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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 06:43

C'est donc d'accord avec la pensée des auteurs du programme du Préconcile que nous entendrons par textes symboliques dans l'Eglise orthodoxe tous les monuments orthodoxes dogmatiques, exprimant, au nom de l'Eglise, sa foi et son enseignement théologique. 
Au Préconcile à venir et au Concile Œcuménique qui le suivra, s'il plaît à Dieu, incombera donc la tâche d'éclaircir ce qui, parmi les nombreux textes dogmatiques, peut être considéré comme un texte symbolique exprimant la foi et l'enseignement de l'Eglise, l'attitude que l'Eglise doit adopter envers ce texte, son degré d'autorité et son caractère obligatoire. Il va de soi qu'aucune question particulière ne se pose au sujet des monuments dogmatiques de l'Eglise ancienne : son Symbole de Foi (Credo), élaboré et confirmé par le Premier et le Deuxième Conciles Œcuméniques, fixé dans sa forme immuable par les Conciles Œcuméniques qui suivirent, les décisions dogmatiques des sept Conciles Œcuméniques en général et au sujet des décisions dogmatiques des Conciles locaux antiques qui furent confirmées par le Sixième Concile Œcuménique (plus exactement par la deuxième règle du Concile in Trullo de 691-692, considéré comme le prolongement des Cinquième et Sixième Conciles). Il est hors de doute que les décisions dogmatiques (όροι) des Conciles Œcuméniques possèdent dans l'Orthodoxie une autorité incontestable et irrévocable, bien qu'on puisse admettre que ces décisions puissent être complétées et explicitées davantage par des Conciles Œcuméniques à venir, s'ils sont convoqués, de même que jadis les Conciles Œcuméniques complétaient les décisions des Conciles qui les avaient précédés. Ainsi, le Deuxième Concile compléta et modifia même le texte du Symbole de Foi du Premier Concile, les Cinquième et Sixième Conciles complétèrent et précisèrent les décisions christologiques des Troisième et Quatrième Conciles. Mais la question se pose surtout sur le caractère et le degré d'autorité des décisions de Conciles locaux et d'autres monuments dogmatiques qui ne furent pas confirmés par des Conciles Œcuméniques, qu'ils remontent à l'époque de ceux-ci ou à des temps plus récents, comme c'est le cas le plus souvent. Dans ce contexte, on pose parfois la question sur le droit même de l'Eglise orthodoxe d'élaborer et d'approuver des décisions dogmatiques après l'époque des Conciles Œcuméniques. Certains contestent ce droit, soit qu'ils nient tout développement dogmatique dans l'Eglise, soit qu'ils ne reconnaissent celui-ci que dans l'Eglise ancienne, considérant le nombre même de sept Conciles Œcuméniques comme sacré et définitif, soit enfin que l'Eglise orthodoxe catholique a soit-disant cessé d'être l'Eglise universelle après la défection du Patriarcat de Rome et n'a pas le droit ni ne peut, seule, sans Rome, convoquer des Conciles Œcuméniques. 
Nous ne pouvons partager ces opinions. L'Eglise orthodoxe nie, certes, l'idée du développement dogmatique dans le sens où l'entend la théologie catholique-romaine la plus récente (depuis le cardinal Newnian) qui s'efforce de justifier les dogmes romains nouveaux qui ne sont contenus ni dans l'Ecriture Sainte, ni dans les écrits des Pères anciens (comme par exemple le Filioque, l'infaillibilité du pape, l'immaculée conception, etc...) en affirmant que le contenu même de la foi et de la révélation s'accroît dans le courant de l'histoire ecclésiastique ; ce qui au début n'aurait eu qu'une forme embryonnaire et n'aurait existé dans l'Ecriture et la Tradition que sous forme d'allusions obscures, ce dont l'Eglise n'avait pas encore pris conscience, se révèle et se manifeste par la suite, se formulant dans la conscience ecclésiale. L'Eglise orthodoxe n'admet pas l'idée d'un tel développement ou évolution du contenu même de la foi et de la révélation. Elle reconnaît cependant que les vérités de la foi, immuables par leur contenu et leur «volume» puisque la foi «a été transmise aux saints une fois pour toutes» (Jude 3), sont formulées dans l'Eglise graduellement et précisées dans des concepts et des termes. C'est là un fait historique incontestable, reconnu même par les théologiens orthodoxes les plus conservateurs, tel que le métropolite Macaire (Boulgakov). Il suffit, pour le confirmer, d'indiquer l'introduction graduelle dans l'usage ecclésial d'expressions théologiques fondamentales qui ne se rencontrent pas dans la Sainte Ecriture. Ainsi le mot « catholique » (pour désigner l'Eglise - καθολική εκκλησία) se rencontre pour la première fois chez saint Ignace d'Antioche (Epître aux Smyrniens 8, 2) vers l'an 110, le mot « Trinité » - Τριάς pour la première fois chez saint Théophile d'Antioche (Epître à Autolycus 2, 15) vers l'an 180, l'expression Θεοτόκος « Mère de Dieu » pour la première fois dans les sources écrites chez Hippolyte de Rome et chez Origène dans la première moitié du IIIe siècle, quoique son emploi populaire soit plus ancien. Les mots «orthodoxes», «Orthodoxie» (όρθόδοξος, όρθοδοξία) sont d'une origine encore plus tardive : on les rencontre pour la première fois chez Méthode d'Olympe au début du IVe siècle. Inutile de parler du terme ομοούσιος «consubstantiel», dont l'histoire est si intéressante. Figurant pour la première fois chez les gnostiques (Valentin et autres, au IIe siècle), ce terme fut rejeté par l'Eglise dans le sens que lui donnait l'hérétique Paul de Samosate, au Concile d'Antioche en 270, mais admis et confirmé au Concile de Nicée en 325, dans son sens orthodoxe. Généralement une telle introduction dans l'usage théologique de termes nouveaux ou une façon nouvelle de formuler les dogmes était une réponse à l'apparition d'hérésies qui dénaturaient la foi et la Tradition de l'Eglise. On ne peut, toutefois, y voir une règle. Des formules nouvelles étaient parfois provoquées par des besoins internes des orthodoxes eux-mêmes de préciser leur foi et leur piété. Ainsi, on peut penser que l'expression « Mère de Dieu » apparut dans des milieux populaires d'Alexandrie qui, par là, exprimaient leur vénération de la Vierge et leur foi dans l'Incarnation.
De même est dépourvue de fondement l'opinion « pieuse » très répandue selon laquelle seule l'Eglise ancienne des sept Conciles Œcuméniques possédait la puissance de la grâce de définir les vérités de la foi, alors que plus tard elle perdit ce don. Malgré son conservatisme apparent, cette opinion fait inconsciemment écho à l'enseignement protestant sur la « corruption » et la « chute » de l'Eglise historique « constantinienne », opposée dans le protestantisme à l'Eglise primitive, apostolique. Mais l'Eglise orthodoxe est consciente d'être la continuatrice authentique et non diminuée de l'ancienne Eglise des Apôtres et des Pères, ou plus exactement d'être cette même Eglise apostolique et patristique à notre époque et de posséder toute la plénitude des dons du Saint Esprit jusqu'à la consommation des siècles. Rappelons ici avec quelle force cette plénitude des dons de l'Esprit Saint possédée par l'Eglise même de nos jours fut enseignée par le grand écrivain spirituel des Xe-XIe siècles, saint Syméon le Nouveau Théologien. Il allait jusqu'à considérer comme la plus grande de toutes les hérésies l'opinion répandue en son temps selon laquelle l'Eglise aurait perdu maintenant la plénitude de la grâce qu'elle avait possédée aux temps apostoliques. Il avait en vue, il est vrai, avant tout le don de la sainteté et de la contemplation ; mais la grâce est, selon l'enseignement de l'Eglise orthodoxe, une force divine unique, tous les dons de l'Esprit Saint sont liés les uns aux autres et demeurent sans altération dans l'Eglise selon la promesse du Christ. Et d'ailleurs, comment fixer la limite historique, à partir de laquelle la période de déclin commencerait dans l'Eglise ? Serait-ce le ΙΓ siècle - moment où le canon néotestamentaire fut défini, comme le pensent les protestants? Le Ve siècle - période post-chalcédonienne, ainsi que de nombreux anglicans semblent le croire? Ou bien la fin de la période des Conciles Œcuméniques, comme le pensent de nombreux orthodoxes qui nient la possibilité de convoquer un nouveau Concile Œcuménique ? Ils croient qu'il ne peut y avoir que sept Conciles parce que sept est un nombre sacré. A titre de preuve, ils citent certains passages de la liturgie consacrée au Septième Concile Œcuménique où ce nombre sept des Conciles est comparé à celui des dons du Saint Esprit, etc... Mais une argumentation, pour ne pas dire une rhétorique semblable avait déjà été appliquée autrefois pour défendre l'autorité du Quatrième Concile Œcuménique contre les attaques des monophysites. On disait qu'il devait y avoir quatre Conciles car ce nombre est sacré, étant celui des évangélistes, des fleuves du paradis, etc.... Il y a eu sept Conciles Œcuméniques, mais l'Eglise n'a jamais décrété que ce nombre était définitif et qu'il n'y en aurait plus.
Moins acceptable encore est l'opinion selon laquelle l'Eglise Orthodoxe Catholique n'aurait pas le droit de convoquer des Conciles Œcuméniques seule, après la défection du Patriarcat de Rome et sans la participation de celui-ci. L'Eglise du Christ ne s'est pas divisée parce que Rome l'a quittée. Quelque pénible, voire même tragique qu'ait été cette défection, elle n'a pas amoindri la plénitude de la vérité et de la grâce dans l'Eglise, de même que la défection non moins pénible et tragique des nestoriens et des monophysites n'avait pas amoindri cette plénitude dans l'Eglise ancienne. L'Eglise orthodoxe a toujours conscience de son identité avec l'Eglise ancienne, l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique dont parle le Credo. Elle conserve donc jusqu'à nos jours, dans sa plénitude, le droit de convoquer des Conciles Œcuméniques et d'y prendre des décisions dogmatiques. Ceci d'autant plus que même avant la défection de Rome, aucun des Conciles Œcuméniques n'a été convoqué par les papes de Rome ni même sur leur initiative ; aucun d'eux n'eut lieu à Rome et à aucun les légats du pape n'avaient assumé la présidence, tout en étant les premiers à signer les actes conciliaires, ayant la primauté d'honneur.
Il est donc incontestable qu'après la période des sept Conciles Œcuméniques, l'Eglise Orthodoxe a conservé le droit d'énoncer des jugements dogmatiques et de promulguer des définitions en précisant et en formulant son enseignement théologique. L'histoire ecclésiastique nous montre, d'ailleurs, que c'est ainsi que l'Eglise orthodoxe agissait effectivement tout au long des siècles. Toutefois, puisqu'au cours de toute cette période historique, pour des raisons dont nous ne parlerons pas ici car cela nous entraînerait hors des cadres de cet exposé, aucun Concile Œcuménique ne fut convoqué ou, plutôt, aucun Concile ne fut reconnu par l'ensemble de l'Eglise comme œcuménique, toutes ces définitions ecclésiastiques locales, ces confessions de foi, ces messages, etc..., tous ces « textes symboliques » comme on les appelle, sont privés d'autorité indiscutable et d'une reconnaissance ecclésiastique générale, n'ayant pas été examinés ni approuvés par l'Eglise dans son ensemble à un Concile Œcuménique. En effet, seul un tel Concile, étant une expression de toute l'Eglise Catholique universelle, possède, de par les promesses faites par le Seigneur à Son Eglise, en vertu de la grâce préservée dans l'épiscopat par la succession apostolique, le don d'énoncer dans le domaine de la "foi des décisions infaillibles et autoritaires, le Concile Œcuménique pouvant conférer ce caractère d'infaillibilité et d'autorité à des définitions théologiques et décisions d'instances ecclésiastiques moins élevées, celles des Conciles locaux, des patriarches et des évêques.Une des tâches qui incombera au Concile Œcuménique à venir sera donc le choix parmi le grand nombre des décisions théologiques de la période « post-conciliaire », de celles qui peuvent être considérées comme exprimant entièrement l'enseignement orthodoxe à l'exemple des documents dogmatiques anciens, reconnus par les sept Conciles Œcuméniques. Si la conscience conciliaire reconnaît la nécessité d'un tel choix, le critère suivant lequel il pourrait être fait peut être envisagé à peu près comme suit :
1) L'identité (quant à leur fond) des textes dogmatiques examinés avec l'enseignement de l'Ecriture, des Conciles Œcuméniques et des saints Pères. L'Eglise est la gardienne de « la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes» (Jude 3).
C'est par les paroles : « En marchant dans les traces des saints Pères... » que les Pères du Quatrième Concile Œcuménique (Chalcédoine) commencent leur célèbre définition sur la foi (oros). C'est cette voie que devra suivre également la théologie orthodoxe authentique. La fidélité aux Pères est sa caractéristique essentielle. Ceci non seulement parce que ce sont les Pères anciens, bien que le témoignage de l'ancienneté ait toujours son prix, mais parc que leurs œuvres expriment réellement la foi de l'Eglise, qu'avaient prédite les prophètes, que le Christ avait enseignée par Sa parole et par Ses actes, que les apôtres avaient prêchée dans la force de l'Esprit Saint, que les Conciles avaient définie, les Pères explicitée. « Ceci est la foi apostolique, ceci est la foi des Pères, ceci est la foi orthodoxe, c'est la foi qui affermit l'univers ».
C'est précisément cette foi que doit immanquablement exprimer toute confession ou définitιon orthodoxe.
2) Tout « texte symbolique » digne d'être confirmé en tant qu'expression de la foi de l'Eglise et revêtu de son autorité doit être orthodoxe, non seulement dans son fond, mais aussi dans la façon dont il est formulé ; par la manière dont il est exprimé et fondé, il doit être à la hauteur de la théologie patristique. En effet, les saints Pères furent non seulement des confesseurs de la vraie foi, mais aussi de grands théologiens, de fins penseurs, des contemplateurs des profondeurs de l'Esprit et des mystères divins. Des textes décadents dont la forme est ratée, dont le contenu est exprimé en termes impropres pour la Tradition orthodoxe, des textes pauvres quant à la pensée théologique ne sauraient prétendre à être reconnus en tant qu'expression de l'Orthodoxie à l'égal des confessions anciennes qui exprimaient la haute théologie des Pères.
3) Enfin, les textes nouveaux, tout en exprimant la foi immuable de l'Eglise, « transmise une fois pour toutes aux saints», ne doivent pas être une simple répétition des définitions dogmatiques adoptées, car alors leur formulation et leur proclamation perdent leur raison d'être. Ces textes doivent fournir des réponses identiques en esprit mais nouvelles par leur forme aux erreurs apparues récemment, aux questions spirituelles, aux difficultés ; ils doivent préciser et compléter ce qui jadis n'avait pas été dit suffisamment ou ce qui avait été exprimé avec une clarté insuffisante, les questions elles-mêmes n'étant pas encore, à cette époque, suffisamment mûres et éclaircies dans la conscience ecclésiale, ou bien les fausses doctrines auxquelles il s'agissait d'opposer l'enseignement ecclésial n'existant pas encore. Seuls des textes symboliques fidèles à l'esprit de l'Orthodoxie, suffisamment parfaits dans leur forme et leur pensée théologique, traitant de questions nouvelles, peuvent être choisis et soumis à l'approbation du Concile Œcuménique à venir pour y être proclamés et revêtus de l'autorité de l'Eglise.

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Enseignement spirituel

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