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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 06:16

Suite à la parution de l'article "Laissez venir à Moi les petits enfants"  , j'ai reçu ce mail : 

 

Bonjour, J'ai lu votre texte.

Lirez-vous le mien, bien qu'il exprime un point de vue différent ?

Cela dit sans chercher à vous convaincre que mon point de vue puisse être plus pertinent que le vôtre, évidemment légitime et respectable.

Bien à vous, Michel THYS Waterloo.

 

Une approche inhabituelle (neuroscientifique) du phénomène religieux.

Sans vouloir simplifier ou réduire l’infinie complexité du psychisme humain, et en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-cognitivo-éducatifs, n’est-il pas légitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique, métaphysique, théologique, psychanalytique, anthropologique, sociologique …) par les observations neuroscientifiques actuelles ? Entendons-nous bien : les neurosciences ne visent évidemment pas à démontrer l’inexistence de « Dieu » (par définition, aucune inexistence n’est démontrable). Mais il est vrai, du moins à mes yeux, qu’elles peuvent inciter à conclure à son existence subjective, imaginaire et donc illusoire. Aussi partielle soit-elle, cette nouvelle approche permet déjà, à mon sens, d’élaborer des hypothèses explicatives quant à l’origine et à la fréquente persistance de la foi, et donc à l’anesthésie, partielle ou totale, de l’esprit critique en matière de religion.

 

Actuellement, selon moi, la liberté constitutionnelle de conscience et de religion est actuellement plus théorique et symbolique qu’effective. En effet, l'émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers. D’abord par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence légitime mais unilatérale et communautariste). Ensuite par l’influence d’un milieu éducatif croyant excluant toute alternative humaniste non aliénante. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 %, la soumission y étant totale.

 

Après Desmond MORRIS (« Le singe nu »), qui l’avait déjà pressenti en 1968, Richard DAWKINS estime que la soumission est génétique : déjà du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu).

 

Déjà en 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, avait constaté (son successeur actuel Vassilis SAROGLOU le confirme) qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et aussi que la religiosité à l’âge adulte en dépend (et donc l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, substitutif et anthropomorphique (cfr Freud !), fût-il « authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre » …).

 

Les neurosciences tendent, me semble-t-il, à confirmer l'imprégnation neuronale du sentiment religieux : des neurophysiologistes ont constaté que les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, mais que les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc les comportements religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. L’IRM fonctionnelle suggère que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment anesthésiés, à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.

 

Ce qui expliquerait l’imperméabilité des croyants, notamment créationnistes, à toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire l’impossibilité de remettre leur foi en question, sans doute pour ne pas se déstabiliser (cf le pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF : « S’il n’y a pas eu « Création », tout le reste s’écroule … ! ». Donc aussi « Dieu …

 

Il est logique dès lors que certains athées, comme Richard DAWKINS, ou agnostiques comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, perçoivent l’éducation religieuse, bien qu’a priori sincère et de bonne foi, comme une malhonnêteté intellectuelle et morale. Henri LABORIT l’avait bien compris : « Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’en détacher, s’il y parvient jamais.(…) Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ». (Mon oncle d’Amérique » d’Alain Resnais).

 

Dans cette optique, les conversions religieuses deviennent compréhensibles : même si l'on ne peut pas actuellement expliquer le processus biochimique qui enclenche le “switch », l’interrupteur qui fait basculer de l’incroyance vers la croyance, le fait est là. :Dans tous les cas, un bouleversement des neurotransmetteurs (dopamine, …) a lieu, un peu comme dans le cas du coup de foudre amoureux. Comment expliquer par exemple la conversion de Paul CLAUDEL, ancien croyant, en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris ? J’émets une hypothèse explicative audacieuse : indépendamment de sa brillante intelligence et de son intellect, tout se passe comme si l’environnement sensoriel (grandes orgues, odeur d’encens, décorum, …- avait provoqué un bouleversement émotionnel, au niveau notamment de la sérotonine, au point de faire « disjoncter » son cerveau rationnel au profit de son cerveau émotionnel. Les sensibilités poétique, musicale, religieuse, …, y ont d’ailleurs des localisations voisines.

 

Les exemples sont nombreux, dans d’autres circonstances, par exemple la conversion du docteur Alexis CARREL, qui avait perdu la foi pendant ses études, et qui l’a retrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle d’Eric-Emmanuel SCHMITT perdu sous le firmament glacial du Sahara. Il est quand même étonnant que, contrairement à un Henri LABORIT, par exemple, aucun d’eux n’ait compris le fonctionnement de son cerveau …

 

Du fait de la sécularisation et de la laïcisation croissantes, de plus en plus d’européens ( les musulmans exceptés) désertent les lieux de culte et privilégient l’autonomie de la conscience et la responsabilité individuelle, plutôt que la traditionnelle soumission religieuse (sauf en Irlande, en Pologne, à Chypre, et à Malte). Les religions réagissent donc par des tentatives de réinvestissement des consciences, de reconfessionnalisation de l’espace public et de recléréricalisation de la politique européenne, tandis que les sectes, expertes en manipulation mentale et en abus de faiblesse, spéculent sur la quête de sens qui subsiste (cf les évangélistes américains, les créationnistes, etc.).

 

Il n’y a pas un « retour du religieux », mais de nouvelles « stratégies » religieuses qui exploitent la vulnérabilité du psychisme humain, notre conception de la « tolérance » et le laxisme de certains politiciens electoralistes qui concèdent des revendications inspirées par la charia.

 

Pour que les libertés de conscience et de religion, et en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait donc, selon moi, s’orienter enfin vers un système éducatif pluraliste proposant à tous une information minimale, progressive, objective et non prosélyte sur les différentes options religieuses ET sur les options laïques actuellement occultées, l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, etc … Certes, la religion est une affaire privée qui, idéalement, n’a pas sa place à l’école. Elle ne devrait y être mentionnée que lors d’un cours d’histoire ou de philosophie, parce qu’un un minimum de culture religieuse fait partie de la culture générale.

 

Un enseignement pluraliste compenserait ainsi l’influence familiale, certes légitime mais unilatérale et donc communautariste. Chacun pourrait choisir, en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, ses convictions philosophiques (OU religieuses puisque le droit de croire restera toujours légitime et respectable, a fortiori si cette option a été choisie plutôt qu’imposée). Cela permettrait enfin de tendre vers une citoyenneté responsable, et de rechercher des valeurs communes, « universalisables », parce que bénéfiques à tous et partout.. Mais cela impliquerait de devoir repenser les notions de neutralité de l’Etat et de libre choix des parents, qui n’est pas prioritaire par rapport à l’intérêt supérieur de l’enfant. Dans une génération, peut-être … ?

 

Michel THYS à Waterloo michelthys@base.be  http://michel.thys.over-blog.org 

 

Références bibliographiques :

- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966. ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.

- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D Religion et développement humain »,. 2001.

- Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.

- Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007.

- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.

- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994 - Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».

- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’. - Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »

- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain » - Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.

- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990. - Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994. - John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.

- Francis CRICK « Une vie à découvrir »

- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ». Etc.

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