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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 01:37

Saint Jean de Saint Denis
(1960)


Je me permets de vous le rappeler, c'est en 1937, le jour de la «gloire de l'Orthodoxie» que fut célébré l'enterrement de Monseigneur Irénée Winnaert, de bienheureuse mémoire, appelé au ciel le 3 mars, et ce fut aussi ma première messe, je venais d'être ordonné prêtre. Voilà pourquoi nous ferons mémoire aujourd’hui de Monseigneur Louis-Irénée Winnaert, joignant à sa mémoire celle du bienheureux patriarche Serge le Grand[5] qui bénit notre Eglise.

Je n'ai pu, le Mercredi des Cendres, être parmi vous, devant célébrer dans d'autres paroisses. Je désire malgré tout, avant la prédication, vous demander pardon de mon indignité, de tous mes défauts qui ont pu vous choquer ou vous troubler, de toutes mes faiblesses, de tout ce qui est en moi indigne d'un prêtre. De tout mon cœur, je demande pardon. Je sais peut-être plus que vous la profondeur de mon iniquité, de mon impureté. Mais, tout en demandant humblement, sincèrement votre pardon, avec les larmes de mon cœur, parce que je reconnais que je me suis lancé comme un fou dans cette aventure de la prêtrise, n'ayant aucune qualité digne d'elle, car les chérubins tremblent devant la prêtrise, et nous, prêtres, nous baptisons, nous consacrons les Saints Dons, nous touchons le Corps et le Sang pur du Christ, que dis-je ? nous agissons à l'image de Dieu ; les chérubins et les anges n'ont pas dépassé le diaconat et nous, nous osons être à l'image du Créateur, en transformant les Dons !... Alors, m'étant jeté dans cette folie, je discerne plus que vous jusqu'à quel point va mon indignité ! C'est pour cela que pour moi et pour tous les prêtres, je demande votre indulgence, votre pardon et vos prières.

Mais je tiens à souligner, aujourd'hui, que cette indignité ne signifie pas que je vous enseigne quelque chose de non conforme à l'Orthodoxie. Tout ce que j'enseigne ici est la Tradition. Je ne me suis jamais permis de donner «mon» opinion. Derrière chaque parole est le chœur de l'Eglise et la Tradition sainte. Soyez assuré que je n'ai pas trahi un mot de la divine doctrine de l'Eglise du Christ. Et même dans la condescendance et la bonté qui sont propres à mon caractère, j'ai toujours préservé la limite lorsqu'il s’agissait de la Vérité. Vous pouvez être tranquilles, je n'ai jamais trahi les pensées de l'Eglise. Je préférerais être maltraité ! Ceux qui nous attaquent et m'attaquent sont confondus. Et peut-être que si notre Eglise traverse des difficultés, c'est parce que dans l'Eglise française la Vérité orthodoxe est brûlante, sans compromis avec ce monde, ainsi que me disait mon ami le Père Sophronios.

Vous avez écouté l'épître ? Sa correspondance avec la destinée de notre Eglise est étrange. Quand l'Apôtre dit : on veut nous condamner à mort et nous vivons, nous sommes comme des inconnus et pourtant connus... En rentrant chez vous, relisez cette épître : vous constaterez combien elle est applicable à notre destin.

Chaque année, je parle, en ce dimanche, de la tentation et, tout à l'heure encore, en écoutant l'évangile, je fus presque poussé à découvrir d'autres passages, d'autres éléments de la tentation du Christ, que je n'avais pas encore dévoilés devant vous.

Cependant, en venant à l'église, j'ai décidé de prêcher, malgré tout, sur la gloire de l’Orthodoxie.

Historiquement, vous le savez, cette fête fut inaugurée lorsque l'Eglise gagna la bataille contre les iconoclastes et proclama la vénération des Saintes Images. Pourquoi l'Eglise tient-elle fortement à cette vénération des Saintes Images ? Les prophètes n'ont-ils pas souvent parlé contre les idoles ? Les Pères de l'Eglise des premiers siècles n'ont-ils pas détruit les représentations de divinités ? Pourquoi alors l'Eglise, si spirituelle, l'Epouse de Celui qui dit : Mon culte sera en vérité et en esprit (cf. Jn 4, 23), non selon la matière, a-t-elle tant défendu le culte des images ? Elle a multiplié les statues, les icônes de la Vierge, des saints, du Christ et ceci au point que le septième concile œcuménique en arriva à conseiller de placer des images aux carrefours et des icônes à l'entrée de nos maisons. Ici même, nous avons un atelier d'iconographie peignant et propageant des icônes. D'autre part, des centaines de passages de l'Ecriture Sainte, de l'Ancien Testament et des Prophètes s'indignent du culte des idoles, criant : Dieu n'est pas en bois ! Dieu n'est pas en pierre ! Dieu est Esprit et à l'Esprit convient le culte en esprit.

Quelle est la signification de tout cela ?

Le Christ monté sur la Croix a sanctifié la matière, le Christ au Mont Thabor a transfiguré ses vêtements et son Corps, parce que le Christ est ressuscité en chair !

Le culte des images n'est pas que pédagogique : en contemplant l'icône nous ne faisons nul acte de superstition, nous pensons à Celui qui est représenté. Le Christ, avec l'Incarnation, a sanctifié la nature.

En honorant les images, nous proclamons non seulement nos âmes et la nature transfigurées - comme disait Jean Damascène - mais aussi que la civilisation humaine sera de même transfigurée, éclairée par la lumière divine.

L'image s'exprime par deux choses : le bois et les couleurs, mais elle manifeste simultanément l'œuvre humaine. Elle est l'art sacré, la civilisation au service de la Gloire divine. Il y eut en Russie, au moment de la révolution, un prestigieux miracle. Tandis que les églises persécutées se fermaient, des images ternies se renouvelaient devant les yeux de témoins, montrant qu'au vrai sens chrétien de «civilisation» humaine, la connaissance de la matière n'a pas seulement pour but son exploitation, ou bien le service de Dieu.

Non, je le répète : la lumière divine doit glorifier et spiritualiser les œuvres de la civilisation.

Là réside la grandeur du culte des icônes. Les icônes sont porteuses, comme une coupe porte le vin, comme le vin porte le sang, comme le Sang du Christ porte la divinité, comme notre corps porte l'âme et l'âme l'Esprit-Saint : de même l'image renferme-t-elle la puissance et la grâce.

Nous revenons ici à l'évangile de la tentation, c'est-à-dire que rien n'est vide, que tout est empli, et si tout n'est pas rempli de la force divine éclatante, qui brille, nous dirige, nous éclaire, la force du diable prend la place.

La moindre parcelle de l'icône est Temple.

En nous approchant d'elles, en posant nos lèvres sur elles, en brûlant des cierges devant elles, nous nous mettons en communion avec l'Esprit-Saint qui repose par sa force et son énergie dans les images.

Récemment, il y a une semaine, j'ai lu dans un journal de jeunesse communiste (on venait de me l'apporter) le récit suivant : dans une soirée dansante, une jeune femme, ayant pris une icône du Christ pour s'amuser, se mit à danser avec ; soudain, elle ne put détacher ses pieds du sol, dit le journal communiste. Affolés, les gens prennent des mesures sans parvenir à rien. On transporte la jeune femme à l'hôpital, après avoir découpé le plancher, car il n'y a pas eu moyen d'enlever ses souliers. Les médecins sont impuissants. On décide d'appeler un prêtre. Le prêtre arrive, prie, la femme détache ses pieds du morceau de bois, elle est libérée. Et le jeune homme qui racontait cette histoire demande si l'on doit reconnaître que les images dégagent un certain rayonnement. Je n'ai pas eu la réponse du journal. Que répondra-t-il ?

Tout être humain possède une puissance. L'ombre de l'apôtre Pierre guérit. L'habit du Christ touché par une femme a, bien sûr, cette puissance et le Christ s’écrie : «Qui m'a touché ?» Les apôtres répondent: la foule ! mais le Christ réplique : «Une force est sortie de moi» (Mc 5, 29-32).

Ne croyez pas que la force divine n'est que dans le corps humain. Elle réside dans les objets sacrés, sanctifiés, de l'Eglise, et les images ou icônes en particulier possèdent cette force divine ; il est des lieux de pèlerinage, des Vierges miraculeuses dans l'univers entier. Toute icône est miraculeuse, comme le Temple elle renferme la puissance divine. Celui qui s'en approche avec foi ressent cette Lumière.

Le Verbe s'est fait chair.

Nous n'avons plus, comme les Anciens qui ne connaissaient pas l'Incarnation, à craindre que la civilisation humaine, notre œuvre, soit opposée à Dieu, puisque le Christ est venu parmi nous. Cela est vérité ! Celui qui travailla sans doute jusqu'à l'âge de douze ans des planches de bois avec son père, Celui qui, comme Créateur, a coloré les fleurs, travailla comme un homme.

Nous pouvons le dire : le culte des icônes présente la plénitude du monde transfiguré. Mais attention ! L'apôtre Paul précise que toutes les œuvres de l'humanité ne supporteront pas le feu purifiant du Saint-Esprit. Seules les œuvres humaines spirituellement en or, argent ou métal issus de la sanctification, seront transfigurées en Dieu. Les œuvres vaines, insensibles à la grâce et ouvertes au mal, seront brûlées comme de la paille.

Voilà ce qui permet de croire que les icônes, spirituellement parlant, sont des œuvres en or, selon Dieu. Amen.

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Homélies

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