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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 04:56

Lumière du Thabor    Numéro 38

  

Le Seigneur a créé l’homme à son image afin qu’il soit son ami, afin qu’il puisse participer à la vie divine, et en demeurant en lui, faire de lui un dieu par la grâce. Quand l’homme est tombé et s’est dévié de sa finalité déterminée, le Fils de Dieu a assumé la nature humaine et, après avoir racheté le péché de l’homme, il a rendu à l’homme la potentialité qu’il avait perdue. Dans et à travers lui, la nature divine a été entièrement unie à la nature humaine. Mais l’œuvre de rédemption du Christ devait porter ses fruits dans le salut et se réaliser dans une vie nouvelle, en laquelle l’homme allait participer par la réception du Saint Esprit vivifiant. Lorsque le Christ a quitté le monde – dans lequel, cependant, il reste perpétuellement comme le Dieu-Homme parfait – l’Esprit Saint devait descendre sur le monde. La descente de l’Esprit Saint est directement liée à l’Incarnation, en effet, on peut dire que c’en est son objectif, comme le Christ l’explique à ses disciples : « Il vaut mieux pour vous que je parte vers le Père » [cf. Jn 15,7], afin d’envoyer le Saint Esprit et de baptiser les disciples dans le feu. L’Incarnation du Christ nous unit à lui et constitue une fondation inébranlable de notre participation à la vie divine. Mais seulement si nous recevions l’Esprit Saint cette vie peut se réaliser en nous, et l’union et l’interpénétration de l’humain et du divin soient mystérieusement et inexprimablement manifestées. 

Le mot « inspiration » dans le sens humain désigne un état où l’homme est conscient de la présence en lui d’une puissance nouvelle, procédant comme de son soi supérieur : sans perdre son identité, il sent qu’il est une personne différente, découvrant de nouvelles possibilités inexplorées en lui-même. Mais cette inspiration, révélant à l’homme les pouvoirs cachés ou latents de son propre esprit, n’est qu’une image de ce qui arrive quand l’homme reçoit l’Esprit de Dieu et qu’il est pénétré et divinisé par lui, devenant ainsi un avec le Christ qui vit en lui. La descente de l’Esprit Saint est l’accomplissement de l’œuvre du Christ et la réalisation de l’idée de l’homme sur Dieu, puisque l’homme, avec le monde naturel dont il est censé être la tête et l’âme, a été créé pour être le temple de l’Esprit Saint.

La Pentecôte cosmique dans la Chambre haute à Jérusalem avait été prévue et préparée depuis la fondation du monde, qui depuis toujours a été vivifié par l’Esprit Saint. Au premier moment de la création, lorsque le vide et la terre sans forme ont été appelés à l’existence, « l’Esprit de Dieu planait sur les eaux » [Gn 1,1] ; ce fut la première Pentecôte cosmique par anticipation. La seconde Pentecôte, humaine, a eu lieu lorsque Dieu, créant l’homme, « insuffla dans ses narines une haleine de vie » [Gn 2,7]. Selon le témoignage de l’Église, « toute âme est vivifiée par l’Esprit Saint ». Tel qu’il a été créé, l’homme était porteur de l’Esprit, bien qu’il ait perdu ses dons à la suite de la chute. Mais même dans sa condition déchue, l’homme n’était pas entièrement privé de la grâce de l’Esprit de Dieu, car l’homme jouit de la grâce en ses facultés spirituelles naturelles ; l’homme ne perd pas son image divine originelle, mais elle est seulement occultée. Et par une dérogation spéciale de Dieu, les dons gracieux de l’Esprit Saint ont été donnés à l’homme dans le troupeau choisi, dans l’Église de l’Ancien Testament – à travers les différents ministères, par l’intermédiaire des prêtres, des anciens, des rois, des prophètes, des guerriers, des artistes. La vie de l’Église de l’Ancien Testament rayonne de manifestations de la grâce. Et pourtant, la rupture entre Dieu et l’homme n’a pas pu être surmontée avant la venue du Christ ; les dons gracieux de l’Esprit Saint illuminent l’homme, pour ainsi dire, de l’extérieur, mais ils ne pouvaient pas pénétrer dans son être et faire de lui un temple de l’Esprit Saint.

Mais au fur et à mesure que l’homme montait, nourri par la grâce, il a été progressivement préparé à recevoir Dieu, et un temps vint enfin où il est apparu sur terre un être capable de recevoir l’Esprit Saint et de devenir le temple de Dieu, la Vierge Immaculée. L’Esprit Saint est descendu sur elle à l’Incarnation, et c’était la Pentecôte de la Mère de Dieu. La Vierge Marie a reçu le pouvoir de devenir la Mère du Seigneur, mais la possibilité restait encore que la Vierge Immaculée elle-même puisse prendre part à la Pentecôte de l’humanité tout entière à Jérusalem.

La nature humaine du Seigneur Jésus Christ a connu sa Pentecôte quand il a été baptisé, et le Saint-Esprit est descendu comme une colombe et s’est posé sur lui ; et cette descente de l’Esprit sur le nouvel Adam contenait déjà en essence la Pentecôte universelle à venir. Mais elle ne pouvait pas s’accomplir jusqu’à ce que le sacrifice rédempteur eut été achevé et la nature humaine du Christ glorifié par son ascension et son assise à la droite du Père. Ce n’est que lorsque le Fils de l’Homme a finalement divinisé et glorifié sa nature humaine tout entière qu’il a envoyé l’Esprit Saint depuis le Père céleste vers l’ensemble de l’humanité – de même que le Saint Esprit demeurant en lui a été envoyé pour reposer sur sa nature humaine. C’était la dernière promesse du Christ aux apôtres avant l’Ascension, exprimant la finalité de son œuvre : « Attendez ce que le Père avait promis ... vous serez baptisés dans l’Esprit Saint » [Ac 1,4-5].

La descente de l’Esprit Saint est un événement qui s’est déroulé à un moment et un lieu donnés. Saint Luc le décrit dans les Actes des Apôtres : « Tout à coup il vint du ciel un bruit tel que celui d’un violent coup de vent... et ils virent apparaître des langues qu’on eut dites du feu ; elles se divisaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint. » [Ac 2,2-3].

La descente du Saint Esprit a eu lieu de manière perceptible à tous et était réellement visible, et son effet était tout aussi perceptible à ceux qui l’avait reçu. Ils se sentaient des hommes nouveaux et ils ont acquis le don de parler en d’autres langues. Lors de la construction de la tour de Babel, qui a marqué l’extrême limite de l’éloignement de l’homme de Dieu et de son opposition à lui, la division des langues a eu lieu conformément à la volonté de Dieu ; alors qu’à la Pentecôte la division a été guérie. L’Esprit Saint unit toutes les langues dans l’Église, dans le Christ il n’y a ni Grec ni Juif. Chaque apôtre a reçu une langue distincte de l’unique Esprit Saint, ainsi que le dit saint Paul : « Il y a diversité de dons... diversités de ministères... diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu…, et à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun. » [1 Co 12,4-7]. Dans l’Église primitive les dons de l’Esprit Saint étaient si abondants que certains d’entre eux étaient convoités plus que d’autres, telle que décrit par saint Paul dans 1 Corinthiens 12-14.

La descente de l’Esprit Saint par l’imposition des mains par les apôtres était toujours sensible, comme on peut le voir à partir d’instances diverses : chez des Samaritains (Ac 8,15-17), l’eunuque (8,39), Corneille (10,44-47), et les Éphésiens (19,2-6). Par la suite, dans la vie de l’Église, comme de nos jours, ces dons ne sont plus toujours perceptibles, en raison de la fragilité peccamineuse et grâce à une dispense spéciale de la Providence, mais leur pouvoir et leur actualité ne sont pas pour autant affectés. Les langues de feu qui sont descendues sur le monde à la Pentecôte restent avec nous, et nous, chrétiens, nous vivons par la puissance agissante de la Pentecôte, car elle demeure dans l’Église du Christ. Tout ce qui a lieu dans l’Église, les sacrements, les prières, les rites sacrés, est une manifestation des langues de feu de la Pentecôte présentes dans le monde. La sainteté de l’Église, ses pouvoirs spirituels et ses réalisations sont tous dus à la puissance de la Pentecôte. Sur les sommets de la sainteté les langues de feu de la Pentecôte deviennent perceptibles aussi chez nous : le visage de saint Séraphimde Sarov brillait comme le soleil quand il a manifesté la présence de l’Esprit Saint à [son disciple] Motovilov. Et même maintenant les yeux des gens brillent aux moments de ravissement dans la prière, témoignant clairement de l’Esprit Saint qui repose sur eux.

Il est donné à chacun d’entre nous d’avoir une part dans la Pentecôte, mais il nous faut cultiver ce don et l’acquérir par le travail et l’effort. À la fois visible et invisible, la Pentecôte continue à faire son travail dans le monde et dans l’humanité. L’Esprit Saint habitant dans l’Église bâtit le corps du Christ, le royaume des saints en attente de la gloire à venir. Non seulement l’homme mais la création dans son ensemble sont prédestinés à cette gloire. Les Israélites faisaient des tabernacles de branches à la fête de la Pentecôte, et maintenant les chrétiens apportent des fleurs à l’église, des herbes et des branches d’arbres. De cette façon, l’ensemble de la nature entre dans le Cénacle de Jérusalem et a une part dans la fête de la Pentecôte. Comme le dit saint Paul, la création tout entière attend la manifestation de la gloire des enfants de Dieu [cf. Rm 8,21], pour les cieux nouveaux et la terre nouvelle, pour la Pentecôte cosmique au-delà du seuil de la résurrection universelle.

Le Saint Esprit qui vit maintenant dans l’Église et en fait un royaume de la grâce en fera un royaume de gloire ; l’image divine sera reflétée dans toute la création et Dieu sera tout en tous. Mais ce royaume de gloire à venir sera l’accomplissement de ce qui a déjà été atteint par l’œuvre du Christ et la descente de l’Esprit Saint dans le monde. Le Seigneur est déjà uni à sa création. Il l’a divinisé et il y demeure. Nous appelons le jour de la Pentecôte le « jour de la Sainte Trinité » ; c’est, pour ainsi dire, une seconde Épiphanie. Dieu le Père manifesté en son Fils se manifeste également dans l’Esprit qui procède du Père et qui est envoyé par le Fils. Dieu est amour tri-personnel, l’amour mutuel entre les trois Personnes divines et l’amour pour la création se manifestent dans la descente de l’Esprit. Et maintenant, cette condescendance divine se révèle à la fin : le Seigneur a à la fois créé le monde et il est venu habiter en elle, le Père par le Fils et le Saint Esprit. Amen.

Traduit de l’anglais.

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