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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 23:09

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L’Appel à l’unité et à la dignité roumaine de l’Eglise orthodoxe de Roumanie ne manquera pas de plonger ceux qui aiment profondément cette Eglise dans l’affliction, voire dans la consternation. Elle invite les orthodoxes vivant dans des pays extérieurs aux Eglises-mères à réfléchir sur leur statut d’orthodoxes : les Roumains dans la juridiction de Bucarest, les Russes dans celle de Moscou, les Serbes dans celle de Belgrade. Rien sur les Français, comme s’ils étaient inexistants, alors qu’ils représenteront dans les années à venir le gros potentiel de l’orthodoxie en France avec la montée des jeunes générations. Cet appel est affligeant, car il revient à une ecclésiologie née au XIXe siècle avec l’éveil des nationalités (l’Eglise roumaine a reçu son autocéphalie en 1885). Pareille ecclésiologie instaure une confusion entre l’Eglise et la nationalité, et la tendance nationaliste qui en découle fut sévèrement condamnée par un concile des patriarches orientaux en 1872 sous le nom d’ethno-phylétisme. Le risque de l’ethno-phylétisme est de mettre les juridictions en situation de concurrence les unes avec les autres. Concurrence due à l’ancienneté, à la richesse de son héritage, au nombre plus grand de fidèles, etc. Ces considérations, purement humaines, ne tiennent pas devant le calice où le corps du Christ est le même dans la plus humble paroisse comme dans la plus grande cathédrale au monde. Rappelons que pendant le premier millénaire, les Eglises chrétiennes vivaient dans l’organisation de la pentarchie, dont les patriarcats géraient de vastes ensembles de territoires englobant des peuples, des cultures, des langues, d’une grande diversité.

Il est normal de rappeler que chaque Eglise autocéphale a le droit de « paître sa propre diaspora » - méfions-nous toutefois de ce terme, avec l’enracinement des jeunes générations dans le pays, la notion de diaspora peut vite s’évaporer -, de même que chacun doit appartenir à un diocèse – en acceptant que celui-ci peut changer selon les aléas des déménagements ! Si des non-Roumains frappent à la porte, seront-ils accueillis ? Et si des Roumains n’ont pas de paroisse roumaine à proximité, vont-ils s’agréger à un autre diocèse, ou s’évanouir dans la nature ? L’Eglise roumaine pense-t-elle l’orthodoxie en termes d’universalité ou de simple roumanité ? Est-elle prête, avec ses frères dans la foi, à chercher des ouvertures pour vivre le mystère de l’Eglise en conformité avec les canons qu’elle s’est donné et que décrit ainsi l’évêque Kallistos Ware : « Beaucoup d’entre nous aimeraient voir dans chaque pays d’Occident une seule Eglise locale englobant tous les orthodoxes dans une organisation unifiée : les paroisses pourraient préserver leur caractère ethnique si elles le désiraient, mais toutes reconnaîtraient le même hiérarque local et tous les hiérarques de chaque pays siègeraient les uns aux côtés des autres en un seul synode » (L’orthodoxie, DDB, p. 227).

Il est utopique de croire qu’une Eglise peut, à elle seule, prendre en charge tous ses ressortissants à l’étranger. La catholicité, en orthodoxie, ne saurait être vécue dans sa dimension géographique mais, comme l’indique l’étymologie, « selon le tout », où ce « tout » est donné dans la profondeur au sein d’une Eglise locale. Sinon cet universalisme ne peut que maintenir la juxtaposition anti-canonique des juridictions sur un même territoire. Il faut certes rendre grâce au synode pour l’organisation de paroisses qui se créent à l’étranger. Mais ici encore l’Eglise roumaine, comme les autres Eglises malheureusement, fait cavalier seul. Plutôt que de créer des micro-paroisses, ne serait-il pas judicieux de réfléchir à la façon de rassembler les forces orthodoxes d’une ville, ou d’une région donnée, pour un vivre ensemble dans l’union plutôt que dans le cloisonnement ethnique ? A ce propos, l’évêque Kallistos Ware écrit qu’ « il est vital de recruter le futur clergé parmi les jeunes orthodoxes nés et formés en Occident, plutôt que de les importer déjà formés dans le pays d’origine. Il est encore plus important que la langue locale (français, anglais, allemand…) soit largement utilisée dans les offices. Sans cela les jeunes vont s’en aller, se sentant étrangers à une Eglise qui semble plus se préoccuper de maintenir la langue et la culture du pays d’origine que de prêcher la foi chrétienne. Malheureusement les autorités orthodoxes en Occident, soucieuses de préserver leur héritage national, ont été généralement lentes à établir la langue locale vernaculaire dans les offices » (op. cit., p. 239). Il faut reconnaître que c’est sous l’impulsion des premiers émigrés russes, autour de Mgr Euloge, de la rue Daru, ou de la juridiction de Moscou, que des offices en français ont pu être célébrés dans les années qui ont précédé la guerre.

Un vaste programme pastoral est donc ici proposé. Mais pourquoi faire appel à la « dignité » roumaine ? De quoi est-il question ? Par ailleurs que viennent faire ici ces « chercheurs d’ombres canoniques » ?

L’appel fait preuve d’une absence de sollicitude paternelle envers les orthodoxes qui, dans leur diversité ethnique, sont amenés à un partage de la vie sacramentelle, à des rencontres fraternelles, à des groupes de réflexion biblique ou autres. Pour coordonner certaines de leurs activités a été créé le Comité interépiscopal orthodoxe, devenu ensuite Assemblée des évêques orthodoxes en France. Cette AEOF doit être soutenue par tous ceux qui espèrent voir naître en France une Eglise orthodoxe enfin unifiée. Sa liberté de manoeuvre est malheureusement limitée, car elle lui est accordée par les Eglises-mères avec parcimonie. Or les temps évoluent, les brassages de populations rendus inévitables par les voyages, les communications, les mobilités professionnelles, interdisent à une quelconque ethnie de vivre repliée sur elle-même comme ce fut le cas dans le passé. L’évêque Kallistos Ware y fait allusion : « Ces dix derniers siècles, le nationalisme a empoisonné l’orthodoxie. Mais d’autre part, la symbiose de l’Eglise et du peuple a été extrêmement bénéfique, et le christianisme est devenu chez les Slaves la religion de tout le peuple, une religion populaire, au sens profond du terme. » (id., p. 102). L’ouverture à l’universel doit justement être prise en compte pour préserver les trésors des traditions populaires, accumulées au fil des siècles, auxquelles fait allusion l’évêque Kallistos. Une ethnie, réduite à elle-même, n’est pas en mesure de résister à la globalisation des esprits.

Notons pour terminer que l’appel du synode reste muet sur l’état du dialogue inter-orthodoxe, sur celui du dialogue inter-confessionnel, comme sur celui de l’Eglise dans le monde actuel.

Les événements du XXe siècle, parfois tragiques, ont contraint les Eglises-mères à sortir de leur isolement séculaire. Cette dispersion n’est pas fortuite, ni dramatique, elle correspond à un temps de l’histoire qui appartient à Dieu. Nous avons à retrouver et mettre en pratique le sens de la collégialité, le sens de la collaboration au service de Celui qui est le chef unique de l’Eglise une pour nous mener ensemble vers le Royaume.

Michel Evdokimov

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Published by Monastère Orthodoxe - dans La vie de l'église

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