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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 00:45

 

St-Photius

 

La Confrérie soutient fermement Eugraph.  Par contre la communauté patriarcale russe, qui conserve un attachement sentimental à l’Eglise-mère, est dans une incompréhension totale. Un seul comprend : le Père Michel Belsky40, qui avait fondé en 1935 la seconde paroisse russe francophone41 (Notre Dame-Joie des Affligés et Sainte Geneviève), devenue d’une certaine façon la paroisse de la Confrérie. Il faut aussi ajouter quel’entourage de Mgr Winnaert réagit mal. Ce dernier avait demandé à Eugraph de le relayer dans l’initiation à l’Orthodoxie de son clergé : ils suivent cela à contre cœur, considérant ce théologien russe comme un intrus, d’autant plus qu’il est jeune (il a 31 ans) et très cultivé.

Il faut mentionner quelque chose d’extrêmement émouvant et important au plan spirituel. En novembre1936, Vladimir Lossky reçoit une lettre d’un hiéromoine d’Athènes, contenant deux messages : le hiérodiacre Sophrony, du monastère Saint Pantalémon (le monastère russe du Mont Athos) envoie deux petites icônes pour Mgr Winnaert et lui transmet un message du « Vénérable Silouane » : « Que Dieu donne à l’évêque Winnaert de connaître l’amour de Dieu par le Saint-Esprit. Il vient avec ses ouailles de la petite lumière vers la grande lumière de l’Orthodoxie… »42.

Ce message de St Silouane de l’Athos est comme un sceau de Dieu.

En 1937 l’accomplissement va se faire, alors que Mgr Winnaert est mourant. En décembre 1936, le P.Michel Belsky l’avait reçu dans l’Orthodoxie par la communion eucharistique, alors qu’il était en agonie. Puis, un peu rétabli, il fut reçu dans le monachisme sous le nom d’Irénée et fait archimandrite par le Métropolite Eleuthère. Il lui demanda alors d’ordonner prêtre Eugraph Kovalevsky, après avoir demandé à ce dernier de continuer son œuvre, ce à quoi il s’engagea pour toujours. Le 7 février 1937, lors de la Sainte Rencontre (reportée), l’Archimandrite Irénée Winnaert reçoit dans l’Orthodoxie chacun de ses fidèles. Mais il meurt le 3 mars. Le Métropolite Eleuthère ordonne prêtre Eugraph le 6 mars (tout le monde essaya de l’en dissuader, caron lui prédit le martyre)43. Puis le 7 mars il concélèbra avec le Métropolite Eleuthère les funérailles de Mgr Irénée (ce fut sa 1ère liturgie )44.

Après, tout va se passer exactement comme dans les conciles œcuméniques : on croit que tout est réglé et c’est la guerre. Les anciens prêtres de Mgr Winnaert prennent tout de suite le jeune prêtre russe en grippe, par jalousie et par ignorance, et surtout le P. Lucien Chambault qui estime être successeur de droit, alors qu’il ne connaît rien à la théologie ni à la liturgie (c’était un ancien journaliste)45. Les réunions consacrées à la correction de la messe romaine utilisée par eux (correction demandée par le Métropolite Serge) sont un désastre, car ils font de l’obstruction systématique (Le Père Lev Gillet claque la porte, Vladimir Lossky se désole et le P. Eugraph est réduit au silence). Le Métropolite Eleuthère ne comprend rien à tout cela et, sur la suggestion du P.Chambault, il envoie le P. Eugraph desservir une paroisse russe à Nice en octobre 1937 (alors que les autres prêtres russes pressentis lui ont répondu « non »). C’est unecatastrophe pour l’œuvre de l’Orthodoxie française et pour le petit groupe de français qui suivent le P. Eugraph : ils avaient compris qu’il représentait l’avenir et que leur « Eglise » devait maintenant devenir vraiment orthodoxe, tandis que l’ancien clergé de Mgr Winnaert s’était installé dans une certaine marginalité ecclésiologique et liturgique, avec une mentalité « passéiste », comme le dit Maxime Kovalevsky.

Beaucoup pousseront le P. Eugraph à résister46. Finalement, il faudra intervenir directement auprès du Métropolite Serge, qui donnera des ordres à Eleuthère, en août 1939 : le Père Eugraph pourra rentrer à Paris et s’occuper de l’Orthodoxie française.

Mais il sortira au moins quelque chose de bon de cette épreuve : le Métropolite Serge, qui était le seul à comprendre et à soutenir la Confrérie, suggèrera lacréation d’une nouvelle communauté française, correspondant aux objectifs de la Confrérie et distincte de l’ancienne paroisse de Mgr Winnaert, et bénira la création d’un Centre missionnaire, le Centre Saint-Irénée : créé le 31 août 1939, il est en fait à l’origine de la Paroisse Saint-Irénée actuelle. Aussitôt rentré à Paris, le Père Eugraph se remet au travail avec les confrères de la Province Saint-Irénée. Mais que de temps perdu dans ce psychodrame ecclésiastique ridicule !

En effet, le lendemain c’est la guerre !47 Le Père Eugraph est mobilisé, puis fait prisonnier : il passera presque 4 ans dans un camp de prisonniers en Allemagne (où il accomplira des merveilles).

Il racontera que c’est là où il apprit à connaître le « peuple de France ». Mais il manquera de mourir deux fois et sa santé, qui avait été déjà mise à rude épreuve pendant la guerre civile en Russie, en sera altérée pour toujours. Pendant ce temps, leCentre Saint-Irénée trouve un local dans l’Île Saint-Louis, où une chapelle est aménagée dès 1941 (Léonide Ouspensky sculptera les portes royales et la croix d’autel d’après les indications -écrites- du P. Eugraph). Le P. Eugraph est libéré en octobre 1943, pour des raisons sanitaires (le typhus). Dès son retour, il se remet au travail avec ardeur dans le local de l’île Saint-Louis:

-travail définitif et précis sur la restauration de la liturgie des Gaules, avec l’aide de V. Palachkovsky (en février 1944, le centre de recherches liturgiques Saint-Irénée y sera installé)

-travail pastoral (la chapelle, ouverte en déc.1943 deviendra une paroisse le 11 novembre 1944) -travail missionnaire d’enseignement (les bases de l’Institut Saint-Denys sont posées, avec l’aide de Vladimir Lossky48 : il ouvrira ses portes le 15 novembre 1944).

 

Le 29 juin 1944 a lieu lapremière célébration d’une liturgie en rite des Gaules restauré pour la fête de St Irénée (reportée du 28 juin), dans la chapelle Saint-Irénée. Cette restauration n’est pas archéologique, mais pastorale. Etablie avec sérieux sur la base de documents antiques par des orthodoxes issus d’une tradition liturgique vivante, et enrichie d’éléments byzantins, tant par nécessité (défaillances ponctuelles dans les sources) que par souci d’enrichissement théologique, au nom du principe de la compénétration des rites, elle avait pour but de permettre à des orthodoxes occidentaux d’avoir une vie liturgique qui soit simultanément ancrée dans l’Orthodoxie et fidèle à la tradition locale venant de leurs Pères. Cette renaissance d’une liturgie disparue depuis 1000 ans est le fruit de recherches scientifiques et de la prière. Elle est aussi un miracle : les saints de la terre de France y sont pour beaucoup.

En novembre1945, Maxime Kovalevsky49 accepte de prendre en charge la composition des chants liturgiques (avec l’aide de Michel Zimine), en utilisant les tons grégoriens (renouvelés et épurés) et les tons slaves.

En 1946, les statuts de « l’Eglise Orthodoxe de France »50 sont déposés, avec l’accord du Métropolite Séraphin, qui était le nouvel Exarque du Patriarcat de Moscou à Paris (voir p.13). La même année, un local stable est trouvé à Paris, l’ancienne église Saint-Denis des Vieux-Catholiques, boulevard Blanqui, qui deviendra l’église Saint-Irénée (1ère liturgie : 13 octobre 1946).

 

 

(40) Père Michel Belsky (1884-1963) : ancien officier de l’armée blanche, ancien uniate revenu à l’Orthodoxie en 1931

et ordonné prêtre en 1933, à la cathédrale russe de la rue Pétel . Sa fille épousera un fils de Vladimir Lossky, Nicolas.

(41)Celle fondée par le Mte Euloge, et dont le P. Lev G. était le recteur, était tombée en sommeil. Elle disparaît en 1937.

(42)Queste de vérité d’Irénée Winnaert, p.308.

(43)Lorsque la famille Kovalevsky était réfugiée en Ukraine, Eugraph rencontra en Crimée, à Simféropol l’archevêque Théophane de Poltava (1874-1940) qui y était réfugié et qui était un visionnaire : il lui accorda un très long entretien au cours duquel il lui traça sa vie. Il lui dit : « Tu seras malmené par la grâce…Ton martyre sera de souffrir toute ta vie pour la vérité, non par les gens du dehors, mais par les gens d’Eglise…». Eugraph avait 14 ans (fin 1919). Sa mère, Inna, qui était une intellectuelle, essaiera de le dissuader en lui prédisant la « galère orthodoxe occidentale » ! Il raconte lui-même qu’il avait souvent refusé d’être ordonné diacre et prêtre. Là, il accepta parce qu’il avait promis à Mgr Winnaert (qu’il appellera toujours « mon évêque ») de poursuivre son œuvre. Il sera fidèle jusqu’à la mort. Il fut ordonné prêtre à la cathédrale des Trois Saints Docteurs (rue Pétel).

(44) Le 27 février 1937, le P. Lev Gillet écrira à son amie-disciple Elisabeth Behr-Sigel : « L’avenir de l’Orthodoxie occidentale est entre les mains d’Eugraph. Elle sera ce qu’il en fera. Et peut-être Dieu a-t-il réservé Eugraph pour cette heure ». Magnifique prophétie ! (cité par E.B-S. dans Un moine de l’Eglise d’Orient, p.275).

(45) A tout cela s’ajoutaient des facteurs psychologiques : le P. Chambault souffrait de disgrâces physiques (il était petit et boitait). Tout concourait chez lui à une violente antipathie vis-à-vis de « ce jeune prêtre intelligent, de grande culture et savant liturgiste », comme le nomme Maxime K. (Orthodoxie et Occident, p. 73).

(46) Le P.Michel Belsky, Doyen des paroisses françaises, jouera un très beau rôle. Il écrira au P. Eugraph : « Je vous somme de venir à Paris, en tant que membre de mon clergé… ». Ses confrères de Saint-Photius aussi le reprendront sévèrement, en lui reprochant d’abandonner l’œuvre pour laquelle il a été ordonné prêtre. Le P. Lev Gillet écrira au Métropolite Eleuthère, le 1er décembre 1937, une lettre admirable d’exactitude théologique et de finesse psychologique pour défendre le P. Eugraph (citée par Maxime K. in Orthodoxie et Occident, p. 74-77).

(47)Le 1er septembre1939 Hitler envahit la Pologne. Le 3 septembre, la France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne.

(48)Un français demandera au P.Eugraph des conférences sur St Denys l’Aéropagite, ce qu’il fera avec l’aide de Vladimir Lossky. Ce sera le début de l’Institut Saint-Denys (L’Institut Saint-Serge n’enseignait qu’en russe).

(49)Maxime Kovalevsky (1903-1988) : frère aîné d’Eugraph et qui oeuvrera constamment à ses côtés. Le plus grand compositeur de musique liturgique orthodoxe au 20e siècle. Il était alors chef de chœur de la paroisse francophone Notre Dame-Joie des Affligés et Sainte Geneviève.

(50) Cette dénomination a été probablement choisie pour la distinguer du reliquat de l’ancienne paroisse de Mgr Winnaert (dirigée par le P. Chambault), qui continuait à s’appeler « Eglise orthodoxe occidentale ».

 

 

Métropole Orthodoxe Roumaine d’Europe Occidentale et Méridionale

- Université d’été 2013-

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Enseignement spirituel

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