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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 02:52

Nouveau martyr : le prêtre Mikhaïl Bogoroditski (1872 - 1937)
Traduit par Laurence Guillon 

La Russie vue par les yeux de la Revue "FOMA" 

Le saint prêtre martyr Mikhaïl est né en 1872, dans le village de Stoudenetskie Vyselki, district de Lipetsk, gouvernement de Tambov, dans la famille du sacristain Trophim Ivanovitch Bogoroditski. La femme de celui-ci, Daria Alexeïevna, était illettrée, mais cela ne l’empêchait pas d’élever ses enfants dans la foi et la piété ; de ses six fils, quatre devinrent des prêtres et un diacre. En 1897, Mikhaïl Trophimovitch termina le séminaire de Tambov et se maria avec Maria, fille de l’archiprêtre Fiodor Charov, qui exerçait dans la ville de Kozlov, dans l’église consacrée à l’icône de la Mère de Dieu «Joie de Tous les Affligés ».A ce moment, le père Fiodor, qui avait servi quarante ans, n’avait déjà plus de forces, et Mikhaïl Trophimovitch fut ordonné prêtre à sa place, comme c’était alors l’usage. Par la suite, le père Mikhaïl et Maria Fiodorovna eurent treize enfants. 
Elevé par une mère pieuse, le père Mikhaïl se distinguait par une attention constante aux besoins de ses paroissiens. A n’importe quel heure du jour ou de la nuit, il partait confesser et communier les malades, recevait chez lui les pauvres et les pèlerins, intercédait pour les familles démunies afin que leurs enfants fussent pris dans les lycées au compte du gouvernement. Pour son fervent ministère, le prêtre fut promis au rang d’archiprêtre.

Le père Mikhaïl fut arrêté la première fois, au moment de la confiscation des biens de l’Eglise, en 1922 
La deuxième fois, pour avoir refusé de reconnaître les réformateurs, en 1927. Après son arrestation, ces derniers allèrent chez lui essayer de convaincre sa femme de se rendre à la prison pour lui demander de rejoindre « l’Eglise vivante », et alors, l’assurèrent-ils, car ils étaient proches de l’Oguépéou, il serait libéré. Maria Fiodorovna se mit à pleurer : elle désirait, bien sûr, la libération de son mari mais elle savait qu’il n’accepterait jamais cette proposition, et, en fin de compte, déclara à ses visiteurs que si elle allait la lui transmettre en prison, il la chasserait, et elle perdrait son estime pour toujours. 
Le père Mikhaïl fut bientôt libéré, mais les persécutions contre lui et sa famille ne cessèrent pas ; les autorités augmentaient constamment leurs impôts, et en conséquence, leur maison et tous leurs biens furent confisqués. 

En 1930, l’Oguépéou tenta de fermer toutes les églises de la ville de Kozlov et, pour cela d’en arrêter les prêtres. Le 3 février 1930, ils furent enfermés en prison, et parmi eux, l’archiprêtre Mikhaïl. On les accusa d’avoir fondé une organisation contrerévolutionnaire antisoviétique. Le jour suivant son arrestation, le père Mikhaïl fut interrogé, et, répondant aux questions de l’inspecteur, dit : « Je n’ai jamais fait d’agitation contrerévolutionnaire et ni dans l’église, ni parmi les citoyens, je n’ai jamais rien dit d’antisoviétique ». 

Les témoins, appelés après son interrogatoire, indiquèrent que le prêtre se plaignait de ses difficultés et se lamentait tout haut : « Mais combien de temps cela va-t-il encore durer ? Ou qu’on aille, il n’y a rien, on ne trouve même pas un croûton de pain ». Il disait qu’il ne restait rien d’autre à faire que patienter, la main de Dieu arrêterait les exactions de nos agresseurs. Ayant vu des réformateurs arpenter le cimetière, le père Mikhaïl aurait dit : « Vous vous êtes vendus au pouvoir. Le pouvoir fait des horreurs et vous aussi. Le pouvoir nous tourmente, nous autres orthodoxes, et c’est ce que vous faites aussi. Eh bien soit, nous l’endurerons et là haut, peut-être, nous serons récompensés. » Il arrivait alors effectivement que les autorités fussent ressenties comme occupantes. Mais lorsque ce n’était pas le cas, elles provoquaient ce genre de réactions, affirmant cela à propos d’elles-mêmes, comme si elles s’étaient elles-mêmes perçues comme des forces d’occupation. 

Le 19 mars 1930, la troïka de l’Oguépéou condamna l’archiprêtre Mikhaïl à cinq ans de détention et il fut envoyé dans un camp de concentration de la région de Novosibirsk. 

Libéré en 1935, le père Mikhaïl se rendit d’abord chez lui, à Kozlov, rebaptisé par les autorités Mitchourinsk, mais ne put y exercer, car son église avait été confisquée par les réformateurs. Il s’en alla au village de Bielomiestnaïa Dvoïnia, dans la région de Tambov. Il y vécut seul : ses enfants adultes s’étaient dispersés, et les plus jeunes étaient restés avec son épouse à Mitchourinsk. Le 25 décembre 1936, le père Mikhaïl écrivit à sa fille : « Tu m’écris que tu as les nerfs ébranlés, je vais t’indiquer un très bon remède que j’ai expérimenté sur moi-même, c’est de s’en remettre entièrement à la volonté de Dieu. Rappelle-toi que quoiqu’Il fasse, il le fait pour le mieux. Comme le meilleur docteur donne de doux remèdes comme, le plus souvent, des amers, le Seigneur nous en donne de doux et aussi d’amers, pour le salut de notre âme. Renforce ta foi par la prière, à la maison et à l’église, par la lecture de la parole de Dieu et en particulier du saint Evangile, et tu seras toujours tranquille et heureuse. Cela , je te le dis, je l’ai expérimenté sur moi-même. » Au début de 1937, le président du selsoviet prévint le père Mikhaïl : « Bogoroditski, allez-vous en, on doit vous arrêter,» – « Et à qui laisserai-je l’église et mes paroissiens ? » répondit simplement le prêtre. 

Absolument prêt à son arrestation et à la nécessité de porter à nouveau la croix de son témoignage, le père Mikhaïl s’en alla dans sa famille, à Mitchourinsk faire quelques réparations domestiques, rassembler et retaper ses vêtements de détenu : une veste ouatinée et un manteau de toile imperméable. Maria Fiodorovna l’accompagna à la gare, et ils prirent congé pour toujours. Que transmettre et que dire, quand l’âme pressent la séparation non pas temporaire, avec ses proches, mais avec la vie elle-même ? Que transmettre de plus important ? L’amour de Dieu et de son église, la prière pour le repos de celui qui s’en va, en particulier l’aide active, au sein de l’église, des enfants pour leurs parents, le pardon de tous et le souvenir de l’heure de sa mort. 

Le 14 octobre 1937, le père Mikhaïl écrivit à sa femme, à ses enfants et à ses petits enfants : « Mes chéris, mes inoubliables : maman, mes enfants, mes petits enfants ! Quand je mourrai, je vous demande de m’enterrer de façon chrétienne, ne m’oubliez pas dans vos saintes prières. Faites célébrer pour moi les quarante services. Faites la charité au nom de mon âme pécheresse. « La charité, comme dit la Parole de Dieu, libère de la mort et couvre beaucoup de péchés. » Donnez des prosphores pour le repos de mon âme. C’est d’une grande utilité pour les âmes, quand on prélève un fragment de prosphore en leur nom et qu’on le dépose dans le calice. Je vous en prie, chers enfants ! N’abandonnez pas votre mère, estimez-la comme votre chère maman, qui vous a élevés et nourris. Vous savez combien elle a traversé de maladies, de chagrins et de nuits sans sommeil, pour vous mettre sur pieds. Pour votre piété filiale, Dieu ne vous privera pas de sa grâce. Ne gardez pas de dettes envers elle. Je vous demande à tous pardon, en particulier à toi, maman, j’ai devant toi beaucoup de sujets de repentir. Chers enfants ! Vous aussi, pardonnez-moi, j’ai parfois été trop sévère envers vous, bien que ma sévérité fût la conséquence de mon amour pour vous. Et je vous pardonne à tous, à tous ! 
Je vous en prie, chers enfants, chers petits enfants, priez avec ferveur, n’oubliez jamais le Seigneur, notre Créateur. Faites votre salut ! La mort se tient derrière le dos de chacun de nous. 
Je vous bénis tous au nom de notre Seigneur Jésus Christ. Je vous souhaite en Son Nom une vie bonne et heureuse, et, après votre mort, la vie céleste du paradis. Amen. Votre papa qui vous aime, l’archiprêtre Mikhaïl… Je vous le demande, lisez ce testament à tous mes enfants et petits enfants. » 

En 1937, en relation avec une nouvelle étape dans les persécutions contre l’Eglise Orthodoxe Russe, les collaborateurs du NKVD interrogèrent des témoins au sujet de l’archiprêtre Mikhaïl. L’un d’eux indiqua que, lorsque le père Mikhaïl avait appris que les autorités voulaient fermer les églises, il s’était mis à célébrer chaque jour et une fois, en entrant dans l’église, le témoin avait soi-disant entendu un sermon, au cours duquel il disait que les communistes écrivent dans la constitution que l’on peut librement pratiquer sa religion tout en fermant les lieux de culte. Pour éviter le châtiment de Dieu, il ne fallait pas permettre la fermeture des églises. 

Une autre femme indiqua que le prêtre, en signe de protestation, s’était mis à célébrer tous les jours, lui intimant de venir en amenant d’autres kolkhoziennes croyantes. Dans l’église, au moment du sermon, le père Mikhaïl invitait les fidèles à ne pas laisser les communistes fermer une église orthodoxe. Les croyants s’étaient mis à venir plus souvent se confesser et communier aux Saints Dons du Christ. « Mais le prêtre n’est en rien impliqué dans aucune activité contre révolutionnaire », disait le témoin en conclusion. 

L’enquêteur, peu satisfait de ces dépositions, convoqua des témoins « de service » ou encore « titulaires », comme on les appelait, qui signèrent les procès-verbaux des interrogatoires rédigés par lui-même. Le 12 novembre 1937, le père Mikhaïl fut arrêté. Il vivait alors si pauvrement qu’il n’avait qu’une seule paire de bottes, si vieilles qu’elles se trouvaient alors en réparation; ’il fallut, pour qu’il pût se chausser, l’envoyer chez le cordonnier, et les collaborateurs du NKVD durent l’attendre. 

Deux jours plus tard, le père Mikhaïl fut interrogé, mais il refusa de se reconnaître coupable en quoi que ce soit. L’enquêteur demanda si le prêtre connaissait les témoins cités, et le père Mikhaïl répondit qu’il en connaissait un seul parmi tous ceux qu'on lui présentait, et quand l’enquêteur lui lut sa déposition, le prêtre répondit qu’elle était mensongère. 
Le 20 novembre, la troïka du NKVD condamna l’archiprêtre Mikhaïl à être fusillé ; il le fut le 7 décembre 1937 et on l’enterra dans une fosse commune inconnue. 

Rédigé par Laurence Guillon le 3 Décembre 2010 

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