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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 01:48

THÈSE ROMAINE ET TRADITION ORTHODOXE

 

Ce chapitre est écrit en raison du prix que les orthodoxes attachent au trésor que représente pour eux l'Orthodoxie retrouvée après un sommeil spirituel de presque mille ans.

 

Le "filioque"

Après ce qui vient d'être enseigné dans cette précatéchèse, ne serait-il pas superflu de démontrer une fois encore qu'en changeant quoi que ce soit au contenu de la foi, on altère la vie spirituelle des chrétiens, la vie de l'Eglise et la vie tout court ?

 

Mais longtemps encore, nous entendrons dire, autour de nous, que le problème du "filioque" ne pèse que le poids léger... indigne de considération attentive... d'une "vieille querelle de mots".

 

Argument que nous ne devons jamais laisser passer. Puisqu'il ne signe pas autre chose qu'une affligeante ignorance.

 

En 589, au concile de Tolède, assemblée de l'Eglise espagnole, il fut prononcé pour la première fois que le Saint Esprit procédait "du Père ET DU FILS" (en latin: "ex Patre Filioque procedit").

 

C'était une addition inadmissible au symbole de la foi, et une hérésie.

 

Beaucoup plus tard, après une longue résistance des évêques de Rome à cette formule (qui, entre temps, avait eu les faveurs de Charlemagne), cela devint l'hérésie de l'Eglise romaine. On le vit au concile de Lyon qui, en 1274, fit cette définition : "Le Saint Esprit procède éternellement du Père et du Fils non comme de deux Principes, mais comme d'un seul Principe, non par deux spirations, mais par une seule spiration."

 

Cette formule dogmatique affirme qu'il n'y aurait qu'un seul courant de grâce dans l'Eglise : celui du Christ ; et que ce courant de grâce serait le Saint Esprit ("Esprit du Christ").

 

L'Orthodoxie, restant fidèle à la foi catholique inaltérée, enseigne au contraire qu'il existe deux courants de grâce :

 

la grâce du Fils, nécessaire pour notre salut, qui rétablit l'unité de la nature humaine ;

 

la grâce du Saint Esprit qui, lorsque la grâce du Fils a été librement acceptée, transforme notre vie personnelle.

 

Le Père envoie le Fils qui nous apporte le salut. Pour être sauvés, il faut un acte de libre acceptation. Ayant librement accepté la possibilité du salut et la plénitude de la Vérité qui nous viennent du Christ, nous nous élevons vers le Père par le Saint Esprit.

 

Christ : chef invisible et céleste de l'Eglise. La nature humaine est rétablie, de nouveau "une" dans le Corps du Christ.

 

Saint Esprit : le pilote de l'Eglise, qui garde ce que le Fils a transmis. Chacune des personnes humaines est sanctifiée, déifiée, dans le courant de grâce du Saint Esprit.

 

Ainsi est pleinement sauvegardée :

 

-         la vie personnelle, irremplaçable et unique, de chacun des membres de l'Eglise, qui font "un" dans le Corps du Christ.

 

-         et de même, la personnalité irremplaçable et unique de chacune des Eglises locales.

 

Le "filioque" écrase l'homme personnel sous le poids de ce qui est collectif. Il anéantit la liberté et l'originalité des Eglises locales, sous le poids du centralisme.

 

En refusant cette hérésie, l'Eglise orthodoxe maintient, d'une part la pureté de la foi transmise, car on n'ajoute ni ne retranche quoi que ce soit des décisions dogmatiques des saints conciles œcuméniques ; d'autre part, le principe d'unité dans la diversité.

 

La grâce du Saint Esprit appartient à l'Eglise tout entière en vertu du sacrement de Chrismation. Elle ne peut être attribuée à un chef visible qui se prétendrait "vicaire du Christ".

 Saint Irénée de Lyon : "Le Fils et l'Esprit sont les deux bras du Père".

 

Tel est l'enseignement orthodoxe, qui sauvegarde la rectitude de la vie des chrétiens dans la Tradition inaltérée.

 

Liberté et épiclèse

Aussi nombreuses que funestes furent les conséquences du "filioque" dans la vie spirituelle des chrétiens d'Occident.

 

Car, dans les logiques de cette hérésie, disparaissent : la liberté, la personnalité de chaque chrétien ; la liberté, la personnalité de chaque Eglise locale ; et à ces dommages s'ajoute celui d'une corruption grave de la liturgie eucharistique.

 

Remplaçant le sacrement de chrismation, la "confirmation" romaine se donne longtemps après le baptême, vidée de sa valeur primitive autant que de sa signification exacte, qui est de faire un membre irremplaçable et unique du peuple royal.

 

Le contexte romain, filioquiste, a produit une Eglise "enseignante" (le clergé qui serait seul compétent en matière de foi) et une Eglise "enseignée" (les fidèles qui seraient théologiquement incompétents alors qu'en vérité la grâce du Saint Esprit fait de tout chrétien, clerc ou laïc, homme ou femme, un responsable à part entière de la foi et de la vie de l'Eglise.

 

Cette même hérésie du "filioque" a longtemps dénaturé la liturgie eucharistique, ou messe romaine, en annulant la prière au Saint Esprit, ou EPICLESE, amputant de ce fait la liturgie eucharistique de l'élément fondamental à toute célébration des saints mystères.

 

Que tout lecteur de premier contact, issu du catholicisme romain, fasse, ici, un effort d'attention. Il ne s'agit pas, dans notre propos, du problème liturgique tel qu'il se pose, depuis Vatican II, en milieu romain ; il ne s'agit pas des modifications liturgiques survenues après ce concile ; il s'agit du problème de l'épiclèse, prière essentielle, qui était absente purement et simplement dans l'ancienne messe romaine (celle de Pie V), et qui, dans le nouveau rituel, se trouve à une place qui n'est pas la sienne (avant les paroles de l'Institution, "Ceci est mon Corps.. ceci est mon Sang...", au lieu d'être après.

 

En effet, depuis les apôtres, l'Eglise catholique orthodoxe considère que ce ne sont pas les paroles du prêtre célébrant ("... ceci est mon Corps... ceci est mon Sang...") qui opèrent par elles-mêmes la transformation des Saints Dons : pain et vin mêlé d'eau.

 

La Tradition orthodoxe enseigne que c'est le Saint Esprit, invoqué par une prière appelée EPICLÈSE, qui transforme Lui-même le pain en Corps et le vin mêlé d'eau en Sang, après (et non avant) ces paroles du prêtre célébrant.

 

Depuis le "filioque", et en conséquence de l'amoindrissement du rôle de l'Esprit Saint que suggère cette formule hérétique, l'Eglise romaine s'éloigna gravement de la tradition eucharistique de l'Eglise catholique en faisant dépendre des seules paroles du prêtre la transformation (abusivement appelée : "transsubstantiation") des Saints Dons.

 

On réintègre l'Orthodoxie originelle en retrouvant la nature EPICLÉTIQUE de toute célébration liturgique et de tout sacrement.

 

La communion : Corps et Sang - De plus, le fait de donner la communion aux fidèles sous la seule espèce du Corps altère aussi le sacrement central de la vie du chrétien.

 

Pour un orthodoxe, il va de soit que le corps ne se sépare du sang que pour définir l'état de mort. Un corps sans le sang n'est plus... qu'un cadavre.

 

Tout fidèle orthodoxe communie au Christ total, c'est à dire au Corps et au Sang.

 

L'ecclésiologie

Qu'on se reporte à nos premières pages.

 

L'Eglise de Rome est hérétique ("filioque", papisme, etc. sont des hérésies), et schismatique (puisqu'en 1054 elle s'est séparée des autres patriarcats qui formaient avec elle l'Eglise indivise).

 

Une question se pose : est-elle encore l'Eglise ?

 

Nous pensons que l'Eglise romaine est encore l'Eglise, parce qu'elle sut conserver d'inestimables éléments du trésor spirituel de l'Eglise indivise :

 

la succession apostolique et le sacerdoce - ses évêques sont évêques, ses prêtres sont prêtres ;

 

la sainteté des Saints - en elle, l'action déifiante du Saint Esprit a produit des bienheureux d'une merveilleuse charité ;

 

une ardente charité missionnaire - ses missions, souvent honorées du martyre, ont évangélisé toutes les régions de la terre.

 

Après le schisme, en effet, François d'Assise, le roi Louis IX, Jeanne d'Arc, Vincent de Paul, Jean-Marie Vianney et bien d'autres, furent des saints authentiques.

 

L'Eglise de Rome conserva maintes richesses de l'antique liturgie des Gaules, ainsi que l'année liturgique, le temporal et le sanctoral, avec la période de l'Avent que l'Eglise orthodoxe d'Occident avait instituée.

 

La vitalité et la sainteté du monachisme montrent aussi à quel point l'Eglise de Rome est restée l'Eglise.

 

Ses règles et offices monastiques, notamment ceux découlant de saint Benoît de Nursie, restèrent à l'abri des altérations. De par la profondeur doxologique de leur prière et de leurs diverses observances spirituelles, bénédictins, cisterciens chartreux, carmes, etc. sont restés proches de l'orthodoxie : ils demeurent de fidèles et admirables témoins de la tradition monastique de l'Eglise indivise.

 

Regard équitable - Hérésie et schisme sont des malheurs. Notre mission orthodoxe occidentale ne cherche point à les minimiser !...

 

Mais cette vigilance doit cohabiter avec un sens profond de la justice.

 

Pendant plus de mille ans, il y eut plus de patriarches hérétiques en Orient que d'évêques hérétiques à Rome. Nous avons vu combien la notion d'orthodoxie, la qualité orthodoxe n'étaient ni ne sont liées au christianisme oriental. Par exemple il n'y eut jamais aucune école monophysite en Occident. Saint Léon le Grand et sain Grégoire le Grand furent des évêques de Rome orthodoxes.

 

Quant au schisme lui-même, il eut aussi des causes historiques, psychologiques, voire politiques, où la sainteté prit une part scandaleusement insuffisante - d'un côté comme de l'autre ! Face au cardinal Humbert, qui manquait de souplesse, le patriarche byzantin Michel Kerullarios manqua d'intelligence et de cœur. Les orthodoxes ne sauraient chevaucher son injuste mépris des Latins. Si l'Occident avait su abdiquer ses revendications nouvelles et l'Orient son orgueil figé, un dialogue fraternel eût sans doute été possible : tous auraient amoureusement gardé la foi des premiers temps ; nous communierions aujourd'hui avec nos frères de la grande Eglise de Rome que loua saint Irénée de Lyon, Père orthodoxe.

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Catéchèse

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