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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 23:06

Le rôle de la religion dans la guerre

 

"Maintenant, le point le plus important.
 
 
 
J'ai déjà indiqué que les Byzantins n'avaient aucun concept d'une guerre sainte véritable, bien que cela sera spécifié plus bas. Les écrivains byzantins n’utilisaient  le terme de guerre sainte (hieros polemos) seulement en référence à l'une des trois « guerres sacrées » menées pour la possession de l'oracle d'Apollon à Delphes et qui ont eu lieu en 590, 449, 355-347, toutes av JC. La plupart des références byzantines, comme la Souda (I.191), allusion à la seconde, apparemment à la suite de Thucydide (1.112) et Aristophane (Aves 556). Le terme de guerre sainte est utilisé, autant que je puisse en juger, par des écrivains antiques et byzantins seulement dans le cadre de ces guerres. 
 
En un sens, cependant, toutes les guerres byzantines ont été saintes, parce que l'empereur a été sacré, et c'est par son autorité et, parfois, sous sa direction que les guerres ont été menées.
Elles ont été déclarées par l'empereur et on s’est battu au nom de l'empire. Elles ont été des guerres impériales, entièrement dans la tradition romaine. Leur caractère essentiel n'a pas changé parce que désormais les légions entraient dans la bataille sous le signe de la croix. Leurs prières pour obtenir la bénédiction de Dieu et d'autres pratiques religieuses n'ont pas rendu leurs guerres saintes ou spécifiquement religieuses, comme cela a parfois été affirmé12.
Depuis des temps immémoriaux, la religion a joué un rôle dans la guerre. Un peuple offre un sacrifice à ses dieux avant d'aller au combat et, en en sortant victorieux, va renverser les statues des dieux des adversaires pour les remplacer par les siennes. S'agit-il de guerres de religion, ou sont-ils simplement les conflits tribaux motivés par la vengeance, le pillage ou l'acquisition de terres ou d’esclaves ?
 
 
L'invocation de divinités est essentiellement un moyen supplémentaire d'assurer la victoire, en enrôlant l'aide de puissants alliés pour faire pencher la balance en sa faveur. Considérons la Guerre de Troie. Non seulement les dieux et les déesses furent convoqués par la prière et le sacrifice, mais ils participèrent directement aux combats. Pourtant, il ne viendrait à l’idée de personne de définir la guerre de Troie comme une guerre sainte. Considérons, aussi, les conflits qui ont souvent été cités comme des précédents et comme des modèles d'inspiration pour les guerres saintes chrétiennes, je veux dire celles menées par le peuple d'Israël, selon les livres de Josué, des Juges, des Rois, et d’autres. Pense-t-on  vraiment que l’on peut les considérer comme des guerres de religion?
 
 
N'étaient-ils pas principalement des conflits armés entre des tribus semi-nomades qui luttaient pour acquérir des terres? Leur Dieu peut d’ailleurs leur accorder la victoire ou la leur refuser, mais, en dernière analyse, la motivation fondamentale et l'objectif de la plupart de ces guerres ne sont pas essentiellement religieux, celles des Macchabées sont peut-être une exception. Combien de guerres, ensuite, plus tard, menées par les chrétiens et les musulmans ont été des guerres vraiment religieuses, sans parler de guerres saintes ? N’ont-elles pas été, dans une large mesure, des conflits tribaux ou féodaux avec beaucoup de signes extérieurs religieux ?

 
En essayant de les classer comme conflits religieux ou sacrés, on peut se demander : Est-ce que dans ces guerres on se bat principalement pour des raisons religieuses? S’il n’y avait eu que  peu ou pas de motivation religieuse se serait-on encore battu ?


 Les premiers croisés [en revanche] fournissent un bon exemple. Personne avec son bon sens, même au Moyen Age, ne quitterait le confort de sa maison, n’emballerait tous ses biens, ne partirait pour une marche de deux mille kilomètres, n’endurerait des souffrances incroyables, et tout ceci face à la menace très réelle de la mort s'il n'était pas motivé par la religion. Bien qu'il y en ait eu quelques-uns, comme Bohémond, qui ont pu avoir des motifs moins nobles, la majorité des Croisés n’avait pas à gagner le moindre avantage stratégique, économique ou politique, en particulier au cours des cent premières années. Ils se mirent en marche vers l'Orient pour ce qu'ils considéraient comme une action religieuse, sinon un devoir. Pour eux, ce fut sûrement une guerre sainte.
 
 
D'autre part, les longues campagnes d’Herakleios contre les Perses, parfois dépeintes comme une croisade prototype, abondaient en éléments religieux13. Les Perses avaient détruit des églises, massacré les chrétiens, et emporté la Sainte Croix de Jérusalem ; ils devaient être punis et la croix restaurée. Le patriarche a prié pour la victoire et béni les troupes qui marchaient sous l'étendard de la croix. La religion a joué un rôle majeur dans le conflit. Mais, même si ces motivations religieuses n'avaient pas été présentes ou n'avaient pas été aussi importantes, Herakleios serait presque certainement tout de même parti en guerre. Ses guerres ont été menées autant pour conserver un avantage stratégique et défendre le territoire, que pour la religion. Les guerres d’Herakleios n'étaient que la première phase du conflit géopolitique entre les Romains et les Perses qui avaient cours depuis six cents ans. Elles ont été des guerres impériales, et non des guerres saintes. 
Bien que la rhétorique et le rituel religieux aient été importants et omniprésents, les guerres byzantines suivantes, celles de Nicéphore Phocas, au Xe siècle, par exemple, ou celles des empereursComnène au douzième, ont d'abord et avant tout été des guerres impériales. Que leurs objectifs parfois aient coïncidé avec des objectifs religieux n'ont pas modifié cette caractéristique fondamentale. Enfin, il convient de noter que les mêmes pratiques religieuses ont été observées par les forces armées byzantines, qu’elles soient confrontées à un ennemi non-chrétien ou chrétien." (à suivre)
 
 
(Version française de Maxime le minime)
d'après Defenders of the Christian People: Holy War in Byzantium
By George T. Dennis 
 un extrait de Les croisades du point de vue de Byzance et du monde musulman
édité par Angeliki E. Laiou et Mottahedeh Parviz Roy
publié par Dumbarton Oaks Research Library and Collection
Washington, D.C.

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