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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 00:41

 

 

St-Photius

 

Un grand évènement se produisit en 1929 : les confrères se réunirent en séminaire sur les rites pendant 3 jours, dans leur local de Saint-Cloud. Il y eut la célébration en latin des trois liturgies : romaine, gallicane32 et byzantine. Puis il y eut une longue discussion, après plusieurs exposés (dont un d’Eugraph Kovalevsky). La Confrérie décida alors de choisir le rite des Gaules pour les français orthodoxes (à venir : ceux qui frapperaient à la porte de l’Eglise orthodoxe ; il n’était pas question de prosélytisme). Ils demanderont alors au Métropolite Euloge l’autorisation d’employer le rite gallican, avec le calendrier occidental, mais ce dernier recula devant une chose aussi audacieuse et répondit que cela dépassait sa compétence (c’est le Métropolite Serge de Moscou qui osera, sept ans plus tard).

 

Hélas en 1930-1931, il y a unschisme au sein de l’Eglise russe à Paris : le schisme eulogien. Le Métropolite Euloge, qui était de facto l’exarque du Métropolite Serge de Moscou33, est sanctionné par ce dernier pour avoir participé à Londres à une manifestation œcuménique contre la persécution religieuse en URSS. Cela contraint le Métropolite Serge à le sanctionner : en janvier1931, il est interdit par Moscou, qui nomme à sa place comme exarque le Métropolite Eleuthère de Vilnius34. Euloge se rattache alors à Constantinople (c’est l’origine de l’Archevêché russe du Patriarcat de Constantinople, appelé couramment « la rue Daru »). Ce sera un drame, un déchirement au sein de l’émigration russe. (Pour tous ces évènements, complexes, voir l’Annexe I, p. 16).

Lors de l’Assemblée Générale de 1931, seules quelques personnes choisiront de rester dans le Patriarcat de Moscou, pour des raisons ecclésiologiques (et non politiques), dont les membres les plus influents de la Confrérie Saint-Photius (Eugraph et Maxime Kovalevsky, Vladimir Lossky). Le Patriarcat de Moscou va reconstituer un évêché russe (rue Pétel) dans des conditions difficiles et la Confrérie Saint-Photius sera rattachée directement au Métropolite de Moscou [locum tenens du patriarche], bénéficiant d’un statut de stavropigie. Il y aura alors trois juridictions russes en Europe et dans le monde : le Patriarcat de Moscou, l’Eglise Russe Hors Frontières et l’Exarchat russe de Constantinople.

De facto cela entraînera un semi effacement de la Confrérie, parce qu’elle va se trouver coupée de son milieu naturel, l’émigration russe. Toutefois, elle va continuer à œuvrer en demeurant fidèle à ses engagements. En 1932, au Congrès de la Confrérie à Montfort, un appel est lancé aux orthodoxes de la diaspora pour participer à la grande œuvre de restauration de l’Orthodoxie occidentale. Le cap était maintenu, avec courage. En fait, le seul soutien de la Confrérie était le Métropolite Serge de Moscou, personnellement, car le Métropolite Eleuthère ne comprenait pas grand-chose à ces problèmes (selon Pierre Kovalevsky, il était « borné » -Journal de 1931).

Alors que tout semblait compromis, sinon perdu, un évènement va tout changer : la quête d’Orthodoxie d’une petite Eglise « Catholique-Evangélique » dirigée par Mgr Louis Winnaert (1880-1937). Prêtre catholique-romain en désaccord avec Rome sur des points importants, il quitte l’Eglise romaine en 1918 (dont il est exclu), suivi par une partie de ses paroissiens. Cherchant un port du salut, il se rapproche des Vieux-Catholique (Utrecht) puis d’une branche « libérale », en Grande-Bretagne, qui le sacrera Evêque. Se rendant compte qu’ils sont théosophes, il rompt avec eux. Toujours en recherche, il lit les Pères de l’Eglise et transforme sa messe romaine (suppression du Filioque, introduction d’une épiclèse, communion sous les deux espèces pour tous). Le 11 novembre 1929 (St Martin !), lors d’une réunion œcuménique, il rencontre le Père Lev Gillet, ancien prêtre uniate devenu orthodoxe35, à qui le Métropolite Euloge avait confié en 1928 la première paroisse francophone (fondée en 1927), et se lie d’amitié avec lui. Ils se rencontrent plusieurs fois et approfondissent les questions de fond. Finalement, quelques jours plus tard, le P. Lev lui dit : « Monseigneur, pourquoi n’êtes-vous pas orthodoxe ? ». « Parce que je suis français ».

Lev Gillet commence alors à l’initier à l’Orthodoxie : « L’orthodoxie n’est pas un rite, elle contient tous les rites ». Aussitôt Mgr Winnaert dévore toute la littérature orthodoxe et un jour, à son lever, il dit à sa collaboratrice : « Je suis orthodoxe ». Il avait franchi le pas intérieurement. Le Père Lev Gillet lui fait rencontrer le Métropolite Euloge le 11 novembre 1930 (toujours St Martin !), mais c’est sans lendemain parce qu’on est en pleine crise ecclésiologique.

Alors, bien qu’étant lui-même sous la juridiction d’Euloge, le Père Lev Gillet en parle à Eugraph avec lequel il était resté ami36 : il avait intuitivement compris que le chemin ecclésial de cette communauté concordait avec les buts de la Confrérie. En effet, les confrères et surtout ceux de la Province Saint-Irénée avaient compris, dès 1928-1929, qu’ils ne pourraient passer à l’acte, faire une expérience grandeur nature, qu’à la condition derencontrer des Occidentaux en recherche37, en quête d’Orthodoxie. Là, ils se trouvaient vraiment face à un cas concret, pour lequel il fallait trouver rapidement une solution ecclésiale et liturgique.

Mais, hélas, l’Orthodoxie était déchirée par le schisme eulogien. Eugraph, malgré sa fougue habituelle se dit : on ne peut pas les mêler à toutes ces difficultés internes de l’émigration russe38. Il conseille alors au P. Lev Gillet de s’adresser à Constantinople. En septembre1932, Mgr Winnaert demande officiellement à être reçu dans l’Orthodoxie, avec sa communauté (2 paroisses en France et une en Belgique : environ 1200 fidèles et 5 prêtres). Cette demande sera ensuite appuyée par le Métropolite Euloge, qui avait consulté l’Institut Saint-Serge et dont l’avis était favorable. Il n’y aura aucune réponse. Ils ne finiront par répondre qu’en 1935 et seulement parce que le Père Lev Gillet était revenu à la charge en allant au Phanar. La réponse fut très dure (l’épiscopat de Mgr Winnaert n’était pas reconnu, ce qui n’était pas surprenant, mais même sa prêtrise était rejetée, ce qui le blessa profondément). Cette dureté de cœur et ce mépris sont le grand péché de l’Orthodoxie historique. Puis Photius II de Constantinople meurt : tout est arrêté, alors que Mgr Winnaert, très malade depuis plusieurs années, est quasiment mourant !

Le Père Lev comprend que tout est bloqué et conseille à Mgr Winnaert de se tourner vers Moscou : il organise alors une rencontre entre Mgr Winnaert et Eugraph Kovalevsky. Le Père Lev dit à Mgr Winnaert : « Je vous amènerai cette semaine l’homme que je considère comme le plus remarquable à ma connaissance : Eugraph Kovalevsky » (février ou mars 1936). Ce sera un trait de génie, un geste prophétique. Les deux hommes s’entendent immédiatement. Le vieil évêque occidental et le jeune homme russe partageaient plusieurs choses : ils voulaient faire renaître l’Orthodoxie en Occident et ils étaient tous les deux des serviteurs désintéressés de l’Eglise, centrés sur la liturgie. En mars1936, Mgr Winnaert donne tous les documents à Eugraph qui rédige un rapport et l’envoie au Métropolite Serge, le 22 avril 1936 (co-signé par Vladimir Lossky, à qui Mgr Winnaert avait aussi écrit, en tant que Président de la Confrérie).

Et le miracle se produit. Le 16 juin 1936, le Métropolite Serge publie un oukase, un décret qui fait date dans l’histoire de l’Eglise39 : il reçoit dans la communion de l’Eglise orthodoxe, Mgr Winnaert et sa communauté en leur permettant de conserver le rite occidental, à certaines conditions.Pour la première fois depuis 1000 ans un patriarche orthodoxe d’Orient opérait une distinction entre la foi (orthodoxe) et le rite (rite romain modifié). En fait, cette décision prophétique constituait déjà en elle-même, symboliquement, une abolition du schisme de 1054.

 

 

(32) Il s’agissait d’un essai de restauration de la liturgie des Gaules fait en 1874 par le P. Vladimir Guettée (1816-1892), approuvée par le Saint Synode russe en 1876 et célébrée dans l’église de l’Académie de théologie de Saint- Pétersbourg. C’était une reconstitution un peu « archéologique », parce que le P. Guettée n’était pas liturge, mais elle

avait le mérite d’exister.

(33) Il n’avait jamais été nommé exarque et, dans ses Mémoires, il ne dit jamais qu’il l’était.

(34) Vilnius [en russe : Vilno], mais résidant à Kaunas, car Vilnius était en zone polonaise. L’indépendance de la Lituanie permettait d’avoir des relations avec l’Europe occidentale (la persécution de l’Eglise en URSS était terrible).

(35) Le Père Lev Gillet (1893-1980) était un moine bénédictin attiré par la Russie et le rite byzantin, et ami de Dom Lambert Beauduin qui fondera le monastère de l’Union à Amay/Meuse en décembre 1925 (transféré en 1939 à Chèvetogne). Il deviendra le secrétaire du célèbre Métropolite uniate de Galicie, le comte Szeptyckij (à l’époque la Galicie était polonaise). Rentré en France fin 1926, il est choqué par l’encyclique « Mortalium animos » de Pie XI, qui ferme la porte à l’œcuménisme, et définitivement convaincu de la justesse de l’Orthodoxie en lisant les « Pensées sur l’union des Eglises » de Max de Saxe (1910) : il se rapprochera alors de l’Orthodoxie, dans laquelle il sera reçu par le Métropolite Euloge, le 25 mai 1928. Il écrira de nombreux livres sous le nom d’ « Un moine de l’Eglise d’Orient ».

(36) Le P. Lev Gillet avait rencontré Eugraph à Saint-Serge au printemps de 1928 et ils étaient devenus immédiatement amis. Lors de la réception du P. Lev dans l’Orthodoxie en 1928 à Clamart, c’est Eugraph qui était chef de chœur. C’estlui qui demandera au P. Lev d’accepter d’être le recteur de la première paroisse francophone, après la trahison du P. Deubner (uniate qui se faisait passer pour orthodoxe). Ils s’estimaient mutuellement.

(37)Beaucoup de gens en Occident étaient en recherche de « l’Eglise », à la suite de Vatican I et aussi ébranlés par les horreurs de la guerre : en Allemagne (le Prof. Heiler, célèbre historien de l’Eglise, protestant), en Hollande (des pasteurs calvinistes), en Suisse (les « diaconies »), en Italie (le pasteur Ugo janni), tous de tendance « catholique-évangélique » (ces milieux sont bien décrits par Vincent Bourne dans « La queste de vérité d’Irénée Winnaert, p. 279).

Il y avait aussi tout le mouvement oecuménique, qui avait pris un grand essor avec les conférences de Stockholm (1925)  et de Lausanne (1927), et auquel les Orthodoxes adhéraient. Le contexte général était favorable.

(38) Il faut dire aussi qu’Eugraph avait été tellement blessé par le schisme eulogien, qu’il tomba en dépression nerveuse en 1932. Il y avait la division au sein de sa propre famille, qui était très liée avec le Métropolite Euloge.

(39) Texte complet, en français, inQueste de vérité d’Irénée Winnaert, p. 292-294.

 

 

 

Métropole Orthodoxe Roumaine d’Europe Occidentale et Méridionale

- Université d’été 2013-

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Enseignement spirituel

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