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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 11:30
Du « frère aîné » aux « pères dans la foi » : Benoît XVI et les juifs
Quelques extraits du pontificat sur la Shoah

ROME, Jeudi 27 janvier 2011 (ZENIT.org) - « Le lieu où nous nous trouvons est un lieu de la mémoire, c'est le lieu de la Shoah. Le passé n'est jamais uniquement le passé. Il nous concerne et nous indique les chemins à ne pas suivre et ceux à suivre » : a déclaré le pape Benoît XVI à Auschwitz, le 26 mai 2006.

Aujourd'hui, en cette Journée internationale de la mémoire des victimes de la Shoah, adoptée par les Nations Unies en 2005, c'est l'occasion, comme le fait Radio Vatican, de rappeler les différentes interventions de Benoît XVI sur « cette tragédie qui a marqué l'histoire du XXe siècle », depuis son élection en avril 2005.

Radio Vatican cite en particulier comme « historiques » et « émouvantes » les visites du pape au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau en 2006 et au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, le 11 mai 2009 (le pape y évoque le « nom » des victimes, indélébile dans la mémoire de l'humanité), mais aussi sa condamnation du négationnisme et du « réductionnisme », à l'occasion de la Journée de la mémoire de 2009.

Mais c'est aussi l'occasion de rappeler que dans son livre « Lumière du monde », le pape dit préférer, pour désigner le rapport entre juifs et chrétiens, l'expression « nos pères dans la foi » à l'expression « frères aînés », et il explique pourquoi.

La mémoire de la Shoah à Auschwitz

Dans son allocution à Auschwitz-Birkenau, auprès des stèles en différentes langues, le pape « allemand » comme il le dit, avoue qu'il préférerait le silence aux discours en ce lieu : « Prendre la parole dans ce lieu d'horreur, d'accumulation de crimes contre Dieu et contre l'homme, lieu qui est sans égal au cours de l'histoire, est presque impossible - et particulièrement difficile et opprimant pour un chrétien, pour un Pape qui vient d'Allemagne. Dans un lieu comme celui-ci, les paroles manquent; en réalité, il ne peut y avoir qu'un silence effrayé - un silence qui est un cri intérieur vers Dieu: Pourquoi, Seigneur, es-tu resté silencieux? Pourquoi as-tu pu tolérer tout cela? C'est dans cette attitude de silence que nous nous inclinons au plus profond de notre être, face à l'innombrable foule de tous ceux qui ont souffert et qui ont été mis à mort; toutefois, ce silence devient ensuite une demande de pardon et de réconciliation, formulée à haute voix, un cri au Dieu vivant, afin de ne plus jamais permettre une chose semblable ». Il met ses pas dans ceux du pape polonais, le 7 juin 1979.

Il insiste sur le sens de la visite du pape « allemand » après celle du pape polonais : « Le Pape Jean-Paul II était venu ici comme un fils du peuple polonais. Aujourd'hui, je suis ici comme fils du peuple allemand, et c'est précisément pourquoi je dois et je peux dire comme lui: je ne pouvais pas ne pas venir ici. Je devais venir. C'était et c'est un devoir face à la vérité et au droit de ceux qui ont souffert, un devoir devant Dieu d'être ici, en tant que Successeur de Jean-Paul II et en tant que fils du peuple allemand - fils du peuple dans lequel un groupe de criminels arriva au pouvoir au moyen de promesses mensongères, au nom de perspectives de grandeur, au nom de l'honneur retrouvé de la nation et de son importance, par des perspectives de bien-être, mais également par la force de la terreur et de l'intimidation, de sorte que notre peuple a pu être utilisé et abusé comme instrument de leur soif de destruction et de domination. Non, je ne pouvais pas ne pas venir ici. »

Mais il rappelle aussi sa présence, aux côtés de Jean-Paul II et une autre visite: « Le 7 juin 1979, je me trouvais ici comme Archevêque de Munich-Freising parmi les nombreux Evêques qui accompagnaient le Pape, qui l'écoutaient et qui priaient avec lui. En 1980, je suis ensuite revenu une fois de plus dans ce lieu de l'horreur avec une délégation d'Evêques allemands, bouleversé par tant de mal et plein de reconnaissance parce que sur ces ténèbres avait brillé l'étoile de la réconciliation ».

« Telle est encore la raison pour laquelle je suis ici aujourd'hui: pour implorer la grâce de la réconciliation - avant tout de Dieu, qui seul peut ouvrir et purifier nos coeurs; puis des hommes qui ont souffert, et enfin la grâce de la réconciliation pour tous ceux qui, en cette heure de notre histoire, souffrent à nouveau à cause du pouvoir de la haine et de la violence fomentée par la haine », a ajouté le pape.

Il y pose la question du silence de Dieu : « Combien de questions nous envahissent en ce lieu! La même question revient toujours à nouveau: Où était Dieu en ces jours-là? Pourquoi s'est-il tu? Comment a-t-il pu tolérer cet excès de destruction, ce triomphe du mal? »

Un mal qu'il exprime aussi en ces termes : « Les potentats du Troisième Reich voulaient écraser le peuple juif tout entier; l'éliminer du nombre des peuples de la terre. Alors, les paroles du Psaume: "On nous massacre tout le jour, on nous traite en moutons d'abattoir" se vérifièrent de façon terrible ».

« Nous pouvons ainsi espérer que du lieu de l'horreur naisse et croisse une réflexion constructive et que le souvenir aide à résister au mal et à faire triompher l'amour », a aussi déclaré Benoît XVI.

Le pape et la Journée de la mémoire

Pour la Journée de la mémoire, le pape a prononcé ces paroles, au terme de l'audience générale du 28 janvier 2009 : « En ces jours où nous rappelons la Shoah, me reviennent en mémoire les images recueillies lors de mes visites répétées à Auschwitz, l'un des camps dans lesquels a eu lieu le massacre atroce de millions de juifs, victimes innocentes d'une haine raciale et religieuse aveugle. Alors que je renouvelle avec affection l'expression de ma pleine et indiscutable solidarité avec nos frères destinataires de la Première Alliance, je souhaite que la mémoire de la Shoah incite l'humanité à réfléchir sur la puissance imprévisible du mal lorsqu'il conquiert le cœur de l'homme ».

Le pape reprend la terme des stèles de Birkanau : « avertissement » en disant : « Que la Shoah soit pour tous un avertissement contre l'oubli, contre la négation ou le réductionnisme, car la violence contre un seul être humain est une violence contre tous. Aucun homme n'est une île, a écrit un poète célèbre ».

« Que la Shoah enseigne en particulier aux anciennes et aux nouvelles générations, a insisté le pape, que seul le chemin difficile de l'écoute et du dialogue, de l'amour et du pardon conduit les peuples, les cultures et le religions du monde à l'objectif souhaité de la fraternité et de la paix dans la vérité. Que jamais plus la violence n'humilie la dignité de l'homme! »

Une violence que le jeune Joseph Ratzinger a vécu, comme il l'évoque à l'angélus du 9 novembre 2008, pour le 70e anniversaire de la Nuit de Cristal (9-10 novembre 1938), appelant les catholiques à une « profonde solidarité avec le monde juif ».

« C'est aujourd'hui le 70e anniversaire de ce triste événement qui a eu lieu dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, lorsque s'est déchaînée en Allemagne la furie nazie contre les juifs. Les commerces, les bureaux, les habitations, et les synagogues furent attaqués et détruits, et de nombreuses personnes furent également tuées, ce qui fut le début de la persécution violente et systématique des juifs allemands qui déboucha sur la Shoah », a rappelé Benoît XVI.

Benoît XVI prononce un nouvel appel au « jamais plus », et insiste sur le devoir d'éduquer les jeunes dans le respect de l'autre. « Aujourd'hui encore, je ressens douloureusement ce qui est arrivé à cette tragique occasion, dont le souvenir doit servir à faire en sorte que des horreurs semblables ne se répètent jamais plus et que l'on s'engage, à tous les niveaux, contre toute forme d'antisémitisme et de discrimination, en éduquant surtout les jeunes générations au respect et à l'accueil réciproque », a déclaré le pape.

Le pape demande aux catholiques de manifester leur « solidarité » avec la communauté juive. « J'invite en outre, a ajouté Benoît XVI, à prier pour les victimes d'alors et à vous unir à moi en manifestant une profonde solidarité avec le monde juif ».

Dans sa salutation en allemand, le pape a évoqué ces « terribles événements » qui ont eu lieu dans ce qui était « alors le Reich allemand », lorsque « les citoyens juifs » ainsi que leurs biens et leurs synagogues sont devenus « l'objectif d'actes de violence destructeurs et indignes ».

Benoît XVI a dit prier, « en souvenir des victimes » pour demander l'aide de Dieu pour la « construction d'une société » où des gens « de différentes religions et de différents peuples puissent vivre ensemble dans la paix et la justice ».

Visite à la synagogue de Rome

L'an dernier à l'occasion de la Journée de dialogue avec le judaïsme, le 17 janvier en Italie, le pape s'est rendu à la grande synagogue de Rome où il a reconnu amèrement que de nombreux catholiques sont restés indifférents au drame de la shoah. Il y a aussi rappelé le caractère irréversible du chemin d'amitié entre juifs et catholiques depuis notamment le concile Vatican II et « Nostra Aetate ». Il a demandé pardon pour les souffrance infligées par les chrétiens au peuple juif : « l'Eglise n'a pas manqué de déplorer les fautes de ses fils et de ses filles, en demandant pardon pour tout ce qui a pu favoriser d'une manière ou d'une autre les plaies de l'antisémitisme et de l'antijudaïsme » (cf. Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme, Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, 16 mars 1998).

« Il me revient à l'esprit, a ajouté Benoît XVI, la prière pleine de tristesse au Mur du Temple à Jérusalem du Pape Jean-Paul II, le 26 mars 2000, qui résonne avec vérité et sincérité au plus profond de notre cœur : « Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton Nom soit apporté aux peuples : nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils, et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l'Alliance ».

Les Juifs, nos « pères dans la foi »

Il semble que le pape ait fait faire un saut à la réflexion sur les rapports entre juifs et catholiques dans son livre-entretien avec Peter Seewald « Lumière du monde » (Bayard 2011) en employant cette expression : « nos pères dans la foi ».

Benoît XVI évoque sa formation théologique et le lien inextricable entre Premier et Nouveau Testament. Il ajoute : « Nous avons été touchés en tant qu'Allemands par ce qui est arrivé sous le IIIe Reich, et nous nous en sommes d'abord tenus à regarder le peuple d'Israël avec humilité et honte, et avec amour », avec un impact non-indifférent sur sa pensée théologique.

A propos des « frères aînés », il fait observer : «  Les juifs n'aiment pas trop entendre les mots « le frère aîné », que Jean XXIII employait déjà. Dans la tradition juive, le « frère aîné », Ésaü, est aussi le frère réprouvé. On peut quand même employer ces mots parce qu'ils disent quelque chose d'important. Mais il est exact que les Juifs sont aussi nos « pères dans la foi ». Et ces mots rendent peut-être encore plus visible la manière dont nous sommes liés. »

Anita S. Bourdin

 

Séminaire au Vatican sur associationnisme catholique et culture de la vie
Présentation du Message de Benoît XVI pour la Journée mondiale du malade

ROME, Jeudi 27 janvier 2011 (ZENIT.org) - « Associationnisme sanitaire catholique et culture de la vie » : c'est le thème d'un séminaire qui se tiendra le 5 février 2011 à l'auditorium Saint Pie X pour la clôture des célébrations du 25e anniversaire du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé.

Ce séminaire sera présenté au Vatican jeudi prochain, 3 février, par le président de ce dicastère, Mgr Zygmunt Zimowski, le secrétaire, Mgr José Luis Redrado Marchite, et du sous-secrétaire, Mgr Jean-Marie Mpendawatu, et par Mme Rosa Merola, consulteur.

Le séminaire sera présenté à l'occasion de la publication du Message de Benoît XVI pour la XIXe Journée mondiale du malade (11 février 2011).

 

« Un chemin à ne pas répéter » : la Shoah à la Une de L'Osservatore Romano
La Journée 2011 de la mémoire des victimes

ROME, Jeudi 27 janvier 2011 (ZENIT.org) - « Un chemin à ne pas répéter » : c'est le titre qui barre la Une de L'Osservatore Romano du 28 janvier, à l'occasion de la Journée de la mémoire des victimes de la Shoah.

L'article évoque la célébration qui a eu lieu, ce 27 janvier, sur le site du camp d'extermination d'Auschwitz-Birchenau, dans la région de Cracovie, en présence du président polonais, M. Bronislaw Komorowski et du président allemand M. Christian Wulff.

Les deux présidents, souligne L'OR, ont averti que « les horreurs à l'origine de la Shoah sont encore aujourd'hui un danger quotidien ».

« Après la seconde guerre mondiale, il ne s'est pas passé un seul jour sans guerre dans le monde. Nous assistons tous les jours à des massacres, à des génocides sur base ethnique, raciale, religieuse ou linguistique », a déclaré le président Wulff.

« Nous avons le devoir de poser en ce lieu la question de comment protéger le monde contre le crime, la haine, et le mépris des droits de l'homme », a dit le président Komorowski, toujours selon la même source.

L'Osservatore Romano ajoute que dans son message pour cette Journée 2011, le secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, a voulu rendre un hommage particulier aux femmes qui ont été impliquées dans la Shoah : « Mères et filles, grands-mères, sœurs, tantes, virent leurs vies changées de façon irrévocable, leurs familles séparées, leurs traditions détruites. En dépit d'actes de discrimination horribles, des privations, des cruautés, elles ont constamment trouvé des voies pour combattre leurs persécuteurs ».

Enfin, L'OR cite l'allocution du président de la République italienne, M. Giorgio Napolitano, lors de la cérémonie à Rome - transmise en direct sur RAI 3 ce jeudi matin -. Le président a notamment fait allusion aux « responsabilités italiennes » dans ces événements : « Rien ne pouvait motiver, sinon un racisme aveugle et persécuteur, l'expulsion de la communauté civile italienne, décrétée par le fascisme, des juifs et de leurs communautés ». Le président italien a appelé à la « vigilance » pour aujourd'hui, et à « réagir rapidement partout où ce germe se manifesterait sous quelque forme que ce soit ».

Anita S. Bourdin

 

Don Camillo et Peppone dans la Salle Paul VI, titre L'OR

ROME, Jeudi 27 janvier 2011 (ZENIT.org) - Don Camillo et Peppone sont de nouveau entrés en scène dans la Salle Paul VI du Vatican, a rapporté avec humour L'Osservatore Romano après l'audience générale.

« Leurs successeurs, don Giovanni Davoli et Giuseppe Vezzani, respectivement curé et maire de Brescello », où les films tirés des romans de Giovannino Guareschi ont été tournés, ont en effet assisté à l'audience générale, mercredi 26 janvier, explique le quotidien du Vatican.

« Aucun ‘gag' » de la part des deux hommes qui ont tout de même voulu rendre hommage au pape qui, dans son livre d'entretien Lumière du monde, affirme regarder « volontiers Don Camillo et Peppone ».

« Naturellement - ajoute L'Osservatore Romano - le maire et le curé sont arrivés à l'audience dans deux bus différents : même s'ils ne se disputent plus, ils préfèrent tout de même maintenir les anciennes traditions ».

Les deux hommes ont offert au pape les 5 films en DVD, en italien et en allemand.

 

Entretien
Mgr Farrell rappelle que la recherche de l'unité est un impératif de la foi
Entretien avec le secrétaire du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens

 ROME, Jeudi 27 janvier 2011 (ZENIT.org) - Nous reprenons ci-dessous l'entretien accordé à L'Osservatore Romano par Mgr Brian Farrell, secrétaire du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens dans lequel il établit un état des lieux de l'engagement de l'Eglise catholique en faveur de l'unité.

Le Conseil pontifical a récemment célébré le cinquantième anniversaire de sa fondation. L'esprit qui a présidé à sa naissance sous le pontificat de Jean XXIII s'est-il maintenu dans l'Eglise catholique ? 

En effet, le 17 novembre dernier, a été solennellement commémoré le cinquantenaire de la création du Secrétariat pour la promotion de l'unité des chrétiens, que Jean XXIII a souhaité avec force et institué en même temps que les autres commissions chargées de préparer le concile Vatican II. Convaincu que tous les travaux du Concile devaient être imprégnés du désir de rétablir l'unité, le pape a souhaité, comme signe clair de sa volonté, la présence d'observateurs d'autres Eglises et communautés ecclésiales au Concile même.

Il me semble tenir du miracle que les plus de deux mille évêques venus à Rome pour inaugurer le Concile en 1962, dont beaucoup avaient été formés à une théologie de l' « exclusion », selon laquelle orthodoxes et protestants - des schismatiques et hérétiques dans la terminologie alors en usage - étaient tout simplement considérés comme étant en dehors de l'Eglise, aient pu promulguer trois ans plus tard le décret Unitatis redintegratio, qui reconnaît une communion ecclésiale, réelle bien qu'incomplète, entre tous les baptisés et entre leurs Eglises et communautés.

Cette perspective renouvelée, en parfaite harmonie avec l'ancienne ecclésiologie des Pères, a eu des conséquences considérables sur la façon nouvelle pour les catholiques de considérer leurs relations avec les autres chrétiens et leurs communautés, et sur l'adhésion irrévocable de l'Eglise catholique au mouvement oecuménique. Jean XXIII a parlé d'un « bond en avant », d'une vision nouvelle de la tradition de toujours, ouvrant ainsi des routes nouvelles pour l'Eglise vers cette unité visible qui lui est propre. D'abord, bien sûr, opérée par la grâce de l'Esprit Saint, cette transformation est due en grande partie à l'intense travail du premier président du secrétariat pour la promotion de l'unité, le cardinal Agostino Bea, et de ses collaborateurs.

Que reste-t-il du travail des premières années du Conseil pontifical ?

Tout est resté, pour ce qui concerne l'enseignement du Concile sur les principes qui sous-tendent la recherche de l'unité. Les cinquante années écoulées depuis lors témoignent de la fécondité de cet enseignement dans la vie concrète de l'Eglise et pour le monde chrétien dans son ensemble. Lors de la commémoration évoquée plus haut, outre l'important message du pape Benoît XVI transmis par son secrétaire d'Etat, le cardinal Bertone, trois grandes figures du monde oecuménique - le cardinal Walter Kasper, président émérite de notre Conseil pontifical, l'archevêque de Canterbury, Rowan Williams, et le métropolite Ioannes de Pergame, éminent théologien du patriarcat oecuménique - ont souligné qu'il était d'une grande importance et urgence pour l'évolution historique actuelle que les chrétiens puissent parler et travailler ensemble, non seulement pour défendre la liberté, à commencer par la liberté religieuse, mais pour affronter avec espérance les défis considérables qui se présentent à l'humanité.

Mais certains se disent déçus des résultats d'un si grand effort...

Ceux qui le pensent ne voient pas la réalité. Dans sa magnifique encyclique Ut unum sint, le pape Jean-Paul II a écrit que le fruit le plus précieux de l'oecuménisme est probablement la « fraternité retrouvée » entre les chrétiens. Les jeunes générations ont du mal à comprendre à quel point les choses se sont améliorées. Dans le passé les chrétiens divisés s'évitaient, ne se parlaient pas ; les Eglises maintenaient une attitude de conflit et de rivalités mutuelles, s'autorisant souvent des actions véritablement scandaleuses, qui sapaient la mission même d'évangélisation. On observe encore, ça et là, ce genre de signes, mais il est de jour en jour plus avéré que cette façon de faire n'est pas acceptable : elle n'est pas de Dieu. Si l'on considère « le dialogue de la vie », autrement dit l'immense monde de contacts, de collaboration, de solidarité entre les chrétiens, on ne peut pas être déçu. Si l'on considère le « dialogue de la vérité », autrement dit la recherche des moyens de dépasser et surmonter les éléments théologiques de divergence, là aussi beaucoup a été fait, y compris la résolution d'anciennes querelles christologiques, tandis qu'a été substantiellement surmonté même l'aspect le plus profond de l'écart entre catholiques et réformés concernant la justification, c'est-à-dire sur comment s'opère en nous le salut. Toutefois, en matière doctrinale, il conviendra de procéder lentement, avec précaution, si nous voulons être certains d'avancer dans la fidélité au dépôt de la foi, de parvenir à un accord fondé sur la vraie Tradition.

Cependant, dans le dialogue théologique, des difficultés nouvelles ont surgi avec les orthodoxes ?

Nous étudions le point essentiel de nos différences portant sur la structure ainsi que la façon d'être et d'agir de l'Eglise : la question du rôle de l'évêque de Rome dans la communion de l'Eglise au premier millénaire, quand l'Eglise en Occident et en Orient était encore unie. Après des études et discussions approfondies, les membres de la Commission théologique n'ont pu que constater l'énorme écart entre l'expérience historique vécue et assimilée dans la culture occidentale, et l'expérience historique perçue dans la vision orientale. Chaque évènement historique est sujet à des interprétations diverses. La discussion n'aboutit pas à une réelle convergence. Mais il est également vrai que, dans la recherche d'un consensus, l'important est avant tout de mettre en lumière les principes doctrinaux et théologiques qui avaient cours dans ces évènements et qui sont déterminants pour demeurer fidèles à la volonté du Christ pour son Eglise. Il a donc été décidé de mettre au point un nouveau document avec un fondement théologique. Je suis convaincu que c'est la bonne façon.

Par conséquent, quand on parle de difficultés nouvelles, il ne s'agit pas de difficultés insurmontables, mais d'une véritable opportunité. Il est clair que la discussion théologique à venir ne sera ni facile, ni rapide. Mais il me semble que la conviction que l'unité est possible, grandit ; la situation actuelle du monde pousse les Eglises dans cette direction. Je pense qu'il est urgent que la théologie catholique élabore une vision plus concrète, un modèle répondant aux attentes actuelles de pleine communion visible. Ainsi, nos frères orthodoxes pourront avoir confiance et surmonter les peurs ataviques d'une présomption de supériorité de l'Occident. Il nous faudra certainement réaffirmer tout ce que le Concile a énoncé sur l'égale dignité de tous les rites, sur le respect dû aux institutions, traditions et disciplines des Eglises d'Orient et tant d'autres choses.

Et avec les protestants ? 

En 2009, le cardinal Kasper a publié une importante étude intituléeHarvesting the Fruits (Récolter les fruits), qui examine en profondeur plus de quarante années de dialogue oecuménique entre le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens et les principales communautés ecclésiales dans le monde.

Il reste des divergences significatives, tandis qu'en surgissent parfois de nouvelles ; mais on est surpris de découvrir comment les controverses du seizième siècle sont perçues à présent dans une nouvelle lumière qui atténue l'importance des positions adoptées alors ; nous comprenons ainsi que, sur de nombreux points essentiels, nous sommes moins éloignés. Certes, la principale difficulté réside dans la différence de conception de ce qu'est l'Eglise voulue par le Christ. Non seulement dans l'abstrait, ce qu'elle est, mais concrètement, là où l'Eglise se trouve et où elle se réalise dans sa plénitude. Là-dessus, il y a encore beaucoup à faire.

C'est le travail des experts ; mais l'oecuménisme devrait englober tout le monde !

Assurément. Les dialogues se poursuivront, car ils constituent la voie maîtresse de l'obéissance à la volonté du Seigneur pour l'unité de ses disciples dans la vérité. Mais ils n'auront une signification, et ne seront fructueux que s'ils sont soutenus par le corps vivant de l'Eglise tout entier. Ce sont les Eglises, les communautés de croyants, qui devront converger vers l'unité. Aujourd'hui, nous devons revenir aux origines du mouvement oecuménique et retrouver ce que l'on appelle « l'oecuménisme spirituel ». La prière, la conversion du coeur, le jeûne et la pénitence, la purification de la mémoire, la purification de notre manière de parler des autres : cette sensibilité spirituelle était présente au début du mouvement oecuménique, elle est le centre de l'oecuménisme et le devoir de tous. L'oecuménisme spirituel n'est pas le monopole des experts ; tous les chrétiens peuvent être protagonistes de ce mouvement.

Un aspect particulier, à la portée de tous, a été souligné lors du synode des évêques sur la parole de Dieu, et repris dans l'exhortation apostoliqueVerbum Domini  (la Parole du Seigneur) de Benoît XVI : être à l'écoute, prier et réfléchir ensemble sur l'Ecriture, voici le chemin à parcourir pour atteindre l'unité de la foi, en réponse à l'écoute de la Parole ». Sur l'Ecriture, nous sommes divisés, autour de l'Ecriture nous devons nous retrouver. Faisons donc de l'Ecriture Sainte le coeur de l'oecuménisme ! Dans ce document, le Saint-Père a également rappelé l'importance oecuménique des traductions communes de la Bible. Loin de nous inciter à nous replier sur nous-mêmes, le Saint-Père nous tire en avant sur la route de la recherche de l'unité !

Vos souhaits pour la Semaine de prière pour l'unité ?

La Semaine de prière pour l'unité des chrétiens que nous célébrons cette année fait référence à l'expérience de la première communauté chrétienne de Jérusalem, telle qu'elle est décrite dans les Actes des Apôtres :  ils étaient « unis dans l'écoute de l'enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière ». Nous sommes ainsi confrontés à ce que signifie être l'Eglise comme communion, dans la vérité, dans l'amour, dans les faits. Les textes pour cette année ont été préparés à Jérusalem ; les chrétiens de la Ville Sainte nous invitent tous à redécouvrir les valeurs qui constituaient l'unité des premiers disciples et nous appellent à renouveler notre engagement à travailler pour un véritable oecuménisme, sur le modèle de vie de la première communauté chrétienne.

Se fondant sur leur expérience en Terre Sainte, au Moyen-Orient, les chrétiens de Jérusalem nous disent que l'unité est la condition nécessaire pour obtenir la justice, la paix et la prospérité de tous les peuples. Je souhaite que cette Semaine nous fasse comprendre sérieusement, également à nous catholiques, que la recherche de l'unité ne peut être reportée au moment où tous les autres problèmes religieux et pastoraux seront résolus : elle est la condition essentielle pour surmonter tous les autres problèmes. Le Seigneur a prononcé une parole tout à la fois merveilleuse et terrible : que tous soient un « afin que le monde croie ». L'Eglise existe pour évangéliser, mais ne pourra pas proposer l'Evangile de façon convaincante tant que les chrétiens persistent dans leurs divisions. La recherche de l'unité n'est pas un luxe, elle est un impératif de la foi.

© L'Osservatore Romano - 19 janvier 2011

Traduit de l'italien par Zenit

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