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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 00:35

 

 

St-Photius

 

C’était une véritable bombe ecclésiologique. Personne n’avait osé parler ainsi depuis 1000 ans.

C’était une affirmation très forte de l’universalité de l’Orthodoxie, de sa « catholicité ». Dans cet esprit, ils vont prendre conscience du fait que l’Occident fut dans la communion de l’Eglise indivise et orthodoxe pendant 1000 ans, et que leur devoir à eux, les Orthodoxes émigrés, est de retrouver les racines orthodoxes de l’Occident (la liturgie, les saints, l’art iconographique) et de permettre aux occidentaux qui le souhaiteraient de retrouver leur place au sein de l’Eglise orthodoxe, non pas en se faisant orientaux mais en tant que chrétiens occidentaux, avec leurs usages et leurs rites propres. Eugraph Kovalevsky écrira : « Nous avions deux principes fondamentaux : intransigeance dans les dogmes orthodoxes, relativité dans les autres domaines ».

Vladimir Lossky ajoutera quelques années plus tard : « le but de la Confrérie se définit….comme le service pour le triomphe universel de l’Orthodoxie….L’unité chrétienne ne peut être atteinte qu’en confessant l’Orthodoxie qui doit renaître en Occident… ».

Ils avaient retrouvé la conscience de la catholicité. C’était absolument nouveau, « révolutionnaire ».

Et ils placent leur Confrérie sous le patronage de St Photius de Constantinople (9e siècle) parce qu’il lutta vigoureusement contre les erreurs dogmatiques de Rome (Filioque)21 et qu’il fut missionnaire (il envoya Cyrille et Méthode vers les Khazars, puis les Slaves).

 

-Qui étaient-ils ?

 

Parmi les huit fondateurs, nous connaissons six noms : Alexis Stavrovsky (qui en eut peut-être l’initiative ?), les trois frères Kovalevsky (Eugraph, Maxime et Pierre)22, Vsevolod Palachkovsky et le comte Nicolas Ignatieff. Ils étaient tous jeunes (une telle initiative ne pouvait venir que de jeunes), issus de familles cultivées et très engagées dans la vie ecclésiale, mais ouvertes à la culture européenne et à la pensée moderne (comme le dit Maxime Kovalevsky). La plupart s’inscriront à l’Institut Saint-Serge23 qui ouvrit ses portes à la fin de 1925.

Ils avaient pensé recruter largement dans la communauté russe, mais ce ne sera pas le cas : ils

resteront un petit groupe. Mais plusieurs futures personnalités les rejoignirent : Vladimir Lossky24 (amené par Eugraph en 1928 : c’est lui qui le fit passer de la philosophie médiévale à la théologie orthodoxe ; ils devinrent des amis inséparables) et deux futurs grands iconographes : Georges Krug (le futur hiéromoine Grégoire) et Léonide Ouspensky (ces deux-là, avaient une histoire différente :

ils venaient de l’athéisme et même, pour Ouspensky, du communisme).

Certains prêtres participeront à leurs travaux (le P. Nicolas Sakharoff 25) et certains confrères deviendront prêtres, mais il s’agissait fondamentalement d’uneconfrérie de laïcs. La Confrérie ne sera pas exclusivement parisienne : il y aura aussi des antennes en province (à Strasbourg : André Behr, à Nice, à Lille…).

 

2. L’organisation et le mode de vie de la Confrérie

 

-Le lien avec l’Eglise

La Confrérie est au service de l’Eglise et elle ne fera jamais rien sans la bénédiction de l’évêque (à ce moment-là il s’agit du Métropolite Euloge26, qui est très lié à la famille Kovalevsky). Mais elle n’est pas une structure paroissiale. Après le schisme eulogien (1930-1931), elle sera rattachée directement au Métropolite Serge de Moscou (statut de stavropigie).

 

-Le mode de vie

Il y avait deux types de membres : les « épistates » (maîtres) et les « mathestes » (disciples), et tout tout un rituel d’entrée (il fallait être parrainé par un ancien) qui se passait dans la chapelle de la Confrérie, dans l’esprit des rituels chevaleresques (ils étaient jeunes et enthousiastes). les confrères se réunissaient une fois par semaine. Ce fut d’abord dans le bureau du chef de gare de Bois- Colombes (parce que Stavrovsky était le chef de gare), puis à Saint-Serge ; puis ils louèrent un local à Viroflay ; et enfin, en 1928, ils furent accueillis à Saint-Cloud chez un des confrères, Nicolas Ignatieff (dans la propriété de son père, le comte Alexis). Dans chacun de leurs locaux, ils installèrent une chapelle (et à Viroflay, il y avait une chapelle orientale et une chapelle occidentale).

 

-Organisation et programme de travail

Assez rapidement il y eut des commissions spécialisées (qui permirent d’intégrer des personnalités extérieures, des spécialistes), et des Sections ou « Provinces » correspondant à des aires géographiques ou à des peuples. Mais il n’est pas toujours facile de comprendre.

 

Fin 1925 (le 10 décembre), une commission française [ou : pour la France] fut créée (avec la bénédiction du Métropolite Euloge) dont le but était de se préoccuper de l’Orthodoxie occidentale.

Son programme comportait expressément la mission de résoudre le problème de l’unité ou de la multiplicité des rites. Dès le début le problème liturgique fut posé, parce qu’il était fondamental, et un programme de travail fut élaboré :

a- Etude des anciennes liturgies gallicanes.

b- Etude des ordos gallicans plus récents [restaurations des 18e et 19e siècles].

c- Etude de l’ordo romain, de sa pénétration et de son implantation en France.

d-Révision des traductions françaises actuelles de la liturgie orthodoxe orientale et élaboration de nouvelles traductions.

Dans cette Commission, il y avait le P. Nicolas Sakharoff (Président), Eugraph Kovalevsky, le vicomte Serge Hotman de Villiers, le comte Nicolas Ignatieff et, à partir de 1928, Vladimir Lossky.

 

En Janvier 1926 nacquit uneSection (ou Province) Saint-Irénée qui fut chargée de « travailler à la restauration de l’Eglise orthodoxe française ». Le 15 décembre 1926, Eugraph Kovalevsky est nommé chef de la Province Saint- Irénée (à 21 ans !). Par la suite la Commission française ne s’occupera plus que des problèmes de traduction.

Il y eut aussi une Province Saint-Alexis chargée des problèmes de l’Eglise russe à l’étranger, présidée par Maxime Kovalevsky, dont nous ne savons grand-chose.

L’accomplissement de ce programme ambitieux supposait un gros travail de documentation et de recherches en bibliothèque (il n’y avait pas de photocopieurs : il fallait aller consulter les ouvrages en bibliothèque et recopier !).

 

En outre, les confrères avaient des activités ecclésiales et liturgiques importantes : Eugraph accompagnait les prêtres en province (il les aidait à aménager les lieux de culte, chantait et faisait les lectures). Maxime était chef de chœur dans une paroisse russe à Meudon, puis à Paris, rue de la Montagne Sainte Geneviève [après 1935].

Les confrères se préoccupaient de tous les problèmes qui se posaient à la diaspora russe et à l’Eglise orthodoxe en général. La Confrérie envoya en 1931 un mémorandum important au Métropolie Serge de Moscou sur le futur Concile panorthodoxe (rédigé par Eugraph K.). La Confrérie était un véritablelaboratoire d’idées où tous les sujets ayant trait à l’Eglise orthodoxe, et même au-delà, étaient abordés. Léonide Zourov, l’ami et le protecteur de Georges Krug, écrira : « Presque chaque jour ils se rencontraient quelque part, vivaient dans un état d’excitation, dans une atmosphère échauffée, réfléchissant et approfondissant les questions d’Eglise… »27. Ils rencontraient aussi les grands intellectuels de l’époque : Berdiaev, Jacques Maritain, Gabriel Marcel… « Chaque confrère explorait le Christianisme occidental dans son domaine de prédilection… Il y avait sans cesse des conférences tenues par l’un ou l’autre des confrères, ici ou là, comme une célèbre communication d’Eugraph Kovalevsky sur l’histoire de l’Eglise, prononcée chez  Maritain…qui avait été presqu’entièrement improvisée… »27.

 

 

(21) Il a écrit notamment un ouvrage de fond sur ce sujet : La Mystagogie du Saint-Esprit (éd. française, 1991).

(22)Eugraph (1905-1970) sera d’abord un artiste (peintre et iconographe) ; Maxime (1903-1988) sera musicien (compositeur et maître de chapelle) et Pierre (1901-1978) sera historien. Ils seront de grands serviteurs de l’Eglise.

(23)Eugraph y soutiendra sa thèse de licence sur Les tαξis dans la Divine Trinité en 1928. Son directeur de thèse, le célèbre P. Serge Boulgakov lui dira : « Je ne puis vous noter, car votre travail est au-dessus des notes ».

(24)Vladimir Lossky (1903-1958), fils du philosophe Nicolas Lossky et futur théologien de renom.

(25)Le Père Nicolas Sakharoff (1869-1951) était prêtre à la cathédrale St Alexandre et il fut le professeur de religion d’Eugraph au lycée russe (dont il fut l’un des promoteurs). En 1936 il deviendra Recteur de la cathédrale.

(26)Ancien archevêque de Volhynie (Ukraine) réfugié en France, nommé administrateur des paroisses d’Europe occidentale par le Patriarche Tikhon. A ce moment-là, il était aussi proche du Synode de Karlovtsy (cf. p. 9 et annexe I).

(27) La fondation de la paroisse de Trois Saints Hiérarques, document électronique sur le site du Patriarcat de Moscou en France, février 2004. Voir aussi le chap. IX de la Divine contradiction, de Vincent Bourne, qui décrit bien cette atmosphère de bouillonnement intellectuel, p.104-110.


 

 

Métropole Orthodoxe Roumaine d’Europe Occidentale et Méridionale

- Université d’été 2013-

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Enseignement spirituel

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