Exhortation à s'affermir dans l'espérance et dans la foi.

4. Du bonheur des méchants.

5. Il faut, pour la religion, être prêt à tout souffrir.

 

1. Afin de montrer toute la bonté et toute la tendresse de Dieu pour le genre humain, après avoir dit : « Parce que ses enfants avaient une nature composée de chair et de sang, il s'est fait participant de cette même nature », Paul explique ce passage et continue en ces termes. « Car il ne prend pas la nature des anges ». Pour que l'on fasse une sérieuse attention à ces paroles, pour que l'on ne regarde pas comme un léger bienfait cette faveur qu'il nous a faite de se revêtir de notre chair, faveur qu'il n'a pas faite aux anges, il dit: « Il n'a pas pris la nature des anges, mais il a pris celle de la race d'Abraham ». Que signifient ces mots : « Il n'a pas pris la nature de l'ange; il a pris celle de l'homme? » Pourquoi cette expression : « Il a pris ? » Pourquoi ne pas dire : « Il s'est revêtu », mais : «Il a pris? » C'est une métaphore empruntée à l'homme qui court après un autre, quand celui-ci se détourne : c'est une métaphore empruntée à cet homme qui fait tous ses efforts pour saisir le fuyard et pour prendre celui qui s'échappe. Il a pris la nature de l'homme qui le fuyait et qui s'éloignait de lui. « Car nous nous étions éloignés de Dieu, et nous étions dans le monde, sans connaître Dieu ». (Ephés. II, 12. ) Dieu a poursuivi l'homme qui le fuyait et il a pris sa nature. Il montre que cette conduite de Dieu à notre égard est un effet de sa bonté, de sa tendresse et de sa sollicitude pour nous. C'est comme lorsqu'il dit : « Est-ce que tous les esprits, ministres de Dieu, n'ont pas été envoyés pour prêter leur ministère aux héritiers du salut?» (Hébreux, I,14.) Il montre par là toute la sollicitude de Dieu pour la nature humaine, et tous les égards qu'il a pour nous. Ainsi dans le passage qui nous occupe, il met cette vérité dans un jour plus grand encore, au moyen d'une comparaison conçue,en ces termes : « Il ne prend pas la nature des anges ». C'est qu'il y a là un miracle bien capable de nous remplir, d'étonnement; c'est notre chair qui se trouve élevée à ce degré de grandeur et qui devient l'objet de l'adoration des anges, des archanges, des séraphins et des chérubins.

Que de fois, en réfléchissant à ce prodige, j'ai été ravi en extase et quelle haute idée j'ai conçue alors de la nature humaine ! voilà un magnifique et brillant privilège ! Voilà une sollicitude singulière de Dieu pour l'homme ! Et Paul ne dit pas simplement : Il prend la nature de l'homme ; mais, pour élever l'âme de ses auditeurs, pour leur montrer toute la grandeur et toute la splendeur de leur naissance, il leur dit: « Il prend la nature de la race d'Abraham; il fallait donc qu'il fût en tout semblable à ses frères ». Ces mots « en tout», que veulent-ils dire? Ils signifient que le Christ a été enfanté et élevé, qu'il a, grandi, qu'il a souffert tout ce qu'il fallait souffrir, et qu'enfin il est mort. En un mot, il a été en tout semblable à ses frères. Après avoir longtemps entretenu son auditoire de la grandeur du Christ, de sa gloire suprême, il parle de sa Providence. Et voyez comme sa parole est adroite et puissante, comme il fait ressortir l'attention que le Christ apporte à nous ressembler complètement. O sollicitude de Dieu à notre égard ! Après avoir dit: « Parce que ses enfants ont une nature composée de chair et de sang, il s'est fait participant de cette même nature », il insiste et dit ici : « Il est devenu semblable en tout à ses frères ». C'est comme s'il disait. Lui qui est si grand, lui qui est la splendeur de la gloire, le caractère de la substance divine, (474) lui qui a fait les siècles, lui qui est à la droite du Père, il a consenti, il s'est étudié à devenir notre frère en tout, et c'est pour cela qu'il a envoyé ses anges et les puissances d'en-haut, qu'il est venu à nous et qu'il a pris notre nature. Voyez tous les bienfaits dont il nous a comblés : il a détruit la mort, il nous a affranchis de la tyrannie du démon, il nous a délivrés de la servitude, il nous a fait l'honneur de devenir notre frère, et il nous a honorés , non-seulement de ce bienfait, mais d'une foule d'autres bienfaits. Il a bien voulu devenir notre grand pontife auprès de son père. Car saint Paul ajoute : « Pour être envers Dieu un pontife compatissant et  fidèle (17) ». C'est pour cela, dit Paul, que le Christ a pris notre chair. C'est un effet de sa bonté pour les hommes; il voulait que Dieu eût pitié de nous. Voilà le motif, l'unique motif de sa conduite providentielle. Il nous a vus abattus, mourants, tyrannisés par la mort, et il nous a pris en pitié. « Afin d'expier les péchés du, peuple », dit l'apôtre, « afin d'être un pontife compatissant et fidèle ». — « Fidèle », que veut dire ce mot? Il veut dire: sincère et puissant médiateur. Car le seul pontife fidèle, c'est le fils. Il peut, en sa qualité de pontife, absoudre son peuple de ses péchés. C'est donc pour offrir à Dieu une victime capable de nous purifier et d'expier nos fautes, qu'il s'est fait homme; voilà pourquoi l'apôtre a ajouté : «Envers Dieu », c'est-à-dire « nos fautes envers Dieu ». Nous étions, dit-il, les ennemis de Dieu, nous étions condamnés, nous étions notés d'infamie; il n'y avait personne pour offrir, en notre faveur, le sacrifice. Il nous a vus en cet état et il nous a pris en pitié. Il ne nous a pas donné un pontife; mais il s'est constitué lui-même notre pontife fidèle. Puis nous faisant voir en quoi c'est un pontife fidèle, l'apôtre a ajouté : « Afin d'expier les péchés du peuple ». — « Car c'est des souffrances mêmes par lesquelles il a été éprouvé, qu'il tire la force de secourir ceux qui sont éprouvés (18) ».

2. Voilà le comble , de l'humiliation ! Voilà un abaissement indigne d'un Dieu ! « De ses souffrances mêmes ». C'est de l'Incarnation. 'qu'il parle ici, et peut-être avait-il pour but de raffermir ces âmes faibles. Toujours est-il que voici ce qu'il veut dire : C'est pour souffrir ce que nous souffrons qu'il est venu, et maintenant il tonnait nos souffrances, et il les connaît non-seulement comme Dieu, mais comme homme , par l'expérience qu'il en a faite; ses nombreuses souffrances lui ont appris à compatir aux nôtres. Pourtant Dieu ne tonnait point la souffrance; mais Paul aborde ici le mystère de l'incarnation; c'est comme s'il disait: Le corps du Christ lui-même a été en proie à la souffrance. Il sait ce que c'est que l'affliction; il sait ce que c'est que la tentation et il le sait aussi bien que nous qui avons souffert; car il a souffert lui-même. Mais que signifient ces mots : « Il a la force de secourir ceux qui sont éprouvés ? » C'est comme s'il disait : C'est avec ardeur qu'il nous tendra la main ; car il est compatissant. Comme les Hébreux voulaient avoir sur les gentils une supériorité quelconque, il leur montre, sans blesser les gentils, que voilà précisément ce qui les rend supérieurs à eux. C'est d'eux que vient le salut; c'est leur nature qu'il a prise d'abord, puisque c'est chez eux qu'il s'est incarné. Car, dit-il, « il ne prend pas la nature des anges; il prend la nature de la race d'Abraham ». C'est un honneur qu'il fait au patriarche, et il montre aussi ce que c'est que la race d'Abraham. Il leur rappelle cette promesse qui leur a été faite : « Je donnerai cette terre à toi et à ta race». (Genès. XIII, 15.) Un petit mot lui suffit pour leur montrer leur parenté avec le Christ: « Ils sont tous les enfants d'un même père ». Mais, comme cette    parenté , n'était pas grande, il y revient et s'arrête sur cette incarnation providentielle , en ces termes : « Afin d'expier les péchés du peuple ».

Consentir à devenir un homme, c'était nous donner une grande preuve de sollicitude et d'amour. Mais tout n'est pas là ; il y a en outre les biens impérissables qui nous ont été donnés par son moyen. « Pour expier les péchés du peuple ». Pourquoi pas « de la terre ? » N'a-t-il pas porté les péchés de tout le monde? C'est qu'il parlait aux Hébreux des Hébreux. L'ange ne disait-il pas à Joseph : « Tu l'appelleras Jésus, car il sauvera son peuple ? » (Matth I, 21.) Voilà en effet ce qui devait   avoir lieu d'abord : il est venu pour sauver d'abord ce peuple, et par lui les autres hommes; quoique le contraire ait eu lieu. C'est ce que disaient aussi les apôtres, dès le commencement : « Par amour pour vous, il a suscité son Fils et l'a envoyé pour vous bénir ». (Act. III, 26.) Et ailleurs : « Le Verbe du salut vous a été envoyé », (Act. XIII, 26.) Il montre la noblesse du peuple, juif, lorsqu'il dit : « Pour expier les péchés de son peuple ». C'est ici qu'il tient ce langage; car qu'il ait effacé les péchés du monde entier, c'est ce que prouvent ces mots adressés au paralytique: « Vos péchés vous sont remis », c'est ce que prouvent ces paroles adressées à ses disciples, à propos du baptême: «Allez et instruisez toutes les nations, et baptisez-les au nom du Père et du Fils et: du Saint-Esprit ». (Matth. IX, 5 et XXVIII, 19.)Après avoir abordé le chapitre de l'Incarnation, Paul entre sans crainte dans les moindres et dans les plus humbles détails ; voyez plutôt: « Ainsi, mes saints frères, qui avez part à la vocation céleste, considérez l'apôtre et le pontife de notre confession  dans la personne de Jésus, qui est fidèle à celui qui l'a établi, comme Moïse lui a été fidèle en toute sa maison ». (III, 1, 2.)

Il va le comparer et le préférer à Moise, et il parle en premier lieu des devoirs du sacerdoce; car tous ses auditeurs avaient de Moise une haute opinion. Il commence par jeter les germes delà supériorité de Jésus, et part de son incarnation pour arriver à sa divinité ; là nécessairement s'arrêtait la comparaison. Il commence par les mettre comme « hommes» sur la même ligne, et il dit : « Comme Moïse en toute sa maison ». Il ne montre pas tout d'abord la supériorité de Jésus; il craindrait que son auditoire ne se révoltât et ne se bouchât les oreilles. Car ses auditeurs avaient beau être des fidèles, le souvenir de Moïse était (475) encore profondément gravé dans leur coeur. « Qui  est fidèle à celui qui l'a établi ». Dans quelle charge l'avait-il établi ? Dans la charge d'apôtre et de pontife. Passant ici sous silence son essence et sa divinité, il ne parle que de ses dignités, au point de vue purement humain. « Comme Moïse en toute sa maison », c'est-à-dire au milieu de son peuple ou bien dans le temple. Il dit ici : « En sa maison », et c'est comme s'il disait : « Au milieu de ceux qui sont dans cette maison ». Car Moïse était pour le peuple Hébreux comme un intendant, comme un économe. Et, pour, prouver qu'il s'agit ici de ce peuple, il a ajouté : « C'est nous qui sommes sa maison », c'est-à-dire sa chose. Puis voici la supériorité de Jésus mise en pleine lumière : « Il a été jugé digne d'une gloire a d'autant plus grande que celle de Moïse, que « celui qui a bâti la maison est plus estimable que la maison même (3) ».

3. Et lui-même, dit-il, était de la maison. Il n'a pas dit : L'un était l’esclave, l'autre était le maître; mais il l'a fait entendre discrètement. Si maison, veut dire ici peuple; et si Jésus était du peuple, c'est qu'il était de la maison. Nous aussi nous avons l'habitude de dire : Voilà un homme qui est de la maison. Il dit ici « maison » et non pas « temple », car le temple avait été construit non par Dieu lui-même, mais parles hommes. Quant il celui qui l'a établi, c'est Dieu; il est ici question de Moïse. Voyez comme la supériorité de Dieu est indiquée. Il était fidèle, dit-il, en toute sa maison, et il était de cette maison, c'est-à-dire du peuple. Or, l'ouvrier est plus estimable que l'ouvrage, et l'architecte que la maison. « Et l'architecte de toutes choses, c'est Dieu (4)». Vous voyez qu'il est question ici du peuple tout entier; et non du temple. « Quant à Moïse, il a été fidèle dans toute la maison de Dieu, comme un serviteur envoyé pour annoncer au peuple tout ce qu'il lui était ordonné de dire (5)». Voilà encore une autre différente qui résulte de l'état de fils et de celui de serviteur. Voyez-vous comme par ce nom de fils il fait entendre que le titre de Fils de Dieu appartient à Jésus en toute propriété ? « Mais le Christ, comme Fils, a l'autorité dans sa maison (6) ». Voyez-vous comme il distingue et sépare l'oeuvre de l’ouvrier, le serviteur du Fils? Celui-ci entre dans le bien de son père, comme Fils de la maison, celui-là comme serviteur. « Et c'est nous qui sommes sa maison, pourvu que nous conservions jusqu'à la fin une ferme confiance et l'espoir glorieux des biens qui nous attendent ».

Ici nouvelle exhortation à résister fortement, à ne pas tomber dans le découragement. Comme Moïse, dit-il, nous serons de la maison de Dieu, si nous conservons jusqu'à la, fin une- ferme confiance et un glorieux espoir. Celui que la douleur abat dans les épreuves et' qui sent son coeur défaillir, n'est pas glorifié; celui qui; tout couvert de confusion, va se cacher, n'a pas la confiance; celui qui est triste n'est pas glorifié. Et plus c'est faire leur éloge que de dire: « Si nous conservons jusqu'à la fin une ferme confiance et l'espérance de la gloire qui nous attend ». C'est montrer que cette confiance et cet espoir sont déjà entrés dans leur coeur. Mais c'est jusqu'à la fin qu'il faut persévérer; il faut savoir non-seulement résister mais avoir une confiance ferme et stable fortement appuyée sur la foi, sans jamais se laisser ébranler par les épreuves. Ne vous étonnez pas si ce mot: «Il a été éprouvé lui-même », rappelle un peu trop la nature humaine. Si, en parlant du Père qui n'a pourtant pas été incarné, l'Ecriture dit : « Le Seigneur a regardé du haut des cieux et il a vu tous les enfants des hommes » (Ps. XIII, 2); c'est-à-dire, il s'est rendu de toutes choses un compté fidèle et exact : si elle dit : « Je descendrai des cieux et je verrai si leurs plaintes sont légitimes » (Gen. XVIII, 21); si elle dit : « Dieu ne peut supporter les vices des hommes», pour exprimer la grandeur de la colère divine, on peut parler à plus forte raison « des épreuves » du Christ dont la chair a connu la souffrance. Comme beaucoup d'hommes pensent que l'épreuve des maux est le meilleur moyen de les connaître, il veut montrer que celui qui a souffert, tonnait lés souffrances de la nature humaine. « Vous donc, mes saints frères » (donc, c'est-à-dire « par ce motif) vous qui avez part à la vocation céleste ». N'en demandez pas davantage, si vous êtes appelés à cette vocation voilà la récompense! voilà la rémunération ! Ecoutez ce qui suit : « Considérez l'apôtre et le pontife de notre confession dans la personne de Jésus-Christ qui est fidèle à celui qui l'a établi, comme Moïse lui a été fidèle en toute sa maison ». Que signifient ces mots : « Qui est fidèle à celui qui l’a établi ? » Ils signifient : qui pourvoit à tout, qui conduit les siens, qui ne les laisse ni errer au hasard ni s'égarer. « Comme Moïse, en toute sa maison », c'est-à-dire: Apprenez à connaître ce pontife et vous n'aurez pas besoin d'autre consolation, d'autre exhortation. Il l'appelle apôtre, parce qu'il a été envoyé; il l'appelle pontife de « notre confession », c'est-à-dire de « notre foi ». Il a eu raison de dire : « Comme Moïse ». Car, comme lui, Jésus a été chargé de conduire et de gouverner son peuple ;mais sa mission était plus haute et plus importante. Moïse n'était qu'un serviteur; le Christ est le Fils de Dieu. Celui-là avait sous sa tutelle des étrangers; celui-ci est le tuteur des siens.

« Pour annoncer tout ce qu'il lui était ordonné de dire ».Que dites-vous, Paul? Dieu accepte-t-il le témoignage des hommes? Sans doute, il l'accepte. S'il prend à témoin le ciel, la terre et les collines, en disant par la bouche des prophètes « Cieux, entendez-moi; terre, écoute; car le Seigneur a parlé; écoutez, vallées et fondements de la terre » (Isaïe, I, 2 ; Mich. VI, 2), parce que le Seigneur porte son jugement contre son peuple, à plus forte raison peut-il prendre les hommes à témoin. Que veulent dire ces mots: « Pour annoncer, pour rendre témoignage? » C'est qu'il faut à Dieu des témoins contre des hommes qui ont abjuré la pudeur. « Le Christ gouverne comme Fils». Moïse était tuteur d'enfants étrangers; le Christ est le tuteur de sa famille. « Et la glorieuse espérance ». C'est bien dit : car les biens qui leur étaient promis n'étaient encore que des (476) espérances. Or il faut conserver l'espérance et nous glorifier de ces promesses, comme si elles s'étaient réalisées déjà. C'est pour cela qu'il parle « des espérance glorieuse »; c'est pour cela qu'il ajoute Conservons-la fermement jusqu'au bout; car c'est l'espérance qui nous a sauvés. Si donc nous lui devons notre salut, et si nous savons attendre patiemment, ne nous affligeons pas des maux présents et ne cherchons pas à voir l'effet des promesses divines ; « car lorsque l'on voit ce qu'on a espéré, ce n'est plus espérance ». (Rom. VIII, 24.) Ils sont grands les biens qui nous sont promis, et ce n'est point dans cette vie passagère et périssable que nous pouvons les goûter. Mais pourquoi donc alors nous prédire un bonheur qui ne doit pas être ici-bas notre partage? C'est que Dieu, au moyen de cette promesse, veut ranimer notre âme, affermir et fortifier notre ardeur, relever et fortifier nos esprits. Voilà le but véritable de toutes ces promesses.

4. Gardons-nous donc de nous troubler ; n'éprouvons aucun trouble à l'aspect du bonheur des méchants ; ce n'est point ici-bas que le vice et la vertu sont rémunérés; si cela arrive quelquefois, ce n'est pas pour que justice soit faite; c'est un avant-goût du jugement, c'est pour que ceux qui ne croient pas à la résurrection rentrent en eux-mêmes. Quand donc nous voyons le méchant dans l'opulence, ne tombons pas dans le découragement; quand nous voyons l'homme de bien dans le malheur, ne nous troublons pas; c'est là-bas que sont les couronnes; c'est là-bas, que sont les supplices. D'ailleurs, il est impossible que le méchant soit complètement méchant; il peut avoir quelques qualités : il est impossible aussi que le bon soit parfait; il peut avoir quelques défauts. Quand donc le méchant est dans la prospérité, c'est pour son malheur, sachez-le bien ; c'est pour qu'après avoir reçu ici-bas la récompense du peu de mérite qu'il peut avoir, il reçoive là-bas son châtiment plein et entier. Le plus heureux est celui qui est puni ici-bas de manière à sortir de cette vie éprouvé par la souffrance, pur et irréprochable, après avoir déposé le fardeau de ses péchés. Et c'est aussi-ce que nous enseigne Paul, en ces termes : « C'est pour cela qu'il y a parmi vous bien des malades, bien des infirmes, et que beaucoup dorment du dernier sommeil » ; et ailleurs: « Livrez cet homme à Satan, pour mortifier sa chair, afin que son âme soit sauvée, au grand jour du jugement ». (Cor. XXI, 30, et V, 5.) Et le Prophète dit : « Il a reçu de la main du Seigneur un double fardeau de péchés. » (Isaïe, XI, 2.) Et David dit ailleurs: « Voyez mes ennemis; ils se sont multipliés plus que les cheveux de ma tête, et ils me poursuivent de leur injuste haine; pardonnez-moi tous mes péchés ». (Ps. XXIV, 19, 18.) Et nous lisons ailleurs:« Seigneur, notre Dieu, donnez-nous la paix; car vous nous avez rendu tout le mal que nous avons fait ». ( Isaïe, XXVI, 12.) Voilà ce qui prouve que les bons expient ici-bas leurs péchés. Pour vous convaincre maintenant que bien des méchants favorisés ici-bas reçoivent dans l'autre vie un châtiment complet, écoutez ces paroles d'Abraham : « Vous avez reçu votre part de bonheur dans votre vie, et Lazare n'a eu que le malheur en partage ». (Luc, XVI, 25.) De quels biens s'agit-il ici? Ces mots : « Vous avez reçu votre part », montrent que le bonheur de l'un, comme le malheur de l'autre, était le paiement d'une dette. Aussi ajoute-t-il : « C'est pourquoi il est dans la consolation ». Car vous le voyez, il est purifié de ses péchés, « et vous » vous êtes dans les tourments.

Ne nous attristons donc pas , lorsque nous voyons les pécheurs favorisés ici-bas; mais quand nous sommes dans le malheur, réjouissons-nous, car ce malheur est le paiement de nos fautes. Ne cherchons pas le repos; car le Christ a promis l'affliction à ses disciples : et Paul dit : « Tous ceux qui, veulent vivre pieusement en Jésus-Christ, souffrent la persécution». (II Tim. III,12.) Un courageux athlète, au moment du combat, ne, recherché pas les biens, les tables bien servies; une pareille conduite n'est pas celle d'un athlète, mais celle d'un homme -mou et efféminé. Un athlète qui tombât est tout frotté d'huile, il supporte la poussière, la chaleur, la sueur, les perplexités, les angoisses de la lutte. Voici le moment du combat; donc voici le moment des blessures, de l'effusion du sang; de la douleur! Ecoutez les paroles de saint Paul : « Je ne combats pas en lutteur qui frappe dans le vide ». ( I Cor. IX, 26.) Songeons que notre vie n'est qu'un combat et jamais nous ne chercherons le repos; jamais nous ne regarderons l'affliction comme un accident nouveau et extraordinaire de notre existence; nous ressemblerons à l'athlète qui ne regarde pas la lutte comme un accident; nouveau et extraordinaire pour lui. Il n'est pas temps encore de nous reposer; il faut que nous soyons perfectionnés parla souffrance. Quoique;, nous ne soyons pas en butte à la persécution, aux, vexations, il y a cependant des afflictions journalières qui nous éprouvent; si nous ne savons pas les supporter, comment supporterions-nous la persécution ? « Vous n'avez eu », dit-il, « que des persécutions humaines ». (I Cor. X, 13.) Ainsi prions Dieu de ne pas subir la persécution; mais si nous la subissons, sachons la supporter avec courage. Il appartient au sage qui sait garder une, juste mesure, de ne pas se jeter à la légère dans le péril; mais il appartient à l'homme courageux, au philosophe de se raidir contre le péril, quand il y tombe. N'allons donc pas nous y jeter légèrement;, il y aurait là une audace téméraire, mais, quand nos chefs, quand les circonstances nous appellent, ne reculons pas, il y aurait là de là lâcheté. En un mot, ne courons pas au danger en téméraires, sans cause, sans profit, sans une pieuse nécessité; il y aurait de l'ostentation, un amour de la gloire vain et superflu. Mais pour défendre la religion, bravons mille morts, s'il le faut. N'appelez pas les persécutions, si votre piété  rencontre rien qui l'arrête. A quoi bon attirer sur vous des dangers superflus et inutiles ?

5. Ce qui me dicte ce langage, c'est le désir que j'ai de vous voir observer les lois du Christ qui nous ordonne de prier Dieu, de ne pas entrer en (477) tentation, qui nous ordonne aussi de prendre notre croix et de le suivre. Ce ne sont pas là des ordres contradictoires; ce sont des ordres qui s'accordent et qui sont en parfaite harmonie. Préparez-vous, équipez-vous comme un vaillant soldat, soyez toujours en armes, toujours sobre, toujours vigilant, toujours attendant l'ennemi ; mais n'allumez pas le flambeau de la guerre : ce ne serait pas d'un soldat, ce serait d'un séditieux. Mais la trompette de la foi vous appelle-t-elle? marchez aussitôt, ne tenez plus à la vie, marchez avec ardeur au combat, enfoncez-les bataillons ennemis, frappez le démon au visage, élevez un trophée. Mais si la religion ne reçoit aucune atteinte, si nos dogmes spirituels ne sont point attaqués, si l'on ne vous force point à faire ce qui déplait à Dieu, ne prenez point de peine superflue. Il faut que la vie d'un chrétien soit une vie sanglante. Oui, il doit être toujours prêt à verser le sang, non pas celui d'autrui, mais le sien: quand il s'agit de verser son sang pour le Christ, il faut être prêt à le verser comme de l'eau; car ce sang qui circule dans nos veines n'est que de l'eau; il faut se dépouiller de sa chair avec autant de facilité que d'un vêtement. Et c'est ce que nous ferons, si nous ne nous attachons pas aux richesses, si nous ne sommes pas esclaves des beaux édifices, de la volupté et des biens de ce monde. Si ceux qui passent leur vie sous les drapeaux mènent une vie d'abnégation, vont où la guerre les appelle, entrent en campagne et supportent de bon coeur toutes les fatigues, ne devons-nous pas, nous soldats du Christ, trous tenir toujours prêts et équipés, et nous ranger en bataille pour faire la guerre aux vices ?

La persécution n'existe plus aujourd'hui, et à Dieu ne plaise qu'elle revienne ! Mais nous avons à soutenir d'autres guerres, la guerre de l'avarice, la guerre de l'envie, la guerre des autres passions. C'est à cette guerre que Paul fait allusion, en ces termes : « Nous n'avons pas à lutter contre des hommes de chair et de sang ». (Ephés. VI,12,14.) Cette guerre-là nous menace toujours. C'est pourquoi il veut que nous restions toujours en armes « Soyez donc », dit-il, « toujours armés ». Cette recommandation s'applique même à l'heure présente, et il montre pourquoi il faut toujours être armé. Nous avons une grande guerre à soutenir contre notre langue, contre nos yeux; cette guerre, repoussons-la. Nous avons une grande guerre à soutenir contre nos passions, c'est pourquoi il s'occupe de l'armure du soldat du Christ. « Restez fermes », dit-il, « ceignez vos reins », et il ajouté: « Avec la ceinture de la vérité ». Pourquoi ? C'est que les passions ne sont qu'illusion et mensonge; comme dit quelque part David : « Mes reins étaient remplis d'illusions ». (Ps. XXXVII, 8.) Ce n'est pas la volupté, ce n'est que l'ombre de la volupté. C'est pourquoi, dit-il, ceignez vos reins avec la ceinture de la vérité, c'est-à-dire de la vraie volupté, de la sagesse, de l'honnêteté.

De là ces conseils qu'il nous donne, en voyant combien le péché est déraisonnable, et dans son désir que tous nos membres soient bien munis de toutes parts: « La colère injuste », dit-il, « ne sera jamais innocente aux yeux de Dieu ». (Ecclés. I, 22.) Il veut dire que nous prenions la cuirasse et le bouclier: C'est que la colère est une bête féroce toujours prête à s'élancer. Pour la vaincre, pour la contenir, nous avons besoin de mille fossés, de mille barrières. Voilà pourquoi Dieu a construit avec des os presque aussi durs que la pierre, cette partie de l'édifice humain où la colère cherche à se glisser. Il lui a donné une base solide, il l'a entourée d'un rempart; il ne fallait pas qu'en rompant et en brisant tous les obstacles, la colère détruisît tout l'édifice animé. C'est un feu, dit-il, c'est une tempête et, sans toutes ces précautions, aucun de nos membres ne pourrait soutenir ses assauts. Les médecins disent aussi que, pour ce motif, le poumon a été placé au-dessous du coeur. Il fallait que le coeur, environné de parties molles, se reposât en rencontrant ce poumon spongieux, et non les parois dures et résistantes de la poitrine sur lesquelles, dans ses bonds précipités, il aurait pu se blesser. Nous avons donc besoin d'une forte cuirasse, pour tenir continuellement en respect la bête féroce. Il nous faut aussi un casque; c'est sous le casque qu'est le siége du raisonnement d'où dépend notre salut, quand nous agissons bien, et qui fait notre perte, quand nous agissons mal. Voilà pourquoi il dit : « Le casque du salut » ; car le « cerveau est' mou de sa nature », et voilà pourquoi il est protégé par une sorte de test appelé crâne. La source de tous nos biens et de tous nos maux c'est d'avoir ou de n'avoir pas la connaissance de ce qui nous est utile ou nuisible. Nos pieds et nos mains aussi ont besoin d'armures; mais il ne s'agit pas ici des mains et des pieds du corps ; il s'agit des mains et des pieds de l'âme; les unes doivent s'efforcer de remplir leur tâche, les autres doivent aller où il faut. Armons-nous donc ainsi et nous pourrons vaincre nos ennemis et Ceindre la couronne de gloire par la grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur. A lui, au Père et au Saint-Esprit, gloire, puissance et honneur, maintenant et toujours et dans tous les siècles des siècles! Ainsi soit-il!

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